FORUM DU FUTUR


"Géopolitique de l'Energie"

Colloque du jeudi 27 mars 2003 à l'Ecoloe Militaire en partenarait avec le CID et l'Association Mars

animé par :

Ouverture : Contre-Amiral Pierre TOUBON, Directeur du CID

 

EVALUATION DE LA SITUATION

 Président : M. Aymeric CHAUPRADE, Chargé de cours de géopolitique - CID

 Intervenants : M. Olivier APPERT, Directeur - Agence Internationale de l'Energie

M. Michael STÜRMER, Politologue, Journaliste - Die Welt

 

EVOLUTION DES TECHNOLOGIES ET ENVIRONNEMENT

 Président : M. Christian STOFFAËS, Directeur de la Prospective et des Relations Internationales - EDF

 Intervenants : M. Jacques BOUCHARD, Directeur de l'Energie nucléaire - Commissariat à l'Energie Atomique

 M. Michel VALAIS, Conseiller pour l'Energie du Président du Groupe -TotalFinaElf

M. Patrick LE VAILLANT, Directeur des marchés industriels - Vivendi Environnement

M. Jean-Marc JANCOVICI, Ingénieur Conseil - Manicore

 

ENERGIE ET RELATIONS INTERNATIONALES

 Président : M. Dominique MOÏSI, Conseiller spécial de l'IFRI

 Intervenants : M. Pierre NOËL, Chercheur - IFRI

M. Aymeric CHAUPRADE, Chargé de cours de géopolitique - CID

Dr. Fadhil CHALABI, Former Acting Secretary General - OPEP

 

QUELLE POLITIQUE A LONG TERME POUR LA FRANCE ET POUR L'EUROPE ?

 Président : M. Francis GUTMANN, Ambassadeur de France, Président du Conseil scientifique de la Défense

 Intervenants : M. Guillaume SCHLUMBERGER, Adjoint au Directeur de la Délégation aux Affaires Stratégiques

 M. Valery NESTEROV, Analyste Troïka Dialog - Moscou

 M. Helmut SCHMITT VON SYDOW, Directeur pour les énergies conventionnelles - Direction Générale de l'Energie et des Transports - Bruxelles

M. Patrick OLLIER, Président de la Commission des Affaires Economiques - Assemblée Nationale


OUVERTURE

Contre-Amiral Pierre TOUBON, Directeur du CID

Président, Messieurs les officiers généraux, Mesdames, Messieurs, je suis heureux de vous accueillir si nombreux aujourd'hui au Collège Interarmées de Défense pour le colloque annuel, organisé en partenariat par le Forum du Futur, le Collège Interarmées de Défense et l'association Mars.

Le thème qui nous rassemble aujourd'hui est : "la géopolitique de l'énergie", avec un sous-thème : "quelle politique pour la France et l'Union Européenne à l'horizon 2025-2030". Ce thème d'actualité a été choisi en juillet de l'année dernière.

 

Ce colloque s'ouvre dans une situation internationale perturbée, qui avait même été qualifiée récemment de "durablement dégradée" et "marquée par l'imprévisibilité". Ce constat n'est pourtant pas celui totalement prévu ou du moins souhaité, au début des années 90, après la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'Union soviétique. La paix et la prospérité universelle, promises aux peuples, ont rapidement fait place à un monde où le mot instabilité se conjugue désormais sur tous les modes : militaire, économique, sociologique et même environnemental. Un monde où les crises des années 90 semblent avoir débouché sur des affrontements extremement violents que l'on qualifie souvent de guerres. Je rappellerai la Bosnie, le Kosovo, la 1ere Guerre du Golfe, la Tchéchénie, etc. L'espoir d'un monde prédictif, organisé, policé s'est rapidement enfui et a laissé La place à une forte instabilité porteuse de graves dangers pour l'humanité.

Nous faisons face aujourd'hui à des économies fragiles malades de l'incertitude, où les plus grandes sociétés capitalistiques se découvrent sans préavis vacillantes. Nous vivons dans un monde où les sociétés humaines les plus avancées, les plus organisées, les plus sûres d'elles-mêmes, se heurtent aux grands défis de la démographie, des mouvements de population, du partage des richesses. Notre planète s'interroge sur sa capacité à accueillir durablement une espèce humaine qui, par ses comportements, tend à remettre en cause son environnement traditionnel ; une espèce humaine qui pourrait générer des changements climatiques profonds aux conséquences annoncées catastrophiques, mais aussi une société qui peine à prendre les mesures nécessaires. A cette fin du XXème siècle qui avait laissé espérer la "fin de l'Histoire" et un apaisement général des relations internationales, semble succéder un XXIème siècle annonciateur d'une constante peu enviable : l'instabilité pour les 10 ou 20 prochaines années. Les relations entre les hommes, entre les nations, leurs différents ou leurs affrontements économiques et guerriers ont été marqués depuis très longtemps par de profondes constantes mais aussi, au gré des évolutions technologiques ou sociologiques par d'importants changements.

 

"Constantes et changements dans l'Histoire" : c'est le titre d'un ouvrage écrit par        M. Chauprade, ici présent, professeur chargé du cours de géopolitique au CID. "Constantes et changements dans l'Histoire", en fait, constituent le cœur de l'analyse géopolitique qui cherche en permanence à mettre en relief  ces deux éléments principaux. Prenant acte de l'instabilité décrite auparavant, de l'imprévisibilité annoncée, les organisateurs de ce colloque ont pensé qu'une analyse de la problématique de l'énergie dans les vingt prochaines années au travers du prisme de la géopolitique était pertinente. Nous allons nous interroger successivement, tout au long de cette journée, sur l'accroissement des besoins en énergie et les moyens d'assurer sûreté des approvisionnements et autonomie des nations, puis sur l'utilisation des énergies en conformité avec nos approches de l'environnement, enfin, sur l'influence de problèmes énergétiques sur les relations internationales. Et pour cela, nous espérons, afin d'éclairer l'avenir dans une période qui semble donc durablement marquée par l'imprévisibilité, tenter de dégager les constantes et les changements qui régissent cette problématique, c'est-à-dire d'en faire une véritable analyse géopolitique comme  nous appelons souvent à le faire les stagiaires du CID ici présents.

 

 EVALUATION DE LA SITUATION

 

M. Aymeric Chauprade, Chargé du cours de géopolitique – CID

 Nous devons donc aujourd'hui poser la question des enjeux énergétiques, celle du bien commun, de la sauvegarde des milieux naturels et des enjeux des ressources.

En effet, de nombreuses questions à propos de l'énergie se posent: En manquerons-nous ? Quelles seront les révolutions énergétiques à attendre demain ? Qui sont les mieux placés dans la compétition à l'énergie ? Quels rôles jouent les puissances multinationales à coté des nations dans cette compétition pour la ressource énergétique ? et bien d'autres auxquelles nous tenterons de répondre à travers le débat aujourd'hui.

A mes côtés, deux personnes vont situer et camper le décor ce matin : Oliver Appert, directeur de l'Agence  Internationale de l'Energie, qui présidera dans quelques semaines l'Institut Français du Pétrole et Michael Sturmer, Politologue, Journaliste à Die Welt.

L'Amiral Bétermier présidera le débat à l'issue de leurs interventions.

 

M. Olivier APPERT, Directeur  - Agence Internationale de l'Energie

 L'Agence Internationale de L'Energie a été créée en 1974, en réponse à l'embargo des pays producteurs de pétrole lors du 1er choc pétrolier. C'est un scénario auquel, heureusement, nous n'assistons pas ces jours-ci. La raison d'être de l'Agence, dès l'origine, a donc été la sécurité des approvisionnements pétroliers. De façon à mesurer et assurer cette sécurité, pour évaluer la vulnérabilité de notre approvisionnement, il est nécessaire d'avoir une vision prospective et donc de s'interroger sur l'évolution de la demande de pétrole, mais plus généralement de la demande d'énergie. D'où cette énergie va-t-elle venir ? Dans quelles conditions ?

 
Je vais vous présenter les résultats de travaux que nous avons effectués dans ce domaine, sous la forme d'une projection de l'offre et de la demande d'énergie à échéance de 2030. J'analyserai ensuite spécifiquement, source d'énergie par source d'énergie, les problèmes qui peuvent se poser.

 
Premièrement, si nous étudions l'évolution de la demande d'énergie mondiale dans les 30 années qui viennent, nous en constatons pas de grands changements : les énergies fossiles vont continuer à assurer l'essentiel de la demande d'énergie à échéance 2030, avec une part de marché de l'ordre de 90 %. La consommation d'énergie va continuer à augmenter, à un rythme que l'on estime de 1,7 % par an. Ainsi, sur la période 2000-2030, nous anticipons une augmentation de la demande d'énergie de l'ordre des 2/3.

Le gaz est indéniablement la source d'énergie préférée dans l'ensemble des pays mondiaux avec un taux de croissance qui est nettement supérieur au taux de croissance moyen de : 2,4 % par an. La consommation de gaz devrait dépasser celle de charbon à la fin de la présente décennie.

Pour ce qui concerne le pétrole - malheureusement - rien ne change. La demande pétrolière est un petit peu plus faible que la demande d'énergie mondiale, mais la part du pétrole dans la consommation énergétique mondiale devrait rester à peu près au même niveau (38 % en 2030, contre 39 % aujourd'hui).

Le nucléaire, le nucléaire avait vu sa part augmenter significativement dans les deux dernières décennies. Compte tenu des problèmes politiques qui se posent dans un certain nombre de pays développés du fait d'une opposition au nucléaire, mais aussi des problèmes de financement des centrales nucléaires dans les pays en développement, on estime que la part du nucléaire devrait baisser. La production du nucléaire, la contribution au bilan énergétique mondial devrait rester à peu près stable, mais en pourcentage seulement, car puisque la demande augmente, la part devrait baisser.

Quant aux énergies renouvelables, vis à vis de l'hydroélectricité, pour, à peu près les mêmes raisons que le nucléaire, nous estimons que la part d'hydroélectricité devrait baisser puisque la contribution de l'hydroélectricité aux approvisionnements énergétiques mondiaux devrait rester à peu près stable. Les renouvelables ont le vent en poupe. On parle beaucoup d'éolien, de solaire, etc. cependant, dans la mesure où le point de départ est relativement bas : 3 % du bilan énergétique mondial aujourd'hui, même si la croissance est forte, la contribution à la fin de la période devrait rester faible. On devrait monter seulement de 3 % à 4 %.

 

Il est intéressant d'analyser l'évolution de la demande d'énergie par régions parce qu'à ce niveau, des changements plus significatifs apparaissent. Si l'on observe la répartition de la demande d'énergie entre les pays de l'OCDE, les pays des économies en transition et les pays en développement, il ressort que les PED vont représenter 62 % de l'accroissement de la demande énergétique mondiale. A l'échéance de 2030, la consommation des pays en développement devrait être supérieure à la consommation énergétique des pays industrialisés. Quels changements comparé à 1971 ?, où la part de l'OCDE était absolument déterminante ? Pour illustrer cette évolution géopolitique de la demande, disons deux mots de la Chine.

La Chine va, indéniablement, dans le secteur énergétique, comme globalement dans le secteur économique, assurer un rôle croissant dans l'équilibre énergétique mondial. A elle seule, la Chine va représenter 20 % de la croissance de la demande énergétique mondiale et environ 50 % de la croissance de la demande de charbon, etc. Vis à vis du pétrole, la Chine était exportatrice net de pétrole en 1992. Aujourd'hui, elle est importatrice et elle va le devenir de plus en plus. A l'échéance 2030, nous estimons que la Chine devrait importer de l'ordre de 10 millions de barils par jour. Ce montant est du même ordre de grandeur que les importations annulées des pays de l'Europe OCDE. Donc, nous envisageons là une réelle redistribution des cartes géopolitiques au niveau de la demande.

 

Comment cette demande énergétique sera-t-elle assurée et d'où viendra-t-elle ? D'abord, nous allons assister à une accélération de la demande d'énergie. Ainsi, pour les trente prochaines années, l'accroissement de cette dernière sera supérieur de 50 % à ce qu'avait été l'accroissement entre 1971 et 2000. Va-t-on, pour autant manquer d'énergie ? Nos analyses montrent, à l'évidence, que ce n'est pas le cas et contrairement aux prévisions alarmistes du club de Rome qui prévalaient lors du 1er choc pétrolier, nous considérons que les ressources énergétiques, au niveau mondial, seront suffisantes pour le pétrole, le gaz ou le charbon. Par contre, il sera nécessaire, pour mobiliser ces ressources énergétiques, d'engager des investissements considérables de façon à amener cette énergie au niveau du consommateur final et ceci concerne, à l'évidence, la production, le transport, la transformation ou la distribution d'énergie sous toutes ses formes.

 

De plus, dans les trente prochaines années, l'essentiel de l'accroissement de la production d'énergie viendra des pays en développement. Alors que dans les 30 dernières années, les pays de l'OCDE avaient assuré 40 % de l'accroissement de l'offre énergétique mondiale. Ils ne représenteront plus que 8 % de l'accroissement dans les trois prochaines décennies, et ceci se traduira, à l'évidence, par une dépendance accrue vis à vis d'un nombre réduit de pays localisés dans des zones instables, en particulier pour le pétrole et pour le gaz. Cela se traduira aussi, de façon évidente, par une hausse très importante du transport d'énergie compte tenu d'un décalage croissant entre les zones de production d'énergie et les zones de consommation. Ainsi, le commerce international d'énergie entre les diverses régions du monde devrait doubler dans les 30 années qui viennent Pour la part du pétrole, ce commerce interrégional va croître encore et représentera environ 58 % de la consommation pétrolière mondiale. Quant au gaz, même si on part de niveaux qui sont plus bas, le commerce international du gaz devrait être multiplié par un facteur 4 et en particulier celui du gaz sous forme de gaz naturel liquéfié.

 

Etudions maintenant les sources d'énergies, sources par source.

Je commencerais par le pétrole, en décrivant succinctement les résultats d'études menées par l'USGES, le service géologique américain, qui fait référence en terme d'évaluation des réserves. Des estimations réalisées de 1984-87 à 2000 permettent d'évaluer les réserves. On constate qu'au cours des deux dernières décennies, les ressources totales de pétrole ont doublé, passant de 1 700 milliards à 3 300 milliards de barils. Les réserves disponibles immédiatement, se montent d'après cette estimation à 960 milliards de barils. Pour avoir une vision plus complète de ces réserves, il faut ajouter la croissance future des réserves dans les champs existants, liée à la mise en place de nouvelles technologies permettant notamment d'augmenter les réserves. Dans le domaine pétrolier, nous n'avons pas à avoir d'inquiétude au niveau global. Les réserves sont en place pour les trente prochaines années. Cette estimation est confirmée par d'autres estimations plus optimistes encore sur les réserves disponibles.

Ceci ne veut pas dire qu'au plan géopolitique, la situation soit confortable car la répartition géographique des ces réserves, même si elles sont importantes, est très mal distribuée. Les pays de l'OPEP concentrent, à eux seuls, environ les 2/3 des réserves de pétrole et plus de la moitié des réserves sont localisées dans le Golfe Arabo-Persique. Il n'est pas nécessaire ici de préciser les implications géopolitiques de ce constat. Il existe une production significative en dehors des pays de l'OPEP, mais on estime que d'ici la fin de la présente décennie, la production des pays hors OPEP devrait commencer à plafonner et baisser ultérieurement. De sorte que la croissance de la consommation de pétrole dans le monde sera assurée de plus en plus par les pays de l'OPEP et en particulier les pays du Moyen-Orient. Ainsi, la tendance majeure dans les années qui viennent, est celle d'une dépendance accrue des pays industrialisés vis-à-vis du pétrole du Moyen-Orient. Cette dernière est assez inéluctable. Nous devrions, à la fin de la 3e décennie de ce siècle retrouver des taux de dépendance vis à vis du pétrole de Moyen-Orient proches de ceux que nous pouvions constater il y a trente ans et qui ont débouché sur le 1er choc pétrolier. Il s'agit là à l'évidence d'un enjeu géopolitique majeur. Une projection de la géopolitique pétrolière dans trente ans : permet de dégager quatre zones fortement importatrices : tout d'abord, l'Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada), puis la Chine, l'Europe et enfin l'ensemble Japon-Corée. L'ensemble de ces pays se trouvera donc en compétition pour avoir accès aux ressources pétrolières du Moyen-Orient et accessoirement de l'Afrique.

Deux mots sur la Russie dont on parle beaucoup actuellement. Elle dispose de ressources pétrolières importantes mais, compte tenu de la croissance de  la demande intérieure russe liée au développement économique de ce pays, elle jouera, au fond, un rôle relativement réduit vis-à-vis de ses voisins européens ou asiatiques. Elle continuera d'exporter mais elle ne jouera pas le rôle que pourra jouer le Moyen-Orient et accessoirement les pays africains.

 

Pour ce qui concerne le gaz naturel, les réserves trouvées sont très abondantes : elles sont estimées à 160 000 milliards de m², ce qui représente 60 années au rythme de consommation actuel. Les ressources ultimes sont aussi très abondantes et pourraient représenter de l'ordre de 200 années de production au rythme actuel. Il est courant de dire que les réserves de gaz sont beaucoup mieux réparties géographiquement que celles du pétrole. C'est partiellement vrai, mais il faut quand même reconnaître qu'un nombre réduit de régions dominent la scène gazière. Deux régions, la CEI (ex-URSS) et le Moyen-Orient contiennent les 3/4 des réserves mondiales. La Russie est le pays le plus important avec 30 % des réserves, suivi par l'Iran qui détient 20 % des réserves mondiales.

La demande d'énergie va croître. Il est intéressant de souligner qu'elle va se concentrer de plus en plus sur les secteurs de la production d'électricité. Donc, en résumé, la consommation de gaz va doubler dans les 30 ans à venir avec une part extrêmement importante de la croissance de la demande qui sera consacrée à la production d'électricité. C'est une situation surprenante en France parce que la part du gaz dans la production d'électricité est extrêmement faible, ceci étant lié au programme nucléaire. Par contre au niveau européen, au niveau des Etats-Unis et au niveau mondial, une part très significative du gaz sera consommée dans la production de l'électricité. C'est donc encore un déterminant majeur du secteur énergique mondial dans les trente années qui viennent.

Le commerce gazier va être multiplié par 4 dans les trente années qui viennent. L'Amérique du Nord devrait émerger comme un pays importateur important. Aujourd'hui la région Etats-Unis - Canada - Mexique est pratiquement autonome en matière de gaz, mais en 2030, si les politiques en place sont maintenues, les importations gazières de l'Amérique du Nord devraient représenter environ 350 milliards de m² soit 25 % de la consommation de la zone. Bien entendu, ces approvisionnements seront assurés sous forme de gaz naturel liquéfié puisqu'on ne peut pas imaginer la construction de gazoducs amenant le gaz des régions productrices. Ceci est un élément déterminant qui d'ores et déjà inquiète les autorités politiques américaines. Ces dernières redoutent un risque de croissance de la dépendance vis-à-vis des importations dans le domaine gazier. En valeur absolue, la croissance la plus importante des importations concernera les pays de l'OCDE en Europe. En 2030, la dépendance vis à vis des importations en dehors de cette zone devra atteindre à peu près les 2/3 sans prendre en considération le gaz venant de Norvège. Donc, en dehors des frontières des pays de l'OCDE en Europe, nous devrions importer de l'ordre des 2/3 du gaz que nous consommons. La Russie reste un exportateur important vis à vis de l'Europe mais aussi de l'Asie. Cependant, nous pouvons également constater dans cette évolution à long terme, l'émergence significative et frappante de l'Afrique, comme l'une des plus importantes sources d'approvisionnement de gaz, avec des exportations qui devaient être multipliées environ par un facteur 5. Le Moyen-Orient émerge aussi comme un exportateur majeur de gaz sous forme essentiellement liquéfiée.

 

Le charbon représente 25 % de l'approvisionnement énergétique mondial aujourd'hui et ne présente guère de risques géopolitiques. Les réserves sont abondantes. Elles sont estimées à environ 200 années au rythme actuel de la consommation. Rappelons que pour le pétrole, on évoque 40 années, et pour le gaz 60.

Ces réserves sont très largement diversifiées au niveau géographique. De plus, grâce au progrès technique, les réserves de charbon ont augmenté de facon importante ces dernières années. Ainsi, si l'on compare une estimation faite en 1978 et une autre qui vient de l'être en 1999, les réserves de charbon ont augmenté d'environ 350 milliards de tonnes entre les deux. Dans le même temps, la consommation de charbon n'a été que de 100 milliards de tonnes, de sorte que nous avons pu constater durant cette période une hausse nette des réserves de l'ordre de 250 milliards de tonnes. Sur ce plan là, il n'existe dons pas de préoccupation géopolitique.

 

Dans le domaine de l'uranium, pour l'approvisionnement des centrales nucléaires, il n'y a pas de préoccupations géostratégiques non plus. Les réserves d'uranium, d'un coût de 130 dollars par kilo (limite fixée par les géologues), représentent 250 années de consommation et sont assez largement diversifiées au plan géographique. Les pays de l'OCDE détiennent à eux seuls 45 % des réserves, en particulier l'Australie, les Etats-Unis et le Canada. Quand bien même le prix de l'uranium augmenterait significativement, cela n'aurait qu'un impact limité sur le coût de la production d'électricité, compte tenu du fait que la part de l'uranium dans le prix de l'électricité produite par les centrales nucléaires est relativement faible.

 

On parle beaucoup de renouvelable et je voudrais donner d'abord quelques indications sur les définitions : qu'est-ce qu'on entend par Energies renouvelables ? Malheureusement il y a beaucoup de confusions. Ce graphique présente une estimation en 2000 de la part des renouvelables suivant les définitions que l'on prend. Si on prend la définition la plus extensive, on constate que les renouvelables représentent de l'ordre de 14%  du bilan énergétique mondial, c'est-à-dire 2 fois + que le nucléaire, pas très loin du gaz. C'est un enjeu qui est fondamental. Ceci étant, dans ces renouvelables, il faut prendre en compte l'essentiel de ces renouvelables – c'est ce qu'on appelle la biomasse traditionnelle, c'est pour faire simple le bois que les hommes et femmes africaines vont chercher pour assuré la cuisine, ce sont les déchets animaux utilisés en Inde, ceci représente de l'ordre des ¾ de cette biomasse traditionnelle et de sorte que si l'on prend en compte seulement la biomasse dans les pays de l'OCDE qui est une biomasse commerciale, on retrouve les chiffres que je donnais précédemment sur la part des renouvelables. L'hydroélectricité représente la 2e source majeure de renouvelable mais dans les débats environnementaux actuels, beaucoup de gens considèrent que l'hydroélectricité ne doit pas être poussée compte tenu de ses impacts environnementaux qui sont considérés comme très négatifs. Donc, quand on parle de renouvelable dans les débats politiques, on parle de 0,5% du bilan énergétique mondial donc c'est un niveau très bas et  là encore l'essentiel de ces 0.5% est constitué par la géothermie, soit pour le chauffage comme cela se fait en France, soit pour la production d'électricité comme en Italie, au Japon ou en Nouvelle-Zélande, et l'énergie renouvelable à laquelle on pense dans les débats politiques, c'est-à-dire le solaire et l'éolien, ne représente respectivement que 0,039%  et 0,026%  du bilan énergétique mondial. Donc quand bien même il y a des potentiels importants des renouvelables, on part d'un niveau qui est extrêmement bas. Le potentiel des renouvelables est diversifié : il y a un potentiel théorique et un réel. La quantité d'énergie solaire reçue sur la Terre représente + d'une de fois la consommation énergétique mondiale. C'est un potentiel théorique, le potentiel réel étant bien entendu très très loin. L'ensemble de l'électricité des Etats-Unis pourrait être produit par l'énergie éolienne dans 2 États, le Dakota du Sud et le Dakota du Nord. Il est évident que ca ne verra pas le jour et il y a donc il y a un décalage extrêmement important entre le potentiel théorique des énergies renouvelables et le potentiel économique réel. Il est clair que l'éolien représente, notamment dans les pays de l'OCDE, la source d'énergie renouvelable qui se développera le + vite mais il faut prendre en compte le fait  que se pose un problème d'intermittence c'est-à-dire qu'on a besoin d'électricité quand on tourne le bouton, pas seulement quand le vent souffle, et d'autre part ça pose aussi des problèmes croissants dans les pays européens d'acceptation, par exemple au Pays-Bas ou il est très difficile maintenant de construire de nouvelles fermes éoliennes. Ceci explique que les projections que l'on fait, où malgré un potentiel important des renouvelables, nous n'anticipons pas une croissance relativement forte des renouvelables dans la définition étroite que j'ai retenue et globalement, dans les 30 années qui viennent, les énergies renouvelables ne devraient contribuer que de façon faible à la croissance de demande d'énergie.

Je voudrais terminer ma présentation par un problème qui, je pense dans les années à venir deviendra un problème politique croissant, qui est "La pauvreté énergétique". On fait très souvent allusion aux 2 milliards d'habitants de la planète qui n'ont pas accès à l'énergie. De quoi manquent-ils ? Est-ce d'électricité, d'énergie moderne ? Où sont-ils, combien seront-ils dans 30 ans ? Pour répondre à ces questions, on a construit une base de données sur d'une part les populations qui n'ont pas accès à l'électricité, et d'autre part les populations qui dépendent uniquement de la biomasse traditionnelle pour assurer leurs besoins domestiques. Et nos travaux ont montré que 1.6 milliards d'habitant dans le monde n'avaient pas accès à l'électricité, et malgré des efforts importants qui seront faits dans les années à venir, dans 30 ans, il y aura encore 1.4 milliards d'habitants qui n'auront pas accès à l'électricité. En ce qui concerne la biomasse traditionnelle, l'impact sur le développement économique et sur la santé dans les pays qui utilisent qui utilisent traditionnelle est considérable : l'ONU estime qu'environ 1 million de morts par an en Inde sont dus à son utilisation. Donc elle pose des problèmes à la fois économiques, environnementaux, de santé qui sont considérables. Aujourd'hui, 2.4 milliards d'habitants dépendent uniquement de la biomasse traditionnelle pour leurs besoins énergétiques, et vous voyez sur cette carte à la fois la répartition entre les différentes zones et sur les populations qui n'ont à la fois pas accès à l'électricité et qui dépendent de biomasse traditionnelle. Elles se trouvent essentiellement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est.

J'en viens maintenant à ma conclusion- synthèse. L'actualité nous sensibilise aujourd'hui bien entendu à la dimension géopolitique de l'énergie et les projections que je vous aie présentées montrent que cette dimension va être loin de s'atténuer dans les années à venir. Si dans les 30 ans à venir, les ressources d'énergies étaient abondantes et suffisantes pour assurer la croissance de la demande, l'économie mondiale dépendra de façon croissante pour ses approvisionnements de zones politiquement instables et en c'est en particulier le cas pour le pétrole mais ce sera aussi le cas pour le gaz, et ceci est nouveau. Coté demande, on assistera à une compétition croissante entre les principales zones consommatrices – l'Amérique du Nord, l'Europe, la Chine, le Japon et la Corée- pour sécuriser leurs approvisionnements, et une compétition vis-à-vis des zones où se retrouvent l'essentiel des réserves, et là encore pour le pétrole et le gaz, c'est essentiellement le Moyen-Orient. Enfin, je pense que sans les 30 années qui viennent, on pourra ignorer le caractère inacceptable de la situation énergétique des pays les + pauvres et que cette pauvreté énergétique risque de devenir aussi un enjeu géopolitique important. Merci.

 

M. Aymeric CHAUPRADE

           Merci M. Appert, vous avez souligné les enjeux énergétiques de façon très claire. Je retiendrais parmi les nombreux enjeux le rôle déterminant pour l'avenir du pétrole du Moyen-Orient, et la question chinoise parmi d'autres facteurs que vous avez mis en évidence dans cette intervention. Je cède sans plus tarder la parole à M. Sturmer.

 

M. Michael STŰRMER, Politologue, Journaliste – Die Welt

          
Merci M. le Ministre. Officiers généraux, mesdames et messieurs, Je voudrais d'abord remercier l'Amiral Betermier et le Forum du Futur pour m'avoir inviter. Il s'agit vraiment d'une dimension historique. Ce qui était le prix du blé et du pain pour l'Ancien Régime est aujourd'hui le prix du pétrole. Tout se développe, à long terme, en fonction du marché de l'énergie. Il y a un siècle, + ou -, que le pétrole est devenu  la plus stratégique de toutes les ressources essentielles, à l'exception, peut-etre de l'eau potable. "Pas de sang pour le pétrole". Le slogan est  populaire et certainement en ce moment. Il a n impact sur nos médias et les manifestations contre les Etats-Unis. Mais il est mal placé, à court terme, loin de l'expérience historique et des sociétés industrialisées et même loin des pays du Tiers-Monde. Leurs crises de dettes accumulées depuis la 1ère crise pétrolière il y a  30 ans  étaient le résultat direct de la hausse des prix pétroliers déclenchés par la guerre nommée Yom Kippour ou, en arabe, la guerre Ramadan.

Octobre 1973 au Proche Orient: la frustration des pays arabes incapables d'annuler l'existence de l'Etat Juif se transforme en crise globale. Le prix du baril est rapidement multiplié par 4 ou 5. C'était un examen cruel pour les pays riches du Nord mais encore plus  catastrophique pour les pays pauvres du Sud. Depuis une décennie, la consommation totale de l'énergie parmi les pays du loin (?) Orient excède celle de l'Union Européenne. Mais dans une configuration différente. Beaucoup plus de charbon, riche en sulfure, pesant lourdement sur l'environnement.

            La Chine ne dispose pas d'une réserve stratégique. Il n'y de 'international energy agency' pour la Chine. La nervosité vibrante à travers le marché pétrolier global au moment où une menace politique s'approche des puits de pétrole révèle la peur de pénurie partagée parmi les acteurs de Rotterdam jusqu'à Yokohama et au-delà. Les réserves nommées stratégiques en Europe ou aux Etats-Unis n'excèdent pas la demande de 3 mois (environ 100 jours). Après ca une crise majeure va aboutir à la perturbation sociale, économique et politique à travers l'Europe, soit ancienne, soit nouvelle. Jusqu'à maintenant, les démocraties industrielles ont toujours sécurisé assez  de pétrole. Les crises pétrolières suivant la crise Yom Kippour et la révolution de l'Ayatollah Khomeini en Iran n'étaient pas en effet des crises pétrolières mais pour entre + précis des cries marquées par la hausse des prix incontrôlables. Les achats, en pleine panique, en combinaison avec le freinage de la production au Proche-Orient  à l'inspiration des saoudis , ont fait monter les prix, accentuer les luttes sociales et poser un défi insurmontable à la politique, non pas en Amérique mais en Europe aussi. Le vaste programme de 'deficit spending' faisait sauter l'inflation. En Grande-Bretagne, la 'two day's week' recelait une paralysie financière et politique. Sans l'explosion des prix et les conséquences sociales et économiques hors de contrôle, Willy Brown, chancelier depuis 1969 aurait pu gouverner pour longtemps. Et aussi, 8 ans après, Helmut Schmitt, son successeur. Les Verts en Allemagne sont, sans la crise pétrolière, rien  qu'un phénomène de courte durée.

'L'économie, c'est le destin' comme disait Walter Hartenau (?), indutrialiste visionnaire et ministre des Affaire Etrangères au début de République de Weimar. Mais le destin du  destin aujourd'hui est le pétrole. A travers les crises des dernières décennies, on pourrait apprendre une vérité brutale: il n'y a qu'un seul marché pour le pétrole et c'est le marché global. Sans grâce et sans pitié ni avec les pauvres du Tiers-Monde ni avec les nations riches du Nord. Pendant les décennies à venir, le degré de dépendance du Proche-Orient , inévitablement, va monter. 2/3 des réserves explorées du pétrole sont situées à travers le Croissant Fertile, 'the Fertile Croissant', fertile surtout en dictature, violence, fanatisme, conflits et guerre.

'Pas de sang pour le pétrole': slogan souvent prononcé pendant les semaines dernières mais aussi pendant la 1ère Guerre du Golfe en 1991. La répétition ne rend pas la phrase + utile ou réaliste. Saddam avait occupé l'Emirat du Koweït et annexé le petit pays avec ses vastes réserves e pétrole comme 19e province du nouveau Babylone. Il jouait un jeu de poker global sans comprendre l'importance attribuée par les Etats-Unis et ses alliés à l'équilibre du Proche-Orient. Cela vaut la peine d'examiner encore une fois les raisons pour lesquelles alliés ont fait la 1ère Guerre du Golfe. Il y avait des raisons abstraites comme le droit international, l'équilibre, la sécurité de la maison de Saoud et l'honneur qui conduisaient la guerre. Mai le fil conducteur de cette guerre était le refus de laisser dans les mains de l'homme fort de Bagdad presque 40% du pétrole de la région. Si en +, l'ambition d'asseoir la dominance à travers le monde arabe. Ni l'Union Soviétique, ni le djihad ne pouvait sauver Saddam de la défaite. Ensuite transformer dans les fantaisies des masses arabes en triomphe. Le leitmotiv était le pétrole, ou, pour être plus précis, les pays consommateurs en Europe, en Amérique du Nord et à travers l'Asie avait un intérêt vital de na pas permettre les vastes richesses pétrolières de la région à entre transformer en instrument d'une dictature brutale armée avec des armes de destructions de masses chimiques, biologiques et potentiellement nucléaire. Il apparaît tolérable aux Nations unies que Saddam a massacré les kurdes et les shias (?) et que 5 millions de ressortissants avaient cherchés l'exil mais le contrôle de la situation pétrolière combinée avec des armes de destruction de masse était l'ultime provocation. Immédiatement après cette expérience, les Nations de l'OTAN, dans leur "strategic guide lines" fin 1911 ont défini des principes stratégiques, qui allaient carrément au-delà de la pensée de la Guerre Froide. Pour la première fois, les militaires, à l'OTAN, définissaient la sécurité pétrolière comme but stratégique, s'y inclus des routes d'accès. Vaste programme, on pourrait dire. "strategic silains and vital ressources". Les hommes politiques et les femmes politiques n'avaient aucun intérêt d'alarmer le grand public, mais ils avaient compris la nature pressante de la crise. En théorie, la sécurité pétrolière font partie de la doctrine militaire des Nations réunies, plus ou moins au sein de l'OTAN. En même temps, le Sénateur américain, Richard LOOGARD (?), expert de la défense, sans mentionner le pétrole, prononçait le destin de l'OTAN "out of aera or out of business". Ce n'est pas seulement le style de vie extravagant des Américains qui rend les démocraties industrielles intoxiquées et dépendant du pétrole. Leur "way of life" des Européens, cela aussi demande que le Proche-Orient vend ses riches à un prix tolérable et que le Loin-Orient, presque sans des réserves pétrolières fait danser les prix. Sinon, les économies de l'Europe tombent dans la récession et, au-delà de 40 dollars pour la baril, dans la dépression. Il est facile et populaire d'occuper dans les rues de l'Europe le "mollow high ground" contre les Américains et répéter, "pas de sang pour le pétrole", mais, il est tout à fait autre chose d'assurer longtemps la santé sociale et économique de nos sociétés essentiellement dépendant d'un prix modéré du baril à Rotterdam.

L'équilibre social et moral de nos sociétés est fondé sur le baril de pétrole entre 20 et 30 dollars. Au-delà de 40 dollars, nous sommes face à la crise modèle 1973 ou 1979. C'est pourquoi il reste l'intérêt vital des Européens tous ensemble et chacun pour lui-meme, que les puits de pétroles ne seront sous le contrôle des dictateurs dangereux ou des djihadistes. Annuler l'énergie atomique comme on l'a fait en Allemagne, en Autriche ou en Suède, cela veut dire faire un parti irresponsable concernant l'avenir de nos nations.

'Pas de sang pour le pétrole': la vérité est toujours concrète même la relation entre le sang, le pétrole et le chaos. Merci.

 

Amiral BETERMIER, Vice-Président du Forum du Futur

        Merci M. Sturmer. Je crois qu'on peut ouvrir le débat à l'issue de ces 2 interventions qui souligne à la fois les enjeux stricto-sensu géopolitiques mais vous ajoutez une dimension morale à cette dimension de l'énergie dans les relations internationales donc des facteurs stratégiques, des facteurs temporels  et des facteurs liés aux questions + morales. Beaucoup de facteurs pour débattre. Le débat est ouvert.

