FORUM DU FUTUR


"La France et sa défense"

Conférence du mercredi 26 février 2003 à l'Assemblée Nationale

animée par :

Mme Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de la Défense


Jacques BAUMEL

          Madame le Ministre, chère Michèle Alliot-Marie, je ne sais comment vous remercier de nous avoir fait l'honneur d'accepter, au milieu de toutes vos charges et responsabilités, de venir nous parler de questions essentielles telles que la loi de programmation militaire et l'avenir de nos armes, dans le contexte actuel.

  

Michèle ALLIOT-MARIE

          L'énoncé du sujet que vous m'avez demandé de traiter devant vous est vaste et il peut se prêter à de multiples interprétations. J'essayerai, pour ma part, de faire simple. Je me livrerai donc, ni à un exposé historique, ni à l'énoncé de vues théoriques, mais à des questions bien concrètes qui tournent autour de deux thèmes. En effet, évoquer la défense de la France, c'est nous interroger d'abord sur ce qui nous parait devoir être défendu, en terme d'intérêts vitaux, d'intérêts de puissance, et d'idéaux.

         C'est évoquer ensuite les moyens mis au service de ses ambitions.

 

         Contrairement à ce que certains voudraient croire ou espérer, notre combat, celui de la défense de la France, n'est pas celui de Don Quichotte contre les moulins à vent. La rhétorique n'est pas notre seule arme.

         La France, par ses alliances, ses amitiés et les moyens donnés à ses armées prend, en effet, les moyens de faire de ses ambitions et de sa mission, une réalité.

 

 

Ce que la France doit défendre.

 
Quelles sont les menaces auxquelles elle peut avoir à faire face sur son propre territoire ?

 
         La mission première d'un Etat est de défendre son territoire et ses citoyens. Une politique de défense se définit, en effet, d'abord en fonction de ce qu'il convient de sauvegarder.

 
         Pour l'essentiel, la description de notre environnement stratégique, faite dans le Livre Blanc de 1994, reste valable. Cependant, si beaucoup d'événements ont eu lieu depuis, il faut également savoir que la France s'est située, délibérément, dans une perspective à moyen et à long terme. D'autre part, son expérience, et notamment celle du terrorisme de masse sur son propre territoire, lui a fait prendre, avant d'autres, la mesure de ce pourraient être les nouvelles menaces. Dans ce sens, le Livre Blanc demeure une référence crédible.

 
         Je souhaiterais, néanmoins, ajouter à ce document technique une touche d'éthique. En effet, regardons quelle est la situation aujourd'hui. Sans doute pour la première fois dans son histoire, notre Patrie n'est plus en danger. Aucun adversaire tangible ne menace directement nos frontières, ni nos libertés. Tous les ennemis d'hier, et même le dernier en date, sont devenus des alliés d'aujourd'hui. Pourquoi, dès lors, disent certains, persister à consacrer des sommes si importantes à la défense, et, plus encore, en faire aujourd'hui une priorité gouvernementale ?

C'est, d'ailleurs, probablement, ce que s'est dit le précédent gouvernement qui avait cru pouvoir "tirer les dividendes de la paix", en refusant à nos armées les moyens nécessaires pour accomplir leurs missions et pour préparer leurs missions futures et ainsi permettre à la France de tenir son rang

 
Le vent de l'Histoire a vite dissipé ces rêveries. Et les nouvelles menaces, dites asymétriques, ont sonné un dur réveil. Parallèlement, de nouvelles et trop nombreuses crises locales rythment notre époque.

Ce sont pourtant les menaces asymétriques qui nous posent, aujourd'hui, le plus de problèmes, ainsi qu'à la plupart des pays occidentaux. Elles ne correspondent ni à notre tempérament cartésien, ni même à la vision toute occidentale de la guerre. Celle qui, depuis les premiers combats des guerriers homériques - ceux que nous avons appris lors de nos cours de grec ou de latin - jusqu'à la libération de l'Europe en 1944, ne conçoit l'affrontement qu'en termes de chocs frontaux et de l'anéantissements d'un des protagonistes.

 
         L'objectif du terrorisme aujourd'hui, et notamment du terrorisme de masse, n'est pas d'anéantir physiquement nos sociétés, mais de faire en sorte qu'elles ne soient plus elles-mêmes. Son ambition, au-delà même de la destruction des individus, est de nous faire renier les idéaux qui sont les nôtres, de démocratie, de tolérance et d'ouverture aux autres. En cela, le terrorisme est un péril contre nos intérêts vitaux. Il nous fait vaincre ce fléau. Il faut, pour cela, adapter nos méthodes.

 
         Prenons garde, toutefois, de ne jamais rentrer dans son jeu en cédant à l'irrationnel. Souvenons-nous que l'hécatombe de New York et de Washington fut suivie, jusqu'en France, d'une psychose provoquée par quelques enveloppes contenant de la poudre blanche, dont l'origine ne fut jamais, pas plus d'ailleurs aux Etats-Unis, clairement établie. Sur notre sol, c'est autre chose, nous avons souvent trouvé des gendres qui voulaient créer quelques perturbations psychologiques à leurs belles-mères.

         Cependant, c'est dire, à travers l'affolement qui a accompagné ces quelques questions, le risque encouru.

 
         Prenons garde, également, de ne pas succomber à la tentation de l'amalgame qui conduirait à ce qu'espèrent finalement bien des auteurs de ce péril asymétrique, c'est-à-dire le "choc des civilisations".

 
         Notre vigilance, indispensable, ne doit pas affecter notre lucidité. Et il convient, en la matière, de distinguer ce que nous redoutons de ce qui est techniquement possible. Cela vaut pour les organisations comme pour les Etats.

         C'est une tâche prioritaire du Ministère de la Défense que d'évaluer les vraies menaces et de protéger concrètement nos concitoyens contre ce type d'agression.

 

 
Défendre nos intérêts de puissance

 
         Au-delà de notre territoire propre, l'objet de notre ambition et de notre action de défense, c'est aussi de défendre nos intérêts de puissance à l'échelle mondiale.

 
         La fin de la Guerre Froide n'a entraîné aucun recul des crises régionales, au contraire. Or, seul un monde stable et pacifié contribuera à extirper les racines du mal et à faire disparaître ce qui sert, aujourd'hui, de terreau au terrorisme. C'est la mission de la France d'y travailler. En le faisant de nouveau activement, la France se montre à la hauteur de son Histoire et de son rang parmi les nations et elle défend, par là même, aussi ses intérêts de puissance, celle que l'on écoute.

En la matière, l'actualité nous amène bien entendu, à tourner nos regards vers l'Afrique. L'Histoire a tissé entre notre pays et ce continent, dans son intégralité, des liens puissants. C'est la conviction profonde du Président de la République et du gouvernement, qu'empêcher la dérive de ce continent vers la guerre et le sous développement, c'est oeuvrer pour eux mais aussi pour la tranquillité du monde.

         Telle est donc notre volonté, notre ambition et notre responsabilité aussi.

