FORUM DU FUTUR


"Où va la Russie ?"
Conférence du vendredi 11 février 2000 à l'Assemblée Nationale


SOMMAIRE

 

"L'état de la Russie avant la démission du Président, 31 décembre 1999"

Hélène CARRERE D'ENCAUSSE, Secrétaire perpétuel de l'Académie Française

  

"L'opération de la succession et les débuts de l'ère Poutine"

Françoise THOM, Maître de conférences à l'Université Paris IV

  

"Les contradictions inhérentes à la politique intérieure russe. L'énigme Poutine"

Vladimir FEDOROVSKI, Ecrivain, Ancien diplomate

  

"Qui dirige la Russie ?Enjeux économiques et conséquences sur la vie politique"

François ROCHE, Directeur de la rédaction de l'Expansion

  

Débats animés par Baudoin BOLLAERT, Rédacteur en Chef au Figaro

 
Annexes

 

 

 

 

 


 

L'ETAT DE LA RUSSIE AVANT LA DEMISSION DU PRESIDENT, 
31 DECEMBRE 1999

Hélène CARRERE D'ENCAUSSE

 L'instabilité politique Russe

          A l'exception du Parti Communiste, il n'existe pas de partis politiques en Russie, et ce, parce que le mot "parti" s'identifie au Parti Communiste. Pour l'instant, la population rejette cette idée de "parti", ce qu'elle continuera sûrement à faire dans l'avenir. Ces derniers ont été interdits pendant soixante-quinze ans, et de surcroît, n'avaient eu que douze années d'existence entre 1905 et 1917. Les partis politiques ne naissent pas du néant ! Pourtant, quand on lit les programmes des partis politiques aux élections des Douma successives en ce début de siècle, on s'aperçoit très vite que les Russes avaient intégré ce système, cependant, ils l'avaient appris dans un climat qui n'était pas chaotique. Dans ce climat, des élites capables et dotées d'une certaine culture politique avaient, ainsi, représenté l'opposition pendant des années. Aujourd'hui, les Russes apprennent à faire des partis politiques avec des gens qui ne savent pas ce que c'est. La misère politique de la société russe est héritée de son passé.

 

         Or, sans partis politiques, il n'y a pas de démocratie. Chacun navigue dans des groupes qui se font et se défont, et même s'ils font de leur mieux, cela reste encore très flou.

 

         Malgré cela, politiquement le système a remporté des victoires incontestables :

·     Premièrement : l'éviction des communistes est un acquis majeur de cette période.

·     Deuxièmement : l'institutionnalisation des pratiques politiques, dont les élections, est fondamentale. Dans un système où cela n'existait pas, les élections, qu'elles soient locales, régionales ou nationales, sont prises très au sérieux par la population qui a compris que son destin pouvait dépendre d'elles. On remarque donc, la formation d'une conscience politique qui s'est consolidée en quelques années. La société a beaucoup appris, y compris les "petites vieilles" qui votent toujours pour les communistes, mais veulent que cela ait lieu via les élections.

·     Troisièmement : à l'instauration de pratiques démocratiques s'ajoute l'implantation de structures, d'institutions de la démocratie. La Constitution russe en vigueur est celle de 1993. Elle a été mise en place après le putsch qui a opposé le parlement au président Eltsine ; à mon sens, ce n'est pas une très bonne constitution. Les juristes français leur avaient pourtant vendu une conception et, parallèlement, les Américains s'occupaient de l'organisation économique. Le tout n'est évidemment pas parfait. Cette constitution fait apparaître un déséquilibre flagrant des pouvoirs : le président a tout et le parlement n'a pas de pouvoir. Tout ceci conduit à des blocages qui ralentissent les réformes. Aujourd'hui, une réforme constitutionnelle est absolument nécessaire. Il y a quelques jours, pour la première fois, les deux assemblées (la Douma et le Conseil de la Fédération réunissant les gouverneurs qui gèrent la Russie dans ses profondeurs) se sont réunies pour siéger ensemble, avec l'idée qu'il fallait réfléchir à l'avenir de la Russie et à sa Constitution. C'est un progrès politique considérable. Avant cela, chacun restait dans son coin. Ils ont enfin compris l'intérêt d'un vrai débat politique entre parlementaires.

 

         La nouvelle Constitution devra accorder plus de pouvoirs au Parlement et apprendre aux parlementaires, à voter des lois pour faire fonctionner l'ensemble. Cependant, cela ne s'intègre pas du jour au lendemain. Le parlement, n'ayant pas de pouvoir, a décidé, une fois pour toutes, qu'il lui incombait d'empêcher le gouvernement et le président de faire quoi que ce soit. Le résultat est, qu'en huit ans, il a été pratiquement impossible de faire des réformes dans ce pays. Néanmoins, les institutions de la démocratie sont là et une conscience démocratique se développe dans la société russe, même si cette dernière devra encore être approfondie.

 

 Les problèmes économiques

          La situation économique de la Russie est contradictoire. En 1992, les Russes "savaient qu'ils ne savaient rien". Ils se sont tournés vers les autres pays pour demander : "Comment faire la démocratie ? Comment construire une économie qui marche ?". Ils ont écouté les conseils des technocrates de Davos (Américains, Suédois et autres) qui leur ont expliqué les grandes théories de l'économie. Or, ces théories n'étaient pas transposables dans une société qui vivait dans la planification à outrance et dont l'économie était une économie de commandement. La "base libérale normale", pour exercer ces théories, n'existait pas dans la société russe. C'est une des raisons pour lesquelles les réformes n'ont pas fonctionné et pour lesquelles, de façon chaotique, il a fallut, tantôt donner un coup d'accélérateur, tantôt revenir à un minimum d'organisation étatique parce que les recommandations des théoriciens étaient inappropriées. Ces huit années n'ont pas été perdues pour autant car elles ont servi à éduquer les instances gouvernementales et économiques du pays. Les leçons ont parfois été dures et le coût social de ces réformes, souvent manquées, a été considérable.

 

         Faut-il pour autant, dire que l'ensemble de la vie économique russe est une catastrophe ?

Malgré l'état de faiblesse du pays, la crise financière d'août 1998 n'a pas anéanti la vie économique de la Russie. Moralement, la société a résisté. Les habitants ne sont pas descendus dans la rue malgré les appels du Parti Communiste. Depuis, si l'on observe dans les détails, on voit très bien un tissu économique se former. La vie est dure, mais il existe un esprit d'entreprise qui ne recouvre, certes, pas tout le pays, mais qui est celui de la jeunesse éduquée. Tous les intellectuels russes "sanglotent" parce que leurs enfants, bardés de diplômes, veulent être businessmen, mais c'est un signe formidable pour un pays qui a besoin de décoller !

         Malgré tout ce que nos maîtres nous ont appris en sciences politiques : "L'histoire de l'humanité passe par des étapes : du capitalisme au socialisme, etc.", nous assistons bel et bien au cheminement inverse. C'est une question à laquelle personne n'avait  réellement réfléchi.

         Aussi difficile que soit le chemin économique, il est clair que chacun sait maintenant en Russie, que la transition ne se fera pas d'un coup de baguette magique. Chacun a compris qu'il fallait faire des efforts pour trouver une réponse concrète.

  

Le pouvoir en Russie

          Le résultat est significatif. Monsieur Eltsine a de l'intuition politique. Pour sauver son pouvoir dans les situations difficiles, il a toujours su rebondir et trouver la réponse la plus adaptée. Durant ces huit années, apparemment discontinues et farfelues, ses idées ont été empreintes d'une certaine continuité.