 

Paul-Henri REBUT

           J'ai beaucoup travaillé dans la fission thermonucléaire pour présenter un petit peu mon domaine mais je voudrais poser une question qui ne semble pas avoir été abordée à l'heure actuelle, sur ces problèmes des gaz à effets de serre. Dans tout ce que vous avez montré, la consommation, la production d'énergie dépend essentiellement du carbone même pour le gaz et que va-t-on faire avec tout le CO2 qui est produit et relâché dans l'atmosphère? A l'Académie des Sciences, il y a eu des conférences là-dessus et suivant les hypothèses politiques prises sur le taux de carbone brûlé, les estimations varient entre 2 °C et 6°C d'échauffement global de la planète sur un siècle. Ce point-là, je pense, devrait être inclus dans les discussions et dans la vue géopolitique des combustibles. Merci.

 

M. Chauprade?

 Question tout à fait importante et qui sera abordée dans la journée, c'est la question des choix énergétique et des conséquences sur l'environnement, du maintien du pétrole comme principale ressource énergétique mondiale et de la question du nucléaire qu'il faudra poser qui elle n'est pas une énergie à production de gaz à effet de serre. Mais je laisse M. Appert répondre + amplement à cette question.

 

M. Olivier APPERT

Dans le délai qui m'était imparti, je n'ai pas parlé des problèmes de gaz à effet de serre qui sont effectivement des problèmes extrêmement importants. Le scénario que je vous ait présenté conduit à une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, en particulier d'oxyde de carbone, qui sont très importantes. Je rappelle que dans le cadre du Protocole de Kyoto, les pays de l'OCDE s'étaient engagés à maintenir en 2010 leur émission de gaz à effet de serre au niveau de 1990, avec, compte tenu des projections qui sont faites qui traduisent les politiques qui sont actuellement en place, c'est-à-dire  s'il n'y a pas de changements des politiques énergétiques ou économiques, les émissions de gaz à effets de serre vont augmenter de façon tout à fait considérable. Dans les pays de l'OCDE, on estime que dans les 30 ans qui viennent, ces émissions devraient augmenter de l'ordre de 30 ou 50% mais une part très significative de l'augmentation au niveau mondial viendra des pays en développement pour lesquels les émissions de gaz à effet de serre vont + que doubler dans les 30 ans qui viennent. On est très loin de cet objectif de stabilisation et donc si l'on considère que le problème du changement climatique est un vrai problème, il est évident que le scénario que l'on a décrit est un scénario qui est complètement inacceptable. Il faut voir aussi que le protocole de Kyoto ne règle pas tout puisqu'il ne concerne que les pays industrialisés et même au sein des pays industrialisés, les Etats-Unis et l'Australie ont décidé de se retirer du protocole. les pays en développement ne sont pas parties prenantes du protocole de Kyoto donc le débat politique et diplomatique qui se pose aujourd'hui est de préparer l'après Kyoto. Kyoto, c'est des engagements pour la période 2008-2012. Or, compte tenu de l'inertie du secteur énergétique, ce qui n'a pas été fait, on n'aura pas le temps de le faire d'ici 2008 ou 2010 ou tout du - cela n'aura pas d'impact pendant cette période. Par contre ,ce qui est fondamental, le problème de changement climatique étant un problème de long terme, c'est de réfléchir au cadre constitutionnel qui suivra la 1èere période du Protocole de Kyoto. Et on ne peut envisager de faire quelque chose de sérieux que si le pays qui émet par tête d'habitant le + de gaz à effet de serre , c'est-à-dire les Etats-Unis, est effectivement partie prenante et  d'autre part si les pays qui vont entre amenés, à terme,  à devenir les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, les pays en développement sont parties prenantes. C'est donc un challenge pour essayer de trouver quelque chose, un accord, qui puisse impliquer à la fois les Etats-Unis d'une part et les pays en développement d'autre part, qui aujourd'hui ne sont pas parties prenantes de cet effort de réduction des gaz à effet de serre.

  

M. Chauprade?

Je voudrais ajouter 2 mots à propos de cette question de gaz à effet de serre. D'abord une dimension technique: il y évidemment toujours eu production de gaz à effet de serre et il y a des gaz à effet de serre dans l'histoire de la planète mais ce qui est tout à fait nouveau depuis le début de la Révolution Industrielle, c'est, sur une échelle de temps très courte pour la planète, de voir une hausse de la concentration de gaz à effet de serre importante. Non pas importante en valeur absolue mais importante rapportée à cette échelle de temps. Ce qui fait dire quand on modélise les écosystèmes, les systèmes climatiques, qu'il y a une sorte de forçage des systèmes par cette irruption brutale d'effet de serre en forte concentration. L'origine des gaz à effet de serre, c'est évidemment la hausse de la consommation d'énergie hydrocarbure mais il y aussi la question de la déforestation qui touche elle + les pays du sud et qui est aussi un problème qui a des conséquences sur l'environnement. Donc déforestation, production de gaz à effet de serre, impliquent, à terme, d'éventuels changements climatiques. Il y a un débat là-dessus mais tout le monde est à peu près d'accord pour dire que cette augmentation brutale aura des conséquences pour déséquilibrer l'écosystème en général. Et enfin, vous l'avez bien dit, ce problème n'y suffit pas, et la France a cette volonté incontestablement, de poser la question des gaz à effet de serre et de l'avenir de la planète, des choix énergétiques mais il est évident que les réponses sont globales et multilatérales. Et si de grandes puissances, de grands pays, que ce soit les Etats-Unis ou d'autres, la Russie, l'Inde, n'entrent pas dans ces négociations multilatérales ou refusent de poser le problème, on a peu de chance de changer les choses.

 

M. Henri CONZE

     Ma question est pour M. Sturmer. Vous avez mentionné en termes que j'approuve d'ailleurs, la décision allemande de renoncer à l'énergie nucléaire. Pensez-vous que cette décision soit durable et que l'Allemagne ne sera pas à un moment donné prête à revenir sur cette décision ou du moins que l'opinion publique allemande sera prête à accepter ce retournement?

 

M. Michael STURMER

            Je vous remercie pour cette question très importante qui n'est pas seulement un problème allemand, mais aussi une question qui se pose à l'Autriche et à la Suède.

 
Il ne s'agit pas seulement d'un choix entre différentes sortes d'énergies, mais entre nous et nos enfants, entre le court et le long terme, comme d'accumuler une dette publique. Surtout que cette dernière n'est pas seulement nationale, mais globale et nous la laissons à ceux qui viendront après nous.

Je pense que nous payons le prix fort de l'opportunisme politique, car un homme comme le Chancelier Schröder connaît parfaitement la situation dans laquelle se trouve l'Allemagne. Il l'a montré lorsqu'il était ministre président de Basse Saxe. L'Allemagne ne dispose que de très peu de ressources énergétiques, exceptées nucléaires. Notre charbon est ce qu'il est, de qualité légèrement supérieure à celui produit en Lorraine, mais pas tant que cela, et surtout très cher : un poids pour le budget national.

La question de l'abandon du nucléaire par l'Allemagne peut-elle être réétudiée ? Bien entendu, car seuls les diamants sont éternels.

Tout d'abord, le grand parti d'opposition chrétien démocrate s'est exprimé très clairement en ces termes : "Nous réexaminerons cela très prudemment, à la lueur de notre expérience". Or, cette dernière est très cruelle.

Deuxièmement, le Land de Bavière, le plus riche d'Allemagne, avec ses 12 millions d'habitants, aussi grand que l'Autriche et la Suisse réunies, n'acceptera jamais cet abandon. L'un des plus importants traumatismes connus par la Bavière, à travers les siècles, est lié à sa géographie. Cette région est située loin de la mer, elle ne dispose pas de ressources énergétiques et le Danube coule dans la mauvaise direction. Demandez-vous pourquoi les pipelines de l'Adriatique et de Russie convergent tous à Ingolstadt ? Pourquoi des canaux entre le mer Noire et la mer du Nord, entre le Rhin et le Danube ont-ils été construits ? Le Land de Bavière, tôt ou tard, en tous les cas avant la fin de la décennie, sera très durement touché par cette décision de rejeter l'énergie nucléaire. Cette région fera alors ce que ses responsables ont annoncé il y a quatre ans, quand cette politique d'abandon a réellement été envisagée. Ce Land, et peu importe qui gouverne alors, sachant qu'il existe de grandes chances pour que ce soit encore le CSU, reviendra sur cette politique où durcira ses relations avec Berlin. Relations qu'il ne faudrait pas trop éprouver, sachant que le test sur l'énergie a déjà dépassé les limites. Il en est de même dans le Bade Würtenberg et d'autres région d'Allemagne.

Ainsi, je ne parierais pas sur le maintien de cette position prise il y a trois ans. Elle sera revue. C'est l'un des problèmes que nous devons régler après la fin de la guerre en Irak. Nous pouvons tirer les enseignements de ce que nous avons appris. De plus, personne n'est en mesure de dire, actuellement, quel sera le prix du pétrole dans les prochains mois.

Cependant, ceci va plus loin que la simple cotation du baril de pétrole à Rotterdam, c'est une décision très importante pour nos enfants et petits-enfants.

Je pense donc qu'elle sera révisée et corrigée, même si ce n'est pas par le gouvernement actuel qui, sans être polémique, ne s'illustre pas par ses visions sur le long terme, notamment, vis à vis des taxes et de l'énergie.

 

M. CHAUPRADE ?

        Merci M. Sturmer pour ces paroles hautement philosophiques. M. Appert voulait ajouter quelque chose sur le cas suédois.

 

M. Olivier APPERT

  Je crois que la Suède a été citée et que c'est un exemple intéressant. En 1979, il y a eu un référendum en Suède qui a décidé l'abandon du nucléaire pour des raisons politiques et non pas pour des raisons de sécurité, je crois qu'il faut entre très clair. Si les centrales n'étaient pas sures il aurait fallut les arrêter immédiatement. C'est pour des raisons politiques qu'une position a été prise d'arrêter le nucléaire mais aucune centrale n'a été arrêtée dans l'immédiat. Aujourd'hui le problème se pose en Suède de savoir comment et quand arrêter les centrales. Et les suédois, qui ont une approche tout à fait sérieuse et exemplaire en l'occurrence, considèrent qu'une décision politique a été prise et qu'il faut l'appliquer mais il ne faut pas que dans l'application de cette décision on arrive à des situations aberrantes. Donc ils considèrent qu'il faut remplacer le nucléaire mais il ne faudrait pas qu'on émette des quantités de gaz à effet de serre trop importantes, que l'impact soit de réduire la croissance économique du pays , que ça augmente le chômage, que ça augmente significativement les prix de l'énergie et donc, ils ont travaillé très activement pour essayer de trouver des solutions alternatives et aujourd'hui ils ne les ont pas encore trouvé de sorte que une tranche de centrales nucléaires a été fermée mais la centrale Barsbekuan, -je ne suis pas un spécialiste mais je crois que c'est une centrale relativement ancienne et la sa fermeture ne posait aucun problème réel. Par conter la fermeture de la 2è tranche de Barsbek fait toujours l'objet de débat extrêmement intenses au niveau suédois et, à ma connaissance, la décision de fermeture de cette 2è tranche n'a pas encore été actée , ceci 24 ans après la décision politique de fermer les centrales nucléaires. Cela montre bien que, c'est un peu comme la drogue, quand on y goûte, après on a du mal à s'en passer , et je pense que l'un des problèmes que l'on a constaté lors d'une revue de la politique énergétique de l'Allemagne que l'Agence Internationale de l'Énergie fait régulièrement, c'est que la décision a été prise mais il n'y a pas beaucoup de travaux qui sont faits , en Allemagne comme en Belgique, pour essayer d'évaluer comment on peut remplacer le nucléaire et limiter l'impact de ce remplacement du nucléaire. Cette démarche suédoise est, je crois, tout à fait exemplaire et il y a en Allemagne un consensus environnemental qui est relativement fort qui fait que malheureusement, les déclarations de certaines autorités environnementales, je penses même que cette déclaration a été faite par le ministre de l'Environnement, qui considère que grâce aux économies d'énergies et aux renouvelables, en 2050, l'Allemagne pourra se passer sans problème du nucléaire voire même je crois que certains rajoutent que l'Allemagne pourrait se passer du pétrole et du gaz mais les environnementalistes un peu + sérieux se contentent de dire que véritablement  on se passera sans aucun problème du nucléaire. Il n'y aura aucun impact sur l'économie allemande. C'est une hypothèse qui mérite quand même d'être évaluée sérieusement à l'exemple du cas suédois.

 

M. le Président MARTRE

      Ma question s'adresse à M. Appert. Vous nous avez transporté avec une maestria incomparable en l'an 2030 et j'imagine que vos graphiques sont sous les yeux des stratèges de Washington, de Pékin, de Moscou et même de Tokyo, et cela explique dans une large mesure au fond les évènements actuels mais ça pose la question de savoir quelles sont les hypothèses de cette projection et notamment en ce qui concerne la Chine. Vous savez qu'un certain nombre de travaux ont été fait, notamment par le "Conference Board", suivant lesquels la Chine, sans doute vers l'année 2030 surpasserait les Etats-Unis en matière économique. Non pas par tête d'habitant mais pour l'ensemble. Est-ce que votre projection sur la Chine est basée sur la même hypothèse, c'est-à-dire une prolongation des taux de croissance actuels et des Etats-Unis et de la Chine? Et est-ce qu'on se trouve bien dans cette hypothèse d'une Chine dépassant les Etats-Unis, ce qui pose évidemment beaucoup de problèmes pour l'année 2030?

 

M. APPERT

En ce qui concerne les hypothèses de croissance économique, on n'a pas bâtit d'hypothèses spécifiques donc on s'est basé sur le consensus qui prévaut  au niveau de la Banque Mondiale, de l'OCDE, de l'ONU et donc ce consensus est effectivement que la croissance économique chinoise continuera à être forte et que l'économie chinoise, dans les 20 ou 30 années qui viennent, devrait dépasser  celle américaine. Indéniablement, la Chine deviendra un acteur majeur sur le marché du pétrole parce qu'elle n'a pas beaucoup de réserves et on voit d'ores et déjà que les compagnies chinoises sont extremement actives. La Chine s'est créé, dans le démantèlement de leur monopoles nationaux, 3 compagnies pétrolières qui investissent par exemple en Caspienne. Cette préoccupation d'une dépendance accrue de la Chine vis-à-vis du pétrole importé se traduit dès aujourd'hui par une politique très active au Moyen-Orient ou en Caspienne.

 

Amiral BETERMIER

        Sur le plan militaire, on pourrait ajouter un intérêt très fort pour les porte-avions. Tout au moins les plates-formes capables d'exercer une surveillance étendue dans les zones maritimes sur les voies de communication.

 

  

M. BOURSIER  de CARBON, Institut d'Études Démographiques

M. Appert nous a parlé tout à l'heure de la décision suédoise d'interrompre le programme nucléaire. Je voudrais lui demander comment il considère la récente décision finlandaise d'ouvrir de nouvelles tranches nucléaires et s'il n'y voit pas là la marque du début d'un changement de politique en Suède et + tard en Allemagne.

 

M. Olivier APPERT

    
Il est difficile de parler du nucléaire en présence de M. Bouchard qui donnera des précisions ultérieurement. La décision finlandaise est une décision qui est très très spécifique. Le montage de l'opération est un montage qui n'a pas son pareil dans les autres pays du monde. Pour faire simple, ce sont les papetiers finlandais qui ont voulu se garantir un prix de l'énergie stable pour les 25 prochaines années et ne pas dépendre, en ce qui concerne l'énergie qui est un facteur de production  important pour le papier, des fluctuations du marché du  pétrole, du marché du gaz ou autres. En fait, ce sont  les papetiers qui investissent une centrale nucléaire pour assurer leur propre consommation. C'est un modèle qui est quand même très spécifique. Deux mots sur le nucléaire. Pourquoi? Nous avons des hypothèses qui peuvent être considérées comme très prudentes en ce qui concerne l'évolution du nucléaire.  Aujourd'hui le nucléaire est confronté à 3 défis majeurs. Le 1er défi est la compétitivité: il y a eu en matière de production d'électricité des progrès considérables qui ont été faits pour la production d'électricité à partir de gaz ou à partir de charbon et donc l'électricité nucléaire est - compétitive qu'elle ne l'était il y 10 ou 20 ans. A cette époque, il n'y avait aucun état d'âme: le nucléaire était le - cher. Aujourd'hui, ce n'est pas tout à fait le cas et ce problème de compétitivité est renforcé par l'ouverture des marchés - ce qu'on appelle la dérégulation-, qui crée des incertitudes.

Deuxième problème: celui de l'acceptation par l'opinion publique. Effectivement, le nucléaire est - bien accepté Dans un pays comme le Japon où je suis allé au mois de janvier, et qui est pourtant avec la France un des pays les + nucléaires, le consensus politique est en train de s'étioler de façon significative. En France aussi d'ailleurs: on peut pas considérer qu'il y a un consensus qui se renforce en faveur du nucléaire, de sorte que dans le débat sur l'énergie qui a lieu actuellement en France, la question qu'un certain nombre d'intervenants veulent mettre sur le devant du débat est : La France va-t-elle sortir du nucléaire? C'est une question nouvelle en France.

Le troisième problème qui se pose et qui est lié très largement aux 2 premiers est celui du bouclage du site du combustible car même si les techniciens, les scientifiques n'ont aucune interrogation sur ce sujet, on n'arrive pas à convaincre l'opinion publique que c'est possible. On ne va pas laisser le problème des déchets nucléaires  à régler par les enfants de nos enfants. Dans la mesure où aujourd'hui il n'y a pas de solution qui effectivement fonctionner, c'est un obstacle important pour l'acceptation du nucléaire au niveau mondial.

Sur ces 3 points, je pense que dans les 10 ou 15 ans qui viennent, les choses vont changer. Des efforts très importants sont faits pour développer de nouveau types de centrales nucléaires qui effectivement seraient beaucoup + compétitives par rapport aux solutions alternatives. L'opinion publique peut aussi être éduquée. Et enfin, sur le stockage des déchets, il y des progrès qui se font par petits pas aux Etats-Unis, en Suède, en Finlande de sorte que, dans quelques temps, il sera possible, non seulement de dire que théoriquement, c'est soluble mais que ça l'est aussi effectivement. Et je pense que cette évolution apparaîtra de façon nette aux Etats-Unis en  premier d'ici 10 ou 15 ans et qu'on va voir une reémergence du nucléaire aux Etat-Unis, qui n'est pas prise en compte dans notre hypothèse, celle-ci étant une hypothèse "business as usual". Les Etat-Unis n'accepteront pas de devoir dépendre du gaz de façon croissante et aussi importante et cela relancera donc le charbon et le nucléaire à cette échéance.

  

MME Elisabeth LEGROS - Pétrole et Gaz Information

    Je voudrais revenir sur la question des stocks stratégiques. Comme l'a dit M. Sturmer, ceux des pays de l'AIE sont de 3 mois de consommation. Je voudrais donc demander à M. Appert si l'AIE estime que, dans l'état actuel de la situation, ces stocks sont suffisants ou si on envisage d'évoluer vers un accroissement de ces stocks, comme d'ailleurs l'avait suggéré la Commission Européenne?

 

M. APPERT

   Voila une question d'actualité et une question conflictuelle. On considère que les stocks sont suffisants. Il y a d'abord un premier problème qui se pose, c'est d'être sur que ces stocks sont facilement mobilisables. En ce qui concerne les modalités de stock de pétrole, il y a des pays comme les Etats-Unis, le Japon ou l'Allemagne qui ont des stocks très individualisés de pétrole brut ou de produits finis qui peuvent être mobilisés très rapidement. Et il y a d'autres pays comme la France (partiellement), l'Italie ou l'Espagne qui ont des stocks mélangés aux stocks-outils de l'industrie. Ils sont donc beaucoup + difficilement mobilisables. Dans les projets de la Commission Européenne, il y la création, dans l'ensemble des pays membres, de stocks individualisables à l'exemple de ce qui se fait en Allemagne et je pense que sur ce plan-là, cela permettrai d'améliorer considérablement l'efficacité de ces stockages. En ce qui concerne le niveau, effectivement, si on pouvait l'augmenter, ce serait très bien mais les modalités me paraissent + importantes et il me semble + important de d'abord respecter le niveau actuel. Lorsque l'on analyse, au niveau de l'AIE, le respect par les pays des obligations de stockage, on constate qu'il y en a à peu près une demi-douzaine qui ne les respecte pas et qui sont tous localisés en Europe.

 

Lieutenant-Colonel HUGUET

         Vous avez évoqué la relation entre le pétrole et l'économie intérieure, notamment en arguant du fait que, au-delà de 40$ le baril, on risquait la dépression. Est-ce que vous ne pensez pas qu'en fait ce sont les États qui ont la clé de cette économie, sachant les taxes importantes qui sont mises sur ce pétrole. Ne sont-ce pas les États eux-meme, plutôt que les producteurs de pétrole, qui détiennent la clé au niveau de cette économie?

 

M. Olivier APPERT

          Vous reprenez une revendication forte des pays producteurs de pétrole à qui on recommande la modération des prix et qui nous disent: "si vraiment votre problème est la modération des prix, vous devriez baisser les taxes." Juste 2 chiffres; on parle actuellement de prix du pétrole de l'ordre de 30$ par baril et le prix de l'essence à  la pompe dans tous le pays de l'OCDE à l'exception des Etats-Unis est de l'ordre de 200$ par baril. C'est-à-dire les gouvernements taxent de façon très importante à hauteur de 80% leur consommation. Les taxes qu'un pays consommateur perçoit sur ces consommations, c'est son "problème", c'est son équilibre: il a besoin d'un certain nombre de taxes de ressources budgétaires donc les modalités de perception de ces ressources budgétaires dépendent de ses décisions. Il y a un deuxième argument économique: la prise en compte des effets externes. La consommation de carburant nécessite la construction de routes, a un impact sur l'environnement. Des économistes réputés ont montré que les taxes peuvent être justifiées par le fait que ça couvre à peu près ce que couvre en effets externes la consommation pétrolière à l'économie du pays consommateur. Le débat sur le prix du pétrole se pose en termes macroéconomique au niveau de la balance commerciale et sur ce plan là, il est évident que, si le pétrole passe de 20 à 40$, ça a un impact sur la balance commerciale, sur la croissance économique et ce quel que soit le niveau des taxes.

            Je voudrais souligner que la situation aujourd'hui n'est pas du tout la même dans les pays industrialisés qu'en 1973. Pour reprendre un terme d'économiste, l'intensité pétrolière de nos économies a considérablement baissé. Pour produire 1$ de PIB, on a besoin aujourd'hui de deux fois - de pétrole qu'en 1973 et ceci fait que nos économies occidentales sont - dépendantes vis-à-vis des fluctuations du prix du pétrole et des prix élevés du pétrole qu'on ne l'était en 1973 et 1979, et ce grâce aux politiques énergétiques qui ont été menées. Ce n'est pas le cas dans les pays en développement où, au contraire, on constate que l'intensité énergétique a tendance à croître et l'intensité pétrolière, ce qui veut dire que pour produire 1$ de PIB, ils ont besoin d'une quantité croissante de pétrole et les hauts prix du pétrole actuel ont un impact réduit sur les pays industrialisés mais beaucoup + important sur les pays en développement. Une dernière remarque: je crois qu'après les 2 premiers chocs pétroliers, les autorités financières et les gouvernements ont appris à réagir et c'était un point très important qui avait été considéré pendant la crise du Golfe  durant laquelle les autorités financières ont réagi très rapidement de sorte qu'il n'y a pas eu les dérapages inflationnistes dévastateurs qu l'on a constaté lors du premier choc pétrolier et à un moindre degré lors du second.

 

M. L'Ambassadeur GESSEL

          M. Appert, vous nous avez dit que votre projection vers l'horizon 2030 est de fait sur la base "business as usual", et donc sans tenir compte de ce que vous venez de nous dire concernant une évolution des choses dans les 10 ou 15 prochaines années, concernant le nucléaire. Est-ce qu'il ne serait pas intéressant de procéder à une autre évaluation, une autre projection tenant compte de cette possible évolution et dans laquelle on pourrait peut-etre aussi incorporer ce que M. Sturmer nous a dit concernant une évolution possible en Allemagne?

 

M. Olivier APPERT

          On a élaboré un scénario alternatif qui est basé sur les politiques qui sont envisagées et qui prend en compte, par exemple, un renforcement des économies d'énergie, ou des énergies renouvelables parce que là, il y a des orientations politiques claires au niveau des gouvernements. En ce qui concerne l'énergie nucléaire, on n'a pas élaboré ce type de scénario car on ne savait pas très bien sur quoi on pouvait le baser, dans la mesure où il y a des déclarations d'intentions mais on ne voit pas de politiques claires. Il y a des déclarations d'intentions au niveau des Etats-Unis, de l'Union Européenne. On voit même à l'intérieur de l'UE qu'elles ont du mal à se traduire effectivement par des décisions donc on a préférer faire un scénario qui en négatif montre que le nucléaire risque éventuellement de revenir car on est totalement incapables de chiffrer + précisément ce que pourrait être ce retour du nucléaire.

  

Contre-Amiral Pierre TOUBON

             M. Appert nous a fait une présentation des ressources en énergie. Disons qu’à l’horizon de 30 ans, nous ne sommes pas allés + loin, il n’y a pas de problèmes de satisfaction des besoins. M. Sturmer, vous avez, par contre, appelé notre attention  sur la problématique de la satisfaction des clients pour les producteurs. Or on entend souvent dire qu’il n’y aura pas de problème car finalement les producteurs ont besoin de vendre et à partir du moment où il y a client et vendeur dans une économie capitalistique, cela ne pose pas de problème, et donc les clients trouveront toujours quelqu’un pour leur vendre du pétrole. Est-ce que vous pensez que ce lien entre le client et le producteur puisse être rompu à l’avenir c’est-à-dire de faire revenir le pétrole, ou l’utilisation du pétrole, comme une arme de guerre ?

 

M. STURMER

             C'est une très bonne question si je puis me permettre. Si nous revenons à 1973, cela a commencé par une confrontation franche. A cette période, les Arabes et autres pays de l'OPEC ont commencé à comprendre qu'il ne s'agissait pas "d'un jeu à somme zéro". Nous avons appris que nous devions faire circuler et recycler les dollars à destination des pays arabes et des grandes banques d'Allemagne, de France, de Grande-Bretagne, du Luxembourg...

Aujourd'hui, nous nous trouvons dans une situation où les producteurs de pétrole raisonnables sont liés par des investissements vitaux et des intérêts relatifs à la prospérité de l'Occident. Ceci a été très intéressant à constater quand de nombreux collègues journalistes prédisaient une alliance du monde arabe contre les Etats-Unis et l'Occident. Les gouvernements arabes, plus particulièrement ceux producteurs de pétrole, ont tous dit : "Nous veillerons à ce qu'aucun préjudice ne soit infligé aux sociétés industrialisées". C'était un signal très intéressant. Il n'y avait donc pas de relations de grande proximité entre la majeure partie des gouvernements arabes et Saddam Hussein. Ils n'étaient pas en mesure de le dire publiquement, cependant, leurs signaux à travers le marché et leurs diplomates nous ont renseignés sur la situation réelle.

 

Il existe une équation que je ne voudrais pas trop voir testée. L'un des problèmes posés par des personnes telles qu'O. Ben Laden est que ce dernier pourrait disposer du "meilleur des deux mondes". Il pourrait infliger des torts sévères en affaiblissant l'Arabie Saoudite, s'il mène à bien ses projets, car ce n'est pas l'Amérique qu'il veut maîtriser, mais bien l'Arabie Saoudite. Son rêve n'est pas tant de chevaucher son destrier blanc vers la Mecque et Médine mais plutôt de s'assurer la maîtrise de tous les moyens modernes susceptibles d'intimider l'Occident. Et bien sûr, de convertir les infidèles en bons musulmans, selon sa vision stricte de ce quoi doit être un bon musulman. Pour cela, il n'a pas besoin d'arrêter, mais de réduire simplement la production de pétrole. En effet, une réduction de 5 à 10 % de la production saoudienne ferait exploser les prix, la demande étant inflexible. Le seul tampon que nous ayons sont des réserves accumulées et très bien administrées, d'ailleurs, par l'AIE.

Cependant, n'oublions pas que ce mécanisme a été instauré durant les années 1970, quand l'Extrême-Orient ne jouait pas un rôle si important dans le domaine. La Chine "se tirait toujours elle-même dans le pied" avec la deuxième révolution menée par Mao. Aujourd'hui, la demande de l'Extrême-Orient est si importante et détermine tellement le marché que le pouvoir de l'AIE est d'autant plus réduit.

 

Nous avons donc les scénarii dans le monde arabe et n'oublions pas que ces pays détiennent les 2/3 des réserves connues de pétrole mondiales. Je suis persuadé, pourtant, qu'il existe un scénario positif et notamment en relation avec la Russie, ou encore lié au fait que nous ne nous trouvons pas en période de "guerre pétrolière" avec les producteurs. Plus précisément, les consommateurs et les producteurs ne se sont pas engagés dans un tel conflit. Cela pourrait changer.

 

Prenons un pays majeur dans la production du pétrole et ajoutons un scénario du type O. Ben Laden, qui serait plus efficace encore que de faire s'écraser, à nouveau, un avion sur un building quelque part dans le monde occidental. Les prix augmenteraient, la production ralentirait. De plus, il est toujours possible de gagner beaucoup d'argent, d'acheter des armes partout dans le monde : par exemple, du plutonium d'origine russe ou des missiles nord-coréens d'une portée de 6 500 km, si l'on paye suffisamment. Si cette menace n'est pas mise à exécution aujourd'hui, qu'en sera-t-il dans 5 ans ? Ce n'est pas inenvisageable. Ainsi, je ne suis pas sûr que cet état prospère des affaires, créé dans les années 1970 et qui a perduré jusqu'à nos jours, ayant même survécu aux crises de l'avant guerre d'Irak, mais qui dépend aujourd'hui encore beaucoup de l'issue de cette dernière, durera toujours. Tel est le risque encouru et c'est la raison pour laquelle je crois que nos gouvernements seraient avisés de disposer de réserves supérieures à celles actuelles de l'AIE et qu'ils prennent des positions sérieuses sur les questions d'énergie nucléaire, en particulier l'Allemagne.

 

L'Allemagne est, pour le meilleur ou pour le pire, le plus gros acteur économique d'Europe. Si ce pays devait souffrir gravement de problèmes d'énergie, bien évidemment, le reste de l'Europe en pâtirait. C'est quelque chose que les gouvernements, qui jouent la carte de l'abandon du nucléaire, ne saisissent pas réellement. Sans oublier la réaction des autres gouvernements européens, ayant rappelé ceci à l'Allemagne : "A présent, faites attention à ce que vous entreprenez. L'Allemagne est un pays central au niveau européen, et vous empiétez sur nous en temps de crise". Et ce, non quand le marché mondial est approvisionné en pétrole. Il y eut, en effet, un temps où le prix du marché était de 10 dollars. Il y a 4 ans, les personnes du milieu pétrolier avaient alors réellement besoin d'être rassurés. Ce que j'ai toujours fait en leur disant : "Le monde n'est pas en paix avec lui-même. Attendons un peu alors". Ils n'ont pas eu à le faire bien longtemps.

Ainsi, nous devrions bien plus rechercher de nouvelles lignes de défense. Ce que nous ne faisons pas aujourd'hui.

 

 

Amiral BETERMIER

             Je pense qu’avec ces deux interventions, le paysage de la journée est bien campé. M. Appert nous a donné tout l ‘éclairage nécessaire sur le plan de la production, des sources mais il a aussi abordé le problème de l’environnement pour que nous puissions poursuivre notre réflexion. Le professeur Sturmer, qui est un politologue internationalement respecté, a ajouté dès maintenant un éclairage sur l’impact sur les relations internationales et il a, à juste titre, mis au milieu de ce débat les dimension morale, sociologique et politique.

EVOLUTION DES TECHNOLOGIES ET ENVIRONNEMENT

M. Christian STOFFAES, Directeur de la Prospective et des Relations Internationales - EDF

             Messieurs, chers collègues, j’ai le plaisir d’introduire cette session consacrée à l’évolution des technologies et aux questions d’environnement et leur interférences avec la géopolitique de l'énergie. Nous aurons des interventions venant de différents secteurs de l’énergie : M. Jacques Bouchard qui est directeur de l’énergie nucléaire au Commissariat de l’Energie Atomique, M. Michel Valais qui est un grand expert des questions pétrolières et Conseiller pour l’Energie du président du groupe Total-Fina-Elf, M. Patrick Levaillant, directeur des marchés industriels de Vivendi Environnement, et M. Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil qui remplace Mme la Ministre Corinne Lepage. Je dirais en introduction que, d’abord, ce jour est symbolique pour tenir un colloque sur la géopolitique de l’énergie puisque la guerre en Irak est en grande partie, même si chacun sait que les évènements historiques ont toujours des faisceaux de cause et non une seule, une manifestation des tensions géopolitiques liées au pétrole dans cette zone dangereuse qu’est le Golfe, et où les hasards de la géologie ont accumulé les 2/3 des réserves mondiales de pétrole et de gaz. Ce n’est pas la  première fois qu’il y a des conflits ou des guerres qui sont liés à la géopolitique de l’énergie mais, typiquement, bien entendu, l’objectif de ramener l’Irak sous dépendance occidentale ou anglo-saxonne, pays qui était sous protectorat britannique jusqu’en 1958, accessoirement l’Iran, l’Arabie Saoudite, qui est elle-même donne des signes de défiance à l’égard des Etats-Unis est certainement une des  causes majeures des événements militaires actuels. Les questions d ‘ énergie sont dominées par des facteurs fondamentaux qui sont d’une part la répartition des ressources fossiles, minières, et on voit bien dans le cas du pétrole et du gaz ce que signifie la  concentration géographique de ces ressources, et puis d’autre part par les technologies. Je rappelle que la  révolution industrielle s’est faite sur la révolution des technologies de l’énergie, en particulier l’exploitation des mines de charbon. Ensuite, nous avons eu les technologies du pétrole et du gaz qui ont émergé au XXème siècle. Donc les forces profondes derrière les questions de géopolitique, c’est bien entendu ses mouvements. Il nous appartiendra au cours de cette session d’examiner les évolutions technologiques qui conditionnent à long terme la géopolitique de l’énergie : est-ce qu’il y a des technologies nouvelles qui vont révolutionner l’économie, des technologies qui vont se développer sur longue période, en particulier celles de production de l’hydrogène, le nucléaire qui est sous-évalué dans les prévisions mondiales ? Les questions d’environnement jouent un rôle  croissant sur la scène énergétique. C’est, je crois, un point assez nouveau. On se préoccupait pas historiquement beaucoup des questions d’environnement s’agissant d’énergie mais depuis 2 ou 3 décennies, il y a tout un mouvement politique et social très puissant, le mouvement écologiste, qui prend une importance croissante, notamment dans nos sociétés occidentales et qui a pris l’énergie bien sue comme sujet majeur de préoccupation parce que l’énergie est une activité économique qui touche à l’environnement par toutes ses interfaces, qu’il s’agisse de l’exploitation des ressources du sous-sol, des pollutions, des risques et des questions de sécurité, de la pollution atmosphérique, des changements climatiques, etc., donc les préoccupations de l’environnement sont de + en + présentes. Elles engendrent des tensions géopolitiques, on le voit bien à l’occasion des positionnements des grands pays ou des grands blocs, à propos de la ratification du Protocole de Kyoto, et incontestablement ces préoccupations commencent à influencer assez fortement les choix technologiques en matière d’énergie. Tout ceci, évidemment, ce sont des tendances qui se déroulent sur de très longues périodes, à 20-30 ans voire davantage. Mais je crois que ce sont ces questions qui vont donc constituer le fond de notre discussion au cours de cette session.