         Les différents aspects de notre difficile action en Côté d'Ivoire, vous sont suffisamment connus pour que je n'y entre pas sur le plan technique, sauf si des participants, tout à l'heure me demandent d'aborder la question. Je voudrais cependant insister sur un point dont on parle peut-être moins souvent. C'est que cette action, au-delà des critiques qui transparaissent parfois à travers la presse, est appréciée. Je puis en porter témoignage, puisque lors du sommet franco-africain, la semaine passée, de nombreux chefs d'Etats du continent noir, ont tenu à manifester leurs remerciements à l'égard de notre pays et de nos soldats. Ils nous sont reconnaissants d'avoir, dans des conditions difficiles, évité à la Côté d'Ivoire de connaître le sort de certains de ses voisins du Libéria et de la Sierra Leone, de ses frères du Rwanda ou de la République Démocratique du Congo. Ces chefs d'Etats sont conscients de ce que la bonne volonté des organisations régionales africaines, si elles existent bien, ne peut suffire à rétablir le calme.

 
         Avec des effectifs relativement modestes, nos troupes ont pu, je pense, empêcher l'irréparable en donnant le temps, mais aussi l'appui technique, nécessaires aux forces africaines de maintien de la paix. Nos troupes garantissent, d'abord - c'est leur première mission - la sécurité de nos ressortissants et des ressortissants étrangers. Elles l'ont montré en procédant à un certain nombre d'évacuations, notamment à Bouaké.

         Leur présence durera le temps nécessaire pour appuyer les forces de la CEDEAO et ainsi empêcher l'éclatement du pays, et favoriser l'installation d'une gouvernement de consensus national. Nous savons que ce que nous faisons en Côté d'Ivoire, aux côtés des forces de la CEDEAO, est indispensable si l'on veut éviter qu'un éclatement de ce pays ne se traduise par une traînée de poudre similaire dans bien d'autres Etats de ce continent.

 
         C'est dans le même sens qu'il faut placer notre contribution importante dans un cadre multinational, à la stabilisation dans les Balkans, qu'il s'agisse de la Bosnie, du Kosovo ou de la Macédoine. Nous l'avons fait dans le cadre de l'OTAN. Nous le ferons demain dans le cadre de l'Europe de la Défense.

         En prenant la relève de l'OTAN, dans le cadre typique d'une mission de Petersberg, l'Union Européenne va enfin, je l'espère, prouver aux sceptiques, et ils sont nombreux, que l'Europe de la Défense existe et que l'Europe existe militairement. La France y pèsera de tout son poids, forte de son expérience et de ses capacités reconnues à encadrer une coalition. Forte aussi, de sa volonté de construction d'une politique étrangère et de sécurité européenne. Notre pays confirmera ainsi le succès de la mission de l'Eurocorps au Kosovo.

 
 

Défendre nos principes

 
         Après le défense de notre territoire et de nos intérêts de puissance, l'objet de notre ambition c'est enfin de défendre nos principes et nos idéaux.

         Rendre à la France son rang, c'est aussi lui permettre de défendre les principes qui l'animent. Au premier rang de ceux-ci figure le respect de la légalité.

         Notre réputation en la matière doit être suffisamment établie puisque même en chinois, "France" se dit "Fa Guo" : le pays du droit. C'est une belle référence. Je dirais aussi, à d'autres, que c'est à cette lumière que doit se comprendre notre attitude à l'égard de la crise irakienne actuelle.

 
         Il en s'agit pas, pour nous, de protéger une dictature abominable, ni même de lui donner un répit. Il s'agit de faire appliquer les résolutions des Nations-Unies dans l'esprit de paix qui fut à l'origine, ne l'oublions jamais, de cette organisation.

         Par notre double fermeté à l'égard de l'Irak et à l'égard de la communauté internationale, notre souci constant est que le processus de désarmement de l'Irak, qui est le fondement même de la résolution 1441, s'accomplisse dans le strict respect de la légalité internationale. Prenons-en conscience, le tort fait à l'ordre mondial serait terrible, s'il devait être bafoué par le pays même qui est à son origine.

         Certains ne comprennent pas cet enjeu ou font semblant de ne pas comprendre. Qu'ils sachent que les basses attaques ne nous affectent pas. A ceux qui nous accusent de lâcheté, je répondrai, sans même citer les nombreuses actions qui sont les nôtres, aujourd'hui, en Afghanistan ou dans les Balkans, par quelques mots de Jean Giraudoux. Dans La guerre de Troie n'aura pas lieu, il place ces mots dans la bouche d'Andromaque : "Où est la pire des lâchetés ? Paraître lâche vis à vis des autres et assurer la paix ? Ou être lâche vis à vis de soi-même et provoquer la guerre ?"

 
         Dans la continuité de la politique du Général De Gaulle, qui a permis à la France de pouvoir, à nouveau, parler haut et clair, notre démarche est fondée sur le respect de nos partenaires et alliés. Nous attendons en retour que notre position soit respectée. Le dénigrement est une arme qu'utilisent ceux qui manquent d'arguments.

 
         Quelle que soit l'issue de la crise irakienne, soyez surs que la France continuera à défendre ses principes et à honorer ses engagements dans le respect du droit international. D'ailleurs, je constate qu'à l'ONU, malgré l'incompréhension de quelques pays européens, notre attitude recueille le soutien de l'Allemagne, de la Russie, de la Chine, de l'Inde, de nombreux pays africains et arabes et même du Vatican, qui à défaut de nombreuses divisions, représente malgré tout une certaine autorité morale.

 
         Cependant, pour être crédible, il faut non seulement avoir des ambitions, mais aussi les moyens de celles-ci.

 

La France se donne les moyens de ses ambitions

 
         Nos idéaux ne seront considérés que si nous nous donnons les moyens de les faire respecter. C'est ce à quoi s'emploie le gouvernement depuis bientôt neuf mois. Nous le savons et nous mettrons d'autant plus de force au service de nos principes que nous aurons les moyens et que nous agirons aussi avec d'autres, dans un cadre européen, ou en avançant avec nos amis à nos côtés. Il faut commencer par être soi-même fort, si l'on veut être crédible et si l'on veut que les autres soient prêts à participer à l'action à nos côtés.

  

Le gouvernement donne au pays les moyens de ses ambitions.

 
         La Loi de Programmation Militaire, vous le savez, a pour but de rendre à la France l'armée dont elle a besoin, suivant le modèle défini lorsque fut décidée la professionnalisation. Les moyens financiers dégagés, dans la Loi de Programmation, puis cette année dans la Loi de Finances 2003, qui est la première année d'application de cette dernière, sont importants.

 
         Il s'agit de faire tenir notre rang dans le concert des nations libres, de taille comparables et qui comptent militairement, au premier rang desquelles, bien entendu, la Grande-Bretagne. Il s'agit d'être à même de remplir nos missions internationales et pour cela, d'avoir à la fois, les hommes, les compétences, mais également les matériels et des matériels disponibles. Nous les avons et nous les aurons. Je voudrais simplement rappeler que nous sommes aujourd'hui le premier contributeur en nombre d'hommes et en matériels dans toutes les actions menées par l'OTAN. Cela ne se sait pas toujours.