         La première, en décidant, en 1992, que les communistes ne devaient pas revenir au pouvoir, en les rejetant et en manoeuvrant en permanence pour les écarter. Le jour où M. Primakov a fait appel à des communistes pour former son gouvernement, il s'est condamné aux yeux d'Eltsine. S'il a choisi Vladimir Poutine, c'est parce qu'il est convaincu que ce dernier pourra barrer la route aux communistes.

         Deuxième idée : il a toujours voulu suivre la voie des réformes. Chaque fois que cela ne fonctionnait pas, il appelait au pouvoir les personnes avec lesquelles il pensait pouvoir reprendre le projet.

         Troisième idée : il a toujours pensé que son pays était prisonnier de cette continuité du personnel politique hérité du pouvoir soviétique et qu'il fallait conduire, vers le pouvoir, une génération qui n'était plus soviétique. Né pendant, ou après, le XXè Congrès, sa génération n'a pas que le parti unique dans son univers mental. Depuis 1980, tout le monde savait, en URSS, que le système était perdu.

 

         Vladimir Poutine est issu de ses rangs. On lui reproche aujourd'hui d'être du KGB. Or, le KGB en Russie, c'est l'ENA à Paris ! C'est au KGB que l'on formait les cadres de l'administration, que l'on recrutait les élites, que l'on embauchait les plus diplômés. Il n'y avait pas d'autre école. Peu importe la partie "espionnage" que l'on connaît et qui n'a pas d'intérêt aujourd'hui. Le KGB était l'institution qui formait des cadres représentatifs et c'est comme cela qu'il faut le voir.

 

         Vladimir Poutine a été l'élève de l'ancien maire de Moscou, l'un des meilleurs professeurs de droit de Russie connaissant la conception occidentale du droit. Poutine était son préféré. Quand il parle de lui, il dit : "De toute ma carrière de professeur, de tous ceux que j'ai rencontrés, il est celui qui avait le plus le sens du droit". Le fait, que l'homme au pouvoir aujourd'hui soit obsédé par le droit, est suffisamment nouveau en Russie pour mériter d'être souligné. D'ailleurs, Vladimir Poutine a déclaré : "Je vais faire la dictature du droit". Personnellement, je préfère la dictature du droit à celle de la police.

 

         La Russie est pleine de contradictions. On ne peut pas la juger en évoquant un arsenal d'explications parce que tout s'oppose, aussi bien dans l'histoire ancienne que dans l'histoire récente. Pour comprendre ce pays, il faut regarder l'ensemble, il faut observer.

  

Baudoin BOLLAERT

          Vous avez dit, Madame, que les Etats-Unis avaient vendu, à la Russie, leur conception économique et la France, sa conception institutionnelle. Ne pensez-vous pas que beaucoup de bonnes fées se sont penchées sur le berceau de cette nouvelle Russie et, qu'au total, elle a bénéficié d'une bienveillance formidable de la part des pays occidentaux ? C'est un point sur lequel nous ne manquerons pas de revenir après avoir entendu Françoise Thom évoquer la succession de Boris Eltsine.

 

 

 

L'OPERATION DE LA SUCCESSION ET LES DEBUTS DE L'ERE POUTINE


 

Françoise THOM

          On a coutume de dire qu'une transition démocratique est réussie, lorsqu'une équipe au pouvoir est remplacée après le verdict des urnes et, lorsqu'une opposition structurée est constituée. Or, ces deux éléments sont aujourd'hui absents en Russie.

  

La montée au pouvoir de Vladimir Poutine

          En ce qui concerne Monsieur Poutine, il faut éviter de le juger trop rapidement d'après les discours qu'il destine aux occidentaux. N'oublions pas qu'il a été formé à l'école du KGB. Il a appris à parler aux occidentaux dont il connaît les attentes. Il sait, exactement, sur quels leviers appuyer pour faire plaisir ou rassurer, par conséquent, il ne faut pas le juger sur ses paroles mais plutôt sur ses actes.

         Vladimir Poutine a accédé au pouvoir depuis peu de temps, il est donc encore difficile de faire un bilan car nous avons peu de recul. Je ne me risquerai pas non plus à faire des pronostics.

 

         La montée au pouvoir de Vladimir Poutine remonte à environ un an, au printemps 1999. A cette époque, M. Primakov commence à révéler ses ambitions présidentielles et plusieurs scandales mettent en cause les oligarques et le clan du Kremlin. M. Primakov était acceptable comme figure de transition pour le clan du Kremlin, mais il n'était aucunement désigné comme le successeur de Boris Eltsine. Le projet de Primakov était d'annuler l'effet, catastrophique à ses yeux de vieil apparatchik communiste, du putsch d'août 1991. C'est-à-dire, le détournement des avoirs de l'Etat dans les mains de gens qui ne faisaient pas partie de l'ancienne nomenklatura, ou du moins, des hautes sphères de la nomenklatura qui avait distribué les biens à des parvenus. Le projet de M. Primakov consistait donc en une redistribution et une re-nationalisation, ce qui était inconcevable pour le clan du Kremlin.

 

         Jusqu'en février, M. Beregovski et la "famille" avaient l'espoir de conclure un marché avec M. Primakov, mais, après les scandales et certaines démarches maladroites de ce dernier, il devint clair qu'il avait des ambitions présidentielles et qu'il voulait remettre en selle les élites d'avant 1991. A cela, s'est ajoutée l'affaire du Kosovo. En mars, Vladimir Poutine prend la tête du Conseil de Sécurité.

 

         A partir de fin mars 1999, M. Primakov commence à "surfer" sur la vague nationaliste qui lui a été favorable dans l'opinion publique. Dès lors, M. Primakov devient un adversaire dangereux pour le clan du Kremlin et pour la "famille". Boris Eltsine va procéder en plusieurs étapes.

 

         Il va dessaisir, d'abord, M. Primakov du dossier yougoslave en le confiant à    M. Tchernomyrdine. Puis, le 12 mai, il le remplace par M. Stepachine. A partir de là, les oligarques et le clan du Kremlin respirent un peu mieux, même si la situation reste difficile car M. Primakov est toujours au sommet de sa popularité malgré son départ. Les échéances électorales se rapprochant, il fallait que le clan Eltsine trouve le moyen de revenir sur le devant de la scène. C'est ce que la Tchétchénie va leur offrir.

 

         Le 12 juin 1999, la marche sur Pristina a été un tournant. Le clan Eltsine a compris, alors, que le patriotisme pouvait être porteur et, surtout, qu'il pourrait détourner ce patriotisme à leur profit. C'est donc, ainsi, que fut reprise l'idée d'une petite guerre victorieuse dans le Caucase.

 

         En août, lorsque se forma le bloc Louchkov-Primakov-Chainev, la situation semblait désespérée pour les oligarques et le Kremlin qui étaient encore affaiblis par les révélations sur l'affaire de la banque de New York. Avec l'Occident, les ponts étaient momentanément coupés à cause des scandales de corruption. C'est dans ce contexte qu'eut lieu l'incursion dans le Daguestan, résultat manifeste d'une provocation ; le ministère de la défense avait retiré ses contingents des régions voisines et de la frontière, pour persuader les Tchétchènes de lancer une offensive facile. Selon les révélations du Mufti de Tchétchénie, M. Stepachine aurait armé les villages wahabites en dissimulant les armes dans des camions de médicaments.

 

         Cependant, le scénario ne va pas se dérouler conformément à ce qu'avaient prévu les oligarques (M. Beregovski principalement) ; ils souhaitaient un simulacre de guerre qui aurait permis de faire revenir le Général Lebed comme conciliateur. En réalité, ce scénario va être détourné par un nouveau centre de pouvoir qui s'est progressivement et secrètement mis en place depuis le printemps. Il repose sur une alliance de Vladimir Poutine et d'une faction dure de l'armée qui a donné à Boris Eltsine tous les gages nécessaires en le protégeant des attaques du procureur             M. Skouratov avant de le neutraliser définitivement. Aucun des oligarques n'était favorable au limogeage de M. Stepachine.

