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POUR UNE MORALE

DE L'ENVIRONNEMENT

 

Face aux destructions irréversibles causées à l'environnement, "c'est une morale nouvelle qu'il faut créer, qui traitera, non des rapports des hommes entre eux, mais des rapports des hommes avec leur avenir". Le 22 mai 2000, un colloque a été organisé, au Sénat, par le Forum du Futur avec les meilleurs experts motivés "pour une morale de l'environnement".

 

Serge LEPELTIER

Sénateur du Cher

Pourquoi lier morale et environnement ?

    La morale fait référence à la conscience intérieure, l'environnement a souvent été perçu comme une externalité, une sorte de contrainte. Aujourd'hui, les deux se retrouvent dans la notion de comportement : l'environnement requiert un comportement assumé de la part des individus, donc une morale.

L'enjeu environnemental est aujourd'hui majeur. La consommation des 20 premières années du XXIème siècle équivaudra à toute l'énergie consommée jusqu'à présent.

La société actuelle connaît, non pas une contradiction, mais une difficulté : l'évolution de la société globale. Avec les NTIC, nous sommes dans une société d'information en plein progrès ; mais nous sommes aussi des individus de plus en plus spécialisés. C'est la grande différence par rapport aux siècles précédents, car au XVIIème siècle, les philosophes étaient aussi mathématiciens... Actuellement, les jeunes réussissent dans les formations les plus élevées, deviennent des spécialistes dans une société globale qui évolue en dehors d'eux. D'où, une incompréhension face au changement, un sentiment de plus en plus fort d'insécurité devant l'avenir et donc des besoins multiples et exacerbés de sécurité.

L'une des solutions est l'intégration de l'environnement dans l'ensemble des décisions, individuelles et collectives. Il faut développer une véritable pédagogie en direction de nos concitoyens, qu'ils se sentent responsables de ces questions, car la prise en charge de celles-ci, si elle doit être collective, se situe aussi au niveau de chacun d'entre nous.

 

Jean-François SAGLIO

Président d'honneur de l'Institut français de l'Environnement

L'environnement face aux réalités politiques, économiques et sociales

    La protection de l'environnement est une idée récente (Barry Commoner, Max Nicholson, années 60). L'approche de cette question a beaucoup évolué ces dernières années, des principes ont été instaurés, les politiques publiques ont été orientées dans ce domaine spécifique... Cette évolution a influé sur le comportement des consommateurs et a sensibilisé l'opinion publique.

Pourtant, le mouvement de destruction de la nature, cette "apocalypse rampante" semble aller plus vite que nos efforts.

Au niveau planétaire : la pollution des océans, les changements climatiques, la réduction de la biodiversité globale, l'imprégnation par les produits chimiques persistants, ne créent-ils pas d'irréversibilité à l'échelle de source: Mme Lantigner la vie humaine ? Au niveau régional n'en est-il pas de même de la surexploitation des nappes phréatiques profondes (Lybie, Arabie Saoudite), de la transformation des zones humides et de la surexploitation des forêts (Amazonie, forêts tropicales), de l'urbanisation galopante des zones fragiles et des côtes ?

L'évolution ne se déchiffre donc pas simplement. Que dire de la situation dans les pays en voie de développement, sinon que l'état de l'environnement s'est largement dégradé sous l'effet de la surpopulation, de la sururbanisation et de la surconsommation.

C'est donc une morale nouvelle qu'il faut créer, qui traitera, non des rapports des hommes entre-eux, mais des rapports des hommes avec leur avenir.

Au demeurant, savons-nous ce que peut supporter un environnement ? Même l'expertise scientifique n'a pas de réponse, il faut donc solliciter la confrontation collective des experts et des instances de décision, traditionnelles ou nouvelles, comme par exemple, les conférences de citoyens.

Quatre principes ont émergé au cours des dernières années : le principe "pollueur-payeur", le principe de prévention, le principe de proximité, le principe de précaution. Aucun de ces principes n'est absolu ! Ils ne peuvent, à eux seuls, former un corpus complet guidant l'action à l'égard de l'environnement. L'introduction d'irréversibilité à l'échelle de l'espace et du temps humain, est toujours préjudiciable.

