FORUM DU FUTUR


"L'Azerbaïdjan à l'orée du XXIème siècle : 

un nouvel essor"

Conférence du 24 septembre 1998


Jacques BAUMEL

Député maire de Rueil-Malmaison ; Président du Forum du Futur

 

Je suis particulièrement heureux d’accueillir ce soir son Excellence Madame Gousseinova, Ambasssadeur d’Azerbaïdjan en France pour une conférence sur son pays qui demeure relativement peu connu en France. Plusieurs bonnes raisons ont motivé notre choix sur ce pays.

 Tout d’abord parce que d’ici quelques semaines, auront lieu là-bas des élections présidentielles. Le Conseil de l’Europe y est largement impliqué et de nombreux parlementaires y seront dépêchés comme observateurs, pour veiller à ce que le scrutin se déroule dans le respect des règles démocratiques.

 Dans un deuxième temps, l’Azerbaïdjan est une République qui bénéficie d’un énorme potentiel. Au cours du prochain siècle, ce pays pourra jouer un rôle important, notamment sur le marché de l’énergie.  La Mer Caspienne est un gisement de pétrole considérable. Je déplore que les sociétés pétrolières françaises n’en aient pas encore suffisamment pris conscience, contrairement aux grandes compagnies américaines qui ont signé des contrats très prometteurs.

 Enfin, parce que c’est un pays qui traverse actuellement une situation très difficile. A la suite d’évènements sur lesquels je ne reviendrai pas, et après soixante-dix ans de domination soviétique, ce pays est en état de non-guerre, mais ce n’est pas encore un Etat de paix.  Il y a eu de nombreux conflits très durs autour du Haut-Karabakh qui ont beaucoup, et qui préoccupent encore le Conseil de l’Europe, l’OSCE et toutes les institutions qui ont pour charge d’assurer la stabilité et la paix dans ces régions explosives du Caucase.

 Madame Gousseinova a eu la gentillesse de répondre à mon invitation. Je préciserai en ce qui la concerne, que c’est une personne qui connaît très bien notre pays.  Elle est également parfaitement bilingue, spécialiste de linguistique romane et de lexicologie, également professeur de l’école nationale des langues vivantes.  C’est une grande personnalité culturelle et scientifique.  Je lui cède immédiatement la parole.

 

S.E.  Madame Eléonora GOUSSEINOVA

Ambassadeur  d’Azerbaïdjan en France

  
Merci,  Monsieur le Président,  de m’avoir donné la possibilité de prendre la parole devant une assemblée aussi représentative.

 Je voudrais surtout saluer la présence de Monsieur Jean Perrin, qui fut le premier Ambassadeur de la France en Azerbaïdjan, après le rétablissement de l'Indépendance, et qui continue de militer au nom du développement des relations entre la France et l'Azerbaïdjan.

 Avec sa superficie de 86 600 km2 et sa population de 7,5 millions d'habitants, l'Azerbaïdjan est l'un des trois pays du Caucase du Sud qui ont rétabli leur indépendance en 1991, après la dislocation de l'Union Soviétique.

 Ce pays qui se trouve au bord de la mer Caspienne est caractérisé par une extrême abondance et variété de son relief, climat, flore et faune : il suffit de dire que des treize zones climatiques, neuf sont représentées en Azerbaïdjan.

 Pays très ancien, l'Azerbaïdjan fut un des premiers foyers de la civilisation : la grotte d'Azych est le quatrième endroit au monde où vécut l'homme de Néandertal, il y a plus  d'un million d'années. A Goboustan, on a découvert des peintures rupestres qui sont vieilles de plus de dix mille ans.

 L'Azerbaïdjan est connu également comme est un des centres les plus anciens de tissage de tapis,  dont les plus beaux spécimens sont conservés dans les plus grands musées du monde, notamment au Louvre.

 Les premières formations administratives étatiques en Azerbaïdjan datent des IX-VI siècles avant Jésus Christ : ce furent les royaumes de Manna, de Medie et d'Atropatène.

 Au début du XXème siècle, grâce aux richesses pétrolières considérables et au "boom" industriel qui s'en est suivi, l’Azerbaïdjan devient un état prospère et solide où la première République Démocratique est proclamée en 1918.

 Cette république, qui a jeté les bases d'une société moderne et démocratique, n'a  duré que deux ans avant l'intervention bolchévique, instaurant le régime soviétique.

 L’Azerbaïdjan n'a retrouvé son indépendance qu'en 1991, à la suite de l'effondrement de l'URSS. Depuis, il mène une politique suivie visant à transformer  le pays en un Etat de droit, civil et démocratique.

