FORUM DU FUTUR


"Les conséquences du 11 septembre sur la politique de défense américaine"
Petit-déjeuner débat du 13 septembre 2002 en partenariat avec France-Amériques
animé par :
M. Leo MICHEL, Analyste de Défense auprès de la Defense University (Washington)

Synthèse

          Suite aux attentats du 11 septembre 2001, Donald Rumsfeld, de la Maison Blanche, a tenu des propos tout à fait nouveaux concernant l'alliance transatlantique.

 
         Leo Michel pense que les relations qui unissent le continent américain et l'Europe sont complexes. Elles ne sont pas seulement militaires, elles sont liées à de nouvelles menaces. En effet, pour la première fois, le terrorisme frappait directement et sans précédent le territoire américain.

 
         Le 11 septembre a permis de prendre toute la mesure des nouveaux conflits auxquels Américains, Européens et le monde entier allait devoir faire face, les conflits dits asymétriques. Les Américains ont besoin de l'Europe. Ils se sont lancés dans une guerre contre le terrorisme, la question se pose de savoir quels sont les outils à utiliser et à employer ? Des divergences sont apparues entre les différents alliés sur ces questions. Différences relatives aux expériences nationales. L'objectif est de ne pas déstabiliser l'OTAN par manque de consensus. L'OTAN a donc été impliqué dans cette guerre contre le terrorisme et en cela, cela a facilité les différentes possibilités de coopération.

 
         Leo Michel reconnaît que les Etats-Unis ont mené la majeure partie des opérations, mais il ne néglige pas du tout l'aide qui a été apportée, notamment par la France, en terme de surveillance et de renseignements militaires et ce, même si les alliés n'ont pas mis en avant leurs différentes contributions, notamment face à leurs opinions publiques et, à présent, peut-être d'autant moins encore que les Américains ont émis un certain nombre de réserves sur la notion d'allié. Pourtant, la coalition et les différentes coalitions sont vitales, en terme de logistiques ... Les écarts entre les alliés, entre donc, les Etats-Unis et les alliés européens ne sont pas technologiques. Le gap technologique, il l'a même appelé capabilities gap a été utilisé pour le retrait par les alliés. L'OTAN est donc face à un certain nombre de challenges et à la redéfinition de ses objectifs et capacités d'action.

 
 

DEBAT

 Première question

          Il est, en fait, très difficile de donner, de présenter des preuves tangibles pour convaincre les opinions.

  
Réponse

          Des briefings et des debriefings sont en cours, relatifs à ce qui s'est passé en Irak lors de l'opération "Tempête du Désert" de 1991. Guerre qui a permis de montrer combien le partage de l'information était important entre les différents alliés, la nécessité de ce partage d'informations et les réussites qui en ont découlé. Cependant, effectivement, il est très difficile de savoir quoi transmettre aux opinions quand il s'agit, effectivement, de ce sujet si sensible du renseignement.

  

Deuxième question

          Le sentiment des alliés a été, par la suite, l'OTAN avait été un peu mis de côté parce que, après le recours à l'article 5, les Américains n'avaient pas souhaité la réutilisation de l'étiquette OTAN en Afghanistan et ce pour de multiples raisons, le fait de combattre des musulmans, des Arabes, etc.

 
         Au terme de cette question, l'intervenant en pose une autre qui est : Quel intérêt les Etats-Unis portent-ils à l'identité européenne de défense ? Il a l'impression que les Etats-Unis sont peu favorables et que pour les Etats-Unis, le seul cadre possible reste l'OTAN parce que les Américains émettraient des réserves quant à la capacité de l'Europe d'être autonome en matière de défense et tendrait, donc, à considérer que toute volonté d'indépendance serait une ineptie.

  
Réponse

          Tout d'abord, pour ce qui concerne l'OTAN. L'OTAN n'a pas des responsabilités globales. Les Américains sont, quelque part, plus honnêtes même si leurs visions sont très partagées. Il reste, néanmoins, que pour l'OTAN, au sein de celle-ci, le consensus est une nécessité. Les Etats-Unis ont demandé le 4 octobre, à l'OTAN, de disposer d'avions Awacs pour protéger l'espace américain. Ce sont de réelles possibilités de travail qui sont offertes grâce à cette coopération créée par l'OTAN aux yeux des Etats-Unis.

 
         Concernant la deuxième question, selon Leo Michel, la séparation entre l'UE et l'OTAN est impossible. Il serait inconcevable qu'une organisation connaisse des divergences de vues en son sein, alors qu'elle est censée représenter la majorité de ses membres, cette situation s'avèrerait très dangereuse. De plus, à ses yeux, les nouveaux membres à venir, les nouveaux adhérents à l'UE seraient motivés par une double volonté. Celle, bien évidemment, d'entrer dans l'UE mais, également, en parallèle, de rentrer à l'OTAN. Les deux ne pouvant pas être dissociés.

  

Troisième question

          Le fameux capabilities gap ne serait-il pas plutôt un problème allemand que français ?

 
Réponse

          Il en faut pas sous-estimer les différences entre les différents pays mais qu'il est tout à fait possible de voir intervenir des soldats allemands, notamment dans les Balkans, en Afghanistan, etc. Chaque pays pouvant, donc, apporter une certain expertise sur différents domaines ou en faisait intervenir ses propres troupes. Leo Michel note que la France et la Grande Bretagne ont augmenter, encore une fois, leur budget de défense et il pense que ces deux pays ont montré un bon exemple pour l'Europe.