Protéger la nature et l'environnement, c'est protéger sa diversité. Même si cela peut apparaître secondaire, la querelle des ours et des loups, celle des méandres d'une rivière, des essences diversifiées en forêt n'est pas sans signification. Elle traduit l'acceptation de la différence, comme traduction de la diversité, de la biodiversité, donc de la stabilité à terme de la nature, c'est-à-dire de l'accroissement de ses chances à résister aux agressions et à se rétablir.

 

Jean-Marie PELT

Président de l'Institut Européen d'Ecologie

L'écologie à l'aube du troisième millénaire

    Les tempêtes de Noël 1999 sont un signe fort, manifestant le risque de modification climatique. Elles doivent nous encourager à nous engager sans tarder sur le plan international pour limiter l'émission de gaz à effet de serre. Ce signal doit être entendu comme l'a été celui de la vache folle, attirant l'attention sur les risques d'une agriculture productiviste, mal maîtrisée et débouchant sur des questions essentielles touchant à l'alimentation (OGM, dioxine, etc.).

A ces deux grands sujets de préoccupation concernant l'écologie et l'environnement s'en ajoute un troisième : celui de la réduction rapide de la biodiversité, c'est-à-dire du nombre des espèces animales et végétales peuplant la planète. Le mot "biodiversité" étant mal compris du grand public, il est préférable d'insister sur l'idée de la protection de la nature.

Les efforts déployés par les organismes compétents restent insuffisants et une gestion mondiale des ressources, sous l'égide de l'ONU, s'imposera tôt ou tard. Mais dans tous ces domaines, c'est bien évidemment l'éthique sociale qu'il convient de modifier.

C'est d'une nouvelle alliance de l'homme et de la nature que devraient émerger -sous des termes encore trop généraux comme "développement durable" ou "éco-développement"- les formes de vie individuelles et collectives du futur.

 

Guy PAILLOTIN

Président d'honneur de l'INRA

Assumer nos responsabilités

    Il faut distinguer deux notions :

Morale et environnement requièrent avant tout de la responsabilité. Certains biologistes, pressés par la polémique des OGM en viennent à épouser le raisonnement suivant : "les mutations ont toujours existé dans la nature, elles sont donc naturelles. Le génie génétique offre une nouvelle possibilité de mutation, par conséquent, les OGM sont naturels". Or, ce qui caractérise le génie génétique, c'est son efficacité mise au service d'un projet. L'essor du savoir et des savoir-faire appelle à plus de sens des responsabilités.

On peut faire le double constat suivant : d'une part les agriculteurs et les forestiers sont, de fait, les gestionnaires de 80 % de notre territoire et, d'autre part, si soucieux que soient nos concitoyens de la protection de la nature, ils n'en font pas un élément prioritaire dans leurs choix privés en matière de consommation.

Le concept d'agriculture raisonnée s'appuie sur un contrat passé entre les agriculteurs et la société afin que, sans remettre en question la rentabilité économique des exploitations, soient préservés des éléments objectifs de notre environnement : qualité des eaux, des sols, de l'air, biodiversité, bien-être animal, économie d'énergie, ... Il s'agit donc d'articuler au mieux des exigences économiques et environnementales.

La nature est aussi le fruit de nos représentations. Il y a quelques années, en visite à la Réunion, une responsable politique de cette région m'a indiqué qu'elle souhaitait que la recherche agronomique aide à reconstituer les productions fruitières originelles de cette île. Or celle-ci, jadis, n'était le lieu d'aucune production fruitière. Mon interlocutrice faisait en fait allusion à des productions asiatiques caractéristiques de ses origines ethniques. Nous reconstruisons tous un idéal de nature forgé par notre culture et ce processus est digne du plus grand intérêt.

La science peut à ce niveau, selon la façon dont on l'utilise, être restrictive et contraignante ou au contraire libératrice. C'est peut-être là que se situe la question fondamentale de l'utilisation des OGM : apporteront-ils plus de liberté aux consommateurs ou donneront-ils, au contraire, plus de poids à la prescription ?