 

         Vladimir Poutine fut-il choisi par Boris Eltsine ou par "la famille" ? A t-il été imposé par ce nouveau centre de pouvoir ? On ne sait pas. En tous les cas, il a bénéficié d'autres appuis que celui de "la famille". Peu de temps après sa nomination, lorsqu'il lui a été demandé s'il fallait conserver tel ministre à son poste, il a répondu : "peu importe à qui tel ministre plait ou déplait, il doit me plaire à moi. C'est seulement à cette condition qu'il entrera dans le nouveau gouvernement". Aucun Premier Ministre d'Eltsine n'avait parlé de cette façon avant lui.

 

         Vladimir Poutine avait besoin d'une vraie guerre et non d'un simulacre. Après la destruction des villages wahabites, des explosions spectaculaires eurent lieu dans diverses villes russes les 9 et 13 septembre. Je crois qu'il ne faut pas écarter l'hypothèse de la participation des services russes, aussi monstrueux que cela puisse paraître, d'autant qu'à Riazan, la police locale a surpris le FSB (les services spéciaux), le 22 septembre, en train d'installer des explosifs dans une maison. Immédiatement après la vague d'attentats, Vladimir Poutine, sans preuve, a dénoncé violemment les tchétchènes à la télévision. Le 23 septembre, la Russie se lance alors dans la guerre contre les tchétchènes avec le soutien de l'opinion publique, mise en condition par les vagues d'attentats. Après cela, Vladimir Poutine était inamovible : la guerre a renforcé son entente avec l'armée et l'a protégé du clan Eltsine. Il lui restait à exploiter la vague nationaliste.

 

         La bataille pour le contrôle des médias n'avait, jusqu'alors, jamais été remportée par les Primakoviens. Or, à partir de septembre, en quelques mois, le clan Primakov-Louchkov a été littéralement discrédité par les attaques de la chaîne de télévision d'Etat (ORT). M. Primakov a été montré comme une sorte de Brejnev gâteux et a même été traité d'assassin. Le bloc pro-gouvernemental, créé de toutes pièces en septembre, a grimpé en flèche dans les sondages sans avoir, pour autant, un programme autre que celui de "faire la guerre aux Tchétchènes" empreint d'un nationalisme virulent. Ce nationalisme s'est exprimé sous la forme d'un sentiment de xénophobie à l'encontre des Tchétchènes, mais aussi des occidentaux. Les Poutiniens ont réussi à présenter le scandale de la banque de New York et les révélations de la presse occidentale sur la corruption des dirigeants du Kremlin, comme une manifestation de russophobie. Dès la campagne électorale, le bloc gouvernemental a discrètement appuyé les communistes. Un début d'alliance a vu le jour avec             M. Ziouganov, inspiré par la crainte d'une victoire des Primakoviens.

 

         Les élections de 1999, tout comme celles de 1996, ont montré à quel point la société était incontrôlable par le pouvoir exécutif. Elles ont aussi montré à quel point une opposition était impossible en Russie parce que, tout au long de la campagne électorale, tous les candidats n'ont cessé de proclamer qu'ils voulaient coopérer les uns avec les autres. Aucun n'a pu prendre de véritable posture d'opposant. On a l'impression qu'ils avaient capitulé avant le scrutin.

 

         Les élections furent un succès pour Vladimir Poutine. En "bons soviétiques", les gouverneurs qui avaient soutenu le bloc Primakov-Louchkov se hâtèrent de faire allégeance. Le 18 décembre, Vladimir Poutine déclarait ainsi, sur le ton de la plaisanterie, lors d'une réunion des responsables de la sécurité : "Un groupe d'officiers du FSB a été secrètement chargé d'infiltrer une organisation criminelle    (il voulait dire le gouvernement russe), il a rempli cette première mission avec succès". C'est une plaisanterie particulièrement révélatrice.

 

         Vladimir Poutine est-il l'homme des oligarques ? Jusqu'ici, il en a donné l'impression ; il était allié avec M. Beregovski et à l'époque de l'affaire Skouratov, il a tiré le Kremlin d'un mauvais pas. On peut se demander si cela va durer. Va-t-il rester leur homme ou bien leur "tordre le cou" ?

 

         L'ascension de V. Poutine est donc le résultat de deux manipulations parallèles, l'une organisée par le clan Eltsine, l'autre par le noyau dur regroupant les hommes du FSB, du GRU et de l'Etat-Major. On a parlé, à juste titre, d'un coup d'état rampant visible à partir de juin 1999, lors de la marche sur Pristina.

         Quelles que soient les zones d'ombres qui perdurent, on peut conclure que l'opération a été menée avec une résolution, une brutalité, un cynisme et une absence de scrupules stupéfiants. Les exécutants ont manifesté un extraordinaire talent de manipulation de l'opinion publique. En fonction du public auquel il s'adressait, Vladimir Poutine a réussi à se vendre, tour à tour, comme un néo-andropovien ou comme un nouveau Pinochet, ce qui n'est pas la même chose, et surtout, ce qui est nouveau dans la Russie post-communiste, c'est que l'opération a été menée avec une discipline impeccable. C'est cela qu'il faut garder à l'esprit lorsqu'on s'interroge sur le futur président Poutine.

 

         Quelles sont les premières mesures politiques du Président par intérim     Poutine ? Sont-elles encourageantes pour l'avenir de la démocratie en Russie ?

  

La conception du pouvoir de Monsieur POUTINE

          En ce qui concerne la presse, alors qu'il n'était encore que Premier Ministre,    V. Poutine avait déjà exprimé sa conception de sa liberté en manifestant sa préférence pour les médias d'Etat. Il avait déclaré : "L'Etat devrait avoir ses propres médias afin de communiquer au public la position officielle". Il a invité les journalistes de province à "fournir leur appui talentueux à toutes les mesures positives prises par Moscou". Très tôt, il s'est arrangé pour que les informations compromettantes sur lui, soient étouffées dans l'oeuf. Ainsi, par exemple, un site Internet qui diffusait les détails d'une affaire de corruption le mettant en cause, a disparu au bout de quelques heures. Pour s'assurer la docilité de la presse, il a créé des "sections presse" au sein du FSB. Ces sections devront constituer des dossiers sur chaque journaliste, indiquant notamment, ses sources, ses pseudonymes, ou l'origine de ses revenus. Les fonctionnaires responsables de fuites seront sanctionnés, de même ceux qui rencontrent des journalistes sans autorisation de leur supérieur hiérarchique. Les subventions à la presse régionale seront désormais distribuées sous le contrôle du ministère de la presse à Moscou. La presse régionale a donc été retirée du contrôle des gouverneurs.

 

         En ce qui concerne la "mise au pas" des gouverneurs et de l'appareil d'Etat, là, non plus, V. Poutine n'a pas perdu de temps. Dès le mois de mars, lorsque B. Eltsine l'a nommé numéro deux de l'administration présidentielle, Vladimir Poutine a commencé par rassembler des dossiers compromettants sur les gouverneurs afin qu'ils se conforment à la politique fédérale. Il a fait de même pour les membres de l'administration. Après la démission de Boris Eltsine, il a limogé M. Borodine, le chef de l'administration économique. Or, cette administration économique du Kremlin est très importante, parce que c'est elle qui distribue les gratifications (maisons, voitures) aux députés et hauts fonctionnaires de l'Etat. C'est une administration qui permet de tenir l'appareil d'Etat. Fin janvier, Vladimir Poutine avait déjà remplacé près de la moitié des représentants du Président auprès des gouverneurs, ce qui lui permet de contrôler fermement le Conseil de la Fédération, alors que Boris Eltsine n'y était pas parvenu.