 
         Les moyens mis à la disposition de nos armées leur permettront enfin de remplir leur contrat opérationnel, tel qu'il est défini dans le projet Armées 2015. Leur format n'est pas excessif, il est suffisant et il permet à la France de remplir à tout moment ses obligations dès lors que la première décision politique est prise. Cela nous permet d'intervenir aussi bien dans le cadre des accords bilatéraux de défense que dans le cadre des actions multinationales approuvées par les Nations Unies. D'ailleurs, nos forces sont d'ores et déjà présentes sur tous les continents. Elles peuvent encore, même si aujourd'hui plus de 30 000 hommes sont hors de nos frontières, apporter leur concours à une opération majeure si cela était nécessaire et décidé.

 
         La crédibilité de nos armées dépend aussi de leur technicité. De ce point de vue, j'ai tenu à ce que les crédits alloués dans la Loi de Programmation Militaire concernent, de façon importante, la recherche. Ces derniers permettront de rester à la pointe de l'excellence. Ils nous permettront notamment de rattraper en cinq ans le niveau de la Grande-Bretagne, alors que nous avions pris un retard important. Les avancées technologiques qui en découleront profiteront aussi - c'est un élément important de notre puissance - à la compétitivité de l'ensemble de l'économie nationale.

 
         Pour autant, si nous faisons par nous-mêmes des efforts, nous savons que ces derniers seront d'autant plus efficaces que nous les ferons avec d'autres, dans le cadre de nos alliances et de nos structures internationales.

 

 
La France n'est pas seule

 
         Notre politique ne relève pas de je ne sais quel orgueil national solitaire. Nous inscrivons résolument, en premier, notre action dans le cadre de la construction européenne. La France n'est pas seule et l'actualité le montre.

 
         Le 40ème anniversaire du Traité de l'Elysée a permis de matérialiser la relance de notre coopération avec l'Allemagne. La création du conseil franco-allemand de défense, la brigade franco-allemande, unité pivot de l'Eurocorps, ont pavé la voie d'une politique européenne de sécurité et de défense. Nos deux pays se sont accordés pour proposer d'inscrire les valeurs de solidarité et de sécurité communes parmi les principes fondamentaux du futur traité de l'Union européenne. Pour autant, cette entente franco-allemande n'est pas exclusive, et encore moins excluante.

 
         D'ailleurs, le Sommet Franco-britannique est là pour l'illustrer et bien d'autres exemples encore tels que les coopérations renforcées dans le domaine de la défense, une vraie politique européenne de l'armement, la réalisation en commun des objectifs européens de capacités, sont les voies nécessaires de l'action de l'Europe toute entière vers ses missions essentielles.

 
         Elle fait appel au rassemblement de tous ceux qui partagent une ambition et une éthique, en plus qu'une position géographique. Dans le monde actuel, plus que jamais, il est nécessaire de montrer le chemin du renforcement de l'Europe. Celle-ci n'est pas seulement un espace de libre-échange et de redistribution des revenus. L'Europe doit devenir un espace de solidarité, d'intérêts communs et d'idéaux. Elle ne se résume pas pour les pays qui la composent, à une garantie contre une menace théorique ou réelle. Elle est au-delà de cela : un état d'esprit forgé dans l'Histoire et dans les épreuves, fait d'ouverture, de générosité et de solidarité à l'égard du monde entier. Ce que doivent comprendre et assimiler les nouveaux arrivants. La France n'est pas seule, elle est dans l'Europe, mais également avec d'autres. A aucun moment, elle ne voudrait renier ses amitiés.

 

 
La France ne renie pas ses amitiés

 
         Qu'il soit clair, pour autant, que si nous nous félicitons d'être bien compris sur la scène internationale, cela ne remet pas en cause nos orientations fondamentales. Je crois qu'il faut le rappeler par les temps qui courent. La France ne renie pas ses amitiés et ne bafoue pas ses solidarités. Celles qui nous unissent aux Etats-Unis, notamment, restent entières.

 
         Au lendemain du 11 septembre, les dirigeants américains en sont convenus, nous n'avons pas marchandé notre aide en matière de renseignement. Notre force aéro-navale a joué un rôle notable et reconnu, de longue durée, lors de l'opération Enduring Freedom. Nos forces contribuent toujours à la stabilisation de l'Afghanistan, à la formation de son armée et à la lutte contre le terrorisme. Notre participation au corps des experts pour le désarmement de l'Irak est la deuxième après celle des Etats-Unis, en termes d'inspecteurs comme, maintenant, d'avions de reconnaissance.

 
         Quant à l'OTAN, l'organisation demeure, pour nous, la clef de voûte de la défense du continent européen. Nous participons à ces actions, nous entendons participer à sa rénovation, à sa modernisation et à son efficacité. C'est ce que nous avons fait, notamment,  lors de la réunion de Prague, en donnant notre accord à la force d'intervention rapide de l'OTAN et à la simplification de son organisation. Que l'OTAN puisse dévier de sa fonction fondatrice nous chagrinerait et nous inquièterait. C'est pourquoi nous veillons.

         Notre attachement à cette institution qui nous a apporté sur le continent européen - ne l'oublions pas - 50 ans de paix, n'est, en tout état de cause, pas moindre que celui des pays qui la rejoignent aujourd'hui.

  
Conclusion

 
         Voilà quelques réflexions que je voulais faire en préliminaire à notre discussion. J'espère vous avoir convaincus, s'il en était besoin, de la cohérence et de la solidarité de notre démarche. De notre détermination, aussi.

         Loin des caricatures, la France, soyez-en persuadés, redevient elle-même. Elle entend retrouver sa place dans le monde en restant fidèle à ses sources, à son idéal, à elle-même.

         Nous ne sommes pas, si nous l'avons jamais été, une "Grande Nation" égocentrique, prétentieuse ou dominatrice.

         La France sait qu'elle ne restera dans l'Histoire qu'en continuant de défendre, pied à pied et avec tous ses moyens, l'esprit des lumières, l'émancipation des peuples et le respect des hommes.

  

Jacques BAUMEL

          En votre nom à tous, je tiens à remercier Madame le Ministre de la Défense pour ce discours qui a traité un certain nombre de sujets importants d'actualité, mais également, de ce moment important de l'Histoire du monde devant lequel nous sommes, à quelques jours d'événements graves.

         D'ailleurs, par une coïncidence heureuse, juste avant cette conférence du Forum du Futur, vient de se dérouler, à deux pas d'ici, un débat d'une grande importance sur l'Irak, que j'ai eu la chance de pouvoir écouter. Le Premier ministre s'est exprimé d'abord, puis Monsieur Alain Juppé, au nom de la majorité et de nombreux autres orateurs qui ont montré une grande lucidité et une volonté d'union. Il est indiscutable que les perspectives qui s'ouvrent à nous font tomber beaucoup de barrières entre les français et les rassemblent au nom de quelques principes que Madame Alliot-Marie vient de définir.

 
         Je voudrais d'ailleurs saluer tout particulièrement la présence à nos côtés du grand chancelier de l'Ordre de la libération, le Général De Boissieu. D'autant plus que dans la salle se trouve également le Colonel Leclerc De Hautecloque. Ces noms nous rappellent un grand passé.

         Sans plus tarder, je vous propose de commencer le débat, pour environ quarante cinq minutes.