 

Jean-Luc LAURENT

Directeur général au Ministère de l'Environnement

Vers un droit de l'environnement

    L'environnement conjugue deux courants : la prévention des pollutions et des risques, la protection de la nature et du patrimoine. Les politiques de l'environnement sont fondées sur quatre principes : le principe de transparence, le principe de prévention ou de traitement à la source, le principe de précaution, le principe pollueur payeur.

Deux autres principes commencent à émerger, mais ne sont pas encore stabilisés : le principe de responsabilité et le concept de bien collectif ou de bien public, qui a du mal à émerger dans notre droit sacralisant la propriété privée.

Créer un droit de l'environnement de qualité, c'est rechercher l'équilibre entre des intérêts contradictoires. La qualité des mécanismes conditionne l'efficacité des politiques de l'environnement.

Le droit doit être mis en conformité avec la morale : certains affirment que TOTAL n'est pas responsable de la marée noire de l'ERIKA, or, c'est TOTAL qui dispose des compétences et des moyens pour éviter ce type de catastrophe. La conséquence de cette qualité doit être signe de sa responsabilité en droit.

 

 

  Nos priorités doivent s'analyser selon trois axes :

        l'importance des effets,

    ●    l'irréversibilité (la disparition d'une espèce),

        les arbitrages entre générations

    Parmi les mécanismes communautaires, on note quelques novations importantes. Le traité d'Amsterdam introduit l'obligation d'intégration de l'environnement dans les politiques publiques. Ceci sera un moteur puissant pour le développement durable. Ce concept est un gage de progression de la cohérence entre les affirmations généreuses en faveur de l'environnement et les actes. Cette tendance sera encore renforcée par la montée en puissance de la Cour européenne de justice de Luxembourg, garante de ces directives.

Source : Mme Lantigner

Les mécanismes au niveau mondial sont, eux, encore hésitants. La grande conférence de Rio a relancé une dynamique, mais la mise en œuvre des grandes conventions nées de cette conférence (biodiversité, climat, désertification, forêts) est très loin d'être efficace. Les pays les plus pauvres, notamment ceux siégeant au G77, sauront nous rappeler les promesses faites à Rio, de conjuguer environnement et aide au développement.

L'efficacité d'une politique de l'environnement repose sur la création de chaînes de mécanismes incitatifs, par exemple, un droit incitant les acteurs et les responsabilisant, l'organisation de débats publics et des droits de recours importants donnant aux citoyens la capacité d'agir.

Des progrès seront envisageables grâce à la mobilisation des consommateurs, à l'audace des Cours de justice, à l'instauration d'un débat sur les mécanismes de régulation de l'environnement et à des décisions publiques.

 

Dominique BOURG

Professeur d'université

Précautions éthiques

    Si l'on entend par éthique le souci d'autrui, force est alors de constater que l'éthique traditionnelle est étrangère aux deux types de dommages relativement nouveaux dont l'essor des sciences et des techniques associé au marché nous a rendu coupables :

L'élargissement du cercle des précautions éthiques est à la fois nécessaire et extrêmement problématique.

 

Claude ROY

Directeur à l'ADEME

La gestion des rapports homme-société-nature

    L'environnement est, avec les enjeux économiques et sociaux, l'une des trois composantes du développement durable.

L'homme est le tronc commun de ces trois composantes en tant que partie prenante, à titre individuel et collectif, de l'écosystème et de la société. Or l'homme est, par nature, conscient et responsable. Il a ainsi, au cours des siècles, forgé une société riche de règles d'action, de valeurs, de normes. On touche à la notion même de morale, indissociable de la notion de responsabilité.