 Jouissant d'importantes ressources minérales, doté d'une industrie développée, possédant une main d'œuvre et des cadres hautement qualifiés, l'Azerbaïdjan s'est heurté, néanmoins, à de grandes difficultés lors de son passage à une forme nouvelle de l'économie. Cette étape de transition a été marquée par une chute quasi globale de la production et une baisse sensible du niveau de vie de la population, dues en majeure partie au disfonctionnement de l'ancien système économique et à la rupture de liens avec ses partenaires ex-soviétiques.

 Cette époque difficile a duré jusqu'en 1993, lorsque Heydar Aliev a accédé au pouvoir. Depuis son arrivée, grâce à son expérience et à ses qualités de grand homme d'Etat,  la chute de l'économie a été arrêtée. Une série de réformes radicales dans tous les secteurs de la vie économique et sociale du pays ont été entreprises avec l'assistance technique, intellectuelle et logistique des institutions européennes et internationales.

 L'économie a commencé à se redresser à partir de 1997. Si le produit intérieur brut avait chuté de moitié juste après l’indépendance, en 1997 le taux de la  croissance  a  été  de  5,8 %.  Cette année, le PIB a connu une croissance de presque 10 %.

 Pour les années à venir, les statistiques prévoient une croissance stable de 10 à 12 % . On assiste à une amélioration nette de tous les indices économiques, ainsi qu'à une amélioration nette, mais moins importante des indices sociaux. 

 Dans le secteur principal de l'économie nationale, celui des hydrocarbures, quinze grands contrats pétroliers ont été conclus ces dernières années. Le premier contrat, appelé « contrat du siècle »,  réunissant quatorze compagnies de dix pays du monde, se réalise parfaitement et devance même les prévisions. Les  grandes compagnies françaises, Elf Aquitaine et Total, sont également présentes en Azerbaïdjan, bien qu'elles soient arrivées un peu tard. Les quelques cent trente structures contenant du pétrole, réservent, sans doute, d'agréables surprises pour les exploitants.

 Un des problèmes de l'utilisation efficace des ressources énergétiques, c'est leur  transport vers le consommateur, c'est à dire en Europe. Plusieurs projets de tracés, qui achemineraient les hydrocarbures de l'Asie Centrale et de l'Azerbaïdjan vers l'Europe,  sont en train d'être étudiés. En septembre dernier, une première Conférence Internationale sur l'installation d'un corridor énergétique Asie Centrale-Caucase-Europe (TRACECA) s'est tenue à Bakou sous l'égide de l'Union Européenne. Ce corridor représente en fait l'ancienne Route de le Soie qui, une fois réhabilitée,  pourrait redevenir un pont reliant l'Orient et l'Occident.

 
Un problème très douloureux auquel s'est heurté le pays au lendemain de son indépendance, est celui des revendications territoriales du pays voisin, l'Arménie, sur la partie haute de la région de Karabakh en Azerbaïdjan. A la suite des opérations militaires,  les formations armées arméniennes ont réussi à occuper 20% du territoire de l'Azerbaïdjan. Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts, un million d'azerbaïdjanais ont dû abandonner leurs maisons tant en Arménie, d'où ils étaient expulsés en 1988-1989, qu'en Azerbaïdjan.

 
Grâce au cessez le feu établi en 1995, les hostilités sont arrêtées, mais les réfugiés et les déplacés, bien qu'assistés partiellement par des organismes humanitaires internationaux,  attendent toujours le retour vers leurs foyers tout en restant à la charge de l'Etat.

 
Nous déplorons ce conflit qui a coûté des dizaines de milliers de vies, et qui continue à déstabiliser la situation dans le Caucase empêchant le développement harmonieux de la région.

 
L'Azerbaïdjan espère voir bientôt se résoudre ce conflit grâce, justement aux efforts que déploie la France en tant que Coprésident du Groupe de Minsk de l'OSCE, dont la mission est de trouver une solution pacifique et équitable à ce conflit qui sépare deux peuples qui ont toujours vécu en bon voisinage.

 


 DEBAT

 Jacques BAUMEL

 Merci Madame l’Ambassadeur, je crois effectivement que vous avez abordé un certain nombre de problèmes très importants tout d’abord pour votre pays, ensuite pour la région, qui est une région de stabilité délicate, et de façon plus générale pour le développement dans le siècle futur des possibilités économiques, industrielles, technologiques de l’Azerbaïdjan.