 

M. Jacques BOUCHARD, Directeur de l’Energie Nucléaire- Commissariat à l’Energie Atomique

             Monsieur le Ministre, Messieurs les Officiers Généraux, Mesdames, Messieurs, le nucléaire fournit environ 6% de la consommation mondiale d’énergie ce qui est à la fois peu et beaucoup. C'est peu si l’on considère les énormes besoins en énergies de l’humanité qui ont été rappelés ce matin et les risques qui restent associés à une suprématie des combustibles fossiles qui va encore s’alourdir. C’est beaucoup si on considère que c’est une énergie jeune qui remonte aux découvertes fondamentales dans les années 30 et à une industrialisation qui a débuté dans les années 60. Ces 6% sont aujourd’hui  concentrés sur la production d’électricité pour laquelle la part du nucléaire au niveau mondial est d’environ 17%, voisine de celle de l’hydraulique. La croissance de cette part du nucléaire s’est considérablement ralentie au cours des deux décennies, à la fois par suite d’une certaine euphorie énergétique qui relevait peut-être en partie d’une certaine inconscience aussi vis-à-vis des limites des combustibles fossiles mais aussi à la suite incontestablement des obstacles rencontrés sur le chemin du développement du nucléaire lui-même et notamment de la catastrophe de Tchernobyl, symbole de tout ce que les spécialistes avaient tenté d’éviter mais que la société soviétique a malheureusement réussi. Aujourd’hui la situation évolue, on vient de l’évoquer à nouveau, avec la guerre, les changements qui se font et les prises de consciences sur les risques associés à cette situation énergétique mondiale. Certes, comme l’a rappelé M. Appert, il est très difficile de faire des projections fiables, en particulier dans ce domaine du nucléaire où finalement on vit + aujourd’hui soit de bonnes intentions soit au contraire d’obstacles psychologiques que de réels projections mas néanmoins, il apparaît quand même, et cela a été relevé en particulier au dernier Conseil Mondial de l’Energie, que le recours au nucléaire reste inéluctable et que la part de cette source d’énergie sera forcement croissante quelque part dans la première moitié de ce siècle même si on  ne cherche pas à préciser mieux la date exacte. A cet égard, je crois qu’il est important de  rappeler que la maturité de l’activité industrielle nucléaire est aujourd’hui étayée par des résultats tangibles, qui sont en eux-mêmes assez impressionnants d’ailleurs, avec 440 réacteurs de production électronucléaire au niveau mondial dont près de 400 sont des réacteurs à eau. L ‘expérience acquise dépasse aujourd’hui 10 000 ans réacteurs et depuis 15 ans, tous ces réacteurs ont fonctionné sans accident et je dirais même sans incident grave ce qui encore une fois ne fait pas oublier bien sur  la catastrophe de Tchernobyl mais qui relativise tout de même les grands discours sur les risques majeurs de cette source d’énergie. Il importe bien sur que les efforts de sûreté et de qualité qui caractérise l’exploitation des installations nucléaires dans notre pays mais aussi chez nos partenaires se poursuive sans relâche et i l est intéressant par exemple de noter que cet effort de qualité et de sûreté a été considéré comme une référence dans le rapport d ‘enquête parlementaire qu a suivi l’accident de Toulouse. Second  élément tangible sur les résultats, c’est l’économie : su ce plan-là, on a évidemment très contrastée car si on considère le coût marginal du nucléaire,  il est certain qu’il est de loin le plus bas et en plus il est stable, contrairement aux autres. Mais évidemment, ceci n’enlève pas qu’il reste les investissements lourds dont l’amortissement sur des durées de vie importantes que l’on envisage maintenant pour les tranches, conduit à, certes, un coût complet encore très compétitif mais qui pose un problème de financement initial. Et ce constat de compétitivité économique n’est pas propre à la France puisqu’aux Etats-Unis par exemple, effectivement, on a constaté depuis 3 ans que l’électricité nucléaire était devenue la- coûteuse, même par rapport au charbon , toujours en coût combustible, et c’est ce qui a conduit en particulier à un succès croissant, pour ne pas dire foudroyant, sur le marché d’occasion des centrales nucléaires, ce qui était un peu une surprise pour tous ceux qui avaient examiné jusque-là la situation américaine.

            Autre facteur : l’indépendance énergétique. Certes, aujourd’hui, elle n’a probablement pas la même signification qu’il y 30 ans, bien qu’on ne voit pas bien en quoi les risques géopolitiques sont considérablement réduits, mais enfin, néanmoins, force est de constater que le retour en France à un taux de 50% est clairement lié à la réalisation du programme électronucléaire. Enfin, les risques climatiques qui ont déjà été évoqués, liés à la concentration des gaz à effet de serre, sont effectivement aujourd’hui l’objet d’une sensibilité accrue, et quand on regarde la courbe des émissions françaises de gaz carboniques au cours des 2 derniers siècles, on voit qu’en dehors des phénomènes malheureux des guerres mondiales qui ont conduit à un ralentissement de l’activité, le seul infléchissement sérieux de la courbe a été effectivement la mise en place du programme électronucléaire qui a permis de ramener le total des émissions au niveau de ce qu’il était à peu près il y a 40 ans. C’est encore un avantage incontestable du nucléaire qui malheureusement est mal connu puisqu’un récent sondage du Ministère de l’Industrie montrait qu’effectivement pour 58% de nos compatriotes, l’effet de serre est du au nucléaire. Donc il y a vraisemblablement un peu d’éducation à faire. En dépit de ces résultats encourageants, le nucléaire ne pourra se développer de façon durable que si on répond clairement aux attentes de la société et ,en fait, on peut les résumer en 2 volets, c’est-à-dire d’une part le problème d’actualité qui est de mettre en œuvre des solutions optimales pour la gestion des déchets (je dis le problème de l’actualité parce que l’opposition, qu’elle soit organisée ou non au nucléaire, n’a pas toujours connu les mêmes thèmes porteurs. A une époque, c’était les risques liés au mélanges des activités militaires et chimiques, à une autre c’était les problèmes de sûreté des installations, et puis depuis quelques années, c’est incontestablement le problème des déchets nucléaires) donc il faut répondre clairement à cette question des déchets nucléaires et + généralement à  l’impact environnemental des activités dans ce domaine , et puis il faut aussi intégrer le reste des réoccupations qu’on a tendance en tant que technicien à résumer en disant « il faut proposer de nouvelles générations de systèmes qui prennent en compte effectivement une évolution incontestable des besoins, et je reviendrais sur ce point plus en détail. Prenons d'abord les déchets: je crois que la première caractéristique des déchets nucléaires, et il faut jamais l'oublier, c'est leur faible quantité. Toutes catégorie confondues, les déchets nucléaires de la production d'énergie représentent 1 kilo par an et par habitant en France ou pratiquement toute l'électricité, enfin 80% du nucléaire, à comparer aux 2 tonnes de déchets ménagers ou aux 800 kilos de déchets industriels dont 100 kilos de déchets toxiques, qui sont produits dans les mêmes conditions. Sur ce kilo annuel de déchets nucléaires, il n’y a en fait que 10 grammes qui sont des déchets hautement radioactifs, donc dans l’immédiat la situation n’est quand même pas très préoccupante bien qu’il faille se poser la question de l’avenir. Que fait-on des autres déchets, en dehors de ces 10 grammes ? Pour tout ce qui est faible activité ou très faible activité, les solutions industrielles de stockage définitif sont déjà en place ou en cours de mise en place donc il y a vraiment une situation qui est claire là-dessus. Les faibles activités à mi-longues sont également en voie de solution donc finalement, il n’y a que les hautes activités, ce qui n’est évidemment pas le point le plus négligeable mais qui encore une fois se résume aux fameux 10 grammes que j’évoquais avant, qui effectivement ont posé un problème majeur qui aujourd’hui reste non totalement résolus en terme au moins de décision. Ces déchets de haute activité proviennent en fait du combustible des centrales nucléaires et il faut savoir que, lorsqu’il est retiré des réacteurs après plusieurs années d’utilisation, le combustible contient encore une grande majorité de produit valorisable, l’uranium ou le plutonium, et puis quelques pour cents de produit de fission ou de ce qu’on appelle des actilides mineurs, et le retraitement permet de séparer ces 2 catégories, ce que l’on considère comme réutilisable, recyclable aujourd’hui et puis ce que l’on considère comme des déchets ultimes. Ces derniers sont insérés dans des matrices de verre de façon à avoir une résistance sur laquelle je redirais un mot après. Devant le rejet par les populations locales des projets de stockage définitif de ces verres dans des formations géologiques profondes qui avait été proposé à la fin des années 80, le Parlement a adopté en 1991 une loi dite loi Bataille qui a fixée pour 15 ans des objectifs de recherche. Donc nous approchons du rendez-vous et de 2006. A ce moment-là, il faudra effectivement que des décisions soient prises à partir des résultats des recherches. Parmi les objectifs de la loi, il y a d’abord la recherche de moyens pour réduire l’activité à long terme. Si on met directement le combustible en stockage définitif, sans rien séparer, il faut plusieurs centaines de milliers d ‘années pour rejoindre l’activité de l’uranium naturel initial. Si on sépare le plutonium, ce qui se fait actuellement  en France, et qu’on le recycle, on sera même plutôt dans la gamme de dizaine de milliers d ‘années et si on sépare et qu’on transmute les actilides mineurs également, à ce moment-là on retombe en dessous du millier d’années ce qui évidemment est beaucoup plus séduisant en terme de tranquillité d'esprit pour la suit, pour les enfants des enfants des enfants ..., problème qui a déjà été évoqué. Les recherches menées depuis 10 ans ont permis de mettre au point les procédés de séparation et d'assurer la faisabilité de la transmutation de ces actillides mineurs donc, si vous voulez, la solution est disponible mais sera-t-elle décidée? C'est une affaire de décision à la fois politique, économique et industrielle mais sur le plan des travaux techniques, la solution existe. Autre type de résultats de travaux de recherche: ceux qui ont porté sur les conditionnements de manière générale des déchets, et en particulier ici, vous voyez un exemple concernant l'altération des verres. On a étudié la possibilité d'altération par l'eau  car l'eau est le seul facteur qui soit réellement dangereux dans tous les modèles que l'on utilise, donc on voit que après 10 000 ans, il y aura pas + d' 1 0/00 du verre qui aura été attaqué. Enfin, il y a des travaux plus concrets sur la possibilité de disposition et en particulier un laboratoire souterrain qui est en cours de réalisation à Bures dans l'est de la France pour étudier le comportement d'un stockage dans l'argile à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Tout ça pour vous montrer que des résultats concrets sont là au plan technique, ou seront disponibles à courte échéance. Les solutions existent donc maintenant il reste à prendre des décisions. Et finalement, si on est un petit peu dans la situation où on est aujourd'hui, c'est parce qu'au fond on a pris le temps de prendre ces décisions , parce que, comme je le rappelais au début, les quantités sont faibles et les entreposages actuels sont parfaitement surs donc laissent tout à fait  le temps de réfléchir.

            Le second volet dans la préparation du futur concerne le développement des nouveaux systèmes de production, qui intègrent à la fois l'expérience acquise et le respect des critères permettant de satisfaire l'évolution des besoins. On a coutume de classer les générations de systèmes de production nucléaire suivant le tableau qui est ici: La première générations, c'est vraiment les prototypes, on apprenais à connaître le fonctionnement de ces systèmes. La seconde génération, c'est tout l'outil industriel actuel dans le monde; il a été construit entre 20 et 25 ans et il fonctionne sur 440 réacteurs. La 3ème génération, c'est les outils, les réacteurs que l'on est susceptible ou qu'on commence déjà à construire actuellement dans certains pays et qui vont répondre aux besoins des prochaines décennies. Et enfin, on considère qu'il y a une 4ème génération qui se prépare pour prendre la relève à partir environ des années 2030. Pourquoi ce classement et ce décalage da            ns le temps finalement pour une partie au moins des développements? C'est parce qu'effectivement l'expérience montre qu'il faut beaucoup de temps pour développer des systèmes, pour les mettre au point et pour les rendre complètement surs au niveau industriel. Si je prends l'exemple de système de 3ème génération, dont on débute la réalisation actuellement, ce sont pour l'essentiel des réacteurs à eau donc qui bénéficient de toute l'expérience industrielle des systèmes précédents, des réacteurs en service, et qui sont améliorés sur certains points, notamment sur le plan de la sûreté pour la prise en compte de dispositions permettant de limiter les conséquences des accidents graves. Ca, c'est clairement une retombée de la fin des années 80, début des années 90, quand les préoccupations majeures étaient là-dessus. En France, le projet PR qui a été mis au point depuis + de 10 ans en coopération avec l'industrie allemande symbolise très clairement cette 3ème génération qui offre d'autres avantages. Les réflexions sur un futur + lointain se développent depuis quelques années et avec  une convergence sur des grands objectifs que l'on peut résumer à travers les 5 critères qui sont présentés ici: l'économie et la sûreté pas de surprise, il faut continuer de faire mieux. L'approche pour la sûreté des systèmes de 3ème génération sera évidemment reconduite pour la 4ème génération, il y aura probablement d'autres améliorations notamment dans le confinement du combustible. Dans le domaine économique, l'accent est mis clairement sur les coûts d'investissement et surtout sur les durées de construction car le problème économique du nucléaire est encore une fois qu'il faut dépenser beaucoup d'argent pendant 10 ans pour en avoir le retour étalé sur 50 ans mais évidemment, pendant les 10 ans où on a dépensé beaucoup, il y a eu aucun retour immédiat. Donc il y a la fois une recherche de réduction de la hauteur des coûts d'investissement et en même temps de contraction de la période sur laquelle la dépense est faite.

            Trois autres critères sont présents dans les esprits depuis longtemps mais ils n'ont jamais été clairement élaborés, en tout cas pas au stade où ils le sont maintenant, alors qu'aujourd'hui ils ont été considérés dans plusieurs enceints internationales comme étant au fond les critères sine qua none du développement durable. D'abord, économiser les ressources naturelles, c'est à la fois s'imposer des rendements thermodynamiques meilleurs que ce que nous faisons aujourd'hui, c'est aussi mettre un terme à une situation où nous consommons à peine 1% de l'uranium, le reste étant mis en attente pour des jours meilleurs. Minimiser les  déchets,  c'est appliquer dans ce domaine du nucléaire les mêmes règles que la société se fixe dans tous lez autres cas de production de déchets, à savoir tri et recyclage de tout ce qui peut l'être. Enfin, les risques de prolifération, et + généralement d'ailleurs les préoccupations actuelles sur des problèmes de sécurité doivent être en compte de manière beaucoup + explicite, surtout si l'on imagine que l'utilisation du nucléaire ne sera pas limitée à quelques pays bien pensants et bien organisés. Cette réflexion sur les critères a conduit une dizaine de pays à s'associer dans un forum de manière + concrète pour avancer, pas simplement pour réfléchir et en prenant en compte, non seulement les critères que je viens d'évoquer mais en prenant également en compte des perspectives d'application du nucléaire + larges que celles qui ont été mises en œuvre aujourd'hui et notamment de sortir de cette relation biunivoque entre le nucléaire et l'électricité. Deux objectifs majeurs sont apparus dans les discussions et en particulier dans les demandes des pays en voie de développement. La première c'est le dessalement de l'eau de mer dans l'ordre des facteurs, qui apparaît comme un enjeux majeur du XXIème pour un certain nombre de régions et qui pose des problèmes économiques également très durs. Et le second, c'est la production d'hydrogène, sachant que, comme vous le savez, tout le monde s'intéresse aujourd'hui à l'utilisation de l'hydrogène pour pouvoir mettre en œuvre de nouveaux systèmes d'énergie mobile, mais encore faut-il le produire et pour cela il faut de l'énergie. Ce n'est qu'un vecteur et donc le nucléaire est un des moyens d'y arriver. A partir de là, il y eu une analyse critique qui a été faite par des experts de tous les pays qu j'évoquais précédemment, et il y a eu une sélection de concepts qui n'a pas pour dire "voilà la vérité, c'est ça qu'on va construire demain", mais qui a simplement pour but de mettre en place des programmes de développement en coopération internationale qui permettent d'aboutir effectivement à des résultats concrets dans les 20 ou 30 prochaines années. Sans surprise, on trouve, compte tenu des critères de développement durable, trois réacteurs à neutrons rapides avec différents systèmes de refroidissement, et avec en particulier une reprise très forte d'intérêt pour le refroidissement à gaz, et puis en 4ème lieu, je ne citerais que ceux-là dans l'immédiat, le réacteur à très haute température, qui est tout à fait un objet dont l'objectif très clairement de l'hydrogène. En effet, pour arriver à sortir de l'eau, ce qui est l'objectif dans toute cette affaire, il faut effectivement soit procéder par électrolyse mais en ayant des rendements de production d'électricité et d'électrolyse, excellence qui nécessite dans les deux cas de la haute température, soit procéder par réaction chimique, et là aussi on a affaire à des réactions chimiques, du moins certaines d'entre elles qui ne peuvent être mises en œuvre de manière efficace qu'à des températures très élevées, de l'ordre de 900 à 1000°C.

            Concernant le retour en force dans cette réflexion des réacteurs à calot porteur gaz. On voit bien qu'il y a deux aspects majeurs, d'une part, il faut arriver à monter en température pour gagner en thermodynamique, et pour pouvoir franchir les seuils que j'évoquais sur la production d'hydrogène , et d'autre part, il faut trouver une alternative pour les réacteurs à neutrons rapides, à la solution des métaux liquides, qui a déjà été mise en œuvre, en particulier le sodium en France ou le plomb en Russie. Il faut trouver une alternative dans la mesure on est pas surs qu'on ne puisse pas faire mieux avec en particulier du gaz. C'est la première grande option majeure des systèmes futurs, de 4ème génération, la seconde étant le cycle fermé c'est-à-dire qu'on revient à l'objectif tri-recyclage systématique avant de décider de mettre quelque chose au déchet.             Cet objectif-là doit être repensé dans une otique industrielle certes qui tienne compte de l'expérience déjà acquise dans certains pays mais repensé quand même dans une optique beaucoup plus strictement liée à deux aspects: la minimisation des déchets d'un coté, la sécurité de l'autre coté. C'est une réflexion qui est plus qu'une réflexion, ce sont des travaux qui avancent actuellement de manière tout à fait importante, et notamment dans lesquels nous sommes associés avec le Département de l'Energie américain et avec les japonais. Voilà en terme de présentation très rapide de ces travaux sur le futur des systèmes d'énergie. Vous voyez quand même que l'évolution est très forte, ce qui n'est pas surprenant car on est sur une industrie jeune, il faut tirer les conséquences d'un certain nombre d'évènements, de blocages de sociétés mais on est loin d'être dans une impasse. Les solutions techniques sont multiples, il y a beaucoup de possibilités encore ouvertes et certainement possibilité de présenter les choses de manière + acceptable pour tous dans le futur.

            En conclusion, des décisions à prendre en matière énergétique, ce qui n'est une surprise pour personne, le sujet est bien sur la table, mettre à contribution toutes les énergies – formellement on ne peut que reconnaître la prédominance des fossiles pour encore longtemps tout en disant "attention quand même car certes le mur recule mais on y va quand même encore donc il faudra se tourner avant le crash"-, le potentiel des énergies renouvelables, c'est vraisemblablement d'ailleurs dans leurs utilisations + implicites qu'est la croissance à venir,  et puis les atouts du nucléaire vis-à-vis du développement durable qui sont quand même tout à fait importants. Et pour répondre au défi technique du nucléaire, je crois que j'ai essayé de vous montrer que les pistes étaient assez nombreuses. 

 

M. STOFFAES

          Je me permettrais un petit commentaire sur le nucléaire. Je crois que cette énergie est tout à fait l'illustration de notre sujet c'est-à-dire technologie, environnement et géopolitique. C'est une technologie très sophistiquée qui est déjà assez mature, les grandes percées technologiques datent des années 1940 et 1950 où il y a eu d'énormes crédits de recherche sur cette énergie qui à l'époque suscitait énormément d'enthousiasme et d'adhésion, c'était la promesse d'une énergie éternelle et à bon marché: c'est une énergie quasiment renouvelable. Et puis, c'est un mystère d'ailleurs qui n'est pas encore tout à fait compris, cette énergie a amorcé son déclin avant même d'avoir atteint son sommet. La courbe s'est brusquement retournée. Vous savez qu(='aujourd'hui, le nucléaire est quasiment à l'arrêt dans le monde. On construit encore deux ou trois réacteurs nucléaires par an - il faut rappeler qu'il y 20 ans, en naissaient une vingtaine chaque année-, essentiellement concentrés en Asie de l'Est, au Japon, en Chine, en Corée. Et pourtant, le nucléaire présente évidemment énormément d'avantages: toutes les sources d'énergies présentent des problèmes à l'égard de l'environnement mais simplement ce ne sont pas tous les mêmes,  mais le nucléaire a énormément de points positifs: il tire très peu sur les ressources de la planète puisque la matière nucléaire elle-meme, le minerai, ne joue qu'un rôle très modeste dans la production qui est essentiellement des technologies, des équipements sophistiqués, les rejets sont extrêmement limités, les quantités de déchets, comme le rappelait Jacques Bouchard sont extrêmement minimes, et pourtant, c'est une énergie qui a été rejetée depuis une dizaine, une quinzaine d'années dans les pays occidentaux sous la pression de l'opinion publique, sous la pression sans doute aussi de considérations économiques, et c'est donc très mystérieux de comprendre pourquoi le nucléaire qui présente tellement d'avantage, et également supprimer la dépendance à l'égard des ressources pétrolières importées, a subi ce sort funeste. En France, nous ne sommes pas forcement bien placés pour faire l'analyse puisque la France a fait le choix de l'énergie nucléaire, qui était un choix de société, qui a rassemblé la plupart des grandes composantes de l'opinion publique et des forces politiques et sociales. Il ne faut pas dire que ça a été une décision imposée car elle a été largement débattue pendant de nombreuses années. Simplement, les partisans du nucléaire ont gagné en France alors qu'ils ont perdu dans la plupart des pays occidentaux. Donc il faut réfléchir, je crois, aux causes de l'arrêt, et je pense que notre pays a un rôle majeur à jouer pour, non pas relancer le nucléaire dans le monde, mais au moins le remettre au débat parce que la vérité oblige à dire que le nucléaire est sorti du débat dans la plupart des pays. De ce point de vue-là, je pense qu'il y a deux trois éléments  assez encourageants: il y a d'abord la décision prise par l'administration américaine de mettre en service le site d'enfouissement des déchets du Nevada. C'est un site dont l'ouverture est bloquée depuis une vingtaine d'années alors que la loi date de 1981 et lorsqu'il sera mis en fonctionnement et qu'on commencera à y entreposer des matériaux nucléaires, la démonstration sera faite que c'est faisable et que c'est assez facile à faire, du point de vue des questions d'environnement et de sécurité. Il y aura évidemment énormément de visites qui viendront du monde entier et il est très probable que ce sujet sortira du champs de la contestation. Il y a une autre question qui, je crois, est beaucoup plus fondamentale, c'est celle de la prolifération. Et c'est probablement très profondément la vraie raison de ce qui s'est passé à l'égard du nucléaire, c'est la dualité des technologies des technologies nucléaires civiles et militaires. A l'origine, il y avait le militaire bien entendu, l'arme atomique, le nucléaire civil n'étant qu'une sorte de dérivé des applications militaires, c'est ce qu'on appelait les applications pacifiques de l'atome dans les années 1950. Il est clair que le civil a pris son autonomie par rapport au militaire depuis fort longtemps mais il y a encore le soupçon d'une connexion. Moi, j'ai eu le privilège quand j'étais au Ministère de l'Industrie, il y a quelques années, de participer aux négociations avec les pays du Moyen-Orient. J'ai rencontré dans les délégations le Shah d'Iran, le Président Saddam Hussein à Bagdad. Ce sont des pays qui voulaient des centrales nucléaires et des réacteurs de recherche. A l'évidence, ce n'était pas pour faire de la science ou de l'énergie puisqu'ils ont beaucoup de pétrole. C'était pour d'autres raisons. Je crois là aussi que, malgré les troubles actuels , les situations dramatiques au Moyen-Orient, il y a quelque chose d'encourageant, c'est que la prolifération devient vraiment un sujet majeur de la géopolitique mondiale. C'est devenu probablement le sujet n°1 de la politique diplomatique des Etats-Unis qui démontrent qu'ils sont capables de faire la guerre quel que soit le coût que ça représente pour empêcher la prolifération. La lutte contre la prolifération atomique devient crédible et c'est certainement un facteur encourageant pour permettre précisément le détachement et le soupçon qu'on peut porter à l'égard de la connexion entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire.

            Voilà quelques petites remarques que je me permet en réaction à la présentation de Jacques Bouchard. Passons peut-etre maintenant aux hydrocarbures avec Michel Valais.

 

M. Michel VALAIS, Conseiller pour l'Energie du Président du Groupe TotalFinaElf

              Mesdames et Messieurs, je vais vous parler de technologies, sans nul doute, mais en toile de fond, je ne pourrais pas m'empêcher de parler à nouveau de perspectives géopolitiques et de défi industriel, et je vous prie par avance de m'en excuser.

            Dans le menu, j'ai prévu de vous parler de perspectives de croissance, de ressources un peu, mais surtout de répartition géographique déséquilibrée et je terminerais sur les fameux défis technologiques et économiques de l'industrie pétrolière, sachant que je parlais un peu de charbon mais vous comprendrez, compte tenu de mon affiliation, que je ne me sente pas un expert charbonnier autant que je me sent expert en pétrole et gaz.

            Ca n'a pas été présenté par mon ami Olivier Appert mais il faut bien comprendre que la perspective énergétique est une science, ou plutôt un exercice incertain et les projections que nous trouvons à notre dispositions jusqu'en 2050 montrent tout à fait l'embarras des spécialistes. On voit en bleu foncé une croissance qualifiée de sobre, en bleu clair, des choses qui paraissent déjà un petit peu plus optimistes mais vous voyez qu'il y a des gens qui sont un peu plus oniriques et qui dans ce qui est ici hachuré, vont beaucoup plus loin encore dans la croissance de la demande mondiale d'énergie. Je m'empresse de dire que le GIEC dans scénarios n'écarte aucune de ces perspectives. J'ai pris ici la perspective AIE de la fin de l'année dernière pour nuancer quelques petites choses. Nous aimons bien le chiffre de 1.6% de croissance pour le pétrole de l'AIE  mais nous avons encore du mal à y croire et nous sommes plus pessimistes car nous pensons que toutes les crises économiques, les conflits politiques belliqueux, les contraintes environnementales, éventuellement les bouleversements comportementaux pèseront sur la croissance du pétrole. Ces 30 dernières années, il faut bien le dire, ce sont tous ces évènements qui ont plutôt modulé, mis en perspective le pétrole et non pas les ressources? On a jamais manqué de ressources ni de technologies. J'aurais tendance à dire que le charbon montre un assez fort optimisme mais enfin je peux me tromper. Si nous nous plaçons dans un scénario de référence, "business as usual" comme il a été dit, on met une croissance pour le charbon qui ne reflète pas la contrainte effet de serre, c'est-à-dire les taxes ou les contraintes réglementaires imposées au charbon et qui limiteraient fortement sa croissance puisque c'est l'énergie fossile qui a très largement le plus fort contenu en carbone donc qui est le plus émissif en CO2. Je suis prêt à croire au rebond du nucléaire, l'AIE ici a placé une croissance quasi-nulle pour le nucléaire. Il fait bien comprendre que si il n'y a pas rebond du nucléaire, si le charbon est empêtré dans des contraintes du type CO2, et si le pétrole souffre d'évènements politiques et autres, et bien il est évident qu'on aura à consommer d'avantage de gaz naturel. Dieu merci, les technologies pour le gaz naturel sont disponibles. Il faut bien comprendre qu'à la base, le gaz naturel est une énergie mille fois moins concentrée que le pétrole. J'aime beaucoup le gaz naturel, j'étais président d'une association gazière, mais il faut bien avouer qu'il est plus lourd à développer que les autres énergies fossiles. On estime qu'il est plus coûteux par facteur de 3 à 4 de le transporter par voie terrestre dans des conduites, mais aussi que pour le transporter par voie maritime, il coûte 10 à 15 fois plus cher au kilomètre et à la même quantité d'énergie que le pétrole. C'est dire que c'est une énergie qui demandera beaucoup d'investissement. Un professeur pour lequel j'ai beaucoup d'admiration disait toujours:" le pétrole est une chaîne de rentes". Effectivement, dans le pétrole il y n'y a que des taxes, alors que pour le gaz naturel, on a une chaîne de coûts. L'usage du pétrole, simplement pour insister sur le fait que ce sont les transports qui sont les moteurs de la croissance du pétrole, les transports ne représentent quand même que 20% de la consommation mondiale d'énergie. Il est bon de le souligner. On a toujours l'impression que les transports sont conquérants, vont poser le grand problème de l'avenir pour l'énergie. Non, il faut quand même raison garder, les transports sont moteurs pour le pétrole mais ne représentent que 20% de la demande mondiale d'énergie.

En ce qui concerne le gaz et sa liaison de plus en plus grande avec l'électricité, là aussi, je suis tenté de faire une remarque sur le fait que l'électricité, cela n'a pas été dit encore, représente 40% de la consommation d'énergie primaire dans le monde, et on pense que ce pourcentage va croître. E fait, on trouve qu'il y a un lien solide entre croissance économique et électricité même dans les pays dits développés. Le gaz naturel verrait là effectivement un débouché majeur mais je l'ai dit tout à l'heure, ça n'est pas une énergie primaire facile à développer, surtout dans la partie logistique de transport.

Passons à ces ressources. Parlons rapidement du charbon: il n'y a pas du tout un problème de ressources, Olivier Appert en a parlé, il y a 3 à 5 fois plus de réserves prouvées et il y a 3000 à 4000 milliards de TEP de réserves  mais cela représente aussi beaucoup de CO2. Pour les réserves d'hydrocarbures, on voit qu'elles ont cru en volume et même en durée de vie et, un facteur qui est tout à fait sensible ici, les réserves de gaz naturel se sont accrues plus rapidement que les réserves de pétrole. Et pourtant, le gaz naturel n'est pas une énergie particulièrement recherchée par les pétroliers. Comme vous le savez, ils cherchent plutôt de l'huile mais quand ils trouvent du gaz, ils sont bien obligés de trouver un marché, un débouché. Ceci étant, il reste qu'on connaît encore assez mal les réserves gazières , on a assez peu exploré les horizons géographiques et géologiques propres au gaz naturel et des surprises importantes pourraient venir encore dans l'exploration spécifiquement gazière. D'excellentes surprises je pense. J'ai mis ici en parallèle pétrole et gaz naturel avec leurs productions cumulées à ce jour, leurs réserves ultimes conventionnelles et enfin ce qu'on appelle aussi les ressources non conventionnelles. Il faut parler de ces dernières? Ce ne sont pas des ressources futuristes, la technologie les rendant déjà accessibles. On voit aussi un autre phénomène qui est intéressant, c'est que la production cumulée à ce jour de pétrole et de gaz naturel représente encore une part assez modeste par rapport à la totalité des ressources de pétrole et de gaz naturel de la planète. Effectivement, on peut estimer pour le pétrole que grosso modo on en est à 20-25% de l'histoire du pétrole et pour le gaz naturel peut-être à 10% de son histoire. Donc il ne faut pas déjà agiter le drapeau rouge de l'épuisement des ressources d'hydrocarbures, on en est encore assez loin.

Voilà maintenant ce qui fâche, bien entendu, c'est la répartition de ces réserves. La figure est différente de celle d'Olivier Appert donc je suis moins géné pour vous la présenter. Elle est intéressante car nous avons dit: " Le gaz naturel est aussi embêtant car il a des ressources qui sont positionnées dans des zones qui ne nous sont pas toujours très sympathiques". Il faut dire quand même d'une part que là où il y a une zone dominante, le Moyen-Orient, pour le pétrole avec pratiquement les 2/3 des réserves prouvées de la planète, il y en a deux pour le gaz naturel. L'ex-URSS, c'est-à-dire la Russie plus les républiques caucasiennes et d'Asie Centrale représentent maintenant de plus en plus un partenaire pour l'Europe . Peut-on dire que c'est un partenaire qui ne soit pas sur le chemin d'une meilleure fiabilité, stabilité d'approvisionnement énergétique. Par ailleurs, vous voyez que pour le gaz, l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie Pacifique, les grandes zones de consommation d'énergie, de croissance économique de PIB dans le monde, montrent manifestement une plus grande richesse en gaz qu'en pétrole. Voilà des facteurs qui déjà nous rendent plus optimistes sur le plan géopolitique pour le gaz que pour le pétrole. Il faut aussi indiquer pour l'Europe, puisque ici, nous sommes surtout européens , qu'elle représente un gros marché mais c'est le marché gazier qui est le mieux placé par rapport aux plus grosses ressources de la planète. Nous estimons que 75 à 80%  des réserves gazières de la planète sont déjà accessibles au plan technique et économique pour l'Europe, à des coûts acceptables par rapport aux prix actuels. Et avec une belle diversité géographique, géopolitique qui fait que le gaz, manifestement, ne présente pas la même configuration géostratégique que le pétrole. Pour l'OPEP, je rappelle qu'il y a le Venezuela, les très gros producteurs africains, le Moyen-Orient dans sa quasi-totalité et enfin l'Indonésie qui est en perte de vitesse et qui représente maintenant très modeste. Olivier Appert a dit qu'effectivement, l'OPEP allait représenter une part croissante, qu'un retour de l'OPEP sur le marché pétrolier était maintenant tout à fait prévisible. Effectivement, vous voyez que l'AIE pense que l'OPEP pourrait reprendre une part de marché de 55%. La vision de la production non OPEP est peut-être légèrement pessimiste dune part, mais d'autre part, on peut noter , et c'est pour répondre à M. Sturmer qui disait qu'il suffit de couper la production de quelques 10-20% dans un producteur majeur comme l'Arabie Saoudite et les prix flambent et les revenus sont considérables. Oui, mais pour combien de temps? L'expérience a montré en 1973 et 1980 que cette politique de la coupure pouvait être désastreuse à plus long terme. On gagne une année et après vous voyez que toute la première moitié des années 80 a été marquée par une chute vertigineuse des productions de l'OPEP donc le jeu court terme de la coupure d'approvisionnement est un jeu intelligent à court terme mais peut-être pas très subtile pour le long terme. Par ailleurs, on a parlé de dépendance économique, et oui certes, dépendance économique, politique vis-à-vis des hydrocarbures mais il faut quand même remettre les choses à leur place. On en a déjà un petit peu parlé mais je veux donner quelques chiffres à ce sujet : en Europe Occidentale, en 1980, les importations de pétrole et de gaz faisaient 4 à 6% du PNB. C'était énorme. C'est d'autant plus énorme qu'à cette époque-là, le prix du baril était de 30$ et que tout le monde disait :" Dans quelques années, on est à 90$ le baril". Pouvait-on imaginer une part du pétrole et du gaz de 12 à 18% dans le PIB de l'Europe ? Les faits ont montré que le prix a baissé, que la part du pétrole  dans la couverture énergétique de l'Europe a baissé,  et on en est maintenant à 1 ou 2% du PNB en 2001. De même, on s'aperçoit que pétrole et gaz naturel en Europe ne sont certes pas très largement importés mais ce n'est pas du 100%. Je voudrais plutôt insister sur le fait que les pays exportateurs sont très dépendants de leurs ressources pétrolières et gazières. Vous voyez que les revenus d'exportation d'hydrocarbures de ces pays, hors Mexique, représentent  20 à 50% du PNB de ces pays, 65 à 90% du budget des Etats et 60 à 98% de leurs exportations. Vous estimez là la dépendance de ces pays vis-à-vis de ces ressources pétrolières       . Je voudrais mettre ceci enfin en perspective en disant que l'OPEP a ¾ des réserves pétrolières mondiales, une grande instabilité socio-politique, tout le monde l'a vue, une forte dépendance budgétaire, etc., mais je voudrais surtout parler de la façon dont nous pétroliers et les experts de façon plus générale, comment nous avons perçu le risque au cours des dernières décennies. D'abord, il y a eu la folle période de 70-85 où le pétrole était présenté souvent comme une arme politique avec ses embargos, ses nationalisations, une forte hausse des prix qui s'est finalement soldée par une baisse ensuite, mais dans un premier temps, nous pensions que nous allions aller à 60$ le baril, certains parlaient même de 120$, et donc la dépendance vis-à-vis du pétrole était jugée tout à fait excessive, la dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient et de l'OPEPétait jugée très très largement supérieure à ce que nous pouvions accepter. Puis il y a eu la période  qu'on peut qualifier d'apaisée de 1985 à 2000 où l'OPEP a bien vu les conséquences d'une politique de prix élevés et nous avons eu une phase de réalisme de l'OPEP qui, hors pays belliqueux, continue une ouverture minière et industrielle tout à fait intéressante pour les pétroliers, un contrôle souple des productions et des prix et finalement cette époque a marqué l'émergence d'un nouveau thème de dépendance: celui des interdépendances économiques plutôt que de la dépendance primaire dont nous avons parlé tout à l'heure. Mais il y a eu le 11 septembre 2001 et depuis cette époque et avec d'autres phénomènes aussi qui étaient en germe auparavant, nous voyons bien que maintenant nous avons un durcissement de la crise du Proche-Orient, en particulier avec le conflit Israélo-Palestinien, le conflit irakien sur lequel je ne reviendrais pas, la montée du fondamentalisme, du terrorisme, des mouvements anti-Occident, anti-mondialisation, donc nous voyons que nous tombons dans un monde qui est instable, cela a été dit et je pense que c'est absolument certain, qui va être majeur dans le futur, qui fera peut-être d'ailleurs que la demande énergétique mondiale ne croîtra pas au rythme qui est prévu par les experts. Depuis 3-4 ans, la demande mondiale de pétrole est pratiquement stable, on en est pas du tout aux 1.5%  que nous péchons, donc nous voyons venir maintenant un phénomène de rebonds de ces thème de risque, de sécurité de l'approvisionnement énergétique de l' OPEP et surtout du Moyen-Orient.