Une morale de l'environnement, c'est donc l'obligation que nous avons, individuellement et collectivement, d'assumer cette responsabilité, à l'égard de l'écosystème dont nous faisons partie, et dont la survie de l'humanité dépend à long terme. Pour assumer cette responsabilité vis-à-vis des générations futures, pour ne pas handicaper leurs choix ni leurs possibilités de développement, il est nécessaire de tirer les enseignements du passé, d'évaluer nos propres choix et de témoigner. Pour assumer cette responsabilité au présent, il convient de mettre en valeur l'exemple et l'éducation.

Une morale de l'environnement, c'est donc aussi, pour chacun d'entre nous et pour les structures de décision, l'obligation de pratiquer une véritable et sage "écologie des choix" :

Responsabilité, conscience, morale sont plus que jamais nécessaires à la gestion des rapports entre l'homme, la société et la nature.

 

Jacqueline ALOISI de LARDEREL

Directeur de la division Technologie, Industrie et Economie du Programme des Nations-Unies pour l'Environnement

Le PNUE

    Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), établi en 1972, a deux missions principales :

Le PNUE a ainsi permis l'adoption d'accords et de protocoles internationaux tels que la Convention de Vienne et le Protocole de Montréal pour la protection de la couche d'ozone, la convention de Bâle sur les déchets dangereux…

Le PNUE a lancé des initiatives volontaires dans le domaine des banques, des assurances, du tourisme, des mines et du pétrole. Il a engagé le dialogue avec les secteurs de la publicité, des télécommunications et de la construction automobile. Le but de ces initiatives est de promouvoir des entreprises responsables et transparentes. Le PNUE engage des actions incitatives comme la mise en place d'outils économiques permettant de refléter dans les mécanismes de marché les coûts de l'impact sur l'environnement et il étudie également l'impact des mesures de la libéralisation du commerce. Il facilite la mise en œuvre de ces politiques de manière à intégrer l'environnement aux programmes d'étude afin que les futurs diplômés apprennent à prendre en compte la dimension environnementale dans les décisions.

Il faut donner les moyens aux décideurs de faire des choix technologiques éclairés, visant à une utilisation plus efficace des ressources naturelles et une prévention de la pollution.

Il est nécessaire d'augmenter la productivité des ressources naturelles par un facteur 10, si on veut atteindre l'objectif du "développement durable".

Enfin, favoriser le dialogue entre les autres partenaires, par exemple, la coopération avec l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) doit permettre de développer des mesures de protection de l'environnement et de libéralisation du commerce qui se soutiennent mutuellement et d'atteindre les objectifs du "développement durable".

Les entreprises sont encouragées à élaborer des rapports sur les actions qu'elles ont menées, afin de suivre leurs progrès. Le PNUE publie des recommandations pour la rédaction des rapports d'environnement ("Global Reporting Initiative").

Le PNUE contribue à promouvoir une "mondialisation à visage humain".

 

Jean-Pierre BOURDIER

Directeur de l'environnement d'EDF

Les engagements environnementaux d'un groupe mondial

    La période actuelle est synonyme de grand changement affectant profondément les entreprises de service public. Les enjeux nationaux d'équipement, d'indépendance énergétique s'estompent, alors qu'émergent de grands enjeux internationaux, comme le développement durable.

Parallèlement, nous passons d'une économie largement administrée, très gouvernée par la volonté politique nationale, surtout en matière énergétique, à une économie gouvernée par les lois du marché, où la survie des entreprises passe par leur compétitivité internationale. La question se pose de savoir si le marché récompense la vertu.

EDF devient un groupe mondial. En plus de nos 30 millions de clients en France, l'entreprise comptabilise 20 millions de clients dans le monde, notamment en Europe. EDF évolue sur des marchés ouverts où elle propose de l'électricité, mais aussi des services énergétiques et d'autres formes d'énergie, comme la vapeur, la chaleur et le gaz.

L'épisode malheureux des tempêtes de cet hiver nous a servi d'expérience. L'environnement, pour nos clients, c'est d'abord d'avoir du courant. Les problèmes d'environnement ne sont pas uniquement des problèmes de pays riches, ce sont aussi des problèmes de développement, durable bien sûr, dans les pays pauvres. Des ingénieurs d'EDF se sont groupés dans les clubs CODEV, sorte d'associations d'électriciens sans frontière, qui, pendant leurs congés, vont prêter main forte aux pays pauvres, installer des panneaux et pompes solaires dans des villages déshérités.