 

         Vladimir Poutine semble, également, avoir une vision très soviétique de l'économie. Le 3 janvier 2000, par exemple, il a réuni les responsables du secteur énergétique et leur a dit : "Cessez de pleurnicher. Trouvez du gaz rapidement pour le pays, autrement nous pourrions vous mettre en prison". Ce sont des propos dignes du "camarade Staline". Le programme économique de Vladimir Poutine, jusqu'à présent, ressemble beaucoup à celui de M. Primakov.

 

         Quant à sa main mise sur le FSB et sur la Douma, dès sa nomination par Boris Eltsine à la tête du FSB en juillet 1998, il avait installé aux postes clef des technocrates de Saint Petersbourg, dont le tristement célèbre M. Cherkesov qui dirigeait le cinquième directorat du KGB de Leningrad et pourchassait, autrefois, les dissidents.

         Dans son discours du nouvel an, M. Poutine a déclaré : "le potentiel des services spéciaux ne sera pas seulement conservé, il sera augmenté". C'est une promesse à laquelle on peut croire assez facilement. Il dispose d'une armée d'agents du fisc de 32 000 hommes, qu'il peut "lâcher à volonté' contre tout adversaire politique potentiel. L'alliance du 18 janvier avec les communistes assure à Vladimir Poutine le contrôle de la Douma. Les présidents des principales commissions de la Douma ont été choisis par lui.

 

         En conclusion, ce qui fait peur, c'est que l'on a l'impression qu'il n'y a aucun contrôle dans la société russe et que Vladimir Poutine peut faire tout ce qu'il veut, sans contrepoids. Il maîtrise tous les organes du pouvoir. Ceci est d'autant plus effrayant qu'il doit son accession au pouvoir, à une guerre !

 

 Baudoin BOLLAERT

          A vous entendre, vous seriez partisane de la thèse du complot.

  

Françoise de PANAFIEU

         Vous évoquez le conflit de la Tchétchénie comme un moyen évident et absolu pour Vladimir Poutine de s'emparer du pouvoir. Par ailleurs, lorsque cette guerre s'est déclarée, nombreux sont ceux qui ont fait valoir le facteur religieux. Quelle importance a cet argument ?

 

 Françoise THOM

          Le facteur islamique est la toile de fond du conflit tchétchène. Je me suis concentrée sur le moment choisi pour résoudre ce conflit et l'utilisation qui en a été faite. Il résulte de l'ancien antagonisme entre la Russie et le Caucase, bien antérieur à l'islamisme militant wahabite.

 

 

 

LES CONTRADICTION INHERENTES A LA POLITIQUE INTERIEURE

L'ENIGME POUTINE

 

Vladimir FEDOROVSKI

          Je pense que, l'un des principaux acquis de la période post-communiste, réside dans le fait que la Russie soit revenue en Europe. La Russie joue un rôle important dans la diplomatie internationale et l'avenir de l'ensemble européen.

 

         Le premier aspect à considérer est la personnalité énigmatique de Vladimir Poutine. Nous ne le connaissons pas vraiment, et son passé d'ex-KGB intrigue. Il était effectivement lieutenant colonel au KGB. Il a même été décoré par la Stasi. Est-ce une raison suffisante pour présumer de ses prochains actes, même s'il est vrai qu'il a déposé de magnifiques gerbes de fleurs, le même jour, sur les tombes de               MM. Sakharov et Andropov ? De tels gestes sont des images que l'on interprète selon la morale, mais qui, en réalité, n'indiquent rien sur son programme.

 

         Il ne faut pas interpréter, et c'est ce que nous enseigne l'histoire de la Russie. Ainsi, de M. Kroutchev, "ce grand criminel stalinien", qui a fait tuer un nombre considérable de gens en Ukraine, l'Histoire a retenu qu'il était un anti-stalinien. De Boris Eltsine, médiocre apparatchik communiste, on retiendra qu'il était un anti-communiste convaincu. En ce qui concerne Vladimir Poutine, le passé devrait être mis en exergue ; c'est lui qui nous donnera les clefs pour comprendre les décisions du président par intérim. Pour l'instant, je ne voudrais pas émettre de préjugés défavorables à son égard.

 

         La période eltsinienne est synonyme d'acquis pour le pays, mais aussi de désastre économique. C'est pour cette raison, qu'au soir de sa démission, Boris Eltsine n'a pas oublié de demander pardon au peuple. M. Soljenitsyne a dit souvent que : "l'on avait choisi la pire des voies pour sortir du communisme". Je ne partage pas cet avis. On aurait sûrement pu faire mieux, cela est vrai, mais il y a un grand nombre d'autres facteurs à prendre en considération comme la guerre civile, la décolonisation désordonnée, etc. On oublie aussi, la transformation économique. C'est un point essentiel pour la Russie. Dans ce domaine, les recettes sont nombreuses : l'adoption d'un code pour les investissements, la transformation du système bancaire, l'accès favorisé à la propriété privée, etc. Il n'y a rien de nouveau là-dedans. Tout le problème est de pouvoir mettre en oeuvre ce type de réformes. Aujourd'hui, tout profite aux oligarques, favorise la fuite des capitaux, entraîne la ruine du pays et accentue la pauvreté des habitants.

 

         Nous sommes dans une période de transition, dans laquelle il faut agir vite. Le pays, qui était favorable à l'économie de marché, peut y devenir rapidement défavorable, de pro-occidental, il peut devenir anti-occidental et xénophobe. Ce dont malheureusement, il prend le chemin. Enfin, la Russie devenue anti-communiste peut redevenir communiste. Beaucoup de questions de fond sont en jeu et déterminantes pour son évolution.

         Or, je remarque - sans avoir de préjugés sur Vladimir Poutine - que son esprit manipulateur hérité de ses anciens maîtres à penser, lui a permis d'obtenir la majorité nécessaire, lors des élections de décembre dernier, pour faire appliquer toutes ces recettes connues. En dépit de quoi, il a fait élire un communiste modéré -                  M. Jirinovski, que je considère comme une personne peu recommandable - à la tête de la Douma. Ceci m'alerte, et je ne peux rester insensible à ce signal. Dans ce cas, il ne s'agit pas d'interprétation mais d'une décision bien réelle.

 

         Un autre aspect à considérer est le contexte de la guerre en Tchétchénie. Diplomate pendant vingt-cinq ans, j'ai, de ce fait, consacré beaucoup de temps à l'étude de l'Islam. Sur cette question, mon expérience me conduit à penser qu'il faut marginaliser les extrémistes et travailler avec les modérés. Il faut s'occuper des problèmes économiques de la région, république par république, car de sérieux problèmes économiques existent, notamment le chômage ou encore la coopération avec l'ensemble européen et la géopolitique avec le tracé des oléoducs. Aucune de ces questions ne pourra être résolue sans la coopération et la bonne volonté de tous les partenaires, en dépit du terrorisme et des questions territoriales qui sont bien réelles. Les répercutions géopolitiques de ce conflit sur la région sont très graves. Le conflit avec la Tchétchénie va à l'encontre des intérêts de la Russie. Il provoque des réactions politiques, économiques et morales à l'intérieur de la société des pays voisins, que ce soit l'Ukraine ou d'autres. Il place la Russie en position de faiblesse vis à vis d'eux. Ceci aura forcement un impact sur l'avenir économique et politique de la région.

 

         Vladimir Poutine a, devant lui, un énorme chantier avec la lutte contre la corruption et la fuite des capitaux. C'est un problème de fond pour la Russie, qui touche tous les secteurs de l'économie, de l'Etat et de la société russe. La question est de savoir s'il va entreprendre une vraie "purge". En même temps, nous sommes parvenus à une situation particulière où la pègre, les anciens de l'appareil communiste et les hommes d'affaires forment une symbiose dont les ficelles aboutissent souvent à l'entourage de Boris Eltsine. Comment agir dans ce contexte ? Pour l'instant, on ne sait pas ce qu'il va faire. Il change les gouverneurs, annonce qu'il va s'attaquer à la corruption mais quelles seront les méthodes, les filières, et avec qui va-t-il agir ? L'ambiguïté est totale.