Pour se concentrer d'avantage sur les questions qui sont industrielles et technologiques, je crois qu'un certain nombre de la population; même avertie, ne sait pas que le défi de produire du pétrole et du gaz n'est pas uniquement de satisfaire la croissance de la demande. En fait, c'est une ressource qui d'épuise, dont le déclin de production est beaucoup plus important qu'on ne le sait. Le déclin de la production est de 4 à5% pour le pétrole, un peu moins pour le gaz, et il faut savoir qu'aux Etats-Unis, il est souvent de 10 à 20% par an. Donc il faut non seulement développé des capacité pour satisfaire la demande et sa croissance mais aussi pour compenser le déclin de la production. Par ailleurs, et c'est là l'un des challenges les plus importants de l'industrie, il faut développer des ressources de plus en plus difficiles par leur localisation géographique comme dans les mers profondes – je vous rappelle que maintenant, on va explorer et développer à des profondeurs d'eau de 1500 à 2000 mètres là où, au milieu des années 80, les 500 mètres représentaient déjà un objectif tout à fait ambitieux. Il y a les zones arctiques, particulièrement pour le gaz, les huiles extra lourdes dont il y a deux qualités: celle du Venezuela où nous sommes impliqués avec TotalFinaElf, et les sables asaltiques du Canada. Ce sont des ressources absolument considérables, de l'ordre de grandeur pour l'une et l'autre des catégories des ressources de l'Arabie Saoudite, ce qui démontre que quelque part, les huiles extra lourdes pourraient représenter un contrepoids géopolitique non négligeable. Enfin, on cherche à récupérer de plus en plus de pétrole, d'huile de façon générale dans les réserves en place. Il faut savoir qu'actuellement au plan mondial, on ne récupère que 35% de l'huile en place -25% dans les années 70-, et on espère atteindre peut-être 50% d'ici 10 à 20 ans, ce qui amènera bien entendu des ressources supplémentaires. Et enfin, comme vous le savez, le gaz naturel est parfois associé à l'huile, donc on produit l'huile pour l'huile, et on brûle bêtement – l'adverbe n'est pas de trop-, le gaz qui sort avec le pétrole, on l'appelle gaz fatal d'ailleurs, et, à l'évidence, avec toutes les limitations imposées par les gouvernements, peut-être plus tard aussi les questions de contrôle des émissions de CO2, nous voyons se développer une valorisation de plus en plus poussée du gaz associé au pétrole. Le gaz lui-même représente un challenge, j'en ai déja parlé tout à l'heure. Il faut savoir qu'à l'heure actuelle, nous sommes rassurés sur le plan des ressources mais nous devons progressivement; pour l'Europe en particulier, rechercher des ressources de plus en à plus lointaines qui peuvent bénéficier des technologies nouvelles certes mais ce sont des technologies qui sont coûteuses. Les gazoducs grande distance, des gazoducs à forte profondeur d'eau, le premier gazoduc ayant franchi la Méditerranée entre la Sicile et la Tunisie était à 600 mètres de profondeur alors que maintenant clairement entre l'Algérie et l'Espagne, nous envisageons des profondeurs de 2000 mètres, c'est vous dire les ambitions que nous portons dans ce domaine. Le gaz ayant pour handicap d'être gazeux, il y a une solution qui consiste à le liquéfier mais il faut le faire à des températures de –160°C, ce qui signifie toute une chaîne lourde d'équipements, des autoconsommations non négligeables, ;des navires spécifiques. Et enfin , nous pourrions en parler aussi pour le charbon, il y a la conversion chimique, soit du charbon, soit du gaz, mais pour le gaz, on sait maintenant que c'est accessible, des unités sont déjà opérationnelles et on va en construire d'autres, qui permettent de transformer le gaz naturel en gasoil, en jet fioul et autres produits à forte valeur ajoutée. Simplement, c'est cher et il faut que ce soit rentable or, à l'heure actuelle, pour convertir le gaz en liquide, on arrive à finalement des pétroles synthétiques, des carburants synthétiques, qui sont plutôt dans la tranche des 20 à 30$ le baril. Tout dépend du prix du gaz bien sur. On peut faire la même chose avec le charbon, on sait faire car c'est presque aussi banale que pour le gaz mais là aussi, c'est encore plus cher, et on pourra faire vraisemblablement des carburants à partir du charbon à environ 30-50$ le baril.  Mais tout ceci est en progrès, en mouvement et les progrès technologiques nous réservent de bonnes surprises, je pense, en terme de coûts.

Vous connaissez probablement le problème du raffinage puisque vous ètes demandeur de produits plus propres et plus légers. La dernière bataille que l'on a livré en terme de qualité pour les produits pétroliers, c'est la bataille du soufre. Avant, vous le savez, il y a eu la bataille du plomb et de l'octane des carburants. On en est actuellement à l'adaptation des raffineries à des teneurs en soufre extrêmement faibles puisque je vous rappelle que, d'ici la fin de la décennie, dans le gasoil moteur comme dans l'essence automobile, il n'y aura plus que 10 grammes de soufre par tonne de carburant. Il y a un autre problème qui est aussi vertigineux, très lourd pour le raffinage, c'est le fait que petit à petit le marché se tourne vers les transports, les carburants et délaisse le marché des fioul, qui est pris par le gaz naturel. Le fait que dans un pétrole brut qui se respecte et qui a près de la moitié de sa composition qui est en fioul qui doit satisfaire un marché où petit à petit, on fonce vers 10%  de part de marché de fioul, vous voyez très vite que pour le raffinage, le défi est absolument majeur: il va falloir convertit les 'lourds' en légers ou  en produits de densité moyenne, et ceci est extrêmement coûteux. Or, les marges de raffinages sont assez imprévisibles puisqu'on arrive parfois à des marges négatives. Dans un contexte d'investissement lourd, vous comprenez quel défi ceci représente. Faire le raffinage, comme toutes les industries classées, doit faire face à des normes environnementales,  sécuritaires de plus en plus lourdes, et je vous assure que ça n'est pas négligeable. En gros, on peut simplifier avec cette formule: sur des marchés de plus en plus concurrentiels, les besoins de l'industrie du pétrole et du gaz vont devenir de plus en plus lourds en technologie et en investissement.

Pour terminer enfin, d'une façon modeste que font les pétroliers dans ce contexte, c'est ça la grosse surprise: on a l'impression qu'ils sont dominants sur ce marché pétrolier, ils savent faire face à ces défis dont nous avons parlé mais ils ne représentent que 15% de la production mondiale d'hydrocarbures, 60 % étant contrôlée par des compagnies d'état  ou des compagnies contrôlées par les Etats et ils ne représentent que 25%  du trading mondial de pétrole et de produits pétroliers, c'est dire que les pétroliers ne dominent pas le marché, ni la production. Le marché est encore raisonnablement fermé en amont et il est hors de nous mais dans ce qu'on appelle le négoce.

Enfin, un facteur qui devient de plus en plus considérable pour l'industrie du pétrole et du gaz est le retour de ces fameux politiques, qui représente en soit une source d'incertitude et et de risque, je le dit ici pour le monde pétrolier mais aussi pour le gaz naturel. On connaît les risques primaires, de conflits, avec leurs conséquences en terme de prix et de volume des approvisionnements. On peut aussi s'inquiéter du fait de ces évènements irakiens et autres du ralentissement du processus que nous avons apprécié de l'ouverture minière ou sectorielle industrielle chez les pays producteurs, et enfin on a dit qu'il y avait des rentes  et des bénéfices, dieu merci car sinon on n'investirait pas, or il y a manifestement un risque d'insuffisance des investissements dans le domaine du pétrole et du gaz soit parce que sur des domaines miniers qui sont accessibles, la fiscalisation vis-à-vis des activités pétrolières est excessives, dissuasive pour l'investissement, je vous assure que ça n'est as un problème à minimiser, et enfin même dans les pays où règnent des compagnies d'Etat, on voit très très bien que la ponction de l'Etat sur les bénéfices des compagnies nationales est la plupart du temps excessive. Dans un premier temps, le pétrole étant prioritaire puisqu'il est la source des revenus, ça se traduit pour des pays qui sont à la fois pétroliers et gaziers par une insuffisance chronique, désastreuse de l'investissement dans le gaz naturel, on peut citer des pays comme le Mexique, le Venezuela, ou, pire, et on rejoint là le cas du Venezuela, cette ponction sur les bénéfices des compagnies nationales s'exerce aussi tellement qu'elle finit par diminuer les ressources financières des compagnies pétrolières nationales.

 

M. STOFFAES

          M. Valais nous a présenté tableau très complet de ces questions: l'épuisement à terme, dont l'échéance est toujours repoussée grâce aux progrès de la technologie, les risques de dépendance qui sont évidemment très sensibles aujourd'hui, le tableau des technologies dans les différents secteurs… Je voudrais là aussi faire un petit commentaire. Nous avons peut-être devant nous une grande rupture technologique, qui est l'hydrogène. Comme vous le savez, une grande révolution s'est produite il y a un peu plus d'un siècle quand on a remplacé la machine à vapeur par le moteur à combustion interne. C'est de là que date la grande expansion du transport routier. Auparavant, la machine à vapeur limitait le transport aux systèmes ferroviaires. Le marché spécifique du pétrole est évidemment la traction automobile, la propulsion et l'hydrogène offre potentiellement la possibilité de remplacer le moteur à combustion interne et donc le pétrole dans la propulsion automobile et la pile à combustible. L'hydrogène, effectivement, il faut le produire, il y différentes techniques plus ou moins coûteuses, développées mais nous avons peut-être devant nous à l'horizon des 10-20-30 prochaines années une révolution technologique absolument décisive, comme il y en a une ou deux par siècle, et qui risque de changer totalement les données de l'économie du pétrole et du gaz. Je pense qu'il faudra qu'on en parle parce que là aussi on retrouve avec cette question d'hydrogène qui est en train de devenir un phénomène majeur – pas encore en Europe mais aux Etats-Unis où il y a un véritable enthousiasme pour ces développements-, on se trouve encore au cœur des questions de technologie, de géopolitique et d'environnement.

  

M. Patrick LE VAILLANT, Directeur des marchés industriels - Vivendi Environnement

                    Mesdames, Messieurs, nous avons entendu une présentation tournée vers l'offre. On va maintenant un peu plus approcher la demande. Je crois que ça  a été évoqué. On a un certain nombre d'incertitudes sur les prévisions énergétiques de consommation et je crois qu'une part importante vient aussi de l'évolution actuelle des comportements et de ce que l'on peut induire de leur évolution future. On a parlé tout à l'heure de transport, qui a quand même des conséquences effectivement peut-être un peu plus faibles qu'on ne l'imagine sur les consommations énergétiques mais en tout cas en terme d'effet de serre relativement conséquent. On a pas évoqué les vraies réflexions sur l'intermodulabilité des transports, c'est-à-dire le déplacement collectif et non plus le déplacement individuel. Je crois que c'est un élément majeur qu'il faudra de plus en plus travailler, ceci autant dans les pays développés que dans les pays en voie de développement. La caractéristique aujourd'hui des pays en voie de développement, c'est un développement démographique important, une concentration urbaine de plus en plus forte avec des besoins de plus en plus conséquents sur le sujet. Nous soulevons ce sujet, nous développons aujourd'hui des formules de déplacement de plus en plus adaptées parce que c'est vrai, il faut reconnaître que les transports collectifs ont probablement des connotations quelquefois négatives. Il faut savoir s'y adapter et je crois que ce premier point, qui est un point majeur des années à venir doit être de plus en plus travaillé, bien sur la pile à combustible peut être une solution aussi de réponse à cette situation, mais elle n'est pas immédiate et face à l'évolution très forte de la demande  de transport, de mobilité, i lest certainement nécessaire que nous fassions des efforts de réflexion et d'évolution. C'est un des points sur lesquels aujourd'hui un certain nombre d'entreprises comme la notre travaillons, en terme de recherche, en terme d'évolution technologique pour proposer des services adaptés aux besoins, des services de plus en plus évolués et correspondant de mieux en mieux aux attentes de chacun en matière de déplacement collectif, ce qui est quand même un des premiers éléments majeurs. J'ai voulu faire ce préambule sachant que je vais essentiellement parler de la demande énergétique plutôt traditionnelle, hors transports, pour rappeler quelques points. Le premier d'entre eux, je crois, c'est que depuis quelques années, on a une réflexion de plus en plus forte sur les évolutions techniques réduisant les consommations énergétiques. Cet élément qui est le vecteur aujourd'hui de nos développement, je rappelle qu'aujourd'hui, en terme de service à l'environnement, les deux grands groupes mondiaux sont français. Ce n'est pas neutre, c'est aussi le résultat d'un travail et d'effort conjoint et renforcé dans ce domaine, avec une préoccupation majeure qui est la réduction des nuisances, dans tous les domaines. Prenons quelques exemples: on a parlé tout à l'heure du problème de l'eau. La semaine dernière à Kyoto a été évoqué ce problème majeur d'approvisionnement en eau, on a parlé du dessalement de l'eau de mer. Il est certain qu'une des réponses dans les années à venir au problème de l'eau sur la planète sera ce dernier, surtout dans les pays en voie de développement. Néanmoins aujourd'hui, ce problème a des conséquences énergétiques relativement fortes: il faut pouvoir trouver des solutions réduisant ces conséquences, nous avons un centre de recherche aux Etats-Unis qui travaille très activement sur de sujet pour trouver des solutions qui nécessiteront néanmoins des besoins énergétique, c'est évident mais qu'on essaye de réduire au maximum. Voilà un des autres exemples des enjeux majeurs aujourd'hui de la planète, lié à son évolution démographique et climatique, sur lequel il est plus que nécessaire d'accélérer les démarches et de renforcer les moyens d'action. S'agissant plus directement encore de consommation directe énergétique, on peut citer tous les efforts faits ces dernières années en matière de réduction des consommations énergétiques. Je ne citerais qu'un exemple assez démonstratif sur ce sujet, il s'agit de l'ensemble des Pays de l'Est. Nous avons, au cours des dernières années, connu un développement très important dans la plupart des pays de l'Est pour une raison toute simple: notre savoir-faire, nos compétences, ont permis de mettre en œuvre des technologies, des méthodes d'exploitation qui ont réduit les consommations énergétiques sur les réseaux de chaleur distribuant les grandes villes de l'ensemble des Pays de l'Est, dans des proportions considérables puisqu'on atteint même 50% de réduction des consommations énergétiques sur certains lieux, sur certaines zones. Donc on voit bien qu'aujourd'hui, en mettant en œuvre ces technologies, ces moyens, des actions de recherche que l'on continue à développer sur la meilleure exploitation de ces outils à meilleur rendement énergétique, car qui dit outil dit de plus en plus pointu et dit de plus en plus fragile, je crois que c'est une réalité technologique permanente donc il est nécessaire pour cela de pouvoir s'adapter, de pouvoir en permanence donner à nos exploitants les moyens d'avoir la meilleure disponibilité de ces outils pour pouvoir améliorer ces rendements énergétiques et atteindre les objectifs qui sont fixés, qui je le rappelle pour nous sont des éléments incontournables puisque par rapport à d'autres, c'est notre rémunération qui en dépend, car nous prenons des engagements de résultat. C'est un élément majeur aujourd'hui, nous avons pas mal d'exemples qui s'accélèrent dans ces domaines d'évolution de la demande et de réduction, soit en terme de consommation soit en terme de réduction des éléments de pollution. Nous avons en Grande-Bretagne, puisque c'est un des pays les plus avancés dans ce domaine, aujourd'hui développé une activité de permis à polluer, nous avons pris un engagement sur 400 consommateurs anglais que nous gérons et nous avons pris un engagement de réduction de consommation de 10% nous permettant d'avoir des permis à polluer relativement importants sur ce sujet et qui pourront être négociables ultérieurement. C'est un des autres éléments de la démarche et des actions qui peuvent aujourd'hui, si elles sont mises en place, généraliser, systématiser, avoir une incidence relativement importante sur la consommation énergétique de demain.

            Autre élément, celui du recyclage: de plus en plus, nous avons des actions de recyclage. Je citerais comme exemple une action que nous menons en commun et qui va se réaliser dans l'année à venir avec TotalFinaElf: c'est tout simplement le recyclage des huiles usagées pour refaire des huiles. Voilà un exemple qui aujourd'hui n'est pas réalisé en France et qui va se développer pour pouvoir tout simplement réutiliser des huiles dans nos automobiles. Un autre exemple qui là est plus à définition énergétique: nous travaillons avec l'ensemble des fabricants de pneus et en particulier Michelin, pour le recyclage énergétique des pneus usagés après un deuxième ou troisième cycle de rechapage, là encore pour pouvoir réutiliser de façon efficace ces pneus usagés plutôt que de les trouver remis en décharge, par exemple comme c'est assez généralement le cas aujourd'hui.

            Troisième élément, on en a un petit peu parlé, je crois qu'il faut revenir dessus car là aussi il y a une évolution notable que l'on peut noter, c'est celui des énergies nouvelles et renouvelables. Aujourd'Hui, avec, il faut le dire, les mouvements d'incitation qui existent, les règles concernant par exemple l'électricité verte, on voit apparaître, y compris chez de gros industriels, des demandes fortes en matière d'énergies nouvelles et renouvelables. Le bois , la biomasse, en particulier pour l'industrie papetière aujourd'hui; nous avons en Europe nombre de dossiers, de projets qui devraient aboutir dans les mois ou dans les années à venir en matière de gestion de ces types d'activités. On peut penser à d'autres activités aussi, qui, de plus en plus, devraient renforcer cette idée d'énergie nouvelle et renouvelable. Je vais prendre un exemple qui va peut-être vous étonner ou vous choquer: les boues de stations d'épuration, aujourd'hui sont la plupart du temps, remises en épandage pour l'agriculture. Il s'avère que ces boues contiennent de plus en plus d'éléments gênants pour l'agriculture, dont les métaux lourds. Donc l'épandage deviendra et est déjà de plus en plus réduit. Ces boues sont, avec des technologies adaptées, un excellent combustible pour faire de l'électricité. Voilà encore un autre exemple su lequel nous travaillons puisque nous avons développé une nouvelle technologie sur ce sujet qui va nous permettre là encore, de développer ce type d'action. Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, en matière d'énergie nouvelle et renouvelable (je passe sur la géothermie que nous exploitons depuis de nombreuses années ou l'énergie solaire qui se développe de plus en plus conjointement avec EDF-GDF dans les pays d'Afrique du Nord par exemple), c'est un élément majeur qui peut aussi peser notablement sur la demande énergétique, c'est la raison pour laquelle effectivement les producteurs s'interrogent un peu sur quels seront réellement ces besoins demain parce que, si nous réussissons à mettre en œuvre cette politique qui est aujourd'hui en marche, elle aura évidemment des conséquences assez fortes sur la demande et  aussi sur les contraintes environnementales puisque, même si les contraintes environnementales des différentes énergies sont différentes de l'une à l'autre, toutes ont des conséquences sur l'environnement et la meilleure des solutions est de ne pas consommer. Dans ces cas là , les conséquences sur l'environnement seront les meilleures.

Je crois avoir dit l'essentiel de ce que je souhaitais dire puisque je crois qu'il y aura une autre intervention sur la demande, mais je crois que c'était important de le préciser pour bien recadrer l'ensemble du débat. Merci.

 

M. Jean-Marc JANCOVICI, Ingénieur Conseil - Manicore 

             Je vais essayer de vous parler en 10 minutes, ce qui ne va pas être facile, d'un problème assez majeur en matière d'utilisation d'énergie qu'est le changement climatique. Un tout petit préambule: il n'existe pas d'énergie propre. En matière d'énergie, c'est comme pour tout le reste, c'est la dose qui fait le poison. Un chimiste utilise volontiers cette boutade qui explique que à 10 grammes par jour, le sucre est parfaitement inoffensif mais si vous en mangez 10 kilos par jour, c'est un poison violent. En matière énergétique, c'est exactement la même chose, c'est vraiment la dose qui fait le poison et tout mode de production ou plus exactement de conversion d'énergie a des inconvénients et le niveau de ces inconvénients dépend essentiellement de la quantité d'énergie que l'on souhaite obtenir par ce biais. Je vais vous parler du problème d'environnement qui, à mes yeux, surclasse absolument tous les autres pour l'avenir qui est la question du changement climatique. Pourquoi est-ce qu'il surclasse absolument tous les autres? Parce qu'il est global et pas local, parce qu'il n'est pas réversible, du moins pas à l'échelle de quelques vies humaines et enfin, parce qu'il ne peut se résoudre que par la voie d'accords mondiaux, donc en terme  de politique internationale ou de géopolitique qui est le thème de cette journée, il est particulièrement enquiquinant à résoudre. J'ai décidé de planter le décor très rapidement: la première chose, c'est tout simplement que la quantité d'énergie fossile depuis que l'homme a découvert les combustibles fossiles carbonés a crut de manière plus ou moins exponentielle et qu'aucune forme d'énergie n'a véritablement remplacé une autre, le terme approprié serait plutôt surajouter. Le charbon par exemple, qu'on présente volontiers comme une énergie du passé, sert en fait à deux applications majeures dans les pays développés que sont l'acier et l'électricité et sa consommation n'est pas du tout en voie de diminution. Cette augmentation a en fait deux causes: la première, c'est que la quantité d'énergie consommée par personne, et là il s'agit bien par terrien, a très fortement crut depuis qu'on a découvert ces énergies fossiles et la stabilisation apparente de la consommation moyenne depuis 20 ans est une illusion de l'arithmétique, elle est simplement due au fait que la démographie des pays qui sont sous la moyenne est plus rapide, plus importante que la démographie des pays qui sont au-dessus. Mais la consommation de chaque individu prit isolement  a plutôt tendance à augmenter avec quelques exceptions. La deuxième cause est que la population a considérablement augmenté depuis qu'on a découvert les énergies fossiles et en fait, il est même assez intéressant de noter que l'explosion  démographique – c'est proche l'hyperbole-, qu'a connu la planète date à peu près du début de l'utilisation de l'énergie fossile. Si on creuse un peu la question, on peut se rendre compte que énormément  de raisons qui expliquent l'allongement de l'espérance de vie trouvent leur origine dans une énergie abondante, donc cette énergie a quand même eu des effets extrêmement positifs: elle a permis l'assainissement, l'aduction d'eau, la conservation des aliments par le froid, ,etc., et il y un lien direct par exemple entre la consommation d'électricité et l'espérance de vie ( évidemment, il y a un effet de seuil). Toutes les énergies fossiles posent problème en ce qui concerne le changement climatique qui est causé par l'accumulation dans l'atmosphère de gaz dit à effet de serre. Il n'existe pas donc d'énergie fossile qui soit propre du point de vue du changement climatique, contrairement à ce qu'on entend de temps en temps et il n'y a qu'un facteur deux entre le gaz naturel, qui est l'énergie la plus vertueuse de ce point de vue, et le charbon, qui est l'énergie la moins vertueuse, et comme on vous l'a expliqué, manque de chance, ce sont les réserves de ce dernier qui sont les plus importantes.  Les émissions de gaz carbonique depuis que l'homme a découvert les combustibles fossiles ont fait littéralement, les journalistes diraient exploser, en fait augmenter de 30%, pour rester dans des termes quantitatifs, la concentration en gaz carbonique qu'il y avait dans l'atmosphère et qui était  stable depuis à peu près 10 000 ans et qui avait oscillé entre la valeur que nous connaissions il y a 10 000 ans et une valeur environ 30% plus basse sur les 400 000 dernières années. Avant 1950, les teneurs sont reconstituées à partir de carottage dans les calottes polaires et à partir de 1958, année géophysique internationale, ça se mesure directement dans l'air, et il y a un bon recoupement entre les deux. Une élévation de 30% de la teneur en gaz carbonique dans l'air, c'est déjà une rupture, on a déjà modifié, c'est un fait acquis, la composition chimique de l'atmosphère. Il faut savoir que cycle du gaz carbonique dans l'air est de l'ordre du siècle et que la durée de vie d'un accroissement de la concentration en gaz carbonique dans l'air, on ne peut pas parlé de durée de vie comme pour la désintégration des atomes radioactifs parce qu'il n'y a pas qu'un seul processus d'enrichissement et un seul processus d'élimination, mais c'est aussi de l'ordre du siècle. Donc il faut retenir l'idée que la modification de a composition chimique de l'atmosphère est quelque chose qui n'est pas réversible à court terme. Quand on parle d'avenir, il faut savoir que la seule chose que savent faire les physiciens, c'est de donner la réaction possible du climat à une perturbation qu'on leur décrit. En d'autre termes, ils ne savent pas vous prédire l'avenir, personne ne le sait. Ce qu'ils savent  faire, c'est construire un modèle qui, comme dans beaucoup d'autres sujets, par exemple le pilotage des avions, des hélicoptères et des chars d'assaut, reproduit la réalité , et dire au modèle: "Supposons que la concentration en gaz à effet de serre augmente, que se passe-t-il?" Pour décrire cette supposition de l'augmentation en gaz à effet de serre de l'atmosphère, on a pris un certain nombre de scénarios possibles. Ce sont des scénarios de travail, il ne s'agit pas d'une prévision de ce que va devenir le monde. Le modèle dit ça, c'est-à-dire que dans tous les cas de figure avec les scénarios qui sont utilisés aujourd'hui, il y a un écart extrêmement brutal entre ce qu'étaient les conditions que nous avons connues depuis un millier d'années et la température moyenne de la planète, selon les modèles climatiques utilisés, en réponse aux émissions de gaz à effet de gaz à effet de serre passés et futur. On ne pourra plus rien faire aux émissions passées, elles sont ce qu'elles sont mais on pourra toujours réguler les émissions futures, au niveau du CO2, c'est un facteur cinq pour le moment, à l'échelle d'un siècle, donc il y a quand même une fourchette assez large. Vous voyez que malgré ce facteur cinq, dans le cas le plus optimiste, on prend encore quelque chose en terme d'élévation de température qui est parfaitement en dehors des clous par rapport aux évolutions naturelles que nous avons connu, et plutôt que de parler de changement climatique, il vaudrais beaucoup mieux parler de chocs climatiques, ce qui reflète beaucoup mieux ce qui risque d'être la réalité. Pour vous illustrer ce qu'est une variation de quelques degrés de la température moyenne de la planète, il faut savoir que ce qui sépare la Terre en période glaciaire de la Terre d'aujourd'hui, c'est 5°C de température moyenne de la planète. Pas plus. Et quand nous avons perdu ces 5°C, on avait une mer plus basse de 120 mètres, 3 kilomètres d'épaisseur de glace sur le Canada et sur l'Allemagne et on avait en France une végétation qui était rigoureusement incapable de nourrir quelque millions d'individus. Donc quelques degrés de différence sur la température moyenne, ce n'est pas une affaire de pulls en plus ou en moins l'hiver, c'est vraiment une modification radicale de l'environnement. On peut citer comme risque identifié dont on est totalement incapable aujourd'hui d'évaluer la probabilité, la mort des coraux, la possibilité que la mer monte de plus de 10 mètres à l'échéance d'un millénaire, une augmentation de l'intensité de tout ce qui est phénomène extrême, de la variabilité du climat, une remontée vers le nord des maladies tropicales diverses et variées concernant soit les êtres humains soit les plantes et les animaux, et on pourrait avoir dans l'Océan Atlantique Nord une modification considérable de la circulation océanique, notamment l'affaiblissement très fort du Gulf Stream, ce qui pourrait avoir pour conséquence paradoxale que, dans une planète qui globalement se réchaufferait, nous pourrions avoir en Europe une diminution en 20 ou 30 ans des températures moyennes de l'ordre de 5 à 6 °C. Evidemment, ça bonifierait radicalement les écosystèmes, l'agriculture, et tout le reste, et cette éventualité n'est pas du tout une chimère de romancier de science-fiction, c'est parfaitement documenté dans la littérature scientifique parce que ça s'est produit à plusieurs reprises dans le passé. La dernière fois, c'était il y a 12 000 ans à peu près et cela portait le nom savant de Dries ressance, et c'est quelque chose que les paléo-climatologues connaissent bien.

Quelques indications sur les échelles de temps: à partir du moment où on commence à diminuer les émissions de gaz à effet de serre, ça ne permet pas à la température de baisser instantanément. Même après stabilisation de la concentration en gaz carbonique, la température continue d'augmenter, doucement il est vrai, pendant un millénaire et le niveau des océans continuera de monter pendant des millénaires, une partie liée à la dilatation de l'eau, et une autre liée à la fonte des glaces qui est celle qui prendra le plus longtemps. Imaginons qu'on veuille arrêter d'enrichir l'atmosphère en gaz carbonique, quel est le niveau d'émission qui correspond à ce souhait? Par exemple aux Etats-Unis, stabiliser la concentration en gaz à effet de serre suppose une division par 10 à 12 des émissions d'aujourd'hui et donc une division par 10 à 12 de la consommation de combustibles fossiles dont on vous a parlé tout à l'heure. En France et en conservant le nucléaire, le problème se pose encore en terme de division par 4, ce qui explique pour ceux qui y ont prêté attention les quelques discours ministériels récents sur la question, et vous voyez que les chinois sont déjà au-dessus du niveau en question. Pourquoi est-ce qu'on émet tellement plus que le niveau qui ne perturberait pas le climat? Parce qu'aujourd'hui, tout dans notre vie quotidienne concourt à nous faire émettre des quantités significatives de gaz à effet de serre et il suffit de faire une seule de ces choses pour conduire à une émission qui est celle de la barre verte que je vous ai montré. Donc l'omniprésence des combustibles fossiles, 85% de la consommation d'énergie dans le monde, dans tout ce qui fait notre environnement technologique quotidien conduit à ce que la lutte contre le changement climatique est un défi autrement plus important que ceux qu'on a l'habitude de d'imaginer, et en particulier, les objectifs de Kyoto, pour difficile déjà qu'ils soient à atteindre, ne représentent en aucun cas un objectif ultime. C'est un premier pas qui est bien sur indispensable car, selon un ami, on a jamais su faire mieux que d'inverser la dérivé seconde et il a bien raison: il est impossible de diviser par quatre ou par deux tant qu'on a pas baisser de 5%. Mais c'est simplement pour vous montrer que quand on parle de la physique du processus, les objectifs qu'il faut avoir en ligne de mire sont bien plus ambitieux, heureusement ou malheureusement, que ce qu'on a l'habitude d'imaginer.

Le problème de la pénurie en l'occurrence est un faux problème car si on prolonge la consommation actuelle d'énergie de l'humanité de environ 2% par an et qu'on regarde au bout de combien de temps on a consommé tout ce qui était prouvé et supposé, on se retrouve sur une échelle de temps qui est de l'ordre du siècle. Mais une chose est sure, cela ne va pas arriver car aucune courbe de consommation de ressources ne ressemble à ça mais on a quand même un problème qui se pose à cet échéance, et surtout, si on consomme tout ce qu'on a, on arrive à une concentration , que ce soit en un siècle ou deux n'a pas d'importance, qui est plus du double de ce qui était envisagé dans le scénario le plus pessimiste que je vous ait montré avec les élévations de température. En d'autres termes, on ne peut pas aujourd'hui se payer le luxe de brûler tout ce qu'on a comme combustible fossile, surtout comme charbon, si on veut résoudre le problème de la perturbation climatique. Dans le fameux rapport du Club de Rome, qui est en fait un rapport au club de Rome qui avait été fait pour une étude que certains d'entre vous ont peut-être lu, du MIT, il est dit qu'avec les ressources naturelles qu'on connaît, ce qui risque de faire péricliter le monde, c'est la pénurie de ressources naturelles. Mais quand même, comme il s'agissait de scientifiques, ils se sont dit: "Supposons qu'on se trompe sur cette hypothèse et que les ressources naturelles ne soient pas limitées, que se passe-t-il? Si les ressources naturelles ne sont pas limitées, on se retrouve avec le problème de la pollution qui est à ce moment le facteur qui cause l'effondrement du système". Je crois que ce risque de passer de Caryde en Silla est parfaitement illustré en ce qui concerne les combustibles fossiles, c'est-à-dire que plus on écarte le risque de pénurie, et plus on augmente le risque de changement climatique avec des échelles de temps qui ne sont pas exactement les mêmes, et finalement, dans le scénario le plus noir, on pourrait se retrouver avec un changement climatique qui commence à se manifester de manière significative à une époque où les ressources, pour y faire face seront devenues très chères, évidemment, elles ne disparaîtrons  jamais pas d'un coup, mais seront devenues très chères et peu accessibles.

 

Christian STOFFAES

             Merci aux deux derniers intervenants d'avoir restreint un peu leurs interventions, cela nous laisse une dizaine de minutes, je crois, pour un débat et des questions. Donc, j'invite la salle à s'exprimer, à commenter ou à questionner.

  

DEBAT

 Commandant LIFRANT (? orth)

             Dans le panorama que vous venez de décrire, est-ce que vous ne pensez pas qu'une conséquence à moyenne ou longue échéance, cela sera pour faire court et simple, que nous aurons un hémisphère nord qui aura les moyens d'avoir des moyens de production d'énergie relativement propres, qu ne pollueront pas et une hémisphère sud qui, lui, n'aura ces moyens et qui sera polluants et donc, est-ce qu'il n'y a pas un danger en termes de géopolitique dans ce domaine ?

 

Jean-Marc JANCOVICI

             Il y a une boutade que je fais souvent quand je discute avec des anti-nucléaires, c'est de dire : ce que l'on devrait faire, c'est garder le risque nucléaire pour nous, parce que l'on sait le gérer, et de laisser les pays du sud se développer avec du gaz parce que cela demande quand meme une culture de sécurité qui est beaucoup moins élevée. Maintenant, le problème du changement climatique pour rester là-dessus, c'est que, finalement, peu importe le lieu des émissions. Quand vous avez un gaz qui met un siècle à s'épurer de l'atmosphère avec une durée de brassage de l'atmosphère qui se compte en mois, vous comprenez bien et c'est la raison pour laquelle nous sommes obligés de nous mettre d'accord mondialement sur une éventuelle solution, le lieu d'émission n'a strictement aucune importance. Alors, ce que je dis, effectivement, n'est pas vrai pour d'autres problèmes d'environnement qui sont locaux, par exemple les émissions de SO2 conduisent quand même préférentiellement à des pluies acides pas très loin des lieux d'émission, quand on a des lessivages de terribles (?) par les eaux de pluie, cela conduit aussi à des pollutions qui sont préférentiellement pas très loin des lieux où se trouvent la nuisance, si on a une fuite, un jour d'un conteneur de déchets radioactifs, cela ne fera pas le tour de la planète. Le changement climatique, il a ceci de particulier, qu'on n'est pas du tout surs que ce sont les fauteurs de troubles qui en supporteront les conséquences.