L'environnement nécessite aussi un engagement du management soulignant une volonté d'entreprise. Ainsi EDF exporte ses valeurs de responsabilité, de solidarité, de service et de l'intérêt général. Son horizon s'élargit au monde et, tout naturellement, le service public devient service de l'intérêt général et donc du développement durable.

Vers une explosion des besoins

    Pour l'avenir, nous envisageons une explosion des besoins qui pourra être comblée, au moins à court terme, par l'abondance des ressources. Cependant, nous devons faire face au danger que représente l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. L'explosion des besoins dépendra du rythme et du type de développement économique des pays émergents, ainsi que des efforts de maîtrise de l'énergie réalisés par les pays les plus riches.

En 2020, nous serons 25 milliards d'individus vivant pour l'essentiel dans les pays en développement. Nous devons tout faire pour que les consommations d'énergie n'augmentent pas exponentiellement, mais nous ne pouvons le faire au détriment du développement.

L'idée dominante aujourd'hui est que la question des ressources énergétiques ne se pose pas à l'échelle humaine, c'est-à-dire pour les premières décennies du siècle. Nous disposons en effet de 250 ans de réserves pour le charbon, 40 ans pour le pétrole, peut-être 70 pour le gaz, 120 à plusieurs centaines d'années, suivant les techniques, pour l'uranium. On découvre chaque année, plus de gaz qu'il n'en est consommé. Même le pétrole dont on prévoyait la fin en 1970, apparaît abondant en raison de l'amélioration continuelle des techniques d'extraction et de prospection.

Les problèmes viennent plutôt de la répartition et donc de l'accès à ces ressources. Le contrôle des gisements de gaz et de pétrole sont déjà à l'origine de conflits majeurs. De plus, les ressources sont épuisables et toute tonne de charbon, de fuel ou de gaz brûlée aujourd'hui est une tonne de moins dans les réserves mondiales. Enfin, si le monde se précipite sur l'une de ces ressources, les prix peuvent monter rapidement.

Synonyme de désastre écologique

    Ces perspectives rassurantes à court terme sur le plan économique le sont moins sur le plan écologique. L'accroissement des consommations d'énergie, dans les 25 ans qui viennent, ne concernera que marginalement les énergies renouvelables. Les énergies fossiles couvriront l'essentiel des besoins supplémentaires. Et le charbon, dans les pays en voie de développement les plus peuplés que sont l'Inde et la Chine, restera abondamment utilisé.

Or, toutes les énergies fossiles dégagent, en brûlant, des gaz à effet de serre qui, en s'accumulant dans l'atmosphère, risquent d'entraîner des changements climatiques dont on commence à percevoir les effets.

Face à ces menaces, nous savons ce qu'il convient de faire globalement :

L'engagement d'EDF

    L'explosion de la démographie urbaine va poser de plus en plus de problèmes d'environnement immédiat en terme de qualité de l'air et aussi de qualité de vie (poussière, bruit, odeurs) pour lesquels le recours à l'électricité dans les transports, le confort des lieux de vie et l'alimentation des process industriels, apporte une solution radicale, l'électricité ne générant aucune nuisance sur les lieux d'utilisation.

EDF s'engage à renforcer ses investissements dans les énergies renouvelables. EDF en est le premier producteur au sein de l'Union Européenne.

Les autres énergies renouvelables doivent devenir compétitives.

Notre engagement industriel est de faire progresser l'expertise technologique et la recherche.

Pour ce qui concerne la production, nos travaux visent à accroître les rendements et à atteindre un bon niveau de compétitivité des modes de production prometteurs mais encore coûteux (pile à combustible, photovoltaïque).

Pour le transport de l'électricité, nos chercheurs développent les futures solutions d'enfouissement, acceptables sur le plan de l'environnement et sur le plan économique. Notre engagement porte ainsi sur l'impact sanitaire de nos activités et le développement d'usages électriques favorables à la santé. Santé et environnement sont liés et l'opinion publique est de plus en plus sensible à la qualité de son environnement sanitaire.