 
L’Azerbaïdjan est un pays passionnant où nous avons beaucoup d’intérêts à développer.  En ce qui concerne le pétrole, il est vrai que nous sommes arrivés un peu tard.  Total -et d’autres d’ailleurs- sont maintenant dans des contrats successifs qui se mettent en place.  Ce pays possède une trentaine de sites de pétrole exceptionnels, sur lesquels il n’y en a que trois ou quatre pour l’instant qui sont en voie d’exploitation. Qui dit pétrole dit forcément transport du pétrole, et c’est tout le grave problème des pipe-lines de l’Azerbaïdjan. Vous l’avez rappelé, il y a là une bataille politique et juridique d’une importance considérable.  Trois tracés de pipe-lines sont actuellement à l’étude et selon le choix qui sera fait, il est évident qu’il y aura un certain nombre de retombées stratégiques importantes. Ce projet est l’un des grands soucis de Monsieur Aliev et reste une grande inconnue pour l’avenir.

  

Serge COLLETTE, Expert International en Stratégie

 J’aurais quatre questions :

 - à quelle zone monétaire êtes-vous actuellement rattachés ?

- à quelle zone souhaitez-vous vous rattacher ?

- quelles sont les garanties actuelles de votre monnaie ?

- est-ce que nous avons l’espoir que les futurs contrats de l’Europe avec votre pays soient libellés en euros ?

  

S.E. Madame Eléonora GOUSSEINOVA

 A l’époque soviétique, toutes les républiques appartenaient à un espace monétaire commun, celui du rouble. Avec l'indépendance, nous avons restauré les attributs nationaux tels que l'hymne, le drapeau, la monnaie etc. C'est d'ailleurs en France, que les premiers billets de banque, les manats, ont été imprimés. 

 Au début, le manat a subi une forte inflation et a été dévalué jusqu'à mille six cent pour cent. A la suite d'une politique financière avisée et prudente l’inflation a été stoppée : l’année dernière, elle n'était que de + 0,4 %. Actuellement, la monnaie est stable,  la plus stable dans l’espace post-soviétique, bien qu'elle n’ait cours qu’à l’intérieur du pays.

 La monnaie de transaction étant le dollar, des mesures nécessaires ont été prises  pour que le manat ne souffre pas de certaines fluctuations du dollar, ce que l'on observe ailleurs. Grâce à la reprise de l'économie et aux bonus perçus sur les contrats pétroliers, une réserve considérable de fonds monétaires a été constituée. Néanmoins,  la variation des prix du pétrole se fait sentir sur les recettes du budget.

 Se trouvant aux confins de l’Europe, dont nous faisons partie, nous observons avec beaucoup d’attention le processus de l’intégration monétaire européenne.  Nous saluons l’apparition d'une monnaie unique européenne et espérons pouvoir y adhérer un jour.



Amiral BETERMIER

 Le début d’exploitation du pétrole en Mer Caspienne a commencé dans une certaine ambiguïté juridique.  Il y avait d’une part l’école qui voulait considérer la Caspienne comme une mer, -il semble que cela soit l’attitude de l’Azerbaïdjan et du Kazakstan-, tandis que les anciennes puissances riveraines, la Russie et l’Iran, s’attachaient à un partage à caractère territorial en considérant que c’était un lac. Pouvez-vous nous dire si l’affaire est juridiquement tranchée aujourd’hui ? D’autre part, dans quelle mesure les ambiguités qui pourraient subsister sur le découpage, le partage des zones, le tracé des pipe-lines ou les parts d’exploitation à l’intérieur des consortiums, n’incitent pas la Russie à utiliser ou à relancer la tension avec l’Arménie pour obtenir un traitement qui lui soit plus favorable ?

  

S.E. Madame ELEONORA GOUSSEINOVA

 Vous avez parfaitement raison.  Effectivement, le problème de la Mer Caspienne était  très sensible, il y a deux ou trois ans, car les points de vue sur son statut divergeaient considérablement, notamment ceux de l'Azerbaïdjan et de la Russie.

 A l’époque soviétique,  la mer était divisée entre l’Iran et l’URSS par des traités conclus en 1921 et 1940,  qui ne stipulaient pas, cependant, son usage commun.   De facto, la partie soviétique de la Mer Caspienne était divisée entre les républiques riveraines en secteurs,  qui étaient délimités suivant la ligne médiane, chaque pays y exploitant sa zone. La position de l'Azerbaïdjan consiste en la légalisation de cette exploitation réelle et concrète de la Caspienne.  A la suite des négociations entre toutes les parties concernées et grâce à la participation collective à l'exploitation des ressources off-shore de la Caspienne (notamment avec la Russie),  une meilleure compréhension s'est établie et une approche plus harmonieuse est en train d'être élaborée. Mais juridiquement, comme vous le dîtes, le problème n'est pas encore totalement résolu.