            Par ailleurs, encore une fois, la question de la propreté de l'énergie dépend énormément de l'échelle et je vais vous donner un exemple. L'hydroélectricité qui est une énergie renouvelable et qui fait, du reste, 99 %, enfin un peu moins de l'électricité d'origine renouvelable faite dans le monde, on peut parfaitement la considérer comme extrêmement nuisible pour l'environnement si vous regardez ce qui se passe aux Trois Gorges, donc, il n'y a pas vraiment d'énergie propre et d'énergie sale, encore une fois, c'est la dose qui fait le poison. Moi, j'ai fait un petit calcul d'ordre de grandeur que je peux vous livrer, si on remplaçait, en France, le parc de centrale nucléaire par des éoliennes, compte tenu du fait que le vent est une énergie intermittente et qu'il faudrait stocker avec un rendement que j'ai pris égale à 25 %, il faudrait environ 800 000 éoliennes en France, disons 500 000 en ordre de grandeur. Est-ce que c'est une solution qui serait encore considérée comme propre ? J'en sais rien. C'est simplement pour vous dire que la propreté est vraiment quelque chose de subjectif et que c'est très difficile, un physicien ne sait pas vous dire ce qui est propre et sale il sait vous donner des valeurs.

 

Christian STOFFAES

             Sur ce point, parce que je crois que c'est au cœur des questions d'énergie et d'environnement, ce n'est pas que les énergies ne soient pas plus propres ou sales, c'est que les critères d'évaluation sont très contrastés. Si vous regardez l'électricité, c'est un secteur important puisque c'est la carrefour des énergie, vous pouvez produire de l'électricité avec toutes les sources d'énergie. Alors, actuellement c'est la charbon qui est la source dominante, vous avez le nucléaire, l'hydraulique, le gaz, le pétrole, etc. Et bien, vous vous apercevez que quand vous prenez 4 ou 5 grands critères d'évaluation de l'environnement, le classement des sources d'énergie est totalement contrasté. Par exemple le charbon, il y a beaucoup de ressources, donc il n'y a pas de problème d'épuisement des réserves avant 3 ou 4 siècles. En revanche, c'est polluant, c'est très lourd à transporter, il y a une logistique et il y a la question de la pollution atmosphérique et du changement climatique. Le pétrole, c'est un peu plus propre que le charbon, mais cela s'épuise et cela a des risques de géopolitique. Le nucléaire a beaucoup de qualité, il est très compact, mais il a les problèmes de risques et notamment la prolifération ou la sécurité des centrales et des déchets. Quand aux renouvelables, comme vous l'avez souligné, cela prend beaucoup d'espace, parce que, à cause de la physique, de la technologie elle-même, le renouvellement passe par une occupation de l'espace considérable, par exemple, toute la production hydroélectrique française, vous voyez, c'est quand même beaucoup de barrages, cela représente une dizaine de réacteurs nucléaires qui tiennent sur 3 km². Les éoliennes, c'est extrêmement encombrant et cela fait du bruit. La géothermie, le solaire, cela prend aussi beaucoup de place. Alors, en fait, le problème sur ces questions d'environnement, c'est que ce dernier n'est pas unicritère, il est multicritères, et vous avez des classements des sources d'énergie qui sont totalement contrastés et cela vous explique, si vous voulez, la manipulation et la cible dont font l'objet des questions d'énergie du point de vue écologique parce que ces forces, finalement, s'attaquent successivement à toutes les sources, le pétrole, le nucléaire, le charbon et bientôt les éoliennes seront à leur tour critiquées, parce que personne n'est capable de faire l'ensemble de l'analyse multicritère. Quand on prend un critère isolé, c'est facile d'attaquer une source d'énergie, le problème, c'est qu'on la remplace par une autre qui présente un problème sur un autre critère. Donc, cela pose, je crois, un problème intéressant pour le débat politique et démocratique, nous vivons, quand même, dans un monde où il y a beaucoup de manipulations, de commentaires plus ou moins fondés et c'est le problème de la démocratie à l'age de la science, c'est-à-dire qu'il faut que toute l'opinion publique soit capable d'apprécier par elle-même la véracité que ce qu'on lui raconte.

 

Général RHENTER

             Ma question s'adresse à Monsieur Bouchard, pourrait-il nous dire quelques mots de la filière des surgénérateurs, malgré la décision discutable prise en France il y a 5 ans ?

 

M. Jacques BOUCHARD

             Je crois, effectivement, vous l'avez vu tout à l'heure, que dans les projets qui sont faits pour la 4ème génération, c'est-à-dire à échelle de 30 ans, encore une fois, et pour avoir le développement durable, très clairement, tous les spécialistes disent : "Ce seront des réacteurs à neutrons rapides". Alors, on l'appelle surgénérateur. Et donc, la question qui est posée est faut-il s'en tenir à la technologie qui a été développée, c'est-à-dire au refroidissement sodium ou plomb, je l'évoquait tout à l'heure, qui a été utilisé par les Russes ou faut-il essayer d'avoir une alternative ? Alors, aujourd'hui, il est clair que la réponse des experts, encore une fois, à travers le monde est de dire : "il faut travailler sur le gaz". Donc, ce reste des réacteurs à neutrons rapides, donc les propriétés physiques, les vertus du systèmes sont les mêmes, mais i faut travailler sur le gaz et nous aurons, de cette façon, un choix, au pire on aura démontré, si le gaz ne donne pas de meilleurs résultats, c'est qu'après tout, c'était bien le sodium qu'il fallait choisir, au mieux, on aura un choix entre les deux avec des avantages et des inconvénients. Donc c'est bien la voie qui est suivie actuellement dans le cadre du Forum international que j'évoquais. Quand à la décision qui a été prise il y a 5 ans, je ne commente pas plus, elle a été prise, il faut la supporter et puis c'est tout. Mais cela n'empêche pas la science d'avancer.

 

SEM Jacques JESSEL

             Ma question s'adresse également à Monsieur Bouchard. Dans l'évocation des évolutions technologiques sue vous avez faites, vous n'avez pas prononcé le mot de "fusion", pouvez-vous nous en dire un mot ?

 

M. Jacques BOUCHARD

             Je crois qu'effectivement, on ne par le pas encore de fusion dans ces prospectives, tout simplement d'abord par ce que, pour la fusion, il faut d'abord terminer les démonstrations physiques avant d'attaquer des problèmes technologiques ou des problèmes économiques qui pourraient répondre à toutes les interrogations en terme de moyens de production, tout le monde est confiant dans la fusion comme un moyen de production futur d'énergie, le problème, c'est le temps que cela mettra à se développer et donc, on attend d'avoir terminé les étapes de démonstrations physiques avant de faire réellement de la prospective et de projeter les développement technologiques. Donc ce n'est pas avant la seconde moitié du siècle au plus tôt.

 
 

Chef de Bataillon LAVAUX (?)

             Une question très rapide concernant les suites de Tchernobyl, il y a en Europe Centrale et Orientale, tout un tas de réacteurs, du modèle de Tchernobyl, Qu'est-ce qui est fait concrètement pour les arrêter ou les mettre à niveau ?

  

M. Jacques BOUCHARD

             Deux choses là-dessus. La première, malheureusement, on fait concrètement ce que l'on peut faire, c'est-à-dire qu'on ne peut pas forcer des gouvernements à prendre des décisions, même s'il y a une pression internationale forte, il est clair que, autant la Russie a accepté d'apporter un certain nombre de modifications à ces réacteurs, autant ils n'ont pas décidé de les arrêter ou en tout cas, pas à court terme pour la plupart d'entre eux. Au passage, d'ailleurs, la stratégie politique suivie en Occident n'a pas été forcément très bonne, tout de suite après l'accident de Tchernobyl parce que pratiquement tout le monde s'est ingénié à démontrer l caractère inacceptable du système nucléaire soviétique, mais malheureusement, cela a conduit à un résultat qui n'était pas ce qui était souhaitable, c'est-à-dire que cela a conduit à arrêter la construction de réacteurs qui étaient de bonne qualité, et pat contre, à prolonger la durée de vie des réacteurs de mauvaise conception. Donc, cela est le constat. Ce que l'on peut dire simplement, c'est que sur le plan international, c'est quand même, la pression a été suffisante pour que les modifications apportées fassent espérer, quand même, que le risque d'accidents soit réellement diminué et quand tout cas les conséquences ne soient jamais celles qui ont été connues à Tchernobyl, mais ceci dit, on vivra encore quelques années avec ce type de réacteurs.

  

Intervenant

             Je vais dire 1 ou 2 mots sur la fusion, puisque mon nom a été prononcé. Tout d'abord, je voudrais rappeler, quand même, une nouvelle que peut-être vous ne connaissez pas, mais le gouvernement français a pris la décision de présenter le site de Cadarache (?) pour le projet international ITER (?). Deux mots sur ce que c'est, c'est une expérience mais qui devrait produire environ 400 mW de fusion pendant des durée d'impulsion de plus de 300 secondes. Voilà à peu prêt les objectifs.

            Je ne pense pas que la fusion puisse jouer pour changer les perspectives économiques d'ici 35 à 50 ans, comme il a été dit, mais je voudras quand même faire remarquer ma position là-dedans, je ne pense pas que nous verrons, avant la fin du siècle un réacteur économique de fusion pure. Mais par contre, ce que l'on peut voir assez rapidement, ce sont des réacteur mixtes ou hybrides fusion-fission dans lequel l'ensemble de l'activité neutronique est contrôlé par les neutrons de 14 nèves en provenance de la fusion, ce qui permet de brûler en particulier tous les actinides. A ces énergies-là, il n'y a pas de différence entre l'uranium 235, le 238, le torium ou les actinides mineurs.



ENERGIES ET RELATIONS INTERNATIONALES

M. Dominique MOISI, Directeur de l'IFRI

         Le thème de cette table ronde, "Energie et Relations Internationales", avait été défini avant le début de la guerre en Irak  et il est évident qu'il est difficile d'aborder ce sujet et cette table ronde sans avoir à l'esprit les déroulement de la situation internationale dans ce qu'elle a de plus brulant, de plus immédiat, et il est vrai que pour une grande majorité de citoyens du monde, c'est une guerre à propos du pétrole. Et ce sont les Etats-Unis et une partie des analystes, et je me situe d'ailleurs dans cette partie qui cherchent à dire que, certes le pétrole a un role dans ce qui se passe mais que l'on ne saurai expliquer la situation à partir d'un seul critère, réducteur et totalitaire. Pour aller au-dela de l'Irak, de la problématique actuelle, nous aurons deux intervenants, le Dr Fadhil Chalabi, qui a fait fonction de secrétaire général de l'OPEP n'ayant pas pu nous rejoindre au dernier moment pour des raisons de santé. Nous allons procéder de la manière suivante: Pierre Noel, qui est à l'IFRI, Aymeric Chauprade qui est chargé du cours de géopolitique au CID, auront chacun 15 minutes pour lancer le débat puis je reprendrais un peu et je donnerais la parole à la salle.

 

M. Pierre NOEL, Chercheur – IFRI

 Merci aux organisateurs de ce colloque de me donner l'occasion de m'exprimer ici sur ce sujet qui est au centre de mes recherches personnelles à l'IFRI et avant cela à l'Institut d'Economie et de Politique de l'Energie à Grenoble, où j'ai été formé. Je dispose donc de 15 minutes pour traiter un sujet qu'un ouvrage complet n'épuiserait pas. Il faut donc faire des choix, tailler dans la masse et c'est un petit peu ce que je vais faire. Je ne vais peut-etre pas trop m'attarder sur les aspects quantitatifs, de données puisque je crois que vous avez eu ce matin une présentation de M. Olivier Appert qui était certainement complète en cette matière.

Quel est e contexte? On m'a demandé de traité dans le cadre de cette table ronde le role des Etats-Unis et de la Chine. Le contexte est celui bien sur d'une situation internationale dominée par une seule puissance, qu'on l'appelle super ou hyper puissance, peu importe, et d'un autre coté, d'un certain nombre d'acteurs ou de poles susceptibles de venir équilibrer, concuRrencer, contrebalancer cette super-puissance américaine dans les décennies qui viennent. Parmi ces poles, la Chine se distingue. L'Europe peut-etre, je ne sais pas, c'est à vous d'en discuter. Et parmi les choses qui viennent à l'esprit quand on évoque l'avenir de la Chine, l'énergie est en position tout à fait singulière. Voilà donc l'origine de ce questionnement: l'énergie peut-elle etre un facteur de tension dans les décennies qui viennent entre la super puissance en place et on va dire la super puissance aspirante ?

 

            Je vais commencer par de brèves données sur la situation énergétique américaine et la situation énergétique chinoise qui sont, il faut bien le dire, radicalement différente. Du point de vue énergétique, si je peux dire, les Etats-Unis sont un pays normal, je veux dire normal au sein de l'OCDE, au sein des grands pays développées, en tout cas normal dans la structure de la demande énergétique et dans la structure de l'offre énergétique, c'est un pays qui se singularise par le volume de sa demande d'énergie mais pas dans la structure de l'offre énergétique. Le pétrole y couvre, comme dans à peu près tous les pays de l'OCDE, un peu moins de 40 % de la demande d'énergie, le charbon un peu plus de 20 % et le gaz, 25 %. Avec des trois énergies, donc les énergies fossiles, on atteint plus de 85 %, presque 90 en fait, du bilan énergétique américain. L'énergie importée couvre 1/4 de la demande américaine et l'essentiel de l'énergie importée est du pétrole, le reste, c'est du gaz mais le seul exportateur de gaz vers les Etats-Unis est le Canada. Les Etats-Unis sont le premier consommateur mondial d'énergie et de pétrole, 25 % de la demande pétrolière mondiale est américaine, c'est également le premier importateur mondiale de pétrole et ses importations de gaz devraient augmenter dans les décennies qui viennent avec la multiplication des projets de GNL (gaz naturel liquéfié) vers l'Amérique du Nord.

            Au niveau des politiques énergétiques américaines, je crois que ce qui les distinguent ou ce qui les singularisent ou en tous cas ce qui les marquent de manière très forte, c'est le prima du marché libre. Les marché énergétiques américains ont connu 20 ans, 25 ans même maintenant, de très forte libéralisation qui ont touché, non seulement, les marché énergétiques, je dirais traditionnel, charbon et pétrole, mais aussi les marché énergétiques en réseau, électricité et gaz, le gaz est aujourd'hui complètement libéralisé aux Etats-Unis et l'électricité était en passe de l'être au moment de la crise californienne et du scandale ENRON (?), cela a pris du retard dans pas mal d'Etats, puisque cela relève des Etats et non de la puissance fédérale, mais la tendance continue d'avancer dans ce sens. Les taxes sur l'énergie sont très faibles aux Etats-Unis, elles ne sont pas nulles mais elles sont très faibles, par rapport à la moyenne des autres pays de l'OCDE. On pourrait donc résumer en disant que l'objectif américain est de minimiser le coût de l'approvisionnement en énergie de l'économie américaine. Un prima économique en quelques sortes.

 

            La dépendance pétrolière, puisqu'on l'appelle comme cela, je préfère parler de recours au marchés mondiaux, mais la dépendance pétrolière américaine n'est pas, contrairement à une idée reçue, un problème énorme aux Etats-Unis. Je crois qu'elle est profondément acceptée et qu'elle est parfaitement assumée par des politiques publics spécifiques et j'en distinguerai 3.

            La mise en place, au début des années 80, de la fameuse strategic petrolier reserve, donc la réserve pétrolière stratégique américaine, entièrement détenue par le gouvernement fédéral.

La mise en place, entre la fin des années 70 et le début des années 80 de la politique, on va dire, de sanctuarisation du golfe persique, mais vous connaissez cela beaucoup mieux que moi, je crois qu'à l'origine, on appelait cela la doctrine Carter, mais vous me corrigerez si j'erre dans ces domaines qui ne sont pas les miens.

La troisième, qui est beaucoup moins connue mais qui, à mon sens est très importante, est la politique que j'appellerais de construction du marché pétrolier mondial. Les Etats-Unis se sont lancés, à partir, là encore, du début des années 80, l'ère Reagan est un tournant dans la politique énergétique américaine, se sont lancés dans un politique à la fois dont le volet juridique est important et qui vise à favoriser l'accès des compagnies pétrolières internationales, quelle que soit leur nationalité, dans les pays en développement propriétaire de ressources. Cette politique avait pour but et, je dois le dire, a assez bien réussi, de favoriser une diversification durable de l'offre énergétique mondiale et notamment de l'offre pétrolière mondiale.

Ces trois politiques publiques séparent les Etats-Unis de ce qu'on pourrait appeler une politique, un laissez aller en matière énergétique, c'est une politique de recours au marché, mais c'est un marché, à la fois sécurisé et construit par la puissance publique, à la fois à l'intérieur et à l'international.

 

J'irais plus vite sur la Chine. C'est un pays tout à fait atypique sur le plan énergétique. Elle dispose de ressources charbonnières tout à fait considérables et le charbon couvre 70 % de la demande d'énergie primaire en Chine, c'est tout à fait considérable. Le pétrole 25 % et le gaz naturel 3.2 %. Avec ces trois énergies fossiles, on est à 98 % du bilan énergétique. La Chine importe extrêmement peu d'énergie, elle est devenue importatrice nette de pétrole en 1993. Ces importations sont indiscernables dans les importations mondiales, elles sont tout à fait marginales. Cela ne va évidemment pas durer, on va voir des graffes tout à l'heure là-dessus. La politique énergétique chinoise est essentiellement une politique intérieure, et pour cause puisqu'elle importe très peu pour l'instant. Elle a plusieurs objectifs.

D'abord, diversifier le bilan énergétique chinois qui est trop massivement centré sur le charbon, ce qui passe naturellement par la promotion du gaz naturel, la Chine a des réserves de gaz assez importantes dans les provinces de l'Ouest et elle compte aussi être le client principal des énormes réserves gazières de Sibérie Orientale au Nord.

Deuxième objectif, le développement régional. Je pense que l'on appellerait cela l'aménagement du territoire, mais le développement des ressources énergétiques de l'Ouest est un des leviers principaux sur lequel s'appuiera le gouvernement chinois pour promouvoir le développement économique de ces régions qui sont les plus pauvres de la Chine.

Enfin, troisième objectif, le sécurisation des futures importations énergétiques chinoises, avec actuellement une politique, à mon avis, complètement inefficace et plus symbolique qu'autre chose, ou en tous cas si elle n'est pas symbolique, elle est à fondement industriel et non pas géopolitique, qui est une politique qui vise à acquérir des droits d'exploration et production dans des consortiums dans différentes parties du monde. Ils ont des droits au Vénézuela, éventuellement en Irak, on ne sait pas trop exactement, mais ils ont des droits, je crois, au Yémen et dans différentes autres zones. Cela n'a, au plan énergétique, aucune valeur, et aucune importance, on pourra y revenir si vous le souhaitez.

 

Quelques graphiques pour montrer l'évolution à 2030.

Voici l'évolution prévue par l'AIE, donc, sans doute les mêmes projections que vous avez vues ce matin avec Olivier Appert, vous voyez, en rouge, la progression de la demande pétrolière chinoise et le grand bloc blanc, la demande pétrolière en Amérique du Nord. Malheureusement, on ne distingue pas Etats-Unis et Canada, mais en gros, depuis 30 ans, le Canada, c'est 10 % de la demande pétrolière Nord américaine, donc si vous enlevez 10 %, vous avez les Etats-Unis. On s'aperçoit, tout de même que la demande pétrolière, en Chine, augmente, on s'en aperçoit difficilement sur ce graphique, beaucoup plus vite qu'en Amérique du Nord, mais enfin, on n'est pas dans une situation de rattrapage de ce point de vue là.

Voici la même chose, mais en valeur relative par rapport au marché mondial. La part de l'Amérique du Nord dans la demande mondiale va décroître, puisque la demande y croît moins vite que dans le reste du monde, la demande pétrolière, en revanche, la part de la Chine, en revanche, va croître puisque la demande pétrolière y croît plus vite que dans le reste du monde.

Voici, maintenant, les importations pétrolières où l'on s'aperçoit, c'est un élément intéressant, en 2030, il faut prendre cela avec les réserves de rigueur, en 2030, la Chine pourrait importer le même volume de pétrole qu'importait l'Amérique du Nord, mais c'est essentiellement les Etats-Unis, puisque le Canada est exportateur net, en 2001. Il y a donc, là, effectivement, un véritable rattrapage, en tous les cas, vu comme cela, mais les importations américaines vont, évidemment, continuer de croître elles aussi.

Où faut-il en venir ? Que nous disent ces chiffres ? Je crois que ce qu'il est important de noter, c'est que ces évolutions en Chine et aux Etats-Unis s'inscrivent dans un marché qui est mondial. Il n'y a pas, sur le marché pétrolier de liens bilatéraux entre tel producteur, tel consommateur. Tous les consommateurs s'adressent, si je peux dire, au marché pétrolier mondial qui est unifié techniquement et économiquement. Ce qui importe, donc, pour tous les consommateurs, c'est la diversification de l'offre pétrolière mondiale, c'est là le nerf de la guerre, si je peux dire, la clef de la sécurité énergétique. Or, de ce point de vue là, les choses ne s'annoncent pas forcément extrêmement bien. Voici un graphique qui montre l'évolution prévue et historique d'ailleurs, puisqu'on commence en 1950, de la production du Moyen-Orient, ce sont les barres, et de la part du Moyen-Orient dans l'offre pétrolière mondiale, ce sont les points qui se lisent sur l'échelle droite où l'on s'aperçoit que si l'AIE et les autres grands prévisionnistes qui concordent sur ce point ont raison, à partir de 2010, le Moyen-Orient va progressivement s'imposer comme un producteur dominant, ce n'est pas bon pour les Etats-Unis, ce n'est pas bon pour la Chine, ce n'est pas bon pour l'Europe, ce n'est pas bon pour le Japon, mais, tout le monde est logé à la même enseigne et surtout, tout le monde, finalement, acquière, a les mêmes intérêts vis à vis du Moyen-Orient, qui sont lisibles, pratiquement sur ce graphique, c'est-à-dire, il faut que le Moyen-Orient soit en mesure de développer ses capacités de production de manière très importante, les capacités de production au Moyen-Orient n'ont pas bougé depuis 30 ans, il faudrait pratiquement, qu'elles doublent d'ici 2020 - 2025, c'est un effort colossal qui va appeler des investissements énormes, ces investissements, les Etats, au Moyen-Orient, ne pourront pas les faire seuls, il faudra qu'ils aient recours aux capitaux étrangers, donc aux grandes compagnies multinationales, et donc, il faut qu'il y ait des évolutions politiques et économiques profondes dans cette région. Cet intérêts, je dirais, que l'émergence de la Chine commune, un gros importateur de pétrole, va aligner l'intérêts chinois, finalement, sur l'intérêt de tous les autres importateurs, et notamment sur l'intérêts du plus puissant d'entre eux, les Etats-Unis. C'est un mouvement qui, à mon avis, va un peu à contre-courant de ce qu'on entend régulièrement, mais je crois fondamentalement que la croissance de la demandé énergétique chinoise, l'insertion progressive de la Chine dans les marchés énergétiques mondiaux, va donner lui donner un intérêt à la stabilité du Moyen-Orient, à l'ouverture économique de cette région et au développement des capacités de production dans cette région. Elle va donner aussi à la Chine le même intérêt que les Etats-Unis par rapport à l'OPEP, c'est un facteur, à mon avis, important. Pour le gaz, les choses se présentent un peu différemment, pour l'instant en tous les cas, puisque pour le gaz, à la différence du pétrole, il peut y avoir concurrence absolue entre deux importateurs, les projets gaziers sont de tels exportateurs à tel importateur, i n'y a pas de grand marché qui médiatise les rapports entre offreur et demandeur. Mais cela pourrait évoluer parce que les coûts de transport, le coût de la chaîne de GNL chute très rapidement, donc on pourrait voir émerger, à la faveur de la croissance de la demande en Chine, en Amérique du Nord et en Europe un grand marché SPOT pour le gaz qui, à ce moment-là, transformerait le marché gazier en une espèce de marché pétrolier bis au plan du mode de fonctionnement, donc cela réduirait les possibilités de tension liée à l'énergie entre la Chine et les Etats-Unis dans les décennies qui viennent.

Pour résumer, je dirais donc que le fait que la Chine et les Etats-Unis en viennent, progressivement à vivre dans le même monde, du point de vue énergétique, est plutôt un facteur stabilisant du point de vue des relations internationales, quelque soient les aspects quantitatifs en fait. Bien sûr, la croissance de la demande en Chine, toute chose égale par ailleurs, va tirer les prix de l'énergie par le haut, mais de tout façon, cela ne sera pas le facteur déterminant pour la fixation des prix de l'énergie et, quoi qu'il en soit, les prix de l'énergie ne seront pas un facteur déterminant pour la prospérité américaine, ce qui est un facteur déterminant, c'est la prévention et, éventuellement, le traitement des chocs sur les prix de l'énergie, les variations brutales, mais le niveau des prix, en lui-même, n'est pas déterminant pour la prospérité américaine. De tout cela, évidemment, on ne doit pas conclure, et je m'arrêterai là, qu'il n'y aura pas de tensions entre les Etats-Unis et la Chine, il y aura certainement de multiples lieux potentiels de tension entre ces deux puissances. Mon sentiment, peut-être suis-je un peu optimiste - je crois que je suis optimiste par nature - est que l'énergie ne sera pas un de ces facteurs.

 

 Aymeric CHAUPRADE

             Dans l'analyse géopolitique, le facteur énergie est loin, évidemment, d'être le seul facteur. Chacun sait que toute explication uni causale est réductrice et qu'il faut intégrer de nombreux éléments. L'énergie, tout de même est l'un des carburants de la puissance économique, de la puissance militaire aussi, développement économique, développement de la capacité militaire, dépendent directement de l'accès aux ressources énergétiques. L'économie de l'énergie, aussi, est, elle-même, un enjeu majeur. Tout enjeu suscite de l'appétit et tout appétit suscite des stratégies pour parvenir à satisfaction. Appétit des acteurs étatiques, appétit des acteurs intraétatiques ou des acteurs transétatiques. Les acteurs les plus puissants, à la différence des autres, disposent, en général, de moyens de communication puissants pour dissimuler leurs appétits, on voit bien que le publicité des entreprises modernes ne vend plus, elle philosophe, elle vend des valeurs. Même chose pour les Etats ou les firmes transnationales, chacun sait qu'ils travaillent pour la liberté, la démocratie, le bonheur, l'environnement. Et en général, plus les entreprises polluent, plus elles parlent d'environnement, quant aux Etats, plus ils dominent les autres, plus ils parlent de démocratie.

            Les stratégies de communication passent par des jeux d'influence dans les milieux économiques, médiatiques, politiques, de la recherche. Dans les domaines de la recherche stratégiques, ce n'est pas du tout comme dans les mathématiques. La recherche, l'objectivité scientifique est polluée par des logiques d'influence. On peut parier que dans un colloque de mathématiques, tous les acteurs et tous les spectateurs sont là pour la vérité et pour la science. Dans un colloque de recherche stratégique qui touche à ces enjeux stratégiques, qui pourrait mettre sa main à couper que des stratégies d'influences, de la désinformation, de l'intoxication ne se dissimule pas sous l'apparat du brio scientifique ? Aussi toute recherche d'une intelligibilité d'une stratégique chez les acteurs est souvent, en France, caricaturée, transformée en paranoïa, en théorie du complot. Il faudrait simplement disserter, il faudrait souligner la complexité des enjeux sans jamais voir l'intelligibilité des stratégies. Pour ma part, un des présupposés de ma démarche de recherche est de supposer, à tort ou à raison mais c'est un de mes présupposés, que les acteurs des relations internationales, qu'ils s'agisse des Etats, des pouvoirs transétatiques, ont des intérêts et donc des stratégies pour parvenir à leurs fins. Alors, bien sûr, le déroulement de ces stratégies est complexe, fait l'objet de débats intérieurs, de bifurcations, de détours, mais je crois qu'il existe un fil d'Ariane à suivre qui mène à la réalisation d'ambitions de puissances. Alors, les idées que je voudrais jeter dans le débat, bruyamment au fond, sont les suivantes, s'agissant de l'énergie :

            Première idée, j'y reviendrai à chaque fois, les ressources en énergies non renouvelables, étant par définition finies, compte tenu du développement, et bien, il apparaît qu'à l'horizon de 30 ans, il n'y en aura pas suffisamment pour tout le monde.

            Deuxième idée, si les Etats-Unis veulent rester la première puissance mondiale, ce qui est tout à fait légitime du point de vue américain, ils sont contraints de s'assurer un accès prioritaire aux zones de production mondiales d'énergies renouvelables.

            Troisième idée, que je développerai, mais cette stratégie énergétique des Etats-Unis consolide l'enfermement du monde dans des énergies non renouvelables au détriment du développement d'énergie alternative et donc au détriment de l'environnement.

            Enfin, et j'en dirai un mot, je ne vois pas pour l'instant de stratégie énergétique pour la France compte tenu des défis posés.

 

            Je dois commencer par vous préciser mes sources de travail, et bien, elles sont comme tout le monde, j'insiste, comme tout le monde, la revue annuelle de l'énergie publiée par la compagnie pétrolière britannique BP, pour les réserves de pétrole, de gaz ou de charbon ou l'OCDE pour les réserves d'uranium, et à ma connaissance, sauf démenti contraire, toutes les informations reprises par le gouvernement français, l'observatoire de l'énergie, sont des informations BP pour le pétrole.

 

            Revenons rapidement sur les chiffres qui ont été donnés ce matin, le montant total des réserves des différents sources d'énergie non renouvelables : 901 milliards de tonnes équivalent pétrole. La durée de vie des différentes ressources cache des disparités, quarante ans officiellement pour le pétrole, soixante deux ans pour le gaz, soixante douze pour l'uranium, deux cent seize pour le charbon. Que constate-t-on si l'on fait un bilan énergétique par pays ?

 

Premier point que les Etats-Unis, en montant des réserves énergétiques situées sur leur territoire, ont 15 % des réserves énergétiques mondiales à eux seuls. Néanmoins, problème pour les américains, il y a un déficit de pétrole et de gaz. Ce déficit peut être compensé en contrôlant les soixante douze milliards de tonne équivalent pétrole que pèsent l'Arabie Saoudite, l'Irak et le Koweït. On arriverait alors à 205 milliards de TEP soit 23 % des réserves énergétiques mondiales. Après les Etats-Unis,  la Russie : 116 milliards TEP. C'est un très bon niveau en hydrocarbures. Elle n'a pas vraiment besoin de chercher ailleurs son énergie. Et puis, vient la question de la Chine dont on a beaucoup parlé. Effectivement , si elle est riche en charbon, elle est relativement pauvre en hydrocarbures et devra de plus en plus s'approvisionner à l'extérieur en pétrole et gaz au Moyen-Orient, en particulier.

 

Ce bilan énergétique sur les chiffres officiels doit être complété par la réflexion et le débat des chercheurs sur le domaine, quant à la réalité de ce potentiel énergétique. C'est un débat technique et je ne rentrerai pas dans le détail, cependant je voudrais vous livrer quelques réflexions qui m'ont particulièrement intéressées.

Première piste : il existe un débat sur la réalité des réserves pétrolières. Je rappelle que BP les évalue à 143 milliards TEP soit quarante ans. Le débat repose sur le fait que selon certains, les réserves prouvées de certains pays seraient largement surestimées. Exemple : le Qatar. Pendant huit ans de suite, ce pays a donné des réserves à 3,7 milliards de barils, puis en 2000, en une année, il a triplé le chiffre officiel à 13,7 milliards. Les experts font remarquer que cela est physiquement impossible et que l'explication de cette surestimation viendrait des pays de l'OPEP qui régulièrement pour des questions de quotas, qui sont fixés en fonction des réserves prouvées, réajustent ou surestiment les réserves. Certains experts réévaluent donc totalement ce chiffre de quarante ans, en le ramenant à peu près à la moitié.

Deuxième débat : la baisse de durée de vie des réserves. La durée de vie des réserves n'a cessé de baisser depuis près de vingt ans, puisque les découvertes effectuées pendant l'année ne compensent plus la production annuelle qui elle a augmenté mais ne compense pas les besoins en consommation. Si cette tendance se poursuit et rien pour l'instant ne permet de dire le contraire, la production de pétrole qui continue de croître passera nécessairement par un pic dans un avenir prochain.

Troisième piste : aux Etats-Unis, la durée de vie des ressources pétrolières n'est que de dix ans, alors qu'elle est officiellement de quarante ans pour le monde. La production pétrolière américaine est de court terme et elle n'a cessé de décliner dans la couverture des besoins américains. Il y a une trop faible exploration du territoire américain par les Etats-Unis qui les pousse naturellement à devoir se compenser sur d'autres zones pétrolières.

Quatrième piste : l'Observatoire de l'Energie a prévu que la courbe de production mondiale passerait par un pic autour de 2025. Certains géologues, notamment Campbell avancent même l'année 2010 comme année du sommet de la courbe. Ce qui voudrait dire que d'ici sept ans la production mondiale commencerait à décliner, alors que la courbe de consommation ne cesserait d'augmenter.

 

C'est vrai, cela fait quarante ans, que l'on annonce régulièrement qu'il n'y aura plus assez de ressources. C'est un peu l'histoire de Pierre et le Loup. Cela dit, à un moment donné, cela peut devenir réalité d'autant plus que ce sont de nombreux experts qui le disent en contestant un certain nombre de chiffres donnés officiellement par BP ou l'OPEP.

 

En admettant même que les réserves suffisantes soient développées, les capacités de l'outil de production ne suivront pas. Il faudrait considérablement les augmenter pour qu'elles suivent la demande en consommation. Il a été calculé que pour répondre au développement des économies en 2020, les pays du Moyen-Orient auront dû développer leur infrastructure de manière à tripler la production actuelle. Un tel facteur multiplicateur pour l'instant ne s'est jamais vu sur une telle échelle de temps.

Les programmes politiques américains des dernières élections présidentielles n'ont pas ignoré ce défi. L'Amérique avait été sensibilisée aux problèmes énergétiques. On se souvient un certain nombre de pannes ont eu lieu en Californie. Dans les programmes des candidats des réponses ont été données. En schématisant un peu, M. Clinton proposait une remise en cause relative du modèle de consommation américain, de faire des économies d'énergie, de développer les énergies non renouvelables. Le président Bush au contraire a donné une autre solution qui peut se résumer de la manière suivante : il n'y aura bientôt plus de pétrole pour tous, alors nous devons nous assurer par l'exercice de notre puissance que nous en aurons suffisamment pour nous. Contrôler le pétrole sera s'assurer de notre propre besoin et, parallèlement, sera rendre dépendants, donc fragiles, nos futurs rivaux économiques et géopolitique comme la Chine.