EDF cherche à développer les meilleures solutions énergétiques pour l'environnement, notamment en fournissant une énergie propre (confort électrique, transports urbains, fours industriels, etc...) qui limite l'émission de CO2.

Ainsi, EDF accorde beaucoup d'importance au partenariat avec les collectivités territoriales, les associations et les différents acteurs locaux.

L'entreprise s'engage à lutter pour un développement plus équitable. L'un des axes principaux du développement durable est la lutte contre les inégalités dans l'accès à l'énergie. Nous voulons contribuer à répondre aux besoins de développement tout en limitant les émissions de gaz à effet de serre et le recours aux énergies fossiles. Cela passe par le transfert de pratiques économes en énergie et par le développement, dans le monde, des techniques de production propres. Il est nécessaire de ne pas négliger la dimension sociale de l'environnement. Notre pays est très sensible à la qualité du service public et lui accorde un espace pour agir.

Cependant, nous sommes soumis aux lois du marché. Pour que soient préservées des logiques de long terme, il est nécessaire de mettre sur pied des systèmes de régulation internationaux fixant les mêmes règles du jeu pour tous.

Nous entrons dans le 21è siècle avec la conscience que, comme le disait déjà Paul Valery il y a plus d'un demi-siècle : "le temps du monde fini commence". Nous savons que la Terre est un espace limité dont les ressources sont, elles aussi, limitées. Cette prise de conscience mondiale est un progrès récent. Il s'agit maintenant de ne rien gaspiller de nos richesses et de nos savoir-faire.

 

Xavier BEULIN

Président de la FOP à la FNSEA

Environnement et politique agricole

    Le monde agricole renvoit une image floue de ce qu'attendent les politiques, en terme économique, mais plus largement, en terme d'attente de nos concitoyens et des consommateurs. L'agriculture est empreinte d'une certaine inertie due à la longue rotation des cultures, ne permettant pas de parvenir à la réactivité nécessaire. En cette heure de la mondialisation, les conditions d'accès au marché, la standardisation des produits, les baisses des prix des produits, l'intégration de la Chine à l'OMC montrent que d'un côté, il existe le souci de libéraliser l'économie et les échanges. De l'autre, il convient de retrouver quelques spécificités, notamment en France et en Europe, sur des sujets particuliers qui touchent à l'environnement, à la sécurité alimentaire, à la qualité des produits.

Les agriculteurs doivent répondre aux attentes de la société européenne par une plus grande protection de l'environnement, un plus grand effort pour améliorer la qualité des produits. L'un de nos objectifs sera donc de nous rapprocher de l'intérêt du consommateur, citoyen et contribuable. A cet égard, nous devons nous interroger sur le sens que nous devons donner à une politique européenne. Comment les soutiens à l'agriculture se justifient-ils ? Que peut en attendre en retour le citoyen ? Qu'est-il en droit d'exiger notamment au regard de ces problèmes de qualité, de traçabilité et de sécurité alimentaire ?

Avec l'agriculture nous travaillons sur le vivant ce qui nous confère une spécificité. Et ce notamment au regard du principe de précaution qu'il convient de nuancer, car le vivant n'est pas une science exacte. Même si on tend toujours vers le risque zéro, il reste quasi impossible à atteindre.

Il faut inscrire l'agriculture dans une démarche durable et raisonnée, de telle sorte que nous fassions le meilleur usage possible des ressources naturelles et que nous laissions aux générations à venir, des conditions d'activité agricole les plus satisfaisantes possibles.

Nous pouvons aujourd'hui affirmer que la directive communautaire sur les nitrates va dans ce sens.

L'Europe défend, au sein de l'OMC, le concept de multifonctionnalité favorisant les exploitations à taille humaine. Même si leur nombre régresse et leur taille augmente, nous restons sur des structures de type familial. De notre côté, nous défendons le droit à la diversité, à la biodiversité qui implique un équilibre entre les productions. Pour ce faire, il est nécessaire de réinjecter orientations et moyens dans le but de maintenir ces équilibres.