 
 

Amiral SCORDINO  

 J’aurais trois questions :

 - quels sont actuellement les statuts de la langue russe et de l’azéri ? 

- où en êtes-vous du changement d’alphabet, car je crois que vous avez adopté  l’alphabet latin ?

- aux prochaines élections, y-aura-t-il un concurrent à Monsieur Heidar Aliev ?

 

S.E. Madame Eléonora GOUSSEINOVA

 A l’époque de l'URSS, la langue officielle de tout l’espace soviétique était le russe, les langues nationales des autres républiques, dont l’azerbaïdjanais, étant reléguées au second plan, bien que proclamées officielles de jure.

 Après la restauration de l’indépendance, le statut de l'azerbaïdjanais en tant que langue officielle a été également rétabli. Or, le russe continue d'être parlé, enseigné,  étudié en Azerbaïdjan, car c'est la langue de la minorité slave, c'est la langue de communication entre les républiques de l'ex-URSS, c'est la langue de Tolstoï et de Dostoïevski. Rappelons nous de cette expression : « plus de langues tu as, plus de personnalités tu es ».

 Effectivement, le 11 octobre le pays va organiser les deuxièmes élections présidentielles. Le président Aliev est l’un des six candidats, parmi lesquels il y a des  représentants de l’opposition, ceux du centre ou indépendants. Une partie de l'opposition, dite radicale a décidé de  boycotter les élections, sous prétexte que la Loi Nationale sur les élections n'est pas suffisamment démocratique et qu'il pourrait y avoir des falsifications lors du scrutin. Or, cette loi a été élaborée dans une étroite  collaboration avec les institutions européennes et a reçu leur aval. De plus, des centaines d'observateurs internationaux, dont Monsieur Jacques Baumel, seront présents sur le terrain lors des élections. Donc,  il y aura un contrôle strict de l’application des règles démocratiques sur toutes les circonscriptions du pays. Quant au boycott des élections, ceux qui y recourent savent qu'ils n'auront pas beaucoup de chance à y gagner.

 Les chefs de ces partis d’opposition sont ceux qui ont été au pouvoir au lendemain de la chute de l'empire soviétique. Ces jeunes dissidents ont su renverser  le régime totalitaire, mais n’ont pas su passer de la destruction à la construction d'un Etat Nouveau diamétralement opposé à celui qu'ils avaient connu.  Là, il faut une grande  compétence et de l’expérience. Ces jeunes sont  animés par le désir de reprendre les rênes du pouvoir, ce qui est compréhensible, mais de là à accuser les autorités actuelles de ne rien faire de positif … Il y a une unanime constatation d'un assainissement radical de la situation politique, économique et sociale dans le pays : des chiffres et des avis d'experts en témoignent.

 

Colonel ISSAVERDENS

 Lorsque nous observons une carte de la région où se trouve l’Azerbaïdjan, et  que nous ne connaissons pas bien le secteur, nous sommes frappés par une sorte de symétrie entre le Nagorni-Karabakh d’un côté, et le Nakhitchévan de l’autre, de part et d’autre de l’Arménie.  Deux espèces d’enclaves, l’une côté azéri avec une population arménienne, l’autre côté arménien avec une population azéri.  Ne pourrait-on pas dire, en caricaturant un petit peu, laissons le Nagorni-Karabakh peuplé d’arméniens à l’Arménie et le Nakhitchévan peuplé d’azéris à l’Azerbaïdjan ?

 
 

S.E. Madame Eléonora GOUSSSEINOVA

 Cette question se pose lorsqu’on ne connaît pas les réalités historiques de la région. Il faut préciser tout d'abord que les deux régions, le Naxcivan tout comme le Haut-Karabakh sont parties intégrantes de l'Etat azerbaïdjanais.

 Au XIXème siècle, l'Azerbaïdjan représentait un ensemble de khanats,  petites unités administratives régies par des khanats, souverains locaux. Il y avait les khanats de Chirvan, de Naxcivan, d'Erevan, de Karabakh, etc… A l'époque, Erevan ne comptait que quelques 15 ou 16% d'arméniens, la majorité de la population étant azerbaïdjanaise.

 A la suite des guerres entre la Russie et la Perse, l'Azerbaïdjan a été divisé en deux : la partie sud est restée à l'Iran, la partie nord à la Russie.