Alors, le plan de captation des ressources pétrolières mondiales n'est pas sorti de la tête de votre serviteur, il est contenu de manière explicite dans le discours de G. W. Bush du 17 mai 2001, auquel je vous renvoie, qui contient 8 points très précis sur l'énergie. Le 4è point, très exactement, souligne la nécessité d'accroître l'indépendance énergétique des Etats-Unis et la sécurité des approvisionnements. Irak, Iran, Asie Centrale, mais aussi pétrole du Golfe de Guinée, je rappellerai qu'au mois de décembre 2002, le Président Bush rencontrait le Président Tsaotomé (?), un petit Etat, sur le motif officiel de l'édification d'un mémorial aux noirs devenus esclaves en Amérique, mais dont le motif sérieux était l'installation d'une base navale américaine permettant de sécuriser l'exploitation du pétrole dans le Golfe de Guinée, pétrole offshore au large de la Guinée Equatoriale, mais aussi Nigéria et les autres pays de la région. Le plan américain, évidemment, n'est pas réducteur, il ne se réduit pas au pétrole, il y a aussi une relance du charbon, il y a une relance du nucléaire, grâce à l'uranium produit sur le territoire américain. Mais, l'esprit du plan Bush est très clair, il s'agit de ne pas toucher à quoi que se soit du modèle de consommation américain, mais élargir la souveraineté américaine sure des ressources considérées comme abondantes à partir du moment où on les contrôles. Je connais l'objection classique fait au raisonnement territoire souveraineté quant à l'énergie, on me dira que le marché du pétrole est intégré, c'est évident, en temps de paix, tout est intégré, tout est interconnecté, tout fonctionne mais en temps de crise, tout change, les territoires, les frontière, le contrôle physique des zones de production et des voies de transit retrouve son importance. On peut imaginer, demain, un Irak s'effondrant sur lui-même, conservant son régime, éclaté en zones diverses, peu importe après tout, si le territoire du pétrole, concentré au Sud est sécurisé par l'armée américaine. Les Etats-Unis ne l'emporteront peut-être pas en Irak, ils se replieront peut-être sur l'Irak utile, on parle de usefull Africa, Afrique utile à propos de l'Afrique pétrolière, peut-être se replieront-ils sur l'Irak utile, celui de Mossoul ou celui du Sud Chiite. Le même raisonnement en Afrique Noire, l'avantage de l'Afrique Noire pour le pétrole, c'est que les perspectives, mis à part le Tchad et le Soudan, sont offshore et, comme chacun sait, il n'y a pas d'ethnie en offshore, la puissance maritime est suffisante, et ce que mon ami François Tual (?) appelle joliment, belle expression, "morceler et lotir la nouvelle fragmentation du monde", et bien, c'est bien cette stratégie qui consiste à parcelliser en fonction des zones utiles les Etats.

Pour finir, à quoi assistons-nous du point de vue de l'énergie ? Les Etats-Unis, usant de la puissance militaire en laquelle ils ont largement investis, budget militaire quasiment égale à la somme de tous les autres budgets du monde. Les Etats-Unis cherchent à remodeler les régimes politique sen conformité avec leurs intérêts, notamment énergétique, pas seulement évidemment, mais obéissant aussi à d'autres déterminants comme la sécurité ou le projet d'Israël, je vous laisse le choix entre les deux. S'ils atteignent les objectifs qu'ils se sont fixés, à savoir fait de l'Irak, puis de l'Iran, des pays assagis face à la domination américaine, ressemblant à l'Egypte ou la Jordanie, alors, ils contrôleront physiquement une très large partie des réserves pétrolières mondiales, donc la dépendance de leurs rivaux européens et asiatiques, et en Asie surtout la Chine dépendant en 2015 à hauteur de 70 % de sa consommation pétrolière du Moyen-Orient. Objectf, également, de se rapprocher de la Russie, intégrée avec l'Union européenne dans un vaste bloc transatlantique, comme le disait James Baker en 1991, bloc transatlantique de Vancouver à Vladivostok, couvert par l'architecture de sécurité OTAN - chacun sait que l'OTAN c'est autant de territoires de projection, c'est autant de normes pour imposer les matériels américains et c'est d'autant moins de défense européenne - et faire de la Russie un réservoir énergétique pour le bloc transatlantique. Autre objectif, isoler la Chine par un réseau d'alliers autour de celle-ci, autant élargie à l'Ouest, projeté jusqu'aux frontières de la Chine, partage d'influences russo-américain en Asie Centrale, Aséanne, Taiwan, Japon, Corée réunifiée, dévalorisation de la puissance de dissuasion nucléaire chinoise par l'ENMD, contrôle de sa dépendance énergétique. Alors, les Etats-Unis seront assurés, en théorie du moins, de rester la première puissance mondiale pour le siècle qui s'ouvre. Alors, la politique de la canonnière aura corrigé l'évolution des rapports de force économique. Mais tout cela est le schéma théorique et ce qui se passe en Irak, c'est le rappel, à la fois, aux idéologies et à la logique d'intérêt poussée trop loin que les peuples existent et qu'ils ne s'effacent par comme cela. Israël n'a pas effacé la réalité palestinienne, les schémas géopolitiques n'effaceront pas la volonté d'indépendance des peuples. En attendant, du point de vue énergétique, la course à la domination pétrolière neutralise les efforts de la France pour amener le monde à réfléchir sur la question de l'environnement, sur la question de production de gaz à effet de serre, sur les effets sur les écosystèmes planétaires, aucun programme sérieux de développement des énergies renouvelables n'est engagé et lorsque le constat de la pénurie des énergies non renouvelables sera fait dans quelques années, il sera trop tard pour espérer compenser par de nouvelles énergies.

Quant est-il de la France ? En 2001, le nucléaire est sa principale source d'énergie,    41 % des besoins, talonnés par le pétrole, 38 %, puis viennent le gaz, le charbon et l'hydraulique. La France est le pays au monde où la part du nucléaire dans la fabrication de l'électricité est la plus élevée, 87 % et officiellement, on dit qu'on a un taux d'indépendance énergétique de 50 %, mais en réalité, si on remarque que l'uranium, évidemment, doit être importé pour fabriquer l'électricité, notre indépendance énergétique réelle est de moins de    10 %, nous dépendons bien de l'accès aux zones pétrolières, aux zones de production d'uranium. Aujourd'hui, aucun véritable programme de remplacement de nos centrales nucléaires par des centrales de nouvelle génération, voire des surgénérateurs, n'est prévu, en tout cas, on ne prépare pas le public à cela si c'est prévu, aucun programme d'énergie renouvelable n'est lancé et on ne voit pas de véritable vision en matière énergétique de la France, on voit celle des Etats-Unis et on en mesure les effets, mais on ne voit pas de visions du côté français. Moi, je crois, que la France a raison de se battre sur la question de la réduction des gaz à effet de serre qui passe par la réduction de la consommation en hydrocarbures, mais elle doit, en même temps, conserver des zones d'accès privilégiées au pétrole, au Moyen-Orient et en Afrique, je rappelle que les zones d'accès les plus privilégiées aujourd'hui de la France en Afrique Noire, Gabon et Congo sont justement en déclin par rapport à la Guinée Equatoriale et au Nigéria qui sont plus largement investis par les multinationales américaines, elle doit renforcer sa politique énergétique en direction de la Russie, elle doit avoir une politique volontariste en matière nucléaire. En fin de compte, et je terminerai, en étant je l'espère dans les temps, la politique énergétique de la France doit se fonder, à mon sens, sur la défense de deux biens communs, le bien commun de la nation qui nécessite une indépendance énergétique la plus forte possible et le bien commun de la planète, celui des écosystèmes, et là, il s'agit de convaincre nos partenaires de faire des efforts en direction des énergies non polluantes.

  

Dominique MOÏSI

             Merci beaucoup, on a eu deux exposés dans des styles différents. C'est vrai qu'à la fin, on était passé de la géopolitique de l'énergie à la "géopoétique", presque de l'énergie, mais c'était important d'introduire cette dimension.

            Pierre, vous vouliez, avant qu'on entame le débat avec la salle, répondre sur un point.

  

Pierre NOËL

             Je ne sais pas si je pourrait répondre sur un point. La plupart des points développés par Aymeric Chauprade, ne passent pas pour un économiste de l'énergie. Les 40 ans de réserve ne veulent rien dire, il y a 50 ans que le monde a 40 ans de réserves pétrolières, il y a bientôt 100 ans que les Etats-Unis ont 10 ans de réserves pétrolières, le marché mondial du pétrole est intégré, que vous le vouliez ou non, il est physiquement, économiquement, techniquement intégré, en temps de crise comme en temps de paix. Toutes les demandes s'adressent à une seule offre mondiale, je ne vois pas, matériellement, ce que peut vouloir dire, pour les Etats-Unis, une stratégie d'approvisionnement prioritaire, que se soit au Moyen-Orient ou ailleurs, il n'y a strictement aucune correspondance entre la nationalité des firmes qui exploitent le pétrole et l'endroit où est consommé ou raffiné le pétrole brut, au sein des compagnies transnationales elles-mêmes, il n'y a aucune priorité qui est donnée. Par exemple, les raffineries de TOTAL ne raffine pas du tout en priorité le pétrole produit pat TOTAL, elle s'approvisionne sur le marché au moins 10 ans à l'astenté (?). Qu'ai-je relevé encore ? Je crois que les géopolitologues - je ne le dis pas par mépris mais je ne sais comment vous appeler - confondent de manière assez radicale sécurisation du marché pétrolier et approvisionnement prioritaire. Les Etats-Unis, parce qu'ils sont une puissance dominante au plan politique et militaire, assument, quasiment seuls il faut le dire, ce que je pourrais appeler la sécurisation du système pétrolier mondial. Il s assument à la fois la sécurité des voies de transit et si tant est qu'ils l'assument d'ailleurs il faudrait en débattre, la stabilité du Moyen-Orient, cette région ne me paraît pas extrêmement stable, mais bon. En tout cas, ils l'assument pour le monde entier. L'Europe, de ce point de vue là est ce qu'on appelle en économie, un free rider, un passager clandestin, l'Europe bénéficie à plein de la politique de sécurisation américaine du marché pétrolier mondial. L'idée selon laquelle, sans les Etats-Unis qui imposent au monde les énergies fossiles, on serait déjà, en Europe, dans un univers énergétique post-pétrole, post-gaz, post-charbon, c'est une idée complètement fausse, tout le monde, au plan technologique aujourd'hui dans le monde développé, est à la même enseigne, les firmes qui effectuent la recherche développement sur les énergies renouvelables travaillent sur une base complètement multinationale, TotalFinaElf aujourd'hui est une compagnie pratiquement américaine, plus de 40 % du capital est détenu par des fonds de pension américains, Shell est aujourd'hui une des plus grandes compagnies pétrolières américaines depuis pratiquement toujours, BP, depuis qu'elle a absorbé Amaco (?), en est une très importante, or, BP est le principal investisseur mondial dans le solaire, Shell est le principal investisseur mondial dans l'éolien, à moins que ce soit l'inverse, en tout cas, ces deux acteurs sont les principaux investisseurs dans le monde dans les énergies renouvelables. Au Texas, qui n'est pas, je crois, un des Etats les plus hostile au pétrole, on a installé dans les 10 dernières années autant de capacité éoliennes que dans toute l'Europe depuis que l'on fait de l'éolien. Les Etats-Unis, parce qu'ils ont des compagnies qui sont performantes là-dedans et parce qu'aussi ils ont des programmes de soutien publics aux énergies renouvelables, contrairement à ce qui a été dit, notamment au niveau des Etats et non pas de la puissance fédérale, les Etats-Unis investissent massivement dans les énergies renouvelables. Si, aujourd'hui, on ne fait pas plus d'énergie renouvelable, c'est tout simplement parce que soit ce n'est pas faisable technologiquement, soit ce n'est pas compétitif économiquement. Je crois que nous sommes dans un univers énergétique qui est mondialisé, à la fois du côté des stratégies industrielles, du côté du fonctionnement des marché et du côté, c'est la situation actuellement, de la puissance qui assume politiquement cette mondialisation énergétique.

  

Aymeric CHAUPRADE

             D'abord, il y a une bonne nouvelle dans ce que vous venez de nous dire, c'est que TOTAL est une compagnie américaine, donc, à priori, elle va conserver ses concession en Irak.

  

Pierre NOËL

             Elle n'a pas de concession en Irak.

  

Aymeric CHAUPRADE

             Non, mais elle a exploré et foré sans doute, peut-être, demain, au bénéfice de ceux qui arriveront en Irak.

            Deuxième question, puisque vous dite qu'au fond, les souverainetés, les Etats, cela n'a peu d'importance dans le jeu de l'économie du pétrole, qui accorde les concessions au compagnies dans le monde, sinon les Etats ? Il me semble donc que la nature des gouvernements politiques des Etats jouent encore un rôle dans les choix économiques qui sont faits vis à vis des compagnies. Qu'il y ait des intérêts des capitaux croisés, je ne le contesterait pas, dans les compagnies, mais il est bien évident que la couleur d'un gouvernement a un rôle dans l'orientation future des contrats, des appels d'offres, des normes qui sont définies, donc le politique n'a pas tout à fait disparu de la compétition énergétique pétrolière.

            Ensuite, les Etats-Unis, je ne les stigmatise pas dans mon discours, ce n'est pas l'objectif, l'objectif est d'essayer de comprendre et de proposer des pistes d'analyse, donc comme je ne les stigmatise pas, nul n'est besoin de s'en faire l'avocat enthousiaste !!

  

Dominique MOÏSI

             Je crois que vous avez été, tous les deux, parfaitement neutres sur ce thème.

  

Amiral Jean BETERMIER

             Pour vous aider à sortir de ce débat, je voudrais retourner un peu sur la Chine. Je voudrais dire à Pierre NOËL, d'une part que je partage un peu sa vision de ce marché global et du rôle spécifique des Etats-Unis, en tant que gestionnaires de facto de l'économie mondiale, en particulier dans sa dimension de sécurité. Je voudrais, sur la Chine vous interroger sur votre vision de l'affaire de la mer de Chine Méridionale, autrement appelée zone des Spratley. En février 1992, l'Assemblée Nationale Chinoise a décrété que l'ensemble de la mer ce Chine méridionale ainsi que les 272 îlots, récifs coralliens et autres rochers, étaient territoires national de la Chine, ce qui était normal puisque c'était la mer de Chine méridionale, comme son nom l'indique, mais c'est quand même un défi au droit international et ce qui pouvait, semble-t-il, aux yeux d'un certain nombre d'observateurs, justifier cette prise de position au-delà du contrôle des voies de communication, de revendication géopolitique historique, c'était l'éventualité d'importante ressources d'hydrocarbures dans cette partie du monde.

  

Pierre NOËL

             Alors, on va faire deux hypothèses, une hypothèse où il y a, effectivement des ressources importantes et une autre où il n'y en a pas.

            Bon, plaçons-nous dans l'hypothèse où il y en a. En fait, il y a deux aspects, un aspect qui est celui des revenus de l'Etat, comme l'a suggéré Aymeric Chauprade, ce sont bien les Etats qui octroient les concessions dans les zones où on en octroie. Au Moyen-Orient, par exemple, on n'a pas octroyé une concession pétrolière en dehors des petits pays pétroliers au Moyen-Orient depuis, au moins 30 ans. Si la Chine octroie des concessions pétrolières dans une zone qui est dans sa souveraineté économique, elle va en tirer des revenus fiscaux, des royalties et des bonus, des revenus fiscaux pour perler général, importants. C'est un premier élément d'intérêt qui peut intéresser le gouvernement chinois. Pour ce qui est de l'intérêt proprement énergétique, je veux dire, que cette zone maritime appartienne à la Chine, à un Taiwan autonome, aux Etats-Unis ou à la France, de toute façon, le pétrole qui sera produit à 100 km des côtes chinoise, il sera consommé où ? Il en sera pas raffiner à Boston, à la Nouvelle Orléans ou en Californie, il sera consommé en Chine, dans son marché naturel. Donc, du point de vue énergétique c'est un non enjeux. Du point de vue des revenus pétroliers, si jamais il y avait, effectivement, des grosses ressources dans cette région, ce dont je doute au vue des premières campagnes de forage, du point de vue des revenus que pourrait en tirer le gouvernement chinois, il y a éventuellement un enjeu. Si la Chine a souhaité réaffirmer sa souveraineté sur cette région, je ne sais pas, soit ils estiment qu'il y a d'importantes réserves et qu'ils vont en tirer des revenus fiscaux importants, soit ils estiment qu'historiquement, comme vous l'avez suggéré, cela leur appartient, c'est à eux, c'est leur terre ancestrale et que voilà, c'est à eux?. Il n'y a pas que l'énergie dans le monde, je crois que les Etats peuvent développer des stratégies pour des tas d'autres raisons et en particulier par l'idée qu'ils se font de leur souveraineté nationale.

  

Dominique MOÏSI

             Bien, je crois que le moment est venu d'ouvrir le débat. Qui souhaite poser une question ?

 
 

DEBAT

 M. BOURSIER DE CARBON - INED

             Je voudrais juste faire une observation et poser une question, principalement à Monsieur Pierre NOËL après son exposé.

            Il me semble que dans la problématique relations internationales et énergie, il y a un grand absent dans ces très brillants exposés que nous venons d'entendre.

            Monsieur Chauprade a rappelé la position exceptionnelle des Etats-Unis dans cette problématique, il a raison, mais il n'a pas parlé du dollar. Or, qui dit relations internationales, qui dit, comme l'a dit Monsieur Pierre NOËL, marché international de l'énergie, marché intégré, implique une devise dans laquelle ces échanges sont réglés. Or, la devise, le dollar, comme vous le savez, a un statut spécifique qui fonde, très largement, la suprématie américaine car elle a le statut de monnaie de réserve des facto depuis 1945 ce qui permet à ce pays d'échapper aux sanctions de ses énormes déficits et donc asseoir la puissance de sa domination dans le monde. Par ailleurs, les marchés énergétiques sont, jusqu'à présent et en particulier pétroliers, exclusivement rédigés, dans le commerce international, en dollar. Mais, depuis quelques années, il y a l'euro. Or, nous savons maintenant que le Président Chavez (?) qui, vous le savez, a eu quelques difficultés récemment, avait commencé à diversifier ses contrats énergétiques, ce qui montre que les marchés ne sont pas si intégrés que vous le dites puisque les certains contrats, certes marginaux, commençaient a être rédigés en euro. C'est la même chose pour l'Iran, la Chine a des velléités, la Russie aussi a des propositions de ce genre face à l'Allemagne.

            Alors, ma question est la suivante, est-ce qu'il existe des modèles qui, face à la croissance, par exemple de la demande chinoise et la demande de nouveaux pays émergeants, intègre cette dualité de devise et qu'est-ce que ces modèles indiquent ?

  

Dominique MOÏSI

             Merci, je vais encore prendre deux trois questions.

  

Henri MARTRE

             Le débat est passionnant. Ceci étant, il ne faut pas négliger l'environnement général, c'est-à-dire que nous sommes entrés dans une zone de perturbations, c'est la deuxième guerre froide mondiale et donc il y a des choses bien extérieures au marché du pétrole et dans cette tension que nous allons connaître pendant quelques dizaines d'années, il y a quand même les capacités stratégiques des uns et des autres et cela me rappelle, à propos de la mer de Chine un amphi auquel j'ai assisté à Tokyo, il y a 2 ou 3 ans, et qui portait uniquement que le problème de la sécurité du Japon en matière d'approvisionnement de pétrole, vous savez que le principal fournisseur de pétrole du Japon est le Moyen-Orient et eux, ce qui les inquiétait beaucoup, c'est que la Chine, la plupart des bateaux passaient au large de la Chine obligatoirement, et donc leur approvisionnement dépendait de ce que les Chinois pensaient du Japon et cela ne leur faisait pas très plaisir, bien que ce soit, évidemment, un marché très ouvert, le fait de dépendre de la Chine, en cas de crise, pour l'approvisionnement en pétrole, cela les embêtait et je pense qu'actuellement, si on va à Pékin, si on va au Palais du Peuple, et si on pose la question de sa voir si cela leur fait plaisir de voir les Etats-Unis dominer le Moyen-Orient et donc leur source future de pétrole, cela ne doit pas leur faire excessivement plaisir. Bien sûr, cela a été dit, quand tout va bien, c'est le marché, mais quand les choses vont un peu plus mal, le marché peut être quand même sérieusement distordu, voilà la question que je pose, mais je crois que la réponse a été donnée part l'un et par l'autre.

  

Doris LEBLOND - Oil & Gaz Journal

             Et bien, vous avez oublier une chose dans vos réserves, c'est la technologie. Parce que c'est à cause de la technologie qu'on peut repousser constamment la production et les réserves.

  

Général ROUSSEAU

             Pour répondre, quand vous parler de la place de la France, comment peut-on expliquer l'absence totale de la France dans la recherche, le forage et l'exploitation du pétrole au Tchad, pays francophone, un peu sous tutelle française, on n'a pas été absent, c'est un énorme point d'interrogation, y a-t-il une explication ?

  

Aymeric CHAUPRADE

             Je reviens sur l'idée du marché intégré, il est évident qu'en situation stable, les rapports sont tels qu'il y a une forte intégration, il y a possibilité d'accès pour tous. Evidemment, le type de raisonnement que j'ai développé se pose par rapport à des situation où, cela reste un sujet de débat, prenant en compte le rétrécissement de la ressources, et bien, les appétits seraient de plus en plus aiguisés et là, je ne peux pas ne pas imaginer que des Etats développent des stratégies pour s'assurer, pour leur propres consommation l'accès à la ressource. A partir du moment où il apparaîtrait de plus en plus évident qu'il n'y aurait pas une réponse possible pour tous, il est évident que certains pays auraient intérêts, logiquement, ce n'est pas, encore une fois, de la paranoïa que de développer cette idée qui me paraît de bon sens et, à ce moment-là, c'est là, précisément, que dans l'histoire ressurgit plus fortement que par ailleurs la notion de souveraineté, la notion de territoire. Si vraiment, aujourd'hui, le marché était intégré, et bien, il y aura un accès libre en Irak, par exemple, il n'y aurait pas de problèmes, or, on voit bien qu'il y a une guerre, il y a la question chiite, il y a des tas de questions identitaires qui viennent s'imbriquer avec la question de la ressource, alors, la question de la ressource ne doit pas être pensée de façon théorique dans un réseau intégré mondial, mais elle doit être insérée dans l'histoire, dans la réalité des affrontement identitaires des territoires, des contentieux territoriaux. On parlait des Spratley, il y a des contentieux entre 4 souveraineté sur cette question, dans l'éventualité de découverte pétrolière, mais il y a eu, cela s'est bien réglé, mais dans le Golfe de Guinée, il y avait des contentieux territoriaux entre les différentes pays, le Cameroun, le Nigéria, etc., il a fallu régler la délimitation. Au Maroc, par exemple, avec la question des territoires du Sud, comme il y a de la prospection offshore, il est évident que si le Maroc acceptait la possibilité d'une république Saraou (?) et indépendante et que tout à coup, on découvre du pétrole dans cette région, cela serait dommageable pour la Maroc, alors, tout de même la question de la souveraineté sur la ressource parce que chaque Etat tire déjà de la ressource elle-même, de l'exploitation de la ressources des deniers, et d'autre part, de s'assurer quand on est un grand pays et qu'on a une grande économie, qu'au moins, les pays qui disposent de ces ressources de la production puissent être des régimes alliers ou des régimes amis et non pas des régimes susceptibles de se tourner d'avantage vers d'autre pays. C'est simplement cette idée , qui me partait de bon sens, que je souhaite rappeler, ce n'est pas du tout la description d'un schéma paranoïaque où les Etats-Unis chercheraient à capter tout. Mais il me semble que l'histoire déroule devant nous la compétition des peuples, ce n'est pas nouveau et la compétition des peuples, c'est la compétition de la puissance, il y a un rang de puissance et c'est bien normal que chaque pays qui développe une économie cherche à s'assurer l'accès à son carburant.

  

Pierre NOËL

             Je voudrais essayer d'apporter des éléments de réponse à deux questions qui ont été posées.

            Sur la question du libellé des échanges du commerce international en pétrole. C'est un vieux serpent de mer, j'ai lu des articles qui ont 30 ans et qui soulevaient déjà cette question. En fait, je crois qu'il ne faut pas en surévaluer l'importance, il y a des exemples historiques de pays qui ont libellé leur pétrole dans des monnaies autres que le dollar, et notamment, des pays importants de l'OPEP qui, au moment où le dollar fluctuait beaucoup, pour se couvrir, en quelque sorte contre les risques de change, ont libellé leur pétrole dans une monnaie fictive, qui était en fait un panier de monnaie. Cela revient à cela. Si l'Arabie Saoudite libelle son pétrole euro, les acheteurs et l'Arabie Saoudite elle-même aura à se couvrir contre un risque de change. La question est dans quelle monnaie paye-t-elle ses importations, les exportations servent à payer des importations. Si l'Arabie Saoudite libelle son pétrole en euro mais qu'elle achète, pour l'essentiel ses produits manufacturés en dollar, alors, effectivement, elle devra se couvrir contre le risque de change. Si elle paye en euro, elle achètera en euro, elle achètera en euro si les firmes qui veulent lui vendre veulent bien lui vendre en euro, les firmes sont libres, dans le droit international privé, on est libre de définir la monnaie que l'on veut pour le contrat, mais il ne faut pas surestimer cette question-là. Le fait que les Etats-Unis payent leur pétrole en dollar et que le dollar soit leur monnaie est certainement quelque chose de pas tout à fait négligeable du point de vue de leur balance commerciale, leur balance des paiements plus exactement. Mais du point de vue énergétique, cela ne fait aucune différence de toute façon et d'autre part, il faut tout de même se rappeler que la valeurs des importations énergétiques américaines, tout compris, représente quelques % de la valeur des exportations américaines de produits manufacturés, quelques %. L'énergie, dans le commerce internaitonal des Etats-Unis, c'es très peu de chose, j'avais les chiffres en tête il y a peu de temps, mais je crois que c'est 3 %, donc il faut remettre les choses à leur place, ce n'est pas un facteur absolument décisif, ni pour les Etats-Unis, ni pour les autres, il y a un risque de change, on peut éventuellement se couvrir dessus en changeant de monnaie si une monnaie a des fluctuations trop fortes, on peut aussi se couvrir de manière totalement différentes sur les marché à terme ou des choses comme ça.

            L'autre question, c'est la France au Tchad, j'avoue à ma grande honte que je sais pas qui a la ou les concessions au Tchad. Si la compagnie française, puisqu'il n'y en a plus qu'une....

  

Aymeric CHAUPRADE

 .... les américains avec un oléoduc qui fait Tchad, Cameroun et qui débouche sur le Golfe de Guinée...

  

Général ROUSSEAU

 .... et qui tendrait à prouver une faiblesse de la France dans sa prospection et dans son projet énergétique.

  

Pierre NOËL

             Hummm... Non, si la compagnie française n'est pas au Tchad, c'est qu'elle estime qu'il n'y a pas de taux de rentabilité suffisant, qu'il y a trop de risques ou, éventuellement que trop de risques, éventuellement du risque politique, mais ce n'est pas pour moi une faiblesse de la France qu'il n'y ait pas de compagnie française qui explore au Tchad de toute façon, c'est un projet qui, rapporté au volume du marché pétrolier mondial est tout à fait négligeable.

  

Aymeric CHAUPRADE

             L'intervention de la France a joué sur le tracé de l'oléoduc, puisqu'il y a eu un détour par la zone francophone du Cameroun de 150 km, donc sur la question de l'acheminement des ressources. En revanche, c'est vrai que TOTAL a fait un calcul en partant du principe que l'offshore à terme, l'offshore en eau profonde, c'est plus rentable que le onshore qui est plus risqué du fait des conflits ethniques.

  

Amiral Jean BETERMIER

             On vient, là, de prononcer le terme d'oléoduc, alors, je sais que la plus grande partie des hydrocarbures, tout au moins du pétrole, est transportée par voie maritime, mais il n'empêche que de nombreux pays producteurs étant enclavés, le cas de l'Asie Centrale, par exemple, d'une certain manière, le cas de l'Irak, les oléoducs, jouent quand même dans cette économie du pétrole un rôle important. On a évoqué, au moment de l'affaire du soutien prétendu des Etats-Unis aux Talibans un grand projet de gazoducs à travers l'Afghanistan, par exemple. Je voudrais demander, un peu, dans les quelques minutes qui restent à Pierre NOËL, s'il pouvait nous dire quel rôles jouent les oléoducs, non seulement dans l'évacuation des hydrocarbures, mais dans les relations politiques, dans la géopolitique et dans la structuration des relations entre les Etats ?

  

Christophe PERS, Délégation aux Affaires Stratégiques

            Juste pour compléter ce qui disait Monsieur Pierre Noël, sur un point technique qui est celui de la création de monnaie en matière pétrolière. Il faut savoir que libeller en dollar ce qui disait Pierre Noël, n'a pas véritablement d'importance, en ce sens que pour le pays qui émet la monnaie, c'est à dire les Etats-Unis, plus vous émettez de dollars, appelés communément dans les années 70 les pétrodollars, plus vous créez des tensions inflationnistes. En fait, contrairement à l'idée reçue, si vous libellez en dollars, vous affaiblissez l'économie américaine puisque vous créez des tensions inflationnistes sur le marché américain en générant des pétrodollars fluctuants qui vont d'une place financière à une autre et qui donc affaiblissent le pays qui est l'émetteur d'origine. Ce n'est donc pas un facteur de puissance mais plutôt d'impuissance. Cela est démontré économiquement.

  

Orateur inconnu

             Nous sommes en 2003 et les problèmes qui nous intéressent sont ceux de l'avenir. Ce matin, nous avons retenu que finalement des énergies fossiles, il y en avait encore pour trente ans, avec d'ailleurs de sérieux problèmes d'approvisionnement et de dépendance pétrolière vis à vis du Moyen-Orient. Mais, que la contrainte que nous allions vivre au niveau mondial était liée au CO2 et à l'effet de serre. Or, je n'ai rien entendu cet après-midi de la politique américaine en matière d'effet de serre. Pourriez-vous nous apportez quelques lumières à ce sujet ?

 

Aymeric CHAUPRADE

 Je vais répondre sur l'effet de serre et les effets géopolitiques qui peuvent être attendus en général de cette question et de celle du changement climatique. Ce qui est dit, mais évidemment , ce sont devises sur l'avenir car on ne sait ce qui se passera, mais si changement climatique il y a , cela peut avoir une influence sur le niveau des océans et donc, cela signifie que comme à peu près de deux tiers de la population mondiale vit sur les littoraux, il y a des craintes de voir de grands bouleversements dans les années à venir au Bangladesh, etc. Il y a donc un effet géopolitique avec la crainte de grandes migrations humaines. Ce ne sont pour le moment que des hypothèses pour le moment.

 

Pierre NOËL

             Les oléoducs constituent essentiellement un problème gazier pour l'avenir. Les grands oléoducs transcontinentaux qui seront construits dans les décennies qui viennent seront des gazoducs. Pour construire une infrastructure qui coûte, pour les grands oléoducs, au minimum cinq milliards de dollars, et souvent beaucoup plus et qui traverse plusieurs pays, il existe également une contrainte politique extrêmement forte. Les investisseurs ne prennent ce risque énorme qui s'étend et se rentabilise sur des décennies, que quand le contexte politique est sûr et favorable. Pour moi, c'est l'un des enjeux qui pourrait contraindre le développement de l'offre gazière dans le monde. Les grands oléoducs qui vont et pourraient relier la Sibérie à la Chine, la Caspienne à la Chine, traverser une partie de l'Amérique Latine pour alimenter le Brésil à partir du gaz bolivien, pour la plupart restent des projets. Ceux qui alimentent l'Europe depuis la Russie posent certainement moins de problèmes. On peut penser aussi à l'augmentation significative des capacités des oléoducs entre la Maghreb et l'Europe. Si le climat des relations internationales continue de se dégrader ainsi, si les tensions continuent d'augmenter , il n'est pas certain que les investisseurs privés - qui sont au bout du compte ceux qui mettent l'argent sur la table, même si la Banque mondiale etc. apporte des sécurité - trouvent les conditions pour le faire. Encore une fois c'est un problème gazier.

 

            Sur l'effet de serre, je dirai un mot de la Chine et un des Etats-Unis. L'administration fédérale actuelle aux Etats-Unis a, c'est incontestable, une position extrêmement conservatrice sur ce problème. Je crois que certain responsables dans l'administration Bush, ne sont même pas convaincus qu'il y a un problème. D'autres le sont mais ne sont pas convaincus qu'il faille agir rapidement et d'ailleurs, beaucoup sont très sceptiques sur les objectifs fixés à Kyoto de présupposer d'une part, qu'il faut stabiliser les concentrations d'effet de serre dans l'atmosphère quel que soit le coût, cela c'est dès 1992, dès la convention sur le changement climatique de Rio, et d 'autre part, ensuite à Kyoto, qu'il faut commencer très vite et très fort. Beaucoup d'économiste des changements climatiques ne sont pas d'accord. Aux Etats-Unis, l'argument dominant est combien cela coût pour se couvrir contre quel risque ? et on ne peut répondre ni à la première question, ni à la seconde, donc, je suis assez pessimiste sur la capacité su Sénat américain à ratifier quelque traité que ce soit sur le changement climatique dans un horizon de temps, je dirais, à court ou moyen terme, mais en revanche, au niveau des Etats et au niveau de l'industrie américaine, cela bouge beaucoup, il y a des dizaine d'initiatives étatiques sur le changement climatique dont certaines sont, au moins, aussi ambitieuse que les plans qui sont annoncés par les pays européens dans le domaine, en Europe, il y a beaucoup de mots mais il y a assez peu de réduction d'émission, voire par du tout sauf dans les pays qui ont réduits pour d'autres raisons et donc, je crois qu'on ne doit pas désespérer de la capacité du système politique américain à bouger là-dessus mais cela prendra plus de temps que ça n'en a pris dans les pays européens par exemple. Sur la Chine, la problématique est complètement différente, vous avez vu les projections de demande énergétique en Chine, la problématique de la Chine sur ce dossier c'est, ne contraignez pas notre développement économique pour résoudre un problème qui a été créé par votre développement économique. Et ce problème, politiquement, je veux dire, il est extrêmement dur à résoudre, il va falloir trouver des formes d'incitation extrêmement fortes ou des technologies énergétiques nouvelles qui permettent de se passer de toutes, ou partie, des énergies fossiles, mais en tout cas, il faudra l'un ou l'autre pour inclure les gros pays en développement dans l'effort mondial de lutte contre les changements climatiques, c'est vrai pour la Chine, c'est vrai pour l'Inde aussi.

  

Aymeric CHAUPRADE

             Oui, Pierre NOËL, c'est assez curieux, parce que vous venez de reconnaître qu'il y a une politique de souveraineté américaine sur les gaz à effet de serre, et pourquoi il n'y aurait pas une politique de souveraineté pétrolière ? C'est assez curieux d'admettre la possibilité d'une politique de souveraineté sur la question de l'énergie des gaz à effet de serre de Kyoto et de ne pas admettre cette possibilité, cette éventualité, dans le domaine de l'énergie pétrolière, première remarque. Deuxième remarque, puisqu'on parlait des oléoducs sur la Chine, les Chinois, figurez-vous, qui sont assez ennuyés depuis la nouvelle donne afghane, avec la présence des Etats-Unis, puisqu'ils avaient précisément une envie de chercher des sources alternatives dans la Caspienne et qu'ils voient leur projet d'oléoducs un peu moins assuré, leur projet d'oléoducs vers la Mer Caspienne à travers l'Asie Centrale et l'Afghanistan en particulier, par la nouvelle donne russo-américaine puisqu'un partage d'influence, y compris dans la question pétrolière, depuis novembre 2001. C'est d'ailleurs pour cela que les Chinois avaient encourager le groupe de Shangaï, ils essayaient, en quelque sorte, de mettre en place un dispositif avec les Russes sur l'Asie Centrale pour l'accès à la ressource et ils sont très embêtés parce que l'idée du groupe de Shangaï, maintenant, n'est plus d'actualité, les Russes sont plutôt rapprochés des Américains sur la question de l'Asie Centrale, donc moi, je persiste et je signe, je dis qu'il y a des géopolitiques, enfin, il y a des stratégies géopolitiques de la part des différents Etats quant à la ressource pétrolière nonobstant le fait que le marché pétrolier présente des caractères d'intégration tout à fait indéniables.

  

Dominique MOÏSI

             Merci beaucoup, je vais essayer, en quelques minutes, très courtes, non pas de résumer le débat parce que cela n'a pas de sens, mais de faire la synthèse de la problématique quelle qu'on peut la percevoir.

            Il me semble qu'il y a deux dangers dans l'approche de la problématique énergie et relations internationale.

            Le premier danger, c'est d'éviter l'irénisme, il est évident qu'on doit intégrer l'égoïsme des Etats et la dimension d'appétit énergétique derrière leur politique.

            Le deuxième danger, c'est celui de sombrer dans un manichéisme simplificateur ou réducteur qui ferait de la cause pétrolière et du contrôle de l'énergie l'Alpha et l'Oméga de la politique d'une puissance.