 

         Vladimir Poutine s'est révélé être un excellent manipulateur notamment lors de sa prise de contrôle de la presse et des gouverneurs. Pourtant, il semble pouvoir se permettre de prendre des décisions totalement ahurissantes : un journaliste de la radio a été arrêté dans des conditions totalement arbitraires, avant d'être remis aux mains de ceux que, Vladimir Poutine lui-même, qualifie de bandits. Pas plus tard qu'avant hier, on a supprimé notes et outils de travail à une jeune journaliste, dans des conditions de violence inimaginables. Je vois en cela une régression importante de la liberté de la presse en Russie, comparé à ce qui avait été acquis après le putsch de 1991. Je me demande pourquoi, et surtout, pourquoi maintenant ?

 

         Ceci me laisse entrevoir un autre danger se profilant à l'horizon. J'ai très peur que l'énigme Vladimir Poutine, avec ses décisions et ses méthodes qui jusqu'à présent ont été radicales, entraîne des interprétations personnelles de la part de ceux qui l'observent, et crée de la désinformation. Certes, il faut dire les choses telles qu'elles sont et sans détour, mais il faut prendre garde en les disant, à préserver les relations avec la Russie, les événements ne sont pas toujours aussi beaux, aussi moraux, aussi démocratiques que la communauté internationale - et la communauté européenne en particulier - pourraient le souhaiter. Pour autant, il ne faut pas tomber dans un réflexe de rejet ou de mise à l'écart de la Russie.

 

         Il est nécessaire de construire une autre Europe, et celle-ci aura besoin de la Russie. Il faut garder une attitude sereine, de part et d'autre, dans les discussions, sans préjugés défavorables à l'égard du peuple russe qui restera lui-même, quelque soit l'équipe qui le dirigera. On dit très bien en français : "les chiens aboient, la caravane passe". Dans le cas présent, la caravane, c'est le gouvernement.

 

Baudouin BOLLAERT

          Hubert Vedrine revient de Moscou où il a rencontré Vladimir Poutine pendant plus d'une heure et demie. Le président russe par intérim a déclaré : "De tout le Caucase, il faut craindre l'Afghanistan. Les Russes se chargent du travail des européens". Que pensez-vous de cela ?

  

Jacques BAUMEL

          Dans le contexte politique russe actuel, la France doit tenir des positions diplomatiques simples. Indéniablement, la Russie est un élément incontournable de l'équilibre européen. Pour l'avoir nié à certains moments, l'Europe en a souffert, or, la participation d'un pays à l'Europe implique qu'il doive respecter un certain nombre de droits fondamentaux : le respect des frontières internationalement reconnues et le respect juridique et spirituel des Droits de l'Homme. La Russie y répond-t-elle aujourd'hui ? Il y a deux ans, nous avons pensé que oui, lorsqu'elle a rejoint le Conseil de l'Europe. C'était prématuré. Aujourd'hui, vis à vis de l'horreur du conflit tchétchène, nous mesurons le risque que nous avons décidé de prendre à l'époque.

 

         De façon très précise, il faut déterminer ce qui sera une bonne politique pour l'Europe, en faveur de la paix et de l'équilibre, et ce qui sera une bonne politique pour la France. Il n'est pas sûr, d'ailleurs, que les deux politiques coïncident parfaitement, mais il faut faire en sorte qu'elles soient le plus proche possible. Il faut que la France, dans cette affaire, soit un partenaire important et respecté, ce qui n'est pas simple. Hubert Vedrine vient de se rendre à Moscou, était-ce nécessaire ? Ne se prête-t-on pas ainsi à des interprétations ou à des implications même indirectes ? Je ne le crois pas, car je suis partisan d'une politique de présence, à condition de parler net, haut et fort, tout comme je pense, qu'en se rendant dans tel ou tel endroit pour discuter avec des dirigeants, on ne se laisse par forcément entraîner dans une dialectique qui serait la leur.

  

Baudouin BOLLAERT

          Je vous rassure : en ce moment, à Moscou, on assiste à un défilé des grands de ce monde.

 

 Jacques BAUMEL

          Justement, est-ce très digne pour les occidentaux ? Ne sommes-nous pas face à une situation rappelant, tragiquement, celle qui existait, il y a quelques dizaines d'années, quand tous les chefs d'Etat ou de gouvernement se rendaient en cortège dans une autre capitale ?

 

 

QUI DIRIGE LA RUSSIE ?

ENJEUX ECONOMIQUES ET CONSEQUENCES SUR LA VIE POLITIQUE

 

François ROCHE

          Je vais essayer, quant à moi, de faire le point sur la situation économique du pays dont tout le monde sait qu'il est extrêmement riche, étant notamment doté de richesses naturelles, sans comparaison aucune avec le reste du monde.

 

         Hélène Carrère D'Encausse a rappelé que l'obsession de Boris Eltsine était d'empêcher tout retour en arrière. La politique économique qu'il a menée à partir de son accession au pouvoir, en est une parfaite illustration. La privatisation de l'économie, réalisée en plusieurs étapes, fut une décision historique. Avec de jeunes réformateurs petersbourgeois, il a entrepris de privatiser l'ensemble des entreprises, à quelques exceptions près. Ce fut une privatisation populaire par le biais de "ventures". Entre le 1er octobre 1992 et le 30 juin 1994, les 150 millions de russes se sont retrouvés actionnaires, dans leurs entreprises, ou du moins, détenant du papier qui pouvait les transformer en actionnaires. Il faut replacer cela dans le contexte de l'époque alors que les gens ignoraient ce qu'étaient les actions, les obligations, le fonctionnement des entreprises privées, les comptes, etc. On imagine bien les perturbations que cela a pu engendrer. Cette décision a été l'acte fondateur de la réforme économique russe.

 

         Pourquoi la privatisation s'est-elle mal passée, et pourquoi la réforme économique a-t-elle mal tourné ? Objectivement, je dirais qu'il ne pouvait en être autrement. Ce fut une décision massive, sans préparation, dans un laps de temps trop court et un contexte psychologique qui ne permettait, ni de comprendre la décision, ni d'en accepter les enjeux. En revanche, dans l'ombre, ceux qui avaient parfaitement compris les enjeux de cette privatisation, ont progressivement dépossédé les citoyens russes de leurs titres de propriété, en utilisant des procédés et processus que l'on commence seulement à connaître.

 

         L'autre moment fort de la privatisation et de la réforme économique a eu lieu vers la fin de 1995, lorsque les compagnies minières et pétrolières furent mises aux enchères. Elles ont été rachetées principalement par les amis du pouvoir, ceux que l'on a coutume de nommer les oligarques. Les méthodes d'achat sont assez simples puisque le banquier, qui est sensé être le conseil du gouvernement et qui fixe le prix de vente, est aussi celui qui va acheter la compagnie. Cela évite un grand nombre de tracas administratifs. A cette époque, nous avons vu se constituer une catégorie de citoyens russes "plus égaux" que d'autres, à la tête de véritables groupes comprenant à la fois du pétrole, des banques et de nombreuses autres activités.

 

         Pour terminer, je rappellerai quelques éléments de l'économie russe. En 1997, l'économie reposait principalement sur le casino. Entre 1996 et 1997, la capitalisation de la bourse de Moscou est passée de 10 à 100 milliards de dollars américains. Tous les grands fonds étrangers anglo-saxons se sont précipités vers la bourse de Moscou et ont acheté des titres d'entreprises dont ils ne savaient rien ou presque, bien qu'elles aient été auditées par de grands noms. En réalité, on a découvert, plus tard, que ces audits ne valaient que le prix auquel ils ont été facturés, la réalité de ces entreprises ayant été occultée.