  

Quatrième question

          Le quatrième intervenant évoque les difficultés pour l'Europe qu'a représenté le conflit en ex-Yougoslavie. Il note que l'implication de l'OTAN a été très longue à être mise en oeuvre et c'est la raison pour laquelle ces difficultés auraient réveillé notre volonté d'une défense européenne réelle et efficace car, comment agir dans certains conflits quand les Etats-Unis ne se sentent pas concernés ? C'est-à-dire, interviendront-ils dans ces cas-là alors qu'ils n'auraient pas de volonté ou de nécessité à s'impliquer directement ?

 
Réponse

          Ces difficultés ont été tout à fait comprises aux Etats-Unis mais, effectivement, nous sommes à nouveau face à ce problème du capabilities gap et la question reste en suspend pour le long terme. Il est, effectivement, très difficile d'obtenir le consensus nécessaire à l'intervention directe et immédiate des Etats-Unis, cependant, quand les Etats-Unis ont réalisé et réalisent que l'Europe est en danger, il ne peuvent pas ne pas se sentir concernés. L'inverse serait impossible. Les Amércains se sentent obligatoirement concernés par les dangers auxquels l'Europe serait susceptible d'être confrontée.

  

Cinquième question

          Le cinquième intervenant rappelle qu'un certain nombre d'événements et de conflits, si l'on remonte au début du XXème siècle, ont montré que l'Occident n'était plus invulnérable. Il rappelle la destruction de la flotte russe en 1905 et notamment le conflit plus récent entre la Russie et l'Afghanistan. Tout ceci constitue une certaine expertise européenne qui est tout à fait intéressante pour les Américains puisque, à bien des titres, nous sommes parfois plus informés des différentes situations et donc le dialogue entre Américains et Européens est nécessaire. L'objectif étant, notamment, d'éviter les fameuses guerres de civilisations, en référence au choc des civilisations, ouvrage de Samuel Huntington. Sachant, notamment, qu'au sein des différents pays alliés, existent aussi des communautés musulmanes importantes, il est donc nécessaire de régler chaque problème au fur et à mesure et en pleine connaissance des situations. Cette connaissance peut s'avérer très utile, notamment pour les processus de stabilisation du Proche et du Moyen-Orient.

 

Sixième question

          Le sixième intervenant pose la question de l'adhésion de la Russie à l'OTAN.

 
Réponse

          Effectivement, sur ce point, Leo Michel reste assez sceptique et que la relations que les Russes entretiennent avec l'Iran ne joue dans ce sens.

 

 Septième question

          Les Américains ne font-ils pas une sorte de fixation sur les armes de destruction massive en disant qu'effectivement, il était commode d'en trouver en Irak mais qu'il y en avait, parallèlement, sûrement en Iran ou en tous les cas que l'Iran était en train d'essayer de se doter d'armes de destruction massive. Il ne faut donc pas oublier l'adage précieux qui est celui de "connaissez votre ennemi", schéma qui valait tout à fait dans le cadre ancien des conflits dits inter-étatiques mais qui continuent à constituer une base puisque, effectivement, il est essentiel de bien désigner l'ennemi pour pouvoir le cerner. Il évoque aussi la méthode israélienne et ses résultats efficaces et note que personne n'a voulu avouer qu'à Guantanamo des prisonniers saoudiens étaient enfermés, donc personne n'a voulu avouer ou parler, au départ, du fait qu'il y avait également des prisonniers saoudiens à Guantanamo.

 
Réponse

          Ces armes de destruction existent. Il existait, malgré tout, un certain équilibre auparavant pendant la Guerre Froide même si cette volonté d'équilibre avait donné lieu à la fameuse "course aux armements". Aujourd'hui, il est très important de prendre en compte le facteur chimique et biologique en adaptant, à chaque fois, les comportements face à des situations différentes qu'il est nécessaire de comprendre les unes les autres sans généralisation abusive. Il est très important, aux yeux des Etats-Unis, que ces armes ne tombent pas en des mains irresponsables, surtout quand les décideurs ont des liens existants avec des groupes terroristes. Ils donnent l'exemple de Saddam Hussein.

  

Huitième question

          Le huitième intervenant pense que l'avenir de l'alliance atlantique reste incertain, même si cette alliance est fondamentale car il existe un lien très fort entre l'Europe et les Etats-Unis, bien au-delà des querelles commerciales par exemple. Il pense qu'il est nécessaire de vraiment poser la question de l'avenir de l'OTAN et de savoir si l'OTAN va se diluer ou va être, d'une certaine manière, refondue. A son avis, il serait tout à fait dangereux de perdre ce lien avec les Etats-Unis. L'OTAN, d'une alliance régionale, pourrait se transformer en une alliance globale. Cette alliance stratégique devrait être conforme aux nouvelles menaces qui nous sont communes. Donc, face à des menaces plus ou moins identiques, il est important de chercher ensembles des réponses adaptées.

 
Réponse

          Effectivement, nous avons parfois des différents liés à la concurrence et, donc, à l'économie, mais qu'il existe un partage réel de valeurs entre les Etats-Unis et l'Europe qui va bien au-delà de ces querelles marchandes. Cependant, Leo Michel pense également qu'il est nécessaire de ne pas trop demander à une institution et donc en l'espèce l'OTAN, et que cette idée d'une alliance globale n'est pas forcément adéquate.

Il ajoute donc, sur un autre point, qu'à ses yeux, l'avenir de la Russie reste assez incertain et qu'il est nécessaire d'agir au cas par cas et que dans un certain nombre de situations, ce n'est pas à l'OTAN de prendre en main et de chercher à résoudre un certain nombre de problèmes.