  

DEBAT

 Amiral Jean BETERMIER

          Nombreux dans cette salle, sont nos amis, qui voudraient, Madame le Ministre, vous interroger sur les événements en cours.

         Vous avez dans votre action, en prenant vos fonctions, à juste titre, donné la priorité à la restauration des capacités opérationnelles de nos armées et les événements, chaque jour, vous donnent raison. Cependant, si nous nous projetons à un horizon d'une quinzaine d'années, un certain nombre de faiblesses, qui ne manquent pas de nous inquiéter, existent. Je me limiterai au domaine de l'espace.

         Certes, les mesures aujourd'hui adoptées vont nous permettre de disposer d'un minimum de moyens dans le domaine de l'observation avec ELIOS 2, avec notamment la coopération des allemands et des italiens dans les télécommunications avec SIRACUSE 3 et, espérons-le, dans la navigation avec GALILEO. Ce dernier est un système à vocation civile mais sur lequel les armées fondent, probablement, de grands espoirs. Cependant, le décrochage de l'Europe par rapport aux Etats-Unis ne cesse de s'accentuer. Ces derniers revendiquent une domination spatiale totale - un peu comme les puissances traditionnelles anglo-saxonnes sur le contrôle et la maîtrise de la mer - et augmentent leurs crédits de manière très significative : 45 % en deux ans ! Ils sont en train de prendre une avance considérable. Ce sont, bien sûr, nos alliés et nous pouvons nous réjouir de leur force, mais ce sont aussi nos concurrents dans un domaine commercial qui devient de plus en plus difficile. Or, c'est précisément ce domaine commercial qui a permis à l'industrie spatiale européenne de survivre en l'absence d'investissements étatiques suffisants au cours des dix dernières années. Dans ces conditions, nous pouvons nous interroger sur le maintien de la capacité de l'Europe à pouvoir accéder librement à l'espace ; capacité dont on voit tous les jours l'intérêt, tant dans la gestion des crises que dans la conduite des opérations sur le terrain.

         Madame le Ministre, quelle est votre vision et pensez-vous possible de provoquer un sursaut européen dans ce domaine ?

 

Michèle ALLIOT-MARIE

          Amiral, je crois que vous abordez un sujet tout à fait crucial, parce que je suis persuadée, pour ma part, que l'indépendance spatiale sera une des donnes fondamentales de l'indépendance nationale, ou multinationale, dans les années qui viennent. Aujourd'hui, la Loi de programmation militaire prévoit, vous l'avez rappelé, la continuation d'un certain nombre de programmes. Les crédits de recherche que j'ai fait inscrire permettent d'aller un peu plus loin, mais, je dirais, qu'il ne s'agit là que d'une continuation. Ce n'est pas simplement à partir des lanceurs ou des quelques satellites prévus que nous aurons la politique suffisante. C'est la raison pour laquelle, avec Madame Claudie HAIGNERE, nous avons souhaité qu'il y ait, prochainement - je crois que c'est le 17 mars - un débat en Conseil des ministres avec un certain nombre de propositions sur la politique spatiale. Je pense que la France a besoin d'une politique spatiale, militaire ou civile. Nous devons donc, aujourd'hui, reprendre à la base ce que nous voulons faire, de telle sorte à en avoir une vision claire. Pour ma part, je considère que notre effort est indispensable car, finalement, notre action dans le domaine spatial sera aussi importante que la dissuasion au début des années 60. L'enjeu est tout aussi primordial aujourd'hui.

 
         Pour répondre à la deuxième question que vous posiez au sujet des moyens. Comme ce que nous disions tout à l'heure : "il faut la volonté, mais il faut également les moyens". Je pense que la France, quand elle aura défini sa politique en la matière, mettra les moyens nécessaires. Cependant, elle ne peut tout faire seule. Le problème sera de savoir si la même volonté existe chez nos partenaires. En tout état de cause, un noyau relèvera certainement du choix et de la souveraineté nationale, parce que, vous l'avez rappelé, c'est un élément d'indépendance, en terme d'appréciation de situation mais également d'action en la matière. Nous verrons ensuite - j'espère convaincre dans ce domaine, comme j'ai pu le faire dans d'autres - nos partenaires européens en la matière

En tout état de cause, encore une fois, il y aura une politique de défense spatiale française. Cependant, je ne vous en dis pas plus parce que je réserve cela pour le Conseil des ministres.

  

Jacques BAUMEL

          Je donne, pour la deuxième question, la parole à Monsieur le Président Martre. Ce dernier, à la tête d'un grand groupe, a été l'un des meilleurs experts des problèmes de stratégie industrielle de défense.

  

Henri MARTRE

          Madame le Ministre, vous avez fait justice de certaines illusions, comme celle des dividendes de la paix, cependant, une autre grande illusion continue à régner, celle du mépris du nucléaire. On a dit que, comme le nucléaire ne servait pas à tout et n'avait pas permis, en particulier, de sauver les tours de New York, par conséquent, l'on pouvait faire des économies dans notre pays sur le nucléaire. Or, l'observation du monde nous montre combien les équilibres nucléaires restent vivants. Nous pouvons, en effet, constater un certain multi-latéralisme nucléaire entre les grandes puissances et une prolifération - malgré toutes les mesures qui ont été prises par les uns et par les autres contre celle-ci - gagnant du terrain de façon rampante. Ainsi, de plus en plus de pays, d'une façon ou d'une autre mais toujours officieuse, disposent quand même de forces nucléaires importantes au niveau régional. Or, nous voyons combien, ces jours-ci, les tentatives de prolifération sont de nature à créer quelques crises. Dans ce "concert nucléaire" qui se développera au cours du XXIè siècle - il ne faut pas se faire d'illusions, les équilibres entre les grandes puissances seront essentiellement nucléaires - la question se pose : quid de la force nucléaire française et quelle place allons-nous jouer dans ce concert ?

  

Michèle ALLIOT-MARIE

          Monsieur MARTRE, le modèle d'armée 2015, et plus encore, la déclaration du Président de la République devant l'IHEDN en juin 2001, soulignent l'importance du nucléaire en France. La situation nucléaire représente 19 % de l'ensemble de l'effort porté sur la Loi de programmation militaire. Nous avons choisi de faire cet effort, à travers les deux composantes dont nous disposons aujourd'hui, parce que nous faisons la même analyse que vous.

Alors que la Corée du Nord dispose, semble-t-il, de deux bombes et représente un risque en terme de prolifération car ce régime a tendance à vendre n'importe quoi, à n'importe qui, pour se procurer de l'argent et que le Pakistan et l'Inde disposent tous deux d'armements testés dans le monde, il ne s'agit pas de faire disparaître le "bouclier suprême" de protection face à nous. Je sais très bien, y compris dans les armées, que certains considèrent qu'il serait préférable  d'employer ces 19 % à d'autres domaines. Je ne le pense pas et je considère qu'aujourd'hui, le besoin est réel. Par conséquent, la dissuasion nucléaire sera maintenue dans sa forme actuelle.

  

Jacques BAUMEL

          Comme il y a de nombreux orateurs et que Madame le Ministre nous a accordé un temps exceptionnel, je donne immédiatement la parole à une personne ayant dirigé la DGA avec une très grande science et technique, notre ami Monsieur Henri Conze.