            A partir de là, il y a trois points qui me paraissent importants.

            Le premier, c'est, effectivement, une situation de faits qui tient à la concentration excessive dans une partie du monde de trop de ressources énergétiques et de trop de passion humaine. C'est accident historique, c'est au Moyen-Orient au sens large, que se trouve concentrée la matrice des conflits à venir et l'énergie dont dépend l'humanité pour continuer à fonctionner. Alors, à partir de là, on peut envisager deux schémas, le premier consiste à réduire sa dépendance par rapport à cette région et c'est une question que les Américains devront se poser un jour, ils se rendront compte, peut-être, surtout après l'aventure irakienne, qu'il est peut-être moins coûteux de dépenser moins en matières énergétiques que d'envoyer des troupes dans telle ou telle partie du monde. Alors, il est vrai que ce n'est pas un schéma qui correspond à le sensibilité de l'administration actuelle, pouvoir circuler librement, pouvoir posséder une arme, cela fait parti, pour les Américains, des droits fondamentaux qui sont particulièrement mis en avant par cette administration. Mais le problème sera nécessairement posé d'autant plus quand l'égoïsme sacré des Américains qui les a conduit à se comporter comme ils l'ont fait à Kyoto et dans d'autres forums, les isole progressivement du reste du monde et ils se rendent compte du coût de cet isolement lorsqu'ils se trouvent confrontés à des crises comme la crise irakienne actuelle. Alors, réduite la dépendance, cela peut donc consister à dépenser moins, cela peut consister aussi à diversifier les sources d'approvisionnement et il est évident que le Président Poutine et les oligarques qui le soutiennent se promènent en Europe et aux Etats-Unis depuis deux ans, en disant de manière très ouverte, très forte : "vous avez une alternative, je vous propose une énergie chrétienne" et ils le disent presque dans ces termes : "il y a trop de passion là-bas, une bonne énergie orthodoxe c'est beaucoup plus sûr, on n'a peut-être pas assez de pétrole, mais on a du gaz naturel, venez nous voir, etc." Cela ne va pas jusqu'à une alliance stratégique avec les Etats-Unis et on l'a vu au cours des derniers jours, les Russes ayant mis diplomatiquement la question tchétchène derrière eux, n'ont plus tellement besoin de l'Amérique à très court terme et sont très heureux de pouvoir se refaire une virginité diplomatique en dénonçant l'Amérique comme ils ne l'on pas faits depuis longtemps avec une vraie rupture. Alors, je crois qu'au bout du compte, il y a deux impératifs, il faut, bien entendu, protéger la planète de l'égoïsme des Hommes et de leur aveuglement et c'est une préoccupation écologique qui, je crois, sera de plus en plus présente, elle est un peu mise entre parenthèses aujourd'hui, elle reviendra encore plus forte demain car elle correspond en réalité de la mondialisation et de la modernité. Et puis, il faut, à très court terme, protéger les Hommes de la folie des Hommes et cela est une autre question dont le pétrole n'est qu'un aspect tout à fait particulier, mais bien évidemment essentiel.

QUELLE POLITIQUE A LONG TERME POUR LA FRANCE ET L'EUROPE ?

 

SEM Francis GUTMANN, Président du Conseil Scientifique de la Défense

             Cette demi-journée ou quart de journée de cette journée consacrée à l'énergie, on a entendu beaucoup parlé, cette après-midi, en première partie de la politique américaine, si vous le permettez, on se bornera maintenant à parler d'une politique pour la France et pour l'Europe. On a entendu beaucoup aussi prononcer le mot géopolitique, cela doit être mon côté diplomate, je n'ai jamais très bien su ce qu'était la géopolitique et de toute façon, on va essayer, maintenant de prendre des choses beaucoup plus économique peut-être.

            Avant de passer la parole aux différents orateurs par ce que c'est eux qu'il faut écouter, je souhaite récapituler rapidement ce qui s'est dit depuis ce matin, ne serait-ce que pour camper le décor par rapport auquel nous avons ensuite à essayer d'esquisser une politique pour la France et une politique pour l'Europe.

            Alors, vous aurez l'impression, du moins je l'espère pour ceux qui étaient là dès le début, de déjà vu, mais si je veux récapituler ce qui s'est dit, je suis bien obligé de le faire.

            Alors, le premier point, les besoins énergétiques à l'échelle mondiale vont continuer d'augmenter, alors je ne sait pas si c'est de X %, Y %, ou Z %, ce qui est sût, c'est que malgré les efforts qui seront faits pour une meilleure maîtrise des consommations d'énergie, les besoins vont continuer d'augmenter à l'échelle mondiale.

            Deuxièmement, s'il est vrai qu'à partir d'un certain seuil de développement, la consommation d'énergie n'augmente pas proportionnellement au toux de croissance, il est de fait, quand même, que cette consommation va augmenter dans les pays les plus avancés, ce qui signifie que les Etats-Unis, l'Europe et le Japon seront eux-mêmes de plus en plus déficitaires.

            Mais, troisième point, et c'est cela l'élément vraiment nouveau, la consommation d'énergie dans les 10, 15, 20 ans qui viennent et au-delà, augmentera d'abord par le fait des pays émergeants. Est-ce que cela sera trois fois plus vite que pour les pays avancés ? Je ne vais pas entrer ici dans les discussions arithmétiques, le fait est là et c'est lui qui va profondément changé, peut-être, la structure du marché mondial à venir. Quand le parle de pays émergeants, il faut savoir que l'essentiel de cette augmentation sera le fait de trois pays, le Brésil, l'Inde et la Chine, mais pour en situer, je dirais, la marge de développement énergétique, je dirais que le Brésil consomme par tête d'habitants trois fois moins qu'en Union Européenne, cela n'est le cas, que la Chine consomme six fois moins et que l'Inde consomme quinze fois moins, vous voyez dons la marge qui existe.

            Ce qui résulte, en tout cas, de tout cela, c'est que les besoins énergétiques ne cessent d'augmenter et ils vont augmenter d'abord pour les hydrocarbures, cela a été bien montré depuis ce matin, d'où, premier question, existe-t-il pour l'avenir et le grand avenir des réserves suffisantes et, bien entendu, à un coût qui soit économiquement acceptable ?

            Seconde question, existe-t-il d'autres énergies que les hydrocarbures qui puissent largement jouer leur rôle dans cette palette énergétique ?

            Troisième question, comment peut-on, malgré tout, essayer de mieux maîtriser le développement des besoins énergétiques sans léser les PVD et en continuant d'essayer de remédier à cette pauvreté énergétique dont Olivier APPERT nous parlait ce matin ?

            Et puis, dernier point, comment mieux prévenir la dégradation de notre environnement étant rappelé qu'il n'y a pas de développement sans énergie mais qu'il n'y a pas d'énergie sans pollution ?

            Alors, cela a été un point longuement discuté ce matin, quid des réserves d'hydrocarbures. Alors, ces réserves, pour l'avenir, existent, il y a eu un débat, mais elles existent et pour de longues années. D'abord, parce qu'elles existent en elles-mêmes, même si les évaluations peuvent être parfois, plus ou moins gonflées pour des raisons politiques. Elles existent aussi de par un progrès technique considérable, je voudrais simplement rappeler Michel VALAIS le faisait je crois ce matin, qu'il y a encore un dizaine d'années, en offshore, on forait à moins 200, moins 300 mètres, aujourd'hui, on est à moins 2000 mètres. Je rappelle aussi que, dans les puits, on récupérait environ seulement 25 % de l'huile qui s'y trouvait, maintenant on en est à au moins 35 %, tout ceci montre qu'il y a devant nous encore, de belles perspectives énergétiques. Mais, deuxièmement, si les réserves d'hydrocarbures sont importantes, et c'est un point sur lequel il a été souvent souligné ce matin, la répartition géographique est totalement déséquilibrée et les évolutions de besoins que je mentionnais tout à k'heure ne peuvent qu'aggraver ces déséquilibres, si je rappelle, par exemple, que la Chine ou l'Inde sont elles-mêmes très largement déficitaires en hydrocarbures. Alors, de tout cela résulte évidemment, de nombreux problèmes de transport, de commerce international et puis, je les mentionnerai rapidement, de dépendance.

            Alors, on a beaucoup mentionné les autres énergies, pour leur valeur en soi ou pour limiter un peu les besoin en hydrocarbures, elles ont un caractéristique commune et qui est un élément positif, elles ne présentent pas les mêmes déséquilibres géographiques entre producteurs et consommateurs que les hydrocarbures, mais elles ont leurs inconvénients. On a montré que quelques soient les voeux pieux ou pas pour le développement des énergies renouvelables, celles-ci, quantitativement, resteront limitées sur les 20 ou 30, ans à venir. Le charbon est extrêmement sympathique, il a une nouvelle jeunesse, mais il conserve sa pollution, le progrès technique peut progressivement atténué, tout de même, ce handicap. Et puis, il y a le nucléaire qui a l'avantage de limiter les risques de dépendance, parce que l'uranium est quand même largement réparti dans le monde, qui a l'avantage de ne pas contribué à l'effet de serre, mais qui a l'inconvénient d'être mal perçu par l'opinion, en général, mal éduquée, mal formée, nous avons tous une responsabilité à ce sujet et puis, il y a encore des progrès techniques à faire en matière de nucléaire.

            Alors, il n'y pas d'énergie miracle et Christian STOFFAES, je crois, a bien montré qu'il faut raisonner la gestion de l'énergie à partir de critères multiples. J'ajouterais qu'il n'y pas de schéma type, un mixtype valable tous les pays, la Chine a beaucoup de charbon, tout le monde n'a pas beaucoup de charbon, mais le charbon serait l'un des éléments importants du développement énergétique de la Chine, le Brésil fait largement recours à l'omiobaste (?) mais tout le monde n'a pas les forêts du Brésil, etc.

            Un deuxième élément qu'il faut avoir à l'esprit, c'est que les coûts de l'énergie n'ont pas la même signification suivant tous les usages, il faut savoir ce que représente l'énergie dans le prix de revient d'un produit fini, et puis, il y a d'autres éléments, je ne veux pas prolonger mais ceci nous amène, si vous voulez, à nous demander quels sont les problèmes majeures par lesquels il faut se situer en définissant une politique qu'elle soit française ou européenne. Alors, on a beaucoup parlé des problèmes de sécurité, très liés, à une plus ou moins grande dépendance des consommateurs par rapport aux producteurs. Moi, je voudrais d'abord souligner un point, à les yeux, essentiel, il peut y avoir pour telle ou telle énergie des négoces, des marché spot et autres, mais une politique de l'énergie est nécessairement une politique à long terme, cela ne s'improvise pas, ne serait-ce par ce que les investissements nécessaires sont lourds et que plus il y aura d'insécurité dans les approvisionnements et de concurrence entre les consommateurs, quelque soit l'augmentation de l'offre, il faudra avoir une politique à long terme. Un autre élément, c'est, qu'évidemment, on l'a beaucoup dit ce matin, pour se prémunir contre cette dépendance, il faut diversifier les formes d'énergie, les sources géographiques d'énergie, les voies de transformation, de transport, il faut essayer de développer le dialogue entre producteurs et consommateurs et de ce point de vue, la situation a complètement changé depuis une quinzaine d'années par rapport à celle qui existait il y a 30 ans, plus il y aura d'intérêts liés entre des producteurs et des consommateur, mieux, quand même, la sécurité ou plutôt l'insécurité, sera réduite.

            Mais, je voudrais, en conclusion de ce long préambule, dire qu'au fond, la sécurité, c'est une notion qui doit se voir de différents aspects. Il y a l'insécurité économique qui n'est pas uniquement celle dérivant de la dépendance. On a dit à un moment ce matin qu'il faut très peu de variation, 2 ou 3 % de brut pour que les prix montent ou s'effondrent et ces à-coups sont un des éléments grave pour la sécurité ou l'approvisionnement ou si vous préférez les conséquences sur une situation économique d'un pays de l'approvisionnement énergétique. J'ai dit l'intérêt, aussi, qu'il y avait, si vous voulez ,à lier les intérêts mais je voudrais dire qu'il y a aussi la nécessité de pouvoir financer des investissements et cela est un point majeur. Tout à l'heure on a dit : "Mais il n'y a pas assez de production", il n'y en a pas assez par ce que pendant de longues années, le prix du pétrole, et par voie de corollaire celui du gaz n'ont pas été suffisamment élevés pour que soit lancé, avec l'ampleur et la continuité nécessaire les forages, les explorations et, finalement, les investissements nécessaires. Ne nous leurrons pas, un pétrole qui serait trop bas dans l'immédiat, c'est préparer, surtout avec l'augmentation des besoins énergétiques dans le monde, demain sinon des déficits du moins des hausses de prix qui nous seraient très préjudiciables.

            Il y a l'insécurité environnementale, également, on en a beaucoup parlé dans la journée, je voudrais simplement dire que Kyoto n'est pas, non plus, une panacée, même si les Etats-Unis venaient à résipiscence. Kyoto a un coût, Kyoto diminuera peut-être de quelques points l'effet de serre mais cela n'est pas suffisant, non seulement il s'agit d'entreprendre une action sur le long terme, mais en plus, Kyoto ne dispense pas de recherche techniques sui ont déjà eu lieu en France, aux Etats-Unis, ailleurs pour essayer de piéger le CO2, dès sa production. Donc, gardons-nous, pour l'environnement, de nous engager dans des débats trop idéologiques ou théoriques, il y a là des problèmes très précis techniques et économiques qu'il faut prendre en compte.

            Et puis, oui, il y a l'insécurité mondiale, on en a beaucoup parlé, je dirais, cette insécurité dans les pays producteurs qu'on a beaucoup mentionné, mais je dirais qu'il n'est qu'un élément d'un non ordre mondial auquel il faut bien nous habituer, l'insécurité pétrolière ou l'insécurité énergétique peut venir de l'instabilité mondiale elle peut aussi en être une des composantes.

            Voilà ce que je voulais dire en introduction et un peu en résumé aussi de ce qui s'était dit avant. Si vous me le permettez, maintenant, je voudrais demander à M. Schlumberger de nous dire, dans son premier exposé, quelles sont les précautions à prendre d'abord pour limiter les dégâts éventuels ?

  

Guillaume SCHLUMBERGER, Adjoint au Directeur de la DAS

             D'abord, je suis probablement un des rares orateurs à n'être ni un spécialiste de l'énergie ni un spécialiste de l'environnement et à ce titre, j'était tout à fait fasciné par les débats de ce matin et cette après-midi parce que, et peut-être que dans mon ministère nous ne prenons pas suffisamment en compte les volets énergétiques dans nos réflexions en revanche, je crois qu'il faut prendre garde d'éviter de réduire l'ensemble des questions stratégiques aux questions d'environnement.

            Deuxième point, nous nous intéressons, certes, aux questions énergétiques ou environnementales, mais la question qui nous intéresse encore plus c'est le next what (?), avec, malheureusement, une vision plutôt pathologique qu'optimiste puisque nous avons à être prêt au pire des scénarios. Et donc, évidemment, je m'exprimerai à titre personnel.

            Un autre point qui m'a frappé ce matin et cette après-midi, c'est que nous avons beaucoup parlé des Etats-Unis, de la Chine et d'autres grands pays, mais alors, côté européen, je n'ai pas souvent entendu citer l'Europe comme un acteur puissant, déterminant et existant sur ce domaine, mais nous avons un représentant que Bruxelles qui pourra peut-être nous éclairer.

            Donc, à travers mon propos sur les thèmes des stocks et des réserves stratégiques, j'essayerai de toucher des questions du type européen, Etats-Unis, les diversifications des acteurs et puis, un certain nombre de réflexions sur la diversité aussi des positions européenne.

 

            Les réserves stratégiques, tout d'abord, ce n'est pas une idée nouvelle. On en trouve des premières traces en 1911, côté britannique, liés essentiellement à la stratégie navale, quelques paroles de Clemenceau en 1917 sur le sang des bataille et l'essence et la production de loi après guerre. Si on se projette 50 ans plus tard, nous avons eu Suez avec une baisse des approvisionnements pétroliers de 11 % de la consommation mondiale, en 1967 une grande perturbation aussi dans les approvisionnements, puis en 1973 le triplement des prix. Donc, nous voyons au fil des années des réflexions du type militaire ou stratégique devenir de plus en plus en concurrence avec des réflexions de nature économique, soit en terme de sécurité et d'approvisionnement ou de prix et nous allons retrouver cette ambivalence tout au long de cette présentation.

            Pour évaluer les dépendances européennes, je vais noter deux aspects dépendance, dépendance économique, dépendance stratégique. Beaucoup de choses ont été dites ce matin, donc je vais essayé d'être rapide. Plutôt que de reprendre les chiffres, il me semble qu'au plan européen, nous sommes caractérisés par une grande diversité de notre exposition. Des pays comme l'Espagne ou l'Italie grande dépendance avec un intérêt fort pour le gaz algérien en ce moment, le France nucléaire, le Royaume-Uni des réserves nationales et l'Allemagne aujourd'hui avec en point d'interrogation avec les hésitations sur le programme nucléaire ou une histoire du charbon. Le résultat étant qu'aujourd'hui peu, voire aucune, coordination entre les membres de l'Union européenne sur les stockages et les approvisionnements. Bien entendu, au sein du ministère de la Défense, nous sommes très sensibles aux aspects de liberté de commerce et de fragilité de ces points. L'importance des détroits est un élément bien connu, le détroit d'Ormouz (?) nous l'avons vécu il y a quelques années lors de la guerre Iran / Irak avec les problèmes de minages, de convois et de menace dessus, tout à l'heure a été citée l'arrivée de la Chine comme acteur nouveau ainsi que de l'Inde et nous allons retrouver des flux particulièrement importants et sensibles dans les équilibres.

            Pour mémoire, la localisation des réserves pétrolières qui ont été largement débattue et donc une illustration des différents échanges pétroliers sachant que, si je comprends bien, le trafic représente à peu près 60 % des enlèvements et donc une véritable dépendance. J'ajoute qu'un pays n'a pas été cité, me semble-t-il, ce matin qui est l'Iran, grand pays s'il en est en terme de pétrole mais surtout de gaz, grand pays aussi sur lequel la Chine intervient, grand pays enfin dans le dialogue entre les pays locaux et les Etats-Unis.

            Pour revenir aux stocks stratégiques, quels sont les critères de décision pour la création de ce type d'outils ? D'une part, la dépendance extérieure, bous avons, par exemple, les Britanniques qui ont, eux-mêmes, des réserves nationales qui n'ont aucun ou peu d'intérêts en matière de réserves stratégiques. Des réserves stratégiques qui peuvent servir à plusieurs éléments et on va le voir sur l'exemple américain, soit en terme de régulation des coûts et énergie et enfin, nous sommes un ministère dépensier, donc nous nous intéressons beaucoup aux aspects coût et s'il y a des risques, il y a des coûts pour y prévenir donc il faut les avoir en tête lors des investissements et du fonctionnement. Donc, là, c'est un petit schéma puisque, pour appeler le caractère technique de l'ensemble de ces sujets, le stockages dans des grottes dans le sel, un point important, il faut faire tourner les réserves pour éviter que le carburant ne se dégrade et enfin, il faut mieux, effectivement, définir une politique nationale de stockage et de déstockage. Le système américain, grand pays libéral, est néanmoins un système fédéral financé sur crédit public qui est utilisé en terme de déstockage au moment de crise plutôt sur les prix, donc en 1991 et 2000 avec un effet, probablement, plus psychologique que réel; Il est probable que les compagnies pétrolières ont bénéficié de ces vents de façon très importante économiquement. 4 sites, il n'y a pas aujourd'hui d'exposé du Ministère de la Défense en des vues aérienne, rassurez-vous, nous n'avons pas de plan de targetting (?) sur cette installation mais on voit des stockages aériens et puis les entrées des stockages souterrains. Les réserves américaines, sur les exigences de l'AIE, normalement, chaque pays devrait avoir, en gros, 90 jours de consommation, l'un des intérêts de cette courbe c'est que vous voyez qu'il y a un pic vers les années 85 et puis un effort constant de réduction des coûts en réduisant le nombre de jours stockés stabilisé aujourd'hui autour de 50 jours. Parallèlement, les capacités de stockage ont augmenté et vous voyez qu'il y a une margé réelle en terme de stockage côté américain.

            Les coûts. 3 milliards de dollars d'investissement et près de 200 millions de dollars de coûts de fonctionnement chaque année. Donc, un coût, certes, marginal par rapport au coût d'une guerre sur l'Irak, néanmoins important en terme de prime d'assurance.

 

            Point intéressant, d'autres pays ont annoncé qu'ils souhaitaient mettre en place ce type de système et vous voyez, comme par hasard, ce sont des pays plutôt asiatiques, l'Inde, la Chine, la Corée du Sud, le Japon ayant un système de redevance et donc, c'est un signe, probablement, d'une grande anxiété de ces pays par rapport à leur dépendance vis à vis des crises d'approvisionnement énergétiques. Cas français, nous avons un système i un peu différent en France où nous demandons aux opérateurs de bien vouloir, finalement, soutenir un stock tampon nous permettant d'avoir 95 jours de consommation intérieure et le volet mis en oeuvre du déstockage est décidé, au cas par cas, mais dès lors qu'il y a une rupture de 7 % dans les approvisionnements. Ces capacités de stockage existent donc chez nos opérateurs, vous avez quelques chiffres, ils sont répartis sur l'ensemble du territoire, quelques coûts, une seule conclusion, nous avons un système qui a un coût allant d'un rapport 1 à 10 ou 1 à 5 par rapport au système américain. Donc, côté finances publiques, j'aurais tendance à dire que notre système est tout à fait intéressant par rapport au système américain.

            Quant aux armées françaises, petits consommateurs en volume par rapport au marché national, nous avons nos propres systèmes qui semblent être aussi performants puisque je vous rappelle que dans un certain nombre d'opérations en coalition, nous sommes une nation cadre en matière de soutien d'hydrocarbures.

            L'Europe, et bien la Commission européenne, à la fin de l'année, a fait une proposition sur le thème chaque pays a son propre système, nous devrions, comme grande entité, développer une réelle politique d'assurance en terme de stock stratégique, les financer, les gérer ensemble. La diversité des positions et la fragmentation européenne que je vous signalait s'est traduite, finalement, par une assez grande, voire totale, indifférence sur cette proposition.

            En conclusion, je crois que nous avons un outil qui, certes, était hérité de l'histoire, qui représente un intérêt réel, néanmoins, se sont des stocks qui resteront limités et donc nous avons un outil qui ne pourra, de toute façon, jamais faire face à une rupture majeure des approvisionnements énergétiques. Je crois que je partage une conclusion qui a été donnée ce matin ou cette après-midi, sur la diversité des sources d'approvisionnements comme moyen, beaucoup plus efficace de réduire les effets de notre dépendance.

 

            Sur les coûts, les stocks stratégiques, comme je vous l'ai montré rapidement, ont un coût important, assumer par le gouvernement fédéral aux Etats-Unis. Si nous souhaitons avoir une vision européenne et non plus des visions d'européens, nous avons à faire face à un certain nombre de questions difficiles, qui doit assumer le coût, comment, quelle solidarité ? Aujourd'hui, nous avons un système de gestion de stocks national qui allie flexibilité et coût limité et, par conséquent, je crois ne pas trahir la pensée des autorités compétentes pour dire qu'elles donnent une satisfaction certaine. Donc, nous avons à travers cet exemple concret et limité sur un volet de solution à notre dépendance énergétique, à la fois les leçons de l'histoire mais aussi, me semble-t-il, les limites aujourd'hui de l'Europe face à un défi auquel l'ensemble des pays européens doit faire face.

  

SEM Francis GUTMANN

             L'énergie n'est pas seulement une source possible de friction, je dirais qu'un partenariat énergétique peut aussi venir étayer une relation politique, et maintenant, M. Nesterov va nous parler de la relation et du partenariat énergétique entre la Russie et l'Union européenne. M. Nesterov s'exprimera en anglais.

  

Valery NESTEROV, Analyste Troïka Dialog - Moscou

             Il existe de nombreuses incertitudes quant aux partenariats futurs sur les questions d'énergie, car nombreux sont ceux qui considèrent que les parts des pays du Moyen-Orient et de l'OPEP dans la production du pétrole mondiale, devraient augmenter de 55 et 40 % dans les années à venir.

Je serai en désaccord avec M. Daniel Jurgen (?) Directeur du Cambridge Research Associates qui affirme que la Russie, combinée à la région caspienne, pourrait produire la même quantité de pétrole que le Moyen-Orient.

La Russie aurait donc un réel futur dans ce domaine et je vais chercher à vous en convaincre.

 

Tout d'abord, je dois attirer votre attention sur le fait que cette coopération est le corps de la coopération entre l'UE et la Russie. Cette dernière a commencé après la signature d'un accord plus général en 1994 et a été lancée lors du 6ème Sommet Europe / Russie de Paris en 2000.

Pourquoi un partenariat entre l'Europe et la Russie est-il nécessaire ?

L'Europe a toujours été, historiquement, une source d'inspiration pour la Russie. De plus, nous partageons la même vision d'un monde multipolaire. Pour l'UE, la Russie est traditionnellement un acteur important dans l'équilibre des pouvoirs en Europe et la stabilité politique depuis Napoléon. Nous partageons aussi de grandes frontières communes, surtout depuis l'élargissement aux pays de l'Est, comme la Pologne, les Pays Baltes, etc. Il existe donc, géopolitiquement, une réelle nécessité de coopération étroite.

Par ailleurs, pour la Russie, l'UE est une puissance économique située à sa porte. C'est l'un des principaux partenaires économiques et pourvoyeur d'assistance technique et économique de la Russie. A l'inverse, la Russie, est le 6ème partenaire économique de l'UE et représente une très importante source d'approvisionnement en énergie. En effet, 1/4 des besoins en gaz et 1/6 des besoins en pétrole de l'UE, sont assurés par la Russie.

 

La Russie désire davantage approvisionner l'Europe, en pétrole, dans les années à venir. C'est une bonne nouvelle pour l'UE ! La structure de l'économie russe est basée sur      30 % de sa production industrielle. L'année dernière, la Russie a retiré plus de 50 milliards de dollars de revenus pétroliers et gaziers par ses ventes à l'Europe. L'industrie du pétrole est le secteur le plus dynamique en Russie. C'est la raison pour laquelle de nombreux experts ont dit récemment qu'il existaient d'importantes recherches menées actuellement dans le domaine des rendements de l'industrie pétrolière russe. Ces derniers ont augmenté de 25 % au cours des trois dernières années. D'autres, disent que les champs pétrolifères russes tiennent du miracle car ils étaient auparavant considérés comme en voie d'épuisement. Or, de nombreuses compagnies ont augmenté leurs productions de 30 % par an. Pour vous donner quelques chiffres, la production des gisements russes est aujourd'hui de 380 millions de tonnes et devrait atteindre les 450 millions de tonnes en 2005.

Parallèlement, la consommation domestique en Russie demeurera stable. La Russie dépense 3 à 4 fois plus d'énergie par unité de PNB que les autres pays industrialisés. Ainsi, un potentiel très important d'économie d'énergie existe en Russie. Ceci représentera une source additionnelle dans les futures exportations de pétrole et de gaz de la Russie.

 

La Russie est le deuxième plus gros producteur et exportateur de pétrole dans le monde après l'Arabie Saoudite. L'année dernière, la Russie a vendu 190 millions de tonnes de pétrole, soit 20 % supplémentaires. Les produits russes à l'export ont également augmenté de 20 %, atteignant ainsi les 90 millions de tonnes, ce qui représente un progrès substantiel. La production russe devrait atteindre les 575 millions de tonnes d'ici 2010 et les 2/3 de pétrole brut additionnel seront exportés. Ainsi, les exportations de pétrole devraient augmenter de    50 % dans les années à venir. Il existe de nombreux projets pour augmenter les rendements russes. Le gouvernement et les compagnies russes, avec l'aide de l'AIE, ont envisagé de nombreux scénarii et planifications qui mèneront à d'importantes discussions.

Des plans ont été élaborés, aussi, pour dynamiser la production de gaz naturel à partir des gisements russes. La production totale de gaz par les grandes compagnies et les producteurs indépendants augmentera également.

Des plans très importants ont été étudiés, relatifs à la conquête de nouveaux marchés. La Russie veut transporter d'énormes quantités de pétrole (de 50 à 100 millions de tonnes) vers les Etats-Unis, la Chine et les pays du Pacifique, mais aussi et surtout vers l'Europe d'ici 2010.

 

Cependant, la Russie ne dispose pas, aujourd'hui, de capacités à l'export suffisantes. Celles existantes sont déjà utilisées à 100 %. Il existe donc en de nombreux domaines d'importants goulets d'étranglement. Récemment, les compagnies ruses ont même été forcées d'interrompre, provisoirement, leurs productions. Il existe, pourtant, de nombreux outils pour dynamiser les exportations russes. Un projet de construction d'un pipeline, susceptible de permettre l'exportation de 100 millions de tonnes de pétrole brut vers les Etats-Unis, via Mourmansk, est en cours d'étude, tout comme celui d'un autre via l'Extrême-Orient, à destination du Japon. Ces derniers jours, le gouvernement a pris la décision détendre le système de pipelines de la Baltique et d'augmenter les capacités des pipelines du Nord vers l'Europe. Ce qui devrait se traduire par une augmentation de 30 millions de tonnes de pétrole brut par an en capacité d'export, soit 25 % supplémentaires, dont 80 % pour l'Europe seule.

 

L'UE a-t-elle besoin du pétrole russe ?

Les approvisionnements de l'Allemagne, des Pays-Bas, de la Finlande et de l'Italie sont déjà assurés, de manière substantielle, par la Russie. Ces derniers sont particulièrement à la mode aujourd'hui car ils sont sécurisés.

La demande européenne devrait augmenter d'environ 1 % par an, jusqu'à 2010. Or, par ailleurs, la production anglaise en Mer du Nord, devrait décliner rapidement. L'Europe produira donc moins et l'écart entre la demande et la production devrait s'accroître selon l'AIE. Ainsi, l'UE pourra, soit acheter davantage de pétrole au Moyen-Orient, sachant que les approvisionnements dépendent de l'évolution de la situation dans cette zone particulièrement insécurisée, soit s'approvisionner auprès de la Russie. Pourquoi ne pas favoriser cette deuxième solution, surtout si les prix sont intéressants ?

 

Pour ce qui concerne la gaz, la Russie est un super géant puisqu'elle dispose de 40 % des réserves mondiales. Le plus grand exportateur au monde, Gazprom, détient le monopole d'état en Russie. Il gère donc 100 % des exportations. Le potentiel russe en gaz reste très élevé. A noter, aussi, que l'approvisionnement de l'Europe en gaz russe, durant ces 25 dernières années, n'a jamais rencontré de problèmes. Gazprom a toujours été très rigoureux quant au respect des termes des contrats d'exportation. Le portefeuille 2020 prévoit des transports à destination de l'UE de 200 milliards de m³ de gaz naturel pour une valeur de     250 milliards de dollars. Cette compagnie est en mesure de prévoir déjà des contrats stipulant même l'augmentation de 130 à 180 milliards de m³ entre aujourd'hui et 2008.

La Russie devrait également réaliser des économies d'énergie, malgré l'intensité spécifique de la consommation russe, en faisait appel, notamment, à des énergies de substitution. Ainsi, plus de gaz sera libéré pour l'export.

 

L'UE a-t-elle besoin du gaz russe ?

La réponse est, à nouveau, positive. En 2020, l'UE devrait importer 70 % de ses besoins, 40 % pourrait provenir de la Russie. La part de la Russie sur le marché européen du gaz restera de 25 % dans les 10 à 25 ans à venir, sachant que les besoins de l'UE vont augmenter. l'AIE a, en effet, souligné que la consommation européenne en gaz naturel devrait s'accroître rapidement. La dépendance de l'UE en termes d'importation devrait croître de 36 % à 53 % en 2030.

 

Ainsi, il existe de nombreux domaines et objectifs de partenariats entre l'UE et la Russie. Le but final est mutuellement de faciliter les termes du traitement du gaz russe. Nous assistons à une amélioration de la base légale en Russie pour le transport, la finalisation des accords de production commune, l'implantation de mécanismes susceptibles d'attirer les investissements et la garantie d'une sécurité légale et physique des approvisionnements. Ce dernier point est particulièrement important. En effet, la système de transport du gaz en Ukraine est obsolète et les pipelines sont usés, avec des risques de fuites. Ainsi, il existe un réel besoin de coopération technique et d'investissement entre les parties concernées. La Russie et l'Ukraine sont intéressées, mais l'UE aussi.

A court terme, certains projets majeurs ne pourraient être entrepris par la Russie sans l'aide de l'UE, comme ceux des champs off shore, les pipelines transeuropéens du nord de l'Europe. Des décisions stratégiques doivent être prises.

Mais il existe d'autres domaines de coopération. La Russie a notamment besoin de l'aide européenne sur la question de son utilisation de son utilisation, de sa consommation et de la recherche d'économie d'énergie pour mettre en oeuvre de tels programmes dans trois régions russes. Si l'expérience se révélait positive, elle pourrait être étendue.

Sur le plus long terme, une coopération peut être, également, prometteuse dans les domaines de la valorisation des investissements, des schémas de garanties, de la recherche relative à l'énergie, de la protection de l'environnement, de la vente de matériaux nucléaire, etc.

 

D'ores et déjà, le dialogue sur l'énergie a mené au développement de nombreuses réformes en Russie, proches de celles que vous avez menées en Europe. Par exemple, récemment, la Douma, inspirée par les réalisations européennes, a pris un certain nombre de décisions dans le domaines pétrolier. Cependant, même si elles sont attendues, les réformes n'ont pas encore eues lieu dans le secteur gazier.

Il existe également une bonne compréhension entre l'UE et la Russie pour ce qui concerne la préservation de contrats de long terme. Ceci est très important pour Gazprom car cela permet à cette compagnie d'être sûre qu'elle trouvera des acquéreurs en Europe. Les experts européens ont, également, rassuré Gazprom vis à vis de possibles restrictions en matière d'importation de gaz. Aujourd'hui, les gisements de Gazprom sont plus sécurisés. Ceci permet d'envisager des perspectives à long terme et de garantir ses approvisionnements à destination de l'Europe. Ce processus est donc mutuel.

 

Les besoins d'investissement dans notre pays ont été démontrés. Ils peuvent être discutés, cependant, le contexte a changé au niveau européen. En effet, certaines compagnies européennes sont passées aux mains des Américains, comme la British Oil et TotalFinaElf. Tout le pétrole risque de devenir américain. British Petroleum a investi près de 7 milliards de dollars pour acheter 50 % des compagnies russes et TotalFinaElf désire également investir environ 2,5 milliards de dollars pour développer d'autres champs pétroliers russes en concurrence avec des compagnies russes. Cependant, j'ai remarqué que les représentants de nombreuses compagnies d'investissements arrivaient aux portes de banques russes d'investissement pour demander des conseils, comme par exemple : où faut-il mettre de l'argent dans le secteur pétrolier russe. Car cela devient attractif.

 

            Un département de l'énergie a été inauguré à Moscou et de nombreux progrès ont été effectués dans bien des domaines. Cependant, il existe donc de nombreux goulets d'étranglement liés à cette période de transition et de réforme dans laquelle se trouve la Russie aujourd'hui. Le pays doit faire face à une longue liste de problèmes qui n'ont pas encore été ratifiés dans le traité - la charte n'est pas finalisée - comme : les régimes de licences, les accords PC, l'inexistence de pipelines privés et le fait qu'une nouvelle stratégie énergétique n'ait pas été encore adoptée. Je pourrais énumérer tous ces problèmes, cependant, je préfère me pencher, aujourd'hui, plutôt sur l'un d'entre eux qui, je le pense, mérite notre attention. Le dialogue sur l'énergie entre l'UE et la Russie est mutuellement bénéficiaire. D'une certaine manière, c'est un investissement pour les deux côtés.

La coopération en matière d'énergie est de l'intérêt politique et économique en Russie. Elle apportera aussi de nombreux investissements, plus de production, des transports plus sécurisés et une utilisation plus rationnelle de l'énergie en Russie. Cette dernière libérera de l'énergie pour l'export vers l'UE.