 

         En août 1998, la décision de l'Etat russe de ne pas honorer sa dette domestique et de dévaluer le rouble, a provoqué une crise financière importante entraînant la faillite bancaire et la quasi rupture des relations entre la Russie et les grandes banques internationales. Dès lors, nous sommes entrés dans une nouvelle période : il y a l'avant et l'après 17 août 1998.

 

         Comment cet "après" se présente t-il ? Comment les dirigeants de ce pays peuvent-ils influer sur la situation économique ?

 

         Ce qui caractérise l'économie russe, aujourd'hui, c'est sa diversité. Le secteur du pétrole et des métaux se porte bien. Les cours de l'aluminium n'ont jamais été aussi élevés et la Russie est l'un des plus gros producteurs du monde. Même chose pour l'or, sa production de 125 tonnes en 1999 est un record absolu, sans parler du platine, du palladium ou des cours du pétrole passés de 11 à 28 dollars le baril en un an. Tout ceci est très favorable aux producteurs russes, d'autant que la dévaluation du rouble a diminué leurs coûts de production.

 

         Parmi les secteurs porteurs, il ne faut pas oublier non plus le secteur militaro-industriel. On le croyait moribond, or le ministre chargé de ce dossier a annoncé, il y a quelques jours, que, pour l'an 2000, la Russie exporterait pour une valeur de            4 milliards de dollars d'armements. C'est encore un record. Il faut noter, en outre, que ces exportations sont concentrées vers deux pays : l'Inde et la Chine. L'Inde est, à ce propos, sur le point de commander 300 chars d'assaut. Par ailleurs, Monsieur Poutine a promis que les commandes de l'Etat, à l'industrie militaire russe, augmenteraient de 50 % en l'an 2000.

 

         La conjoncture est donc favorable aux secteurs : pétrole, métaux non ferreux et militaire.

 

         Depuis août 1998, la dévaluation du rouble a rendu les importations hors de prix. Cela a favorisé l'activité des entreprises locales dans de nombreux secteurs, même si la qualité des produits n'est pas équivalente. Dans l'automobile ou l'agroalimentaire, depuis 18 mois, l'activité des entreprises russes s'est améliorée. En revanche, il est difficile encore d'en mesurer les résultats. On annonce que le PIB a, en 1999, augmenté de 2 % par rapport à celui de 1998. Il devrait augmenter encore   de 1,5 % en 2000. Cela ne compense pourtant pas la chute de 1998. Le solde commercial est largement positif : 28 milliards de dollars en 1999. Ce niveau devrait se maintenir pour l'année 2000.

 

         Dans ces conditions, la Russie devrait pouvoir rééquilibrer ses comptes, d'autant qu'elle a renoncé au remboursement de sa dette domestique, supprimant ainsi une charge d'intérêts non négligeable. Pourtant, le déficit est encore assez élevé, est-ce à cause de la guerre en Tchétchénie ? Le ministre des finances a annoncé un coût de 170 millions de dollars en 1999. Je doute, personnellement, que ce chiffre reflète la réalité. En tous les cas, en ce qui concerne les finances extérieures, Vladimir Poutine ne pourra longtemps cacher à la communauté financière internationale qu'il doit trouver, pour l'année 2000, environ 10 milliards de dollars, en vue du remboursement des prêts contractés auprès des institutions internationales. En tout état de cause, il n'aurait pas cet d'argent.

 

         Compte tenu du frémissement de reprise économique, décelé depuis quelques mois, les Russes voient-ils leurs conditions d'existence s'améliorer ? Je suis en mesure d'affirmer que non. Au vu des chiffres donnés par la ministère russe de l'économie, on estime que 50 millions de personnes, c'est-à-dire 35 % de la population, ne perçoient pas plus du minimum vital évalué à 38 dollars par mois (250 francs). Le salaire mensuel moyen a diminué de 74 à 67 dollars par mois. Le panier vital de la ménagère est estimé à 21 dollars par mois, or, le niveau de la retraite est à 15 dollars par mois. Ainsi, 10 % de la population se sont partagé 32,7 % des revenus du pays l'an dernier, tandis que les 20 % les plus pauvres se sont partagé 6 %. Donc, même si l'on note des améliorations - les industries exportatrices encaissant plus d'argent - au niveau du russe "moyen", la situation n'a jamais été aussi mauvaise.

 

         Ceci nous renvoie, immédiatement, à la question épineuse suivante : Où va l'argent ? On estime que, depuis environ dix ans, entre 200 et 300 milliards de dollars ont quitté la Russie pour être investis à l'étranger. Ces sommes proviennent massivement de la fraude fiscale. Le gouverneur de la banque centrale, il y a quelques jours, a estimé les fuites illégales de capitaux à 1 milliard de dollars par mois, c'est-à-dire 12 milliards par an, à peine plus que ce que devrait rembourser la Russie aux institutions internationales pour l'an 2000. Ce problème est loin d'être réglé.

 

         Après ces précisions et disposant de ces éléments, nous devrions percevoir clairement les projets économiques de Vladimir Poutine. Il existe encore de nombreuses zones d'ombre dans des secteurs, nécessitant une série d'actions urgentes, et sur lesquels V. Poutine ne s'est pas exprimé clairement. Il a affirmé être partisan d'un libéralisme modéré ; la question est de savoir comment il définit ce "libéralisme modéré". Il reprend à son compte des thèses anciennes sur la consolidation des industries nationales avec de l'argent russe et la présence de l'Etat dans un certain nombre de secteurs. Attendons de voir. Madame Carrère D'Encausse a indiqué, tout à l'heure, que Vladimir Poutine voulait instaurer la dictature du droit. Dans le domaine du droit des affaires, il a fort à faire.

 

         Un nouveau gouvernement, conscient de l'état de ce pays, souhaitant redresser la barre et, surtout, attirer de nouveau les investisseurs étrangers, devra forcement réviser l'encadrement juridique de l'activité des entreprises. Depuis la crise financière d'août 1998, il n'y a plus aucun investissement étranger en Russie. Or, tous les analystes internationaux savent que les investissements et les "savoir-faire" étrangers seront nécessaires pour entamer la relance de l'économie nationale dont parle Vladimir Poutine. A lui de créer un climat de confiance qui passera par la lutte contre la corruption, la sécurité juridique, la restructuration du secteur bancaire, parce que les deux tiers des établissements de crédit en Russie se trouvent être en quasi état de faillite. Ce dossier bancaire est en chantier depuis la crise financière de 1998 et, à ce jour, il n'a effectivement que peu avancé. Le climat de confiance dépend aussi de la sécurité publique, depuis le 1er janvier 2000, deux dirigeants d'entreprises ont été assassinés.

 

         Pour conclure et pour répondre à la question : "qui dirige la Russie ?", je   dirais : c'est Monsieur Poutine. Certains oligarques ont disparu de la circulation, de nouveaux se mettent en place. Il est difficile, aujourd'hui, d'évaluer les relations que Vladimir Poutine entretiendra avec ces nouveaux interlocuteurs et les hommes qui contrôlent, encore, une grande partie de l'activité économique russe. Peut-être, aura-t-il besoin de leur argent pour sa campagne présidentielle ? En tout cas, il est impossible, aujourd'hui, de préjuger de la façon dont le nouveau pouvoir russe essayera de traiter ce sujet. Cependant, on peut dire qu'il est urgent, pour la Russie, de restaurer un minimum d'Etat de Droit, un minimum de sécurité juridique, et de rétablir des relations normales avec les bailleurs de fonds internationaux.