Nous savons qu'il vaut mieux maintenir une agriculture diversifiée, (surfaces toujours en herbe, zones humides) permettant d'éviter une surconsommation d'intrants, plutôt que de favoriser un système de monoculture générant plus de besoins en matière de lutte contre les maladies.

L'environnement est devenu un élément intrinsèque de la politique agricole.

 

Corinne LEPAGE

Ancien ministre de l'Environnement

Quelles valeurs pour une morale de l'environnement ?

    La problématique d'une morale pour l'environnement place l'homme au centre du progrès. Mais quel est-il ?

Selon Jonas, le passage de l'espèce animale à l'espèce humaine s'est réalisé autour de trois symboles.

Le premier est l'outil : prolongement de l'activité humaine, qui permet à l'homme d'aller au-delà de sa force et de transformer l'environnement qui l'entoure. L'outil amène la physique et la science.

Le deuxième est l'image : représentation gratuite que nous nous faisons de la réalité, quidébouche sur l'art et la culture.

Troisième symbole : celui du tombeau. Il traduit la représentation que l'homme se fait de sa place dans le temps, sa relation à la mort, sa relation à Dieu. Cela fait appel à la croyance. Or, dit Jonas, la civilisation contemporaine fait l'impasse sur l'image et sur le tombeau pour privilégier l'outil. Autrement dit, dans notre société, c'est le progrès scientifique et technique qui caractérise l'homme et non les représentations culturelles, l'art, la métaphysique et la croyance. Nous pourrions à ce sujet, réfléchir sur les intégrismes et la revendication à l'identité culturelle qu'ils traduisent.

L'enjeu est là : "tu ne feras pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît." C'est une problématique de la responsabilité : à l'égard de l'autre, dans l'espace et dans le temps. Nos générations sont confrontées à des questions qui, de par leur importance quantitative et qualitative, ne sont comparables en rien avec celles que les générations précédentes ont connues. Nous devons adapter nos outils de pensée et d'action à ces nouvelles données, que nous ne maîtrisons pas : effet de serre, démographie galopante, réchauffement climatique, déforestation, destruction accélérée des espèces, pollution croissante des éléments naturels.

Ainsi, le progrès scientifique et technique, la croissance économique mettent en cause, non seulement le progrès tel qu'il a été vécu depuis Descartes, mais encore l'espèce humaine elle-même, sans parler des problèmes de transformation biotechnologique.

La problématique de cette nouvelle morale pose un triple enjeu : un enjeu humaniste, un enjeu de solidarité et un enjeu autour du thème du progrès.

L'enjeu humaniste est celui de la responsabilité de l'espèce à l'égard des autres espèces et des générations futures. La question essentielle réside dans la notion d'irréversibilité qui rendrait impossible les choix des générations futures. Nous n'avons moralement pas le droit de faire cela.

Le second enjeu est celui de la solidarité dans l'espace et dans le temps.

Enfin, le troisième enjeu est celui du progrès et de la science. Toutes les recherches peuvent-elles être entreprises ? Ou est-ce qu'au contraire, il convient de déterminer un certain nombre de règles, à défaut de limites ? Sachant que ce qui a été découvert a toujours été mis en œuvre. Dès lors, n'est ce pas au niveau de la découverte elle-même et des domaines de la recherche que les questions doivent se poser ?

Ce que nous observons depuis quelques années en matière de recherche sur les embryons humains en est une parfaite illustration. Tous les chefs d'Etats ont déclaré, il y a trois ans, qu'il n'y aurait jamais ni clonage humain, ni financement public sur les embryons. Trois ans plus tard, on voit ce qu'il en est. Nous sommes confrontés à un véritable problème moral et éthique qui, s'il est de la responsabilité des décideurs est aussi une responsabilité individuelle.

Il convient de respecter trois grands principes fondamentaux :

Tout ceci doit constituer une éthique de "l'agir humain" orientée autour de trois pôles : la reconstruction de l'unité de la personne, une morale du comportement et une refondation du politique.