  

Henri CONZE

          Madame le Ministre, nous sommes clairement entrés dans une période de turbulences dans nos relations avec nos amis américains. Ce n'est pas la première fois. Nous avions connu cela au cours de la décennie 60, en 1973, en 1978, en 1981 avec l'entrée des ministres communistes au gouvernement, etc. A chaque fois, de façon récurrente, nos amis américains ont, de façon plus ou moins officieuse, appliqué un embargo sur un certain nombre de matériels sensibles vis à vis de la France, et en particulier, dans le domaine nucléaire. Je pense aux grands calculateurs qui ont été systématiquement sur cette liste d'embargo. J'ai le sentiment que nous allons nous retrouver, assez vite, dans une situation semblable. Cependant, comme vous l'avez souligné, en matière de dividendes de la paix, la chute brutale, pendant un certain nombre d'années, de nos investissements en matière de recherche et de technologie, malgré la Loi de programmation, redonne une certaine priorité à ce secteur. Pensez-vous que nous sommes plus vulnérables que nous ne l'étions lors des précédentes crises ?

  

Michèle ALLIOT-MARIE

          Vous avez commencé votre question en évoquant les crises avec nos amis américains. Je distinguerais, quant à moi, d'une part l'administration américaine et d'autre part les américains.

 
         J'ai constaté, en allant à Washington, qu'il y avait, au sein de l'administration américaine, énormément de nuances sur les positions de fond. Si les divisions des européens sont souvent évoquées, d'autres, aussi importantes, existent à Washington au sein de l'administration du Congrès, etc. Par ailleurs, je crois que nous avons également, à l'égard de nos amis, un devoir de vérité. Car, seuls les amis peuvent se dire franchement les choses quand ils pensent que l'autre est en train de faire fausse route. Ceci dit, il peut y avoir un embargo, mais je ne suis pas sûre qu'il y en ait tellement. A la fois parce que les embargos peuvent être à double sens et aussi parce que je pense que nous avons dans tous les domaines des produits de qualité. De toute façon, même si nous connaissons des crises ponctuelles, il faut toujours se projeter dans l'avenir, les intérêts généraux et les logiques vont au delà de cela.

 
Il est nécessaire, effectivement, de poser la question des efforts insuffisants réalisés au cours de ces dernières années. La précédente Loi de programmation militaire a vu sont montant amputé de 20 %, c'est-à-dire d'une année complète. Cela a entraîné, notamment, au niveau de la recherche une rupture assez nette avec nos amis britanniques. Nous essayons de rattraper cette situation et ce, le plus vite possible. Bien entendu, soyons clairs, nous ne réussirons pas, et je dirais même, l'Europe toute entière ne réussira pas à atteindre, au terme de ses efforts, le même niveau que les Etats-Unis.

Cependant, je constate aujourd'hui sur le terrain, au vu des différents niveaux de recherches, qu'il n'y a pas de rupture technologique, contrairement à ce que certains pourraient dire. Dans certains domaines, nous sommes même meilleurs que les américains et ils le reconnaissent eux-mêmes.

A nous de faire en sorte de mieux concentrer l'utilisation de nos crédits pour les rendre les plus efficaces possible. Je suis persuadée que nous avons des "gains de productivité" à réaliser notamment dans ce domaine. Je ne suis pas pessimiste, je crois que la volonté et le sens de l'organisation peuvent nous permettre de combler des insuffisances quantitatives, qu'il ne s'agit pas non plus de nier.

  

Jacques BAUMEL

          Je donne la parole maintenant à un de nos meilleurs jeunes experts dans le domaine de la stratégie, M. Jean-Louis Gergorin.

  

Jean-Louis GERGORIN

          Je vous remercie de la qualification qui me paraît très ambitieuse à tous égards, biologiques et intellectuels.

 
         Madame le Ministre, il y a presque 31 ans, Michel Debré, votre illustre prédécesseur, a effectué un voyage extrêmement important aux Etats-Unis, puisqu'il a renoué le dialogue entre les deux ministères de la Défense après la sortie de la France de l'organisation intégrée. Il a rétabli une relation de confiance que tous ses successeurs - et je pense en particulier à votre récent voyage à Washington - ont maintenue et développée. Il y a même eu une sorte de paradoxe : malgré les crises - évoquées par M. Martre tout à l'heure - les relations entre les ministères de la Défense, en particulier, des opérationnels, mais aussi des technologues, étaient meilleures, quelque fois, que celles entre les chefs d'Etat et, très souvent, les ministres des Affaires Etrangères. Il faut dire aussi que les forces françaises et américaines ont été très souvent ensemble sur le terrain, du Liban au Kosovo, à l'Afghanistan, etc. Pour la première fois, me semble-t-il, nous devons être inquiets, en raison de la radicalisation du débat, pourtant légitime entre amis depuis quelques semaines et ce pour deux raisons.

         La première, c'est qu'il y a, autour du Secrétaire à la Défense, Monsieur Rumsfeld, un groupe de conseillers ou de responsables civils qui ont une vision très idéologique de ce qui est en train de se passer et cible particulièrement la France. Tout ceci influence d'ailleurs leurs patrons, comme vous avez pu le constater, puisque vous leur avez répondu de façon appropriée récemment.

         D'autre part, il existe surtout le risque que pour, la première fois, les américains soient engagés dans un conflit majeur, avec ou sans l'aval du Conseil de Sécurité. Je pense que du comportement de la France, dépend un risque important, non pas au niveau du débat politique, car ce dernier est actuellement est très clair et reconnu, mais opérationnel, c'est-à-dire, ce qui se passera lorsque les boys seront au combat, quelque part du côté de Bagdad ou de Mossoul. Suivant la façon dont la relation opérationnelle se fera, je pense qu'il en découlera un très grand impact, à moyen et long termes, sur la relation entre les deux ministères de la Défense, et peut-être aussi au niveau des opinions publiques. Parce que vous avez raison, Madame le Ministre, à Washington, tout sortes d'opinions s'expriment, mais lorsqu'un conflit s'engage, une unité se crée derrière le Président et les forces armées. Il en est de même ici. Ainsi, ce moment-là risque d'être extrêmement sensible pour l'avenir de nos relations. Qu'en pensez-vous ?

  

Michèle ALLIOT-MARIE

          Je me suis demandée où nous en étions il y a une dizaine de jours, parce qu'effectivement, nous constatons une certaine escalade. Cette dernière n'est d'ailleurs pas de notre fait. Comme vous l'aurez remarqué, nous avons plutôt essayé de toujours "calmer le jeu" avec certains aux Etats-Unis, et je ne parlerais même pas du Secrétaire d'Etat à la Défense dont les propos ont été reproduits. A la Wehrkunde, un certain sénateur, dont je ne citerais même pas le nom, car il ne le mérite pas, a même tenu des propos encore plus inadmissibles.