 
 

DEBAT

 
Général FAUPIN

          Je remercie les intervenants de nous avoir éclairés sur la voie que pourrait, désormais, emprunter la Russie. Vous avez, chacun à votre tour, brossé un tableau de l'état psychologique, de la politique intérieure, et de l'économie de la Russie d'aujourd'hui. Cependant, je trouve que l'on a oublié d'aborder la posture internationale de ce pays.

 

         Madame Thom a insisté sur les moyens de contrôle de Vladimir Poutine. Si l'on tient compte d'éléments comme : les efforts faits pour ramener les "armes impériales" de la Russie au Kremlin, de toute la recherche pour donner une apparence de faste, de l'arsenal nucléaire soviétique devenu arsenal russe, de leurs atouts scientifiques qui se manifestent surtout dans le domaine de l'espace, et enfin de l'annonce faite d'augmenter la production d'armement, je pense que nous disposons des éléments nécessaires pour reconsidérer leur posture internationale.

  

Vladimir FEDOROVSKI

          L'étude de la politique extérieure de la Russie génère plus de questions que de réponses. On ne connaît pas réellement, pour l'instant, la doctrine de Vladimir Poutine. Ce dernier a, plus ou moins, repris à son compte la doctrine de M. Primakov et la doctrine communiste. Il parle de monde multipolaire. En même temps, en termes de propagande, Vladimir Poutine met l'accent sur un nationalisme presque anti-occidental. Par conséquent, je ne pense pas que nous soyons en mesure d'analyser sa politique, avant sa très probable élection à la Présidence. Jusqu'à cette échéance, il existe de fortes chances qu'il reste "figé".

 

Vous avez soulevé le problème du contrôle sur M. Poutine. Il n'existe pas vraiment, du point de vue de la société civile ou du parlement. En effet, la constitution est telle, que le parlement n'est pas en mesure de contrôler le président. Cependant, cette absence de contrôle est une caractéristique russe. Boris Eltsine n'était pas plus contrôlé que contrôlable.

 

Ce qui m'alerte, dans le cas de Vladimir Poutine, c'est qu'il a tendance à dire "oui" aux idées de beaucoup, or, il est nécessaire, parfois, qu'un homme sache dire "non" face aux événements. Dans le passé, en France, le Général de Gaulle en a fait la démonstration.

  

Françoise THOM

          Depuis trois semaines, Vladimir Poutine a quand même donné quelques indications sur sa politique étrangère. J'ai noté, par exemple, une volonté de ranimer le problème du Kosovo. Fin décembre, après une visite aux généraux russes en poste à Belgrade, M. Milosevic a déclaré que la Serbie devrait pouvoir envoyer des forces dans le Kosovo à partir de juin, comme l'accord avec l'OTAN lui en donne le droit. C'est un premier problème qui se profile à l'horizon.

Deuxièmement : cette semaine, un nouveau traité a été signé avec la Corée du Nord pour renouveler l'accord de 1961. J'ignore encore le contenu de ce document, mais c'est un élément à ne pas négliger.

Troisièmement : Vladimir Poutine vient d'envoyer M. Jirinovski négocier la présence de forces soviétiques en Irak ; il semble que Saddam Hussein lui ait accordé cette autorisation.

Quatrièmement : le premier personnage étranger reçu par M. Poutine a été le ministre de la défense de République Populaire de Chine. La presse a commenté cet événement en indiquant que la décision, de faire de la Chine une puissance militaire avec les technologies avancées, avait été prise. Tout ceci en trois semaines.

 

         En ce qui concerne la doctrine de sécurité, cette dernière vient d'être publiée. Quand on étudie ce texte, on constate qu'il ne reprend pas exactement celle de         M. Primakov. J'y vois quelques sujets d'inquiétude comme, notamment, le droit d'utiliser l'arme nucléaire en premier, si la Russie se sent menacée. Notons aussi la promesse de défendre les Russes de l'étranger avec "les moyens économiques, diplomatiques et autres". On peut s'interroger sur les deux mots "et autres". De même, dans ce document, on trouve la liste de l'ensemble des menaces pesant sur la Russie, on relève : "la présence de missionnaires étrangers sur le sol russe". Par conséquent, on peut se demander quelle sera la future liberté religieuse dans ce pays ?

         Je vous en recommande vivement la lecture.

  

Deuxième intervenant

          Que pourraient faire, ou s'abstenir de faire, les occidentaux pour aider la Russie à évoluer dans le bon sens, aussi bien sur le plan économique que politique ? D'autre part, le FMI doit-il continuer d'accorder des prêts à la Russie ?

  

François ROCHE

          A propos du FMI, quand on regarde les décaissements réels, et non les promesses sur la décennie 1990, 20 milliards de dollars ont été mis à la disposition du gouvernement russe. Michel Camdessus a beaucoup travaillé avec les dirigeants russes, dans le but de les aider à passer d'une économie collectiviste à une économie libérale. Savoir si cette aide est suffisante, compte tenu des difficultés structurelles et de la taille du pays, est un autre débat et une question d'interprétation. Il ne faut pas oublier non plus, qu'à cette époque, les grandes puissances avaient exprimé le souhait de ne pas "marginaliser ou complexifier" le dossier russe.

 

         D'une manière générale, le FMI, mais aussi les grandes puissances n'ont pas prêté une attention suffisante à deux points : le premier est l'importance que les membres de l'élite russe de l'époque attachaient à la déontologie et au respect des règles, toutes relatives en comparaison de ce qui est en usage dans nos démocraties.

Deuxième point : lorsqu'au mois de juillet 1998, le FMI a accordé un prêt de plusieurs milliards de dollars, le gouvernement russe, presque instantanément, a dévalué la monnaie. Dans ce laps de temps, plusieurs établissements financiers ont utilisé cet argent pour sortir des obligations en rouble. Cela s'appelle un délit d'initiés et c'est pourquoi, les relations sont pour l'instant un peu gelées.

  

Baudoin BOLLAERT

          Les événements actuels influent sur toutes les politiques d'aide et d'assistance.

         Il existe un partenariat stratégique entre l'Union européenne et la Russie. Lors du sommet européen d'Helsinki, en décembre 1999, compte tenu des événements en Tchétchènie, les "Quinze" ont menacé la Russie de rétorsions et de sanctions économiques ou commerciales. En janvier dernier, ces derniers sont passés à l'action en décidant quelques sanctions légères. A Moscou, cela a été pris en considération.

         Depuis huit ans que ce partenariat existe, on peut dire que l'aide de l'Union européenne équivaut à 150 millions de dollars. Les aides bilatérales des grands pays sont à peu près de valeur égale mais les parts respectives, dans les budgets nationaux, sont très disparates, l'Allemagne, par exemple, donne cinq fois plus que la France.

 
Vladimir FEDOROVSKI

          Je pense que le FMI a fermé les yeux car il savait très bien qu'il donnait de l'argent à une équipe de corrompus qui le transférait ailleurs. Heureusement, maintenant cette question est sur la place publique, ce qui ne peut qu'influencer positivement l'évolution de la situation. Quant à savoir s'il faut aider la Russie, évidemment il le faut, mais en accordant une aide, directement aux entrepreneurs et aux entreprises. L'argent donné à l'Etat sera détourné, les méthodes sont connues.