La reconstitution de l'unité de la personne.

    Nos générations ont vécu plus de transformations en terme d'éthique et de mode de vie que celle de nos parents. Nous passons d'une civilisation du livre à une civilisation de l'image. Nous changeons de système économique, de système de valeurs et de système de références, le jeu des pouvoirs n'est plus le même.

Par conséquent, repenser notre place dans l'univers, essayer de reconstituer l'unité de notre personne, à la fois dans ce que nous sommes biologiquement et dans notre comportement, constituent incontestablement une morale d'action individuelle.

Une morale du comportement

    L'expert et le scientifique portent, dans nos sociétés technologiques, une part de responsabilité certes plus importante. Mais des conflits d'intérêts, y compris dans l'administration, apparaissent et notre société n'est absolument pas habituée à la gestion de ces derniers. Ainsi une morale du comportement est nécessaire de la part de l'expert et du scientifique, mais aussi de la part de l'agent économique qui considère que, respecter les lois est une considération moindre face à ses contraintes en terme de paiement des salariés et de satisfaction des actionnaires. S'il accepte des systèmes valorisants à la fois pour l'entreprise et pour la collectivité c'est une bonne chose. Cependant, ce n'est pas à l'entreprise de se substituer aux politiques pour prendre un certain nombre de décisions même si elle a une responsabilité tout à fait claire.

Les citoyens, ne serait-ce que par l'émergence de la société de l'information, apprennent à s'exprimer par d'autres moyens que celui de leur bulletin de vote. Ils peuvent notamment se mettre en réseau et connaître à tout moment des évènements se produisant n'importe où sur la planète.

L'information ne vient plus d'en haut, mais transversalement, permettant une organisation en contre-pouvoir totalement originale : nous nous dirigeons vers une organisation planétaire de pouvoirs et de contre-pouvoirs qui n'a plus rien à voir avec ce que nous avons connu et impliquant une responsabilité individuelle.

Le droit, par les procédures, l'émergence de juridictions internationales, les modes de règlements internationaux des différents, les principes généraux transcendant les droits nationaux, est en train de devenir l'un des grands acteurs de la traduction de cette morale tout en se substituant à elle : ce sont deux champs de l'action sociale bien différents.

Le principe de précaution - tant décrié aujourd'hui - est probablement un des instruments les plus puissants de régulation de la mondialisation. Ce n'est pas un hasard si, depuis des mois, les Etats-Unis refusent systématiquement qu'il puisse figurer dans les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce ou dans les règles du Codex alimentarius.

Or, s'il est un domaine dans lequel il serait pour le moins utile de distiller un peu de morale, c'est celui de la mondialisation, véritable machine à créer de la croissance, et des inégalités.

Il ne s'agit pas de remettre en cause la mondialisation, mais de voir comment l'espèce humaine pourrait l'utiliser comme un moyen au service de son développement et non comme une fin en soi. Dans ce contexte, le principe de précaution est un outil puissant.

Au-delà de la coexistence de l'environnement et de l'économie, posons la question de la coexistence de l'environnement et du politique. De quoi s'agit-il ? Tout simplement des choix de société qui doivent être faits, pour nous-mêmes et pour les autres. La responsabilité des politiques est proportionnelle à l'impact de leurs décisions. Par voie de conséquences, le politique aujourd'hui, n'a pas pour tâche de réguler l'activité économique - cela n'a plus aucun sens dans un système mondial - mais d'assurer la pédagogie et d'effectuer les grands choix pour l'avenir de la société qu'il représente. Ceux-ci ne sont plus du domaine de l'économie stricto sensu , mais de la bioéthique, des nouvelles technologies, d'une agriculture durable et de tous les domaines de l'action publique absorbés par les questions que nous avons abordées aujourd'hui.

En définitive, parler de morale et d'environnement, c'est redonner un sens à la politique - qui en manque cruellement - et essayer de retrouver ensemble les bases d'une nouvelle démocratie.

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