 
Mettons cela de côté, au profit de ce qui se passe concrètement sur le terrain. J'ai donc demandé aux militaires présents sur les différents théâtres d'opérations extérieures, en contact avec les militaires américains, ce qu'étaient devenues les relations. Les réponses qui me sont apportées toutes les 48 heures, montrent qu'aujourd'hui, les relations dans les opérations où nous sommes ensemble sont excellentes à la base. Je ne sais pas si cela a un rapport avec les articles de presse qui avaient attiré mon attention lorsque j'étais à Washington. J'étais, en effet, quelque peu étonnée de voir une hiérarchie militaire attaquer son Secrétaire d'Etat par voie de presse.

 
         Pour ce qui concerne les relations opérationnelles, je dirais qu'il y a trop de "SI". La situation ne peut en aucun cas être la même. Si les Etats-Unis partent seuls et sans l'intervention de l'ONU, de toute façon, il n'est pas question que nous y allions. S'ils partent seuls, avec autorisation de l'ONU à ce niveau, nous avons également gardé notre libre choix d'appréciation. Les conditions ne sont pas les mêmes.

         Si nous étions amenés à intervenir, suite à une décision politique découlant d'une action très grave de la part de l'Irak, comment cela se ferait-il sur le plan local ? Cela dépend, notamment, des types d'interventions. Une intervention militaire n'est ni une intervention d'un groupe aéronaval, ni une intervention terrestre, etc. Je dirais donc qu'il y a, effectivement, à mon sens, aujourd'hui trop de "SI" pour que je puisse vous répondre précisément. Je pense que vous avez raison de souligner que cela peut avoir un certain impact sur la psychologie de nos relations, mais, je crois que ce qui nous unis profondément aux Etats-Unis et fait partie de ces relations n'est pas remis en cause même si nous ne sommes pas d'accord, car nous partageons trop d'idéaux, et notamment une certaine conception de la démocratie. Ceci nous permettra, en tout état de cause, à échéance plus ou moins rapide - à nous de faire en sorte qu'elle le soit - de régler ce type de problème. De plus, rappelons-nous que des élections ont lieu régulièrement.

  

Jacques BAUMEL

          Je voudrais donner, maintenant, la parole au Président Zisswiller, expert dans le domaine économique, et notamment sur les questions de financement innovant.

  

Monsieur ZISSWILLER

          Madame le Ministre, nous avons noté, ces dix dernières années aux Etats-Unis, que les dépenses militaires en matière de recherche et développement avaient contribué assez fortement au supplément de croissance observé entre les croissances réelles réalisées et les croissances potentielles anticipées antérieurement.

         Quels moyens, organisationnels, humains et financiers comptez-vous mettre en oeuvre pour que ce mécanisme de "diffusion de ces dépenses", aussi bien vers les universités, que vers les industries et les armées elles-mêmes, contribue davantage en France à notre propre croissance ?

  

Michèle ALLIOT-MARIE

          Les systèmes américains et français sont très différents, comme vous le savez, et notamment la répartition. Non seulement les modalités de répartition, mais aussi la répartition entre le public et le privé. Un gros effort de la part du privé et des entreprises privées est fait aux Etats-Unis. Il est vrai que la R & D, (la recherche et le développement militaire), du fait de l'inflation très importante de la part du gouvernement américain, a aidé en la matière. Cependant leurs systèmes sont infiniment plus fluides que les nôtres et ceux de réciprocité ou de retour sont bien plus faciles. C'est également l'un des points sur lesquels nous sommes en train de travailler, à la fois à travers différents groupes de recherches qui sont rattachés au Ministère de la Défense, mais aussi en relation avec le Ministère de l'Industrie et le Ministère de la Recherche puisque cette problématique nous intéresse tous. En la matière, notre vision de la recherche est peut-être un peu dépassée aujourd'hui ou, en tout état de cause, n'est pas au mieux de sa productivité parce qu'il y a encore trop d'absence de communication entre le monde de l'industrie et celui de l'Etat.

  

Jacques BAUMEL

          Avant de donner la parole au Général Le Borgne, je voudrais saluer la présence de Madame l'Ambassadeur de Tunisie qui nous fait l'amitié de participer à notre réunion et qui est une amie de l'Union Interparlementaire depuis plusieurs années.

  

Général LEBORGNE

          Madame le Ministre, si vous le permettez, je vais vous poser deux questions.

La première est très brève. Je suis sûr que votre réponse sera probablement limitée à un seul mot. Je la pose quand même. Vous êtes, Madame, Ministre de la Défense, or, vous nous avez bien montré que les missions de défense pour nos armées, n'étaient pas du tout évidentes, que personne ne menaçait notre territoire. Vous avez parlé de terrorisme, certes, mais chacun sait que la défense contre le terrorisme n'est pas une mission exactement militaire. Vous avez rappelé aussi que nous avons beaucoup de soldats en projection, dont les missions sont : aider les malheureux, séparer ceux qui se battent entre eux et quand ces derniers ont décidé d'un "cessez le feu", les aider à le respecter. Je crois que toutes ces missions ne peuvent être qualifiées de "défense" que par un détournement de mots. Ne croyez-vous donc pas qu'il serait plus sain d'appeler votre Ministère, Ministère "désarmé" ?

 
Ma deuxième question, porte sur les buts de guerre en Irak, même si le terme de "guerre" n'est, peut-être pas celui convenant à la manifestation militaire à laquelle les américains se préparent. Quand j'examine les buts de guerre, qui pourraient devenir les nôtres, si nous agissions en accord avec l'ONU ; il me semble que ces derniers suscitent un certain malaise. Personne ne crois notamment à une probable liaison entre S. Hussein et O. Ben Laden et je crois que nous avons raison de ne pas y croire. Alors, force est de chercher ailleurs en direction du pétrole. Personne n'en parle non plus, car cela "sent mauvais". Reste donc un quatrième but de guerre, qui je crois est au fond du problème : se débarrasser de S. HUSSEIN. Ce dernier ne peut évidemment être proclamé haut et fort. Qu'en pensez-vous Madame le Ministre ?

 

 Michèle ALLIOT-MARIE

          Général, je ne suis évidemment pas du tout d'accord sur le premier point. Le contraire vous aurait déçu d'ailleurs, et ce pour plusieurs raisons.

         La première, quand vous dites : "se défendre contre le terrorisme, ce n'est pas une mission militaire", pour moi, c'en est une. D'abord, parce que cela implique des moyens militaires. Se défendre contre le terrorisme, ce n'est pas simplement récupérer les blessés ou les morts, c'est essayer d'anticiper pour empêcher les attentats et extirper le terrorisme là où il est. Cela veut dire, pour nous, en particulier, une mobilisation de tous nos services de renseignement et ils font cela tous les jours. Cela veut dire aussi, une mission telle que celle d'Enduring freedom qui a mobilisé notre porte-avion, notre groupe aéronaval, nos avions de combat, nos forces spéciales, etc. Si ce n'est pas militaire, je ne sais pas ce que c'est ! Je dirais, que même notre participation à Vigimer, Vigiair, voire même Vigipirate - mais cela vous le contesterez sûrement - me paraissent constituer des missions militaires.

De la même façon, je crois qu'il ne faut pas caricaturer en disant que nos soldats ne sont là que pour faire de l'humanitaire. Je suis allée au Kosovo et pas simplement à Kaboul. Dans un cas, comme dans l'autre, je n'ai vu personne faire simplement de l'humanitaire.