  

Amiral Jean BETERMIER

          J'aimerais que Monsieur Fedorovski me donne son avis sur les grands traités de désarmement. Pour la réduction des armements conventionnels en Europe, un accord donnant largement satisfaction à la Russie devrait être ratifié par cette dernière. En ce qui concerne la réduction des armements stratégique, l'accord START-2 est en souffrance à la Douma depuis près de 4 ans, or, ces accords auraient dû être suivis d'une START-3, entraînant une nouvelle réduction des armes stratégiques et s'attaquant à la réduction des armes nucléaires de théâtre. Enfin, qu'en est-il du traité ABM de 1972, à propos duquel les Etats-Unis demandent l'ouverture d'une négociation leur permettant de développer une défense anti-missile, à travers une formule qui n'est pas très éloignée de celle autorisée par le traité ABM, mais qui est suffisamment différente pour nécessiter une négociation ? Moscou s'y oppose fortement.

         Comment voyez-vous l'avenir ? La ratification de START-2 ? La poursuite de la négociation sur le désarmement nucléaire ? Et enfin, l'évolution possible de la défense anti-missile qui ne serait pas destinée à entrer dans la dialectique Etats-Unis/Russie, mais au contraire à se protéger contre les perturbateurs éventuels ?

 

Vladimir FEDOROVSKI

         A mon sens, en ce qui concerne les armes conventionnelles, la question sera vite réglée. Les états d'âme du passé n'ont plus lieu d'être et les nouveaux accords donnent satisfaction aux deux parties.

 

         Pour START-2 et le traité ABM, ce sera plus difficile. Du point de vue russe, aussi bien à la Présidence qu'au ministère des Affaires étrangères, cela risque de remettre en question les accords stratégiques existants et met en relief de réelles difficultés, non seulement la logique de la politique étrangère, mais aussi les fondements de l'administration Poutine reprenant la thèse d'une Russie forte et nationaliste. La défense des intérêts nationaux passe par le respect de certains accords internationaux. A mon sens, c'est pour eux une question de principe et il ne faudra pas compter sur un fléchissement de leur position. Les contacts pris avec la Chine le confirment, aussi bien pour l'establishment politique que militaire.

 
 

Pierre-Louis CAVOLEAU

          Lors de la mise en place des réformes en Russie, nous avons totalement oublié de faire la promotion de la concurrence. Or, à mes yeux, c'est un élément incontournable de l'économie de marché. En Russie, il existe aujourd'hui, une situation de monopole.

 

         Concernant le complexe militaro-industriel, le secteur du commerce d'armes de poing est particulièrement porteur, à tel point que les ventes en direction d'un certain nombre de pays émergeants, du sud-est asiatique, ont entraîné une réaction assez violente auprès de certains analystes stratégiques américains. L'un d'entre eux vient de publier un article très virulent qui concerne le transfert de technologie sensible vers des partenaires traditionnels comme l'Inde ou vers des pays considérés comme des "rogue states" (Etats voyous).

  

François ROCHE

          Sur le premier point, vous avez raison. Ce n'est pas parce que l'on privatise que l'on organise la concurrence. Evidemment, la manière dont un certain nombre de ces privatisations ont été faites, était tout sauf de la concurrence. C'est effectivement un problème fondamental. Ce n'est probablement pas par excès de déréglementation que des entreprises russes se sont retrouvées dans de mauvaises mains, mais bien au contraire parce que les privatisations ont été organisées avec des règles trop opaques et non ouvertes à la concurrence.

 

Baudoin BOLLAERT

          La Russie est-elle un "Etat paria" ou un "Etat voyou" ?

  

Françoise THOM

          En Russie, il a été question d'une privatisation de l'Etat par l'Etat. Je trouve que c'est une bonne formule pour ce qui s'est passé en 1995.

         On a souvent l'impression que la Russie interprète la multipolarité comme la dissémination nucléaire. Pour elle, créer un monde multipolaire, c'est fournir des technologies nucléaires à l'Iran, et à d'autres Etats peu fiables.

  

Vladimir FEDOROVSKI

          On peut dire beaucoup de choses sur la Russie, mais il ne faut pas inventer. Sur la prolifération des armes nucléaires, on exagère beaucoup. Quant à la concurrence, je terminerai sur une expression que l'on a coutume de dire en Russie : "On m'a nommé milliardaire !".

  

Baudoin BOLLAERT

          Ce sera le mot de la fin. Merci à tous de nous avoir livré vos impressions sur la Russie d'aujourd'hui.

 


 

ANNEXES

 

BIOGRAPHIES

 

 

Baudouin BOLLAERT

Licence de lettres modernes, Diplômé du Centre de Formation des Journalistes

·      Journaliste au service international du Figaro depuis 1970

·      Envoyé spécial permanent à Bonn de 1974 à 1977

·      Envoyé spécial permanent à Rome de 1977 à 1983

·      Envoyé spécial permanent à Londres de 1983 à 1986

·      Envoyé spécial permanent à Washington de 1986 à 1988

·      Rédacteur en chef, chef du service politique de 1988 à 1990

·      Envoyé spécial permanent à Bruxelles de 1990 à 1994

·      Correspondant diplomatique basé à Paris depuis 1995

 

 

Hélène CARRERE D'ENCAUSSE

Docteur en Histoire, Sorbonne, Docteur d'Etat ès-Lettres et Sciences Humaines, Sorbonne

"Visiting professor" dans plusieurs universités étrangères (Etats-Unis, Japon, Canada, GrandeBretagne)

·      Elle a enseigné l'histoire et la science politique à la Sorbonne puis à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris

·      Président de la Radio Sorbonne-Radio France de 1984 à 1987

·      Membre de la Commission des sages pour la réforme du Code de la nationalité de 1986 à 1987

·      Conseiller de la BERD en 1992

·      Elue au Parlement européen en 1994, elle devient vice-président de la Commission des Affaires Etrangères et de la Défense

·      Nommée membre du Conseil national pour un nouveau développement des sciences humaines et sociales en 1998

·      Membre de l'Académie Française depuis 1990

·      Elue Secrétaire perpétuel le 21 octobre 1999

 Elle est l'auteur de nombreux ouvrages, les deux derniers parus sont : "Nicolas II. La transition interrompue" édité chez Fayard en 1996. "Lénine" édité chez Fayard en 1998.

 

 

Vladimir FEDOROVSKI

Ecrivain russe, Docteur en histoire

·      Ancien diplomate, il a notamment participé à la création du Mouvement des réformes démocratiques dont il fut le porte-parole pendant la résistance au putsch du mois d'août 1991 à Moscou.

·      Il a enseigné à H.E.C. depuis 1992

·      Il est également journaliste et éditorialiste international

 Il est l'auteur de nombreux ouvrages et romans, les deux derniers parus sont : "Le triangle russe" édité chez Plon en 1999. "Les Tsarines" édité aux éditions du Rocher en janvier 2000.

 

François ROCHE

Etudes supérieures d"histoire de la littérature, Faculté de Lettres et Sciences Humaines

·      Rédacteur en chef du mensuel Les Affaires de 1979 à 1981

·      Chef du service économie groupe Usine Nouvelle de 1981 à 1986

·      Rédacteur en chef du mensuel A pour Affaires de 1981 à 1991

·      Rédacteur en chef puis Directeur adjoint de la rédaction de La Tribune Desfossés de 1991 à 1995

·      Directeur adjoint de la rédaction, puis Directeur de la rédaction de L'Expansion depuis juin 1996

 Il est l'auteur de nombreux articles et publications dont le dernier paru est : "Le hold-up du siècle, contre enquête" édité chez Seuil en 1999.

  

Françoise THOM

Agrégée de Russe, Docteur en Histoire, Maître de conférences, Sorbonne

·      Depuis 1991, elle est maître de conférences en Histoire contemporaine à l'université de Paris IV–  Sorbonne.

·      Spécialiste de la Russie, elle a recueilli et traduit le témoignage de Sergio Beria, fils de Lavrentii Beria le bras droit de Staline.

 Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages dont les deux derniers parus sont : "Le moment Gorbatchev" chez Hachette en 1989. "Les fins du Communisme" édité chez Critérion en 1994.