 Pour former une sorte de rempart à sa frontière sud vis à vis des Empires Perse et Ottoman, la Russie  a fait venir des populations arméniennes au Caucase, et notamment en Azerbaïdjan, en leur distribuant gratuitement les terres des autochtones. C'est ainsi que les arméniens sont devenus majoritaires dans la partie haute du Karabakh. Quand le conflit s'est déclenché, des centaines de milliers d'azerbaïdjanais ont dû fuir l'Arménie laissant ainsi leurs terres ancestrales à la suite des persécutions. A ces deux cent mille réfugiés sont venus s'ajouter huit cent mille personnes déplacées,  chassées de toute la grande région de Karabakh qui constitue 1/5 du territoire du pays.

 Malgré tous ces problèmes, le pays essaie d'avancer, de trouver une solution pacifique à ce conflit sans revendiquer qu'on rende des territoires azerbaïdjanais aliénés au cours des siècles. Nous voulons que l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan soit respecté et qu'il soit restitué dans ses frontières officiellement reconnues.

 Nous considérons qu'il n'y pas d'autres solutions aux conflits que de faire une paix juste et durable au nom de la stabilité et du bien-être dans la région et bien au-delà.

 
 

Jacques BAUMEL 

 Nous n’allons pas entrer dans le problème de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan et de ces difficultés que nous venons d’évoquer. Je ne voudrais pas qu’on s’imagine que la France soutient tel pays par rapport à tel autre. Le président Chirac a d’excellentes relations avec le président Aliev. A Strasbourg, au  sommet du Conseil de l’Europe, il a tenté une conciliation entre le président Aliev et le président de l’Arménie Monsieur Petrossian. Nous étions presque parvenus à une solution. Malheureusement,  il y a eu à la suite de cela une affaire intérieure arménienne qui a abouti à la démission de Monsieur Petrossian comme président de la république arménienne et à l’élection du président du Karabakh à la présidence de l’Arménie. Actuellement les choses sont plutôt bloquées. Ceci  préoccupe beaucoup les européens, le Conseil de l’Europe, l’OSCE, la communauté internationale. Il a été créé un groupe de contacts : le groupe de « Minsk »,  pour essayer d’aborder un peu ces problèmes. Ce groupe est présidé conjointement par les Etats-Unis, la Russie et la France. Il avait lui aussi réussi à trouver des solutions par étapes, qui auraient peut-être pu faire avancer les choses. Par exemple, le premier accord, qui ne remettait pas en question le problème du Haut-Karabakh, consistait en l’évacuation des territoires strictement azerbaïdjanais qui sont actuellement occupés par les arméniens. On pouvait comme ça, par étapes, avancer vers une solution qu’il faudra bien trouver.  Nous avons décidé de réunir les ministres des Affaires Etrangères de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan et probablement du Haut-Karabakh le 3 novembre à Strasbourg, une fois de plus pour essayer d’avancer un peu vers une solution pacifique. Tout le monde y a intérêt, l’Azerbaïdjan parce qu’un million de réfugiés c’est lourd dans l’économie d’un pays, l’Arménie aussi  car la moitié du pays est ruiné : un tiers des habitants ne vivent que grâce aux apports de la diaspora arménienne de l’étranger.

 L’Arménie est dans une situation épouvantable, s’il n’y a pas un accord,  ils tomberont encore beaucoup plus bas. En Arménie, il y a des bases militaires russes, et une aide militaire russe importante de fournitures de matériel de guerre. Ce sont des situations qu’il ne faut pas prolonger.

 Il faut essayer de dominer des sentiments que nous pouvons comprendre, qui sont hérités du passé, mais nous ne ferons pas l’Europe de demain en se rappelant ce qui s’est passé il y a quatre siècles ou même au siècle dernier. Le Haut-Karabakh est un pays merveilleux, qui connaîtrait un avenir fantastique si nous pouvions rétablir les conditions de paix.

 En Europe de l’ouest, six ans après la grande guerre mondiale, les français se  sont réconciliés avec les allemands et aujourd’hui ce couple est un élément moteur de la construction européenne. Voilà un exemple que beaucoup d’autres devraient imiter. Il ne s’agit pas d’être pour l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, ou pour l’Arménie contre l’Azerbaïdjan, ce sont des positions totalement dépassées. Il faut établir la stabilité, la paix et la sécurité dans ces régions qui sont aux  portes de l’Europe occidentale, et qui comme les Balkans sont des poudrières. Sinon nous risquons d’avoir un jour un conflit qui dépassera de loin les petites questions de frontière ! Respectons les Droits de l’Homme et avec la communauté européenne nous trouverons des solutions de bon sens, d’équité et de démocratie.

 le Haut-Karabakh est aussi appelé le Nagorni-Karabakh