 
Quel est le rôle des soldats ? C'est simplement de se défendre militairement, essayer de rétablir la paix ou d'empêcher la guerre. Or, souvent, pour empêcher la guerre, il faut en avoir les moyens militaires et disposer des personnes acceptant, effectivement, les sacrifices que cela implique. Allant systématiquement rendre visite à nos blessés à leur retour des différents théâtres d'opérations, je peux vous dire que je n'ai pas l'impression de rencontrer simplement alors des personnes qui se contentent de faire traverser la route aux petits enfants en les prenant par la main.

 
         Pour ce qui concerne les buts de guerre en Irak, ils sont sûrement nombreux et je dirais qu'ils varient en fonction des personnes. Je ne veux, quant à moi, n'en retenir qu'un seul. Le but que nous devons poursuivre, de préférence par des moyens pacifiques, c'est d'éliminer les armes de destruction massive que détiendraient l'Irak. Et pour nous, c'est tout.

 
         A propos de "se débarrasser de S. Hussein", j'ai lu que certains, et notamment mon homologue de la défense américain, le disaient très ouvertement dans nos journaux nationaux. Nous considérons, quant à nous, que le rôle des Nations Unies n'est pas de changer les régimes. Car, si nous commençons par celui-là - et Dieu sait si, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, je n'ai aucune sympathie pour Monsieur S. Hussein et son régime - allons-nous chercher à faire disparaître tous les régimes dictatoriaux ou simplement ceux qui ne nous plaisent pas dans le monde ? Si nous voulons le faire par une voie armée, à mon avis, nous n'avons pas fini. D'autre part, c'est le monde entier qui sera alors en guerre. Nous disons que : "il y a un but, celui que nous reconnaissons, et qui a été affirmé par les Nations Unies". Nous poursuivons celui là et aucun autre, car il faut justement éviter que d'autres considérations puissent être prises en compte tant les risques d'un véritable dérapage existent, non plus au niveau du but, mais des moyens, si l'on change le but à atteindre.

  

Jacques BAUMEL

          Ceci dit, il vaudrait mieux que S. Hussein disparaisse pour ne pas avoir dans trois ans les mêmes problèmes.

         Je donne la parole au Général Christian Gueguen qui a été l'un des grands patrons de la défense aérienne.

  

Général Christian GUEGUEN

          Madame le Ministre, vous avez rappelé tout à l'heure, les nombreuses participations de la France au sein des opérations de l'OTAN ainsi que tout l'intérêt que notre pays porte à l'organisation et à son avenir. L'actualité récente a montré qu'au sein des instances militaires de l'OTAN, des décisions prises en l'occurrence par les Plans de défense ont pu contrecarrer et même s'opposer aux positions de certains pays, exprimées dans un sens politique.

         Ma question est simple, Madame le Ministre : la France entend-elle tirer des leçons de cet avatar et si oui, de quelle manière ?

  

Michèle ALLIOT-MARIE

          Je voudrais revenir, au préalable, sur ce qui s'est passé à l'OTAN concernant la Turquie, pour ceux qui n'auraient pas fait le lien tout de suite, car, contrairement à ce que vous dites, je crois que nous avons marqué beaucoup de points en la matière. Que s'est-il passé exactement ? Au mois de décembre dernier, les américains ont demandé à l'OTAN de participer à la planification d'une intervention militaire en Irak. Nous avons refusé, énergiquement, en disant que nous étions dans le "temps de la diplomatie" et la logique des inspections, qu'il n'était pas question pour nous de rentrer dans cela et que ce n'était pas le rôle de l'OTAN. Comme nous avons été plutôt suivis, il n'en a plus été question pendant un mois.

Fin janvier, nous avons vu revenir Lord Robertson, nous disant : "Il faut protéger la Turquie." Assez bizarrement, il fallait protéger la Turquie, pratiquement en faisant de la planification pour une intervention militaire en Irak. Nous avons dit : non. Là-dessus, il nous a été dit : "On enlève un certain nombre des choses primitivement prévues et on revient vers les awacs, etc." A ce moment-là, nous avons fait remarquer que de toute façon, la Turquie n'avait rien demandé. Il nous a été répondu : "Ils ne peuvent pas demander. Alors, on demande pour eux" Ce à quoi nous avons répliqué : "cela ne marche pas".

Là-dessus, on a voulu nous forcer un peu la main et Lord Robertson a mis en place la procédure du silence. Pour ceux qui ne connaissent pas, cela veut dire : on propose une décision et si personne n'intervient pour dire non, la décision est adoptée. Avec l'Allemagne et la Belgique, nous avons dit non. Cela s'est passé pendant que j'étais à la Wehrkunde. Donc, voyant que nous disions non, ils ont réussi à faire intervenir la Turquie, de telle sorte qu'elle invoque l'article IV, celui de "l'appel au secours". La procédure consiste à appeler la protection de l'un des membres auprès des autres membres de l'OTAN. Il existe une sorte d'automaticité de ce principe. Nous avons donc dit : "Cela lance la discussion, mais nous continuons à dire qu'aujourd'hui, le problème ne se pose pas et qu'il serait, malgré tout paradoxal que l'on nous fasse accepter de faire ce qui est refusé par l'ONU". Nous avons donc fait preuve de notre mauvaise humeur.

Il a donc été choisi de passer par le Comité des plans de défense auquel nous ne figurons plus suite à la décision du Général De Gaulle, de nous retirer comme "membre à part entière" de l'OTAN, même si nous en sommes le premier contributeur. La décision a été prise, effectivement, dans ce cadre là, avec notre accord puisque nous nous sommes concertés avec l'Allemagne et la Belgique, qui ont fini par accepter une mesure qui se limite, effectivement, à quelque chose de purement défensif en la matière.

Je tiens à dire aussi, que nous avons toujours dit que, bien entendu si la Turquie était en quoi que ce soit menacée, nous serions parmi les premiers à aller la défendre, compte tenu de nos relations. Or, des officiels turcs, eux-mêmes, ont dit à des journalistes et à des parlementaires français, présents dans le cadre d'une mission, qu'ils ne se sentaient pas menacés aujourd'hui par l'Irak. Donc, il y avait là une sorte de double langage dont nous ne voulions pas entendre parler.

Effectivement, vous avez raison, nous ne sommes pas dans la procédure, mais cela, nous le savons d'ores et déjà. Cependant, la satisfaction que nous avons, c'est qu'à la suite de notre position, les éléments de protection de la Turquie ont été ramenés à des méthodes, purement, de protection, même si, par ailleurs, la Turquie vient de permettre aux américains de s'installer sur des bases dans le sud de son pays. Cela est un autre domaine et rend d'ailleurs inutile ce qui a été fait par l'OTAN.

  

Jacques BAUMEL

          Je voudrais, à présent, donner la parole au greffier de l'UEO, M. Colin Cameron et ajouter quelques mots sur cette organisation trop peu connue, à laquelle je participe depuis 20 ans qu'est l'Union de l'Europe Occidentale. Cette dernière prévoie une manifestation très importante à Athènes, dans quelques semaines.

 

 Colin CAMERON

          Madame le Ministre, vous avez pris la parole, il y a trois mois, devant cette assemblée interparlementaire pour la sécurité et la défense européenne, l'Assemblée de l'UEO, au Palais d'Iéna. Vous avez dit alors : "Le plus rude des défis de la PESD, est celui des capacités militaires". Nous avons beaucoup parlé, aujourd'hui, au cours de cette conférence organisée par le Forum du Futur, du transatlantique. Pouvez-vous dire un mot sur le transeuropéen ? Est-ce qu'aujourd'hui, le plus rude des défis réside toujours dans les capacités, ou sommes-nous dans un autre jeu ?

  

Michèle ALLIOT-MARIE

          Je crois que les capacités représentent toujours le défi. Parce que si nous voulons avoir une politique de défense européenne crédible, il faut que l'Europe ait les moyens de ses ambitions, c'est-à-dire, les moyens de se défendre et les moyens de défendre ses intérêts et ses principes dans le monde, si besoin est. Aujourd'hui, le défi est le même parce que les données financières sont les mêmes, voire même un peu aggravées. C'est-à-dire que, comme vous le savez, essentiellement deux pays font le maximum d'efforts en matière de capacités : la France et la Grande-Bretagne, et un autre le fait, mais à sa taille : la Grèce, puisque, je crois, qu'elle en est à 3 % de son PIB aujourd'hui. Tous les autres pays se situent aux alentours de 1 %. Par conséquent, avec 1 % - surtout si la moitié des crédits de recherche sont gelés, suite au choix de participer au programme JSF américain - il ne reste plus grand chose.

 
Nous disons qu'il est indispensable, d'une part, que les gouvernements prennent en compte la réalité suivante : il existe une menace, fût-elle asymétrique et si l'on veut, effectivement, lutter contre le terrorisme, il faut en avoir les moyens. D'autre part, si l'on veut garder son indépendance, il faut en prendre les moyens, que ce soit dans le domaine spatial, que vous évoquiez, ou dans d'autres domaines. Cela est indispensable.

 
Ceci dit, nous avançons et nous avons déjà avancé, puisque le processus ECAP nous a permis, nous permets ou nous permettra dans les prochaines semaines, de faire le point sur les lacunes capacitaires de l'Europe. Les groupes de projets que nous allons commencer à mettre en place à partir du mois de mai, ont pour but de nous permettre de combler, le plus rapidement possible, ces lacunes capacitaires. Un certain nombre de grands programmes européens ont également été sauvés, comme le système Galiléo, etc. Nous avançons donc, mais il est évident qu'il faudrait faire un effort supplémentaire.

J'espère que toutes les prochaines opérations qui vont rendre visible la défense européenne, et je pense, notamment, à la Macédoine, qui relève de l'OTAN et va commencer au début du mois de mars, ou à la relève de l'OTAN en Bosnie qui commencera en 2004 ; vont nous permettre de rendre les choses crédibles.

Je constate que lors de mon arrivée au Ministère, beaucoup de scepticisme existait à l'égard d'une volonté de mettre réellement en place une défense européenne. A partir du moment où le gouvernement français a décidé, par la Loi de programmation militaire de faire un effort considérable pour remonter ses crédits militaires, j'ai eu le sentiment qu'il y avait beaucoup plus de densité dans les discussions que nous avions entre ministres de la Défense avec une certaine volonté de leur part. Maintenant, je pense que les ministres de la Défense ont besoin de forces armées contre les ministres des Finances.

 

 Jacques BAUMEL

          Voilà une nouvelle guerre qui se prépare.

         Madame le Ministre, vous avez eu la gentillesse de répondre, déjà, à un certain nombre de questions. Pouvons-nous encore abuser de votre temps, en proposant encore à deux participants de poser leurs questions ?

  

Général ROUSSEAU

          Madame le Ministre, parmi les moyens des ambitions de la défense, le premier de tous est sans conteste celui des hommes et des femmes de cette défense. Vous êtes, actuellement, penchée sur un travail de refonte du statut général des militaires. Comment pensez-vous que nous réussirons à concilier notre adaptation à l'évolution de la société moderne, faite davantage de : réduction du temps de travail, politique des loisirs, droits individuels de la personne ; avec le maintien de la spécificité du métier des armes, fait davantage du sens du sacrifice, de la disponibilité, de l'altruisme, etc. ? spécificité sans laquelle, le métier des armes serait complètement banal. Comment avance-t-on dans ce travail - et je sais combien cela est une gageure - sur le statut général des militaires ?

  

Michèle ALLIOT-MARIE

          Votre question comprend deux éléments. D'une part, il y a la procédure elle-même. Pour ce qui concerne la procédure, j'ai créé un groupe au ministère, présidé par le premier vice-président du Conseil d'Etat et composé, à la fois de militaires et de représentants de la société civile. Ainsi, il existera en permanence, un système de contact avec les forces armées elles-mêmes et avec un groupe issu des conseils et du CSM. Donc, la procédure va se dérouler jusqu'à l'été pour des propositions qui seront faites environ au mois d'octobre et un passage devant le Parlement, probablement, au début de l'année 2004.

         D'autre part, sur le fond, le but est, d'un côté, de garder ce qui fait l'essence du statut militaire, c'est-à-dire, les contraintes, avec, d'ailleurs, leur compensation qui existe et, de l'autre, les spécificités du statut militaire qui vont, de la discipline - qui me paraît une règle première - jusqu'à un certain nombre de contraintes matérielles et temporaires. Cependant, il reste, à mon avis, des éléments un peu stupides. Il m'est arrivé, encore, de trouver une autorisation de mariage sur mon bureau. Je pense que certaines choses datent un peu.

 
         Ceci dit, sur quoi puis-je m'appuyer et avoir confiance ? Tout simplement sur les hommes et les femmes dont vous parliez. Parce que je constate, en les rencontrant et en allant sur le terrain, que nous avons la chance d'avoir des hommes et des femmes engagés dans les armées, non pour faire 35 heures, mais pour servir leur pays et les autres. A partir de là, je crois que nous pouvons, effectivement, faire du bon travail et nous appuyer totalement sur eux, à une condition, c'est de leur montrer aussi notre confiance et notre estime.

  

Amiral DUFOURCQ

          Madame le Ministre, qu'attendez-vous de la Convention Européenne en matière de défense ?

 Michèle ALLIOT-MARIE

          J'attends de la Convention qu'elle réaffirme un certain nombre de principes qui se révèlent mobilisateurs pour les autres pays. Parmi ces principes, que j'ai rappelés brièvement tout à l'heure, il y a notamment, celui de la solidarité et de la défense "réciproque" à l'intérieur des pays.

         Il y a, également, en matière d'armement, celui d'une meilleure organisation avec probablement une agence européenne de l'armement sur le modèle de l'OCCAR. Il y a enfin, une notion à laquelle je tiens : celle de la préférence européenne en matière de choix d'armement.

  

Jacques BAUMEL.

          En votre nom à tous, je voudrais remercier spécialement Madame Michèle ALLIOT-MARIE, qui a bien voulu nous consacrer, après une journée épuisante, plus de deux heures.

Je pense que nous avons, aujourd'hui, réuni une salle exceptionnelle, composée d'ambassadeurs, de diplomates, de spécialistes, d'officiers, d'experts de toutes sortes.