De l'autre côté, l'augmentation des ravitaillements en énergie russes, restera une base solide pour un développement économique réussi dans une Europe élargie. Enfin, le renforcement de cette coopération jettera les bases solides d'un rapprochement économique et politique entre l'UE et la Russie.

  

Helmut SCHMITT VON SYDOW, Directeur pour les énergies conventionnelles, Direction Générale de l'Energie et des Transports - Bruxelles

             Monsieur le Président, permettez-moi de commencer avec une remarque personnelle, presque sentimentale, parce que chaque fois qu'à la Commission européenne à Bruxelles, je suis nommé dans un nouveau service, chargé d'une nouvelle tâche importante, l'Ecole Militaire m'invite à Paris, à un colloque, c'est une pure coïncidence mais chaque fois, cela m'a porté bonheur, donc je vous remercie beaucoup de votre invitation. il y a 7 ans, lorsque j'ai commencé la politique industrielle, l'industrie lourde, les biens d'investissement, l'Ecole Militaire m'a invité à un colloque consacré à l'industrie liée à la défense et nous avons creusé l'idée qu'il fallait une approche intégrée à ces problèmes et qu'il ne fallait pas séparer l'approche militaire et l'approche compétitivité industrielle et que ces deux aspects étaient les deux côtés de la même médaille et qu'il fallait arrivé à une approche commune et que les problèmes de l'un, si cela ne marchait pas d'un côté, cela gênait aussi de l'autre, pas seulement dans le domaine de bien à double usage, pas seulement pour les entreprises qui sont directement concernées comme l'aéronautique, la maritime, le spatial, l'industrie des satellites, mais aussi pour tout le reste de la compétitivité industrielle parce que celui qui contrôle les satellites a aussi un contrôle sur la matière première de la société d'information donc pour l'industrie toute entière. J'ai appris, à ce colloque-là, qu'il fallait en Europe, pas seulement surmonter et éliminer les barrières mentales et juridiques entre 15 Etats membres, mais qu'il fallait aussi éliminer les frontières juridiques et mentales entre les civils et les militaires.

            Maintenant, il y a 4 semaines, je viens d'être nommé à la Direction Générale de transport énergie donc, pour l'énergie et, de nouveau, vous m'inviter, gentiment, d'ailleurs, je devrais plutôt être assis parmi les stagiaires plutôt qu'à cette table prestigieuse et je constate avec plaisir que, de nouveau, dans le domaine de l'énergie, la partie économique, d'une part et la partie politique, militaire d'autre part sont des deux côtés de la même médaille. Le dénominateur commun est la gestion des risques, ce qu'il faut développer c'est une politique, une philosophie, une culture de gestion des risques. Il y a des risques physiques, des accidents, des crimes contre des installations de l'énergie ; il y a les risques économiques, les prix volatils du pétrole ont été mentionnés ; il y a les risques environnementaux, les tempêtes, les accidents des pétroliers, la recherche de combustibles moins polluants ; il y a des risques sociaux, des grèves comme au Vénézuela et bien sûr, les risques géopolitiques qui sont à la base de ces colloques. Tous ces risques sont liés les uns aux autres, les risques physiques et les risques économiques sont liés, s'il y a une attaque terroristes contre une centrale nucléaire, s'il y a un naufrage d'un bateau transportant du pétrole on a tout de suite en conséquence un problème d'approvisionnement et d'autre part, si on assure un approvisionnement sur un marché intérieur de l'énergie en Europe, on diminue aussi les risques physiques parce qu'un terroriste va seulement attaquer une centrale électrique s'il a l'espoir qu'il va frapper l'opinion publique par les faits de son acte, si, par contre, les centrales électriques eu Europe sont liées par des réseaux trans-européens et que la rupture dans une centrale est tout de suite compensée, dans un millième de seconde, par de la fourniture provenant d'autres centrales électriques et d'autres Etats membres, cette cible devient moins attractive pour les terroristes. Dans ce sens-là, le physique et l'économique, la sûreté et la sécurité sont très fortement liés.

 

            Avec cela, j'arrive aux réponses qu'il faut donner dans une approche intégrée. Notre approche, je regrette si elle n'est pas suffisamment visible mais on va y revenir, s'axe sur un achèvement du marché intérieur, pour l'énergie sur une maîtrise de la demande et sur une amélioration de l'offre.

 

En ce qui concerne le marché intérieur, on a, en effet, en automne dernier fait tout un tas de propositions concernant le marché intérieur des gaz et l'électricité, il est prévu de libéraliser complètement pour les entreprises et pour les commerçants au 1er juillet 2004 et pour les ménages au 1er juillet 2007. Il y a des propositions concernant les stocks qui sont sur la table des instances politiques, c'est-à-dire le Conseil et la Parlement à Bruxelles et si, au niveau des experts, il y a peut-être encore quelques réticences, la semaine dernière, le Conseil européen, donc les chefs d'Etat de gouvernements ont fortement appuyés ces propositions.

            En ce qui concerne les stocks pétroliers qui sont donc, selon M. Schlumberger, pas visibles, et là je suis tout à fait d'accord, ils ne sont pas visibles, cela me fait revenir au débat tout à l'heure sur le prix du dollar et l'influence de l'euro et en effet, la situation est presque absurde parce qu'on a déjà une amorce, une politique européenne, on a l'euro, mais dans l'opinion publique on voit seulement les divergences dans les stratégies militaire et politique vis à vis l'Irak et les réalités économiques ne sont pas suffisamment visibles et cet aspect psychologique est très important et c'est pourquoi aussi notre proposition sur les stocks est très importante. Le prix du baril de pétrole a augmenté dans les dernières semaines jusqu'à 32 dollars, c'était objectivement non justifié parce qu'il n'avait pas d'approvisionnement, les pertes causées par la grève au Vénézuela ont été compensées tout de suite, les pertes prévisibles de la production en Irak a été compensée, par avance par une augmentation en Arabie Saoudite et dans d'autre pays de l'OPEP et ailleurs, donc il n'y avait pas de rupture de stocks ni actuel ni prévisible, néanmoins, le prix du baril est monté de 25 dollars vers 32 dollars, ce qui n'était pas justifié. ce qui me gène, c'est qu'en Europe, la situation, les prix de l'essence dans les stations ont augmenté et que c'était encore moins justifié parce qu'entre temps, la valeur de l'euro a augmenté. En septembre 2000, on avait déjà une fois un prix de 32 dollar pour un baril de pétrole. Seulement, en septembre 2000, pour acheter 32 dollars, il fallait dépenser 37 euros, aujourd'hui, pour acheter 32 dollars, il fait dépenser seulement 29 euros, donc la situation en Europe, objectivement, s'est améliorée considérablement et malgré cela, le citoyen ne voit que les titres des journaux sur les divergences entre les partenaires européens sur la grande politique, il ne voit pas ce qui a déjà été acquis en ce qui concerne l'union économique et l'union monétaire. Le prix de l'essence, à la pompe, je ne sais pas exactement quel était le prix en France, mais en Belgique et en Allemagne, il était à 1 euro avant, il est monté dans les dernières semaines jusqu'à 1.10 euros, voire 1.14 euros et même 1.17 euros. Cette augmentation de 17 % n'est justifiée par aucune conservation économique, cela traduit tout simplement le degré de peut du citoyen, si ce dernier voient des articles alarmants dans les journaux, cela lui semble normal qu'il doit participer à cette situation de crise, il doit payer plus et les Allemands ont peut-être des journaux plus alarmants ou ils aiment leur voiture que les Belges donc ils paient plus pour le pétrole.

            Tout cela pour vous dire que notre proposition de stock de mettre ensemble les stocks européens n'a pas seulement une vocation directe. Nous n'avons pas l'ambition d'utiliser ces stocks, nous n'avons pas l'intention d'ouvrir des stations d'essence et de distribuer des cuillères d'essences aux veufs et au orphelins, non, nous voulons tout simplement donner un signe de confiance aux consommateurs et de découragement aux spéculateurs qui profitent de cette situation qui n'est pas justifiée par les faits.

 

            Sur la partie de la maîtrise de la demande, nous avons, au niveau européen, adopté, l'année dernière, une directive concernant la meilleure utilisation dans le bâtiment, là il y a un potentiel d'économie d'1/5è, 20 - 22 %.

 

En ce qui concerne les nouvelles énergies, nous avons fait une proposition qui vise à augmenter la partie des énergies renouvelables qui est, actuellement, à 6 % vers les 12 % en 2010, voire 22 % dans la génération de l'électricité, nous avons un engagement des Etats membres à favoriser les bio-combustibles dans le transport, presque 6 % en 2010.

 

Donc, nous travaillons aussi bien sur l'achèvement du marché intérieur chez nous, sur la maîtrise de la demande et dur la recherche de nouvelles énergies.

Mais surtout, nous cherchons aussi le dialogue avec les pays producteurs et les pays consommateurs. En ce qui concerne ce dialogue, nous avons entendu une contribution sur nos relations avec les Russes aussi qui sont, en effet, exemplaires, un modèle de cette coopération. Notre principe est que nous acceptons, en tant qu'Union européenne, une certain dépendance de la Russie si elle nous garantie la sûreté et la sécurité des infrastructures, la régularité des approvisionnements et la protection des investissements. Nous avons des contacts similaires avec la Norvège qui fait partie de l'espace économique européen et des contacts réguliers aussi avec le Japon et les Etats-Unis. Les premiers pas ont été lancés, l'année dernière, avec l'Iran pour renouer la dialogue avec l'Iran et récemment avec l'Algérie.

D'ailleurs, en ce qui concerne les consommateurs et les producteurs, nous avons des initiatives très intéressantes avec nos partenaires en méditerranée, dans la mer Baltique, j'étais hier à un exercice qui s'appelle le Forum d'Athènes qui réuni les pays de l'Europe du Sud-Est, donc, Ex-Yougoslavie, Bulgarie, Roumanie, Albanie, mais aussi Turquie, eux, ils sont signé memorandum of understanding qui pourrait aller vers un traité formel, vers la fin de l'année, où ils travaillent ensemble, où ils ne créent pas seulement des infrastructures, des pipe lines, des gazoducs, mais aussi des structures, harmoniser en ce qui concerne la gestion des marchés, la séparation juridique entre ceux qui produisent et ceux qui transportent et la régularisation des marchés. C'est très prometteur surtout si on réfléchit que l'intégration européenne, l'Union européenne a commencé par ces deux communautés concernant le charbon et l'acier, d'une part, le Traité de Paris et d'autre part, le Traité Euratome sur l'énergie nucléaire.

 

En conclusion, je voudrais donc dire que l'Union européenne ne cherche pas de nouvelles compétences mais elle vise à améliorer la coordination entre les Etats membres et faire de sorte à ce que l'Europe a un droit plus fort, plus audible vis à vis des tiers mais aussi vis à vis de nos propres citoyens.

Cette prise de conscience est très importante et votre participation à ce colloque démontre que vous êtes conscients des enjeux géopolitiques et de la dimension européenne de ces questions donc j'espère que la politique à long terme que nous avons lancée va porter ses fruits dans 4 ou 5 ans et alors, vous allez m'inviter à une autre colloque sur un autre sujet, dans 5 ans.

  

Patrick OLLIER, Président de la Commission des Affaires Economiques - Assemblée Nationale

             Je tiens à dire que c'est la première fois que je viens à l'Ecole Militaire, je souhaite que l'on puisse m'inviter une nouvelle fois pour vérifier la théorie de M. Von Sidow sur la chance pour la carrière.

 

            Quelle politique pour la France ? Et bien, je ne suis pas tout à fait qualifié pour vous la définir, mais je vais essayé d'aborder tous les problèmes que vous avez évoqué aujourd'hui pour les ramasser et voir, effectivement, comme nous préparons, à l'Assemblée Nationale, le débat sur l'énergie qui va avoir lieu dans environ 2 mois et demi, 3 mois. Ce débat sur l'énergie va nous permettre, effectivement, de définir cette politique énergétique pour la France et de voir comment elle va s'intégrer dans une politique plus large et on va voir tout à l'heure comment, au niveau notamment de la défense, puisque nous sommes à l'Ecole Militaire, et la politique étrangère, tout ceci doit se recouper.

            Nous avons d'abord besoin d'analyser, pour définir cette politique, des besoins nationaux. Nous avons besoin également d'intégrer cette politique dans un contexte européen et le gouvernement et la majorité souhaitent, effectivement, développer cette politique dans le contexte européen, M; Von Sidow a raison, nous approuvons totalement les mesures qui sont en train d'être prises au niveau européen. Puis, il y a l'OMC, au niveau mondial et qui va nous permettre aussi de voir comment on va évoluer en ce qui concerne le problème des approvisionnements et de leurs coûts dans le cadre de la diversification. Je voulais vous rappeler une phrase du Président Pompidou, je le dis pour le Ministre Jacques Baumel qui était à l'époque dans son gouvernement, Pompidou a dit en 1970 : "L'énergie répond, l'eau mise à part, au besoin le plus fondamental et le plus étendu de la société moderne, il s'agit de l'industrie des transports, quand elle se tarit, tout, ou presque, s'arrête !" et c'est vrai que le débat sur l'énergie, c'est le débat sur la vie tout simplement. Comment allons-nous organiser ce débat ? Tout d'abord, il y a un impératif économique de disposer d'une énergie compétitive et puis cela a été évoqué - et je vous remercie de l'avoir évoqué les uns et les autres et l'Ambassadeur Gutmann l'a dit tout à l'heure aussi - il y a la nécessaire prise en compte de la protection de l'environnement. Aujourd'hui, on ne peut s'engager dans le débat sur l'énergie si, au même moment, on ne s'engage pas dans ce débat concernant le problème de l'avenir de la planète tout simplement et j'aborderai le problème du Brésil, M. l'Ambassadeur tout à l'heure car nous ne sommes pas tout à fait d'accord.

 

            Nous devons donc, d'abord, sécuriser nos approvisionnements en ce qui concerne l'énergie au niveau national et la politique dans ce domaine doit être conduite dans un contexte qui est, certes, européen mais qui est avant tout national au niveau de la sécurisation. Il y a deux choses importantes à voir. La sécurisation de nos approvisionnements et la lutte contre l'effet de serre, parce que je voulais revenir sur ce que vous avez dit.

            En ce qui concerne la sécurité de nos approvisionnements, je crois que la France a fait preuve d'initiative très forte depuis quelques mois. La manière dont nous devons appréhender ce problème de sécurité se situe dans un contexte de défense nationale et je crois que la loi de programmation militaire qui a été votée il y a quelques mois, répond en grande partie à cette réflexion que nous avons eu, dès la mise en place du nouveau gouvernement sur les moyens dont nous devons disposer, dans les 20 ou 30 années à venir, pour effectivement être capables de nous transporter ou d'être présents, je pense à la marine bien sûr, à l'aviation mais aussi aux forces terrestres, en tous points du globe pour, effectivement, préserver notre indépendance énergétique tout autant que préserver les intérêts de la politique étrangère de la France, donc cela paraît quand même extrêmement important de le préciser.

            S'agissant de la lutte conter l'effet de serre, j'aimerais bien qu'on puisse aussi réfléchir à ce qu'est une politique de l'énergie à bas prix dans le contexte de l'avenir de la planète et je ne pense pas que l'affaire du développement durable soit simplement des mots uniquement pour organiser des colloques ou des débats et quand vous avez, tout à l'heure, parlé de l'Amazonie, par rapport à la biomasse, c'est bien parce que, justement, on veut s'engager dans ce genre de politique, qu'on déforeste en Amazonie, qu'on déforeste dans la Toundra sibérienne et en Afrique, que l'on arrive à avoir des effets extrêmement pervers sur l'effet de serre, donc il faut être extrêmement prudent dans cette approche du problème et j'en reparlerai dans un instant.

            Donc, sécurité, lutte contre l'effet de serre, sur le plan national et nous voulons aussi, dans notre gouvernement faire en sorte, M. Von Sidow a raison, que cette approche se fasse dans un contexte européen. Nous n'avons plus, aujourd'hui, ni les moyens, ni, d'ailleurs la volonté, parce que nous voulons construire l'Europe, de faire en sorte de garder une vision égoïste de cette politique, je crois que ce vous avez dit, Monsieur, au niveau des stocks est extrêmement important, car c'est une volonté aussi que nous approuvons, vous le savez, et il est évident que cette volonté d'intervenir au plan européen pour, la régulation des marchés, si nécessaire à travers ces stocks, est un point extrêmement important. Je suis heureux que vous ayez signalé également l'évolution extrêmement importante de la maîtrise au niveau des coûts de reviens de l'énergie grâce à notre politique monétaire et à notre politique économique. C'est peut-être l'élément le plus important qui vient d'être abordé et dont on n'a peut-être pas suffisamment parlé car si aujourd'hui nous arrivons à payer le prix de cette énergie, je parle de l'énergie fossile, c'est en grande partie parce que nous avons réussi la politique européenne d'intégration en matière monétaire. Alors, dans ce contexte, comment satisfaire nos besoins, au niveau international ? Nous sommes dépendants, à peu près à 50 %, nous avons de la chance, et là, peut-être, M. Von Sidow, je ne serait pas d'accord avec vous sur un sujet qui est le nucléaire, je dit bien peut-être, je n'en sait rien, mais peut-être parce que la chance de la France dans ce domaine est d'avoir acquit, et cela remonte à une politique ancienne que le Général De Gaulle a mis en place, une indépendance énergétique à 50 % grâce justement à sa politique nucléaire.

            S'agissant de cette dépendance, je voudrais aussi que l'on puisse envisager de la hiérarchiser, car j'ai compris, en regardant l'ordre du jour que le débat a porté, quasiment toute la journée sur l'énergie fossile. Il n'y a pas que l'énergie fossile et la politique énergétique d'un gouvernement doit tenir compte et prendre en compte l'ensemble des moyens énergétiques qui peuvent être déployés et je souhaite qu'on regarde, dans le cadre des décisions que nous allons prendre dans notre débat dans les deux mois, dans le cadre de cette hiérarchie, quelles sont les urgences ? Je dirais, transport, électricité, chauffage, en gros. Dans le secteur des transports, qui représente à peu près 32 % de nos besoins, nous sommes, effectivement, terriblement dépendants. J'espère,  un jour, qu'on arrivera à mettre en place les piles à combustibles, j'espère qu'on arrivera à limiter cette dépendance mais il faut reconnaître honnêtement que ce n'est pas très bien parti. Pour le secteur tertiaire et celui des ménages, nous sommes moins dépendants et cela représente 42 % de nos besoins, c'est aussi quelques chose qui est préoccupant. Et enfin, sur le plan industriel, nous sommes peu dépendants. Il faut quand même prendre en compte ces données, pour la France j'entends, qui sont essentielles pour la politique que nous allons conduire et je puis vous assurer que le gouvernement a bien l'intention de prendre les décisions nécessaires pour définir à terme cette politique. Une politique française, car effectivement, quand on aborde le problème ou certains de ces problèmes, nous ne sommes pas d'accord entre nous sur le plan européen il y a encore une marge, et je suis diplomate, de progression à faire notamment en ce qui concerne l'énergie nucléaire. Donc, nous continuerons, certainement en premier lieu, à avoir besoin encore d'énergie fossile, c'est le premier constat et là, effectivement, nous sommes des partenaires naturels d'un certain nombre de pays avec lesquels nous travaillons. Nous avons, aujourd'hui, une vue très constructive, j'emploie cet euphémisme sur des recherches entreprises sur le continent africain, je vais aller au Tchad très prochainement pour visiter quelques éléments importants de recherche dans un pays qui m'est cher, mais qui, effectivement, peut permettre des perspectives de développement pour la France, il n'y a pas que le Tchad. Nous devons aussi, lorsque l'on réfléchit de la dépendance en matière d'énergie fossile, réfléchir à la Russie, M. Nesterov l'a évoqué un peu tout à l'heure mais à peine, la Russie va accroître la dépendance des Etats-Unis en matière de gaz notamment, parce qu'ils vont dépendre, j'ai bien compris, à peu près 40 % de leur consommation dans les 20 années à venir des productions russes et la Russie va, à partir de 2004 - 2005, je ne sais pas exactement, mettre sur le marché plus de 9 millions de barils/jours, si je ne me trompe pas, il est bien évident que plus la Russie, et nous l'encourageons bien entendu, développe ses capacités de production plus l'Algérie est en train de le faire aussi et je vais me rendre la semaine prochaine à Tripoli pour voir, justement, avec les gens de TOTAL certains problèmes de développement de la production en Libye. Plus nous avons des marché qui s'ouvrent à nous, au niveau de notre diversification, au niveau de l'Europe avec la Russie, au niveau du Maghreb, au niveau de l'Afrique, moins nous dépendrons dans l'avenir de la production du Moyen-Orient. Que les choses soient claires, la politique que doit conduire la France est une politique qui doit assurer, pas la diversification de ses approvisionnements, son indépendance énergétique. A partir de là, nous avons à faire face à un problème qui est aussi un autre problème, qui est celui de l'électricité et je hiérarchise, après avoir vu les problèmes des énergies fossiles, la production électrique. Là, nous devons être, quand même, très heureux de pouvoir, alors, ce n'est pas un cocorico mais, c'est le fat d'être satisfaits de constater que la capacité de la France en matière d'indépendance énergétique au niveau de l'électricité est à 85 % assurée et là, j'entre dans le débat des énergies renouvelables, et on va le retrouver tout à l'heure aussi à un autre niveau.

            Le gouvernement de la France aujourd'hui, je dis bien aujourd'hui, est favorable au maintien d'une politique d'énergie nucléaire forte et, je suis personnellement favorable à ce que nous envisagions le plus rapidement possible le renouvellement de notre parc et que nous envisagions rapidement aussi la modernisation de celui-ci, je pense à l'EPR et je pense à toutes les perspectives qui s'ouvrent à nous. Que les choses soient claires, nous ne voulons pas avancer le visage masqué, et c'est là qu'il y aune différence avec certains autres pays européens, je me suis rendu en Finlande il y a à environ un mois et demi, car ce petit pays est extrêmement courageux, il a lancé le 5è réacteur nucléaire pour assurer sa production d'électricité, il est isolé puisque tous les autres pays autour de lui ont, la Suède notamment, d'une manière que je ne veux pas qualifier en des termes qui seraient peu diplomatiques, mais renoncé à un programme d'énergie nucléaire alors qu'ils sont fabricants de matériel à ce niveau là, et bien sûr, c'est un renoncement à trente ans, c'est cela, donc on a le temps de voir d'ici-là et ces effets d'annonce et ces perspectives qui sont celles de certains de ces pays-là ont des effets catastrophiques dans le débat qui nous anime aujourd'hui et il faut que les gouvernements aient du courage de faire face à des opinions publiques qui ne comprennent pas ce genre de décision et je crois que la France a ce courage et qu'il faut très clairement, quand on a la chance d'avoir 75 % d'énergie nucléaire assurant notre production électrique plus 10 % d'hydraulique, d'être fiers d'être capable de conduire cette politique. Donc, nous souhaitons, non seulement la confirmer mais la renforcer et je suis très fier d'avoir appartenu au cabinet de M. Messmer, cela remonte à des temps anciens, en mars 1974, c'était un 5 mars, lorsque M. Messmer, Premier ministre, a décidé de lancer le programme électro-nucléaire civil. Aujourd'hui, nous en touchons en France les dividendes. A l'époque, notre dépendance était de l'ordre de 50 %, elle est de l'ordre de 26 % aujourd'hui, je crois que c'est quand même quelque choses d'assez intéressant. J'ajoute, pour terminer sur ce chapitre, qu'après des années d'hésitation, de nombreux Etats, à commencer par les Etats-Unis - et là aussi, il faut le dire de manière très claire - avec le plan Bush / Chénay (?) ont décidait de relancer leur industrie nucléaire, ce sont des signaux qui sont également très forts. Le plan Bush / Chénay (?) n'a pas encore été mis en place mais il va, je pense, être engagé assez rapidement. Donc, nous devons, dans ce secteur, conserver notre avance, nous avons la chance de l'avoir. Il faut donc, à court terme, préparer le remplacement de notre parc de production et, à plus long terme - je l'ai dit - intensifier la recherche en allant plus loin, la recherche notamment avec la Russie et avec le Japon, bien entendu dans un contexte européen.

            Alors, sur le plan de l'électricité, j'ai parlé des 75 %, mais le gouvernement est conscient qu'il y a encore 10 % d'assuré en hydraulique, personne n'en parle, ces 10 % sont considérables. Nous pensons également qu'il y a matière à augmenter cette part de l'hydraulique dans les 20 années à venir et que toutes les perspectives de mise en barrage ne sont pas, pour l'instant, épuisées et que là aussi, il va nous falloir du courage parce qu'il y a certaines actions de mouvements écologistes qui vont à l'encontre de cette possibilité avec lesquelles il faudra s'expliquer parce qu'il faut dialoguer, bien entendu, mais il faudra bien, à un certain moment, décider et je pense qu'il y a dans nos vallées alpines, encore, des marges de progression pour augmenter ces 10 % de production assurés en matière hydroélectrique. Nous allons avoir un débat sur l'aménagement du territoire et sur les infrastructures d'intérêt national le 13 mai prochain à l'Assemblée Nationale, ce point fera partie des propositions que nous ferons dans le cadre de ce débat.

            Alors, dernier point, dans le cadre de ces différents objectifs qui sont les nôtres, les énergies renouvelables. Je suis sincèrement convaincu que tout ce qui peut permettre d'accentuer la possibilité, pour nous, de transférer une partie du fossile ou même, pourquoi pas, une partie du nucléaire sur les énergies renouvelables doit être fait, mais cela, c'est une déclaration d'intention et lorsqu'on voit que l'objectif de l'Union européenne et de la Commission est de l'ordre de 26 %, nous, en France, nous disons très clairement que nous ne nous considérons pas comme capable d'atteindre cet objectif. Il faut que les choses soient claires, parce que c'est bien beau de fixer des objectifs, il faut ensuite être capable de les atteindre et si je suis favorable aux énergies renouvelables, et d'ailleurs, j'ai confier au Député Serge Poignant (?), qui est un scientifique du CNRS, une mission d'information sur la politique des énergies renouvelables, il doit rendre son rapport dans trois mois, et le gouvernement attend ce rapport pour engager des actions très fortes pour aller dans le sens qui est celui de la Commission. Mais quelque soit la volonté qui est la nôtre, nous ne sommes pas capables d'atteindre ces 26 %. Alors, nous comprenons que l'on fixe ces objectifs, lorsqu'on n'a pas 75 % assuré par le nucléaire comme la France et c'est le cas de bon nombre de pays européens, donc nous comprenons, mais nous prévenons qu'il va y avoir un débat très fort au niveau européen, et je profite de votre présence car je connais votre réputation et votre compétence, pour vous passer un message que j'ai déjà passé avant hier à Michel Barnier pour qu'il le dise à ces collègues commissaires, car nous souhaitons que ce débat ait lieu et nous souhaitons revoir, pour la France an tout cas, la réelle capacité qu'elle va avoir à s'engager le plus loin possible, je sui d'accord, mais dans quelles limites à ces 26 %. Je prends l'exemple des éoliennes - Alors, je ne veux pas focaliser dessus - on nous explique que les éoliennes sont la solution à des matières d'énergie renouvelables pour l'avenir. Je vous dit, j'arfive de Finlande où on a 1 % au niveau des éoliennes, on envisage 5 %, je crois que ce n'est pas plus qui est envisagé, et je viens de faire voter, en France, un texte de loi qui réglemente la capacité de mettre en place des éoliennes parce que, je ne sais pas si vous le savez, mais le précédent gouvernement avait laissé la possibilité d'installer, sans aucun contrôle des mats de 150 mètres de haut, parce qu'on en arrive là maintenant, avec des pales de 80 mètres, n'importe où, sans aucun contrôle au prétexte que l'EDF a l'obligation législative d'acheter l'énergie produite par l'éolienne.

            Alors, M. Von Sidow, je ne veux pas ouvrir le débat avec vous, je vous assure, mais je voulais quand même vous dire un mot là-dessus, on ne peux pas accepter que l'on prenne le consommateur, alors en France on dit pour un pigeon, je ne sais pas comment on dit à Bruxelles mais cela doit être la même chose. Parce que, quand on vous dit à vous, consommateurs, que vous allez avoir à payer parce que l'Europe a mis en place la libéralisation du marché de l'électricité et du gaz, et vous avez raison et nous vous soutenons, j'ai fait voter les lois de mise en oeuvre de ces dispositions européennes, vous savez très bien que nous terminons le vote sur la directive gaz et au même moment, en France, le gouvernement précédent a pris une décision qui fait que nous achetons deux fois plus cher, le Kw produit pas une éolienne que les Kw produits par l'énergie nucléaire et comme, demain, nous allons libéraliser, demain, c'est demain, et bien qui va payer deux fois plus cher cette électricité ? C'est vous, c'est-à-dire, moi, le consommateur. Nous n'acceptons pas cette opportunité et nous avons déjà pris un certain nombre de mesures pour empêcher la prolifération de ces engins tout en acceptant qu'ils soient installés offshore, je ne suis pas contre l'éolienne, mais je suis pour qu'elle soit répartie d'une manière qui ne compromet pas nos paysages et qui en préserve la richesse naturelle et qui, bien entendu, peut permettre aussi d'être une nouvelle voie de développement pour les énergies renouvelables. Mais je n'entend pas parler du solaire dans ces énergies renouvelables. Lorsque l'on parle de l'énergie thermique, nous avons besoin, pour la chaleur, pour nous, pour les grandes villes également, d'énergie, nous n'avons pas besoin d'utiliser forcément du fossile. Il y a d'immenses champs de développement au niveau de l'énergie solaire qui ne sont pas encore totalement prospectés et je suis convaincu, je vous vois hocher la tête et j'en suis heureux, que nous avons eu tort dans le passé, mais comme c'est un passé qui remonte à plus d'un an je ne m'en sens pas très responsable, d'avoir focalisé sur une opportunité qui n'est pas forcément la bonne. Donc, dans notre débat que nous allons avoir, nous allons recadrer les choses, oui, vers les énergies renouvelables mais dans une manière plus précautionneuse, dans l'intérêt du consommateur et plus responsable dans le cadre de notre politique d'aménagement du territoire.

            Voilà donc ce que je voulais dire, d'une manière générale et m'ayant préparer des notes qui me semblent longues et fastidieuses, ce que je voudrais dire en conclusion, c'est que nous souhaitons nous engager dans une politique pluriannuelle de programmation, c'est un peu de la planification revue par l'Assemblée Nationale et j'ai fait voter, effectivement, récemment la mise en place d'un plan indicatif pluriannuel national qui concerne le gaz seulement. Mais je crois que c'est important que dans la définition de notre politique énergétique, nous soyons capables de vous proposer une lecture sur plusieurs années de nos engagements, de nos capacités financières et, à partir de là, de notre capacité d'investir pour satisfaire nos engagements. Cette programmation pluriannuelle, cela s'appelle aussi de l'aménagement du territoire, va nous permettre aussi d'aller beaucoup plus vite et beaucoup plus loin.

            En conclusion, la France est bien décidée de se doter des moyens d'assurer son indépendance et je crois qu'aujourd'hui, on entend le bruit du canon dans certains pays du monde où, comme par hasard, il y a des derricks pas très loin, c'est une relations de cause à effet que j'établi, ce n'est pas un jugement que je porte. J'aimerais que l'on puisse être capable de réellement, dans le cadre mondial, répartir cette capacité d'approvisionnement qui existe sans avoir à intervenir de manière militaire pour prétendre en contrôler l'opportunité. C'est un voeu pieu et j'espère que l'ONU va, très rapidement, reprendre ses droits pour être capable de discuter sereinement de ces problèmes mais, à titre de précaution, la loi de programmation militaire et j'en reviens là, a permis de dégager des moyens, j'espère que les militaires qui sont ici en sont satisfait, je crois que Jacques Baumel en est très heureux parce qu'il a beaucoup travaillé à cela en tant que Président de la Commission de la Défense au niveau européen. Je crois que pour la France, l'importance est essentielle d'avoir un deuxième porte-avion, d'avoir des sous-marins capables de se relayer et de patrouiller et que si l'on veut être réellement capable d'assurer cette indépendance, il faut, effectivement, être capable d'intervenir dans tous les points de la planète et c'est un des éléments forts, pour nous, un élément fort d'équilibre. Donc chacun a à l'esprit, des tas de préoccupations plus immédiates en matière de géopolitique de l'énergie, mois, je voudrais simplement terminer en vous disant que cette politique, qui est la politique de la France, répond à des impératifs qui sont des impératifs de politique internationale, c'est vrai, mais d'équilibre international, mais également, je voudrais que vous le croyiez de justice et des respects du Droit car on ne peut pas conduire une politique dans l'intérêt de son pays si on ne la conduit qu'à partir d'intérêts seulement économique et, à partir de là, forcément égoïstes. Je crois que la grandeur de la politique d'un pays est de dépasser l'intérêts seulement économique et seulement financier et de prétendre, au niveau de cette présence de la politique de la France ou de la voie de la France dans le monde, défendre un certain nombre de valeurs qui se situent au niveau, effectivement, de la justice, du respect du Droit et du respect des autres. Et c'est cela, le message que nous essayons de passer aujourd'hui, cela rejoint le débat sur l'énergie forcément et ces impératifs ne sont pas réductibles aux préoccupations énergétiques, on pourrait aborder d'autres sujets. Bien entendu, cette politique est conduite par satisfaire les besoins de notre pays mais, si comme le disait le Général de Gaulle, notre politique ne se décide pas à la corbeille - je ne veux pas faire un mauvais jeu de mot - mais je pense que notre politique étrangère, quand à elle, n'a pas à se faire à l'ombre des derricks. C'est important de le dire car, j'entends trop, ou le lis trop dans les journaux, des articles qui laissent penser que ce sont seulement les intérêts économiques qui conduisent les initiatives prises par les Etats. Je pense que c'est dans cet esprit que nous sommes présents dans le débat qui nous anime aujourd'hui, c'est dans cet esprit que le Président de la République présente la vision d'un monde multipolaire, que nous appelons de nos voeux et je pense que si nous arrivons, après des discussions qui, hélas, n'aboutissent pas toujours d'une manière très positive je le reconnais, mais il faut persévérer. Si nous arrivons à mettre en place ces relations au niveau planétaire dans un contexte multipolaire, je suis convaincu que nous serons capables de résoudre bien des problèmes qui touchent aux problèmes de la politique énergétique pour ces fameux 50 % dont nous dépendons beaucoup. C'est aussi donc dans cet esprit que la France souhaite, le plus vite possible, retrouver les conditions d'un débat apaisé au sein de l'ONU et qu'ensuite, nous reprendrons nos débat dans un contexte plus bilatéral pour tout ce que j'ai indiqué tout à l'heure car le contrôle des sources d'approvisionnement en énergie fossile sous-tend beaucoup trop aujourd'hui les discussions sur les équilibres du monde. Notre volonté, en tout cas, est de faire en sorte d'en sortir car il n'y a pas d'autre possibilité de régler tout ce que j'ai entendu et tous les problèmes que vous avez soulevés - et ce que j'ai dit, d'ailleurs, ne les règle pas - il n'y a pas d'autre possibilité de régler ces problèmes pour l'avenir si on ne passe pas par une répartition qui se fait dans un contexte apaisé, pacifique, dans un contexte mondial à travers l'ONU et je ne pense pas que nos besoins énergétiques qui, aujourd'hui, subissent les affres de ces tensions mondiales sortiraient satisfaits si ces tensions venaient à s'aggraver et j'encourage nos amis Russes à poursuivre leurs développements de production, nous avons avec eux des contacts concernant les gazoducs et la mise en place de ces relations européo-russes et plus particulièrement françaises, nous avons des investissements pour et des volontés d'investissements du côté de la Méditerranée et de l'Algérie, et bien, je pense qu'à partir de là, c'est un redistribution des cartes dans le contexte que je viens d'indiquer qui se fera, c'est une meilleure sécurité pour l'énergie et pour l'approvisionnement énergétique de la France dans un contexte qui nous permettra alors de répondre à toutes les questions que vous avez posées.

  

SEM Francis GUTMANN

             M. Von Sidow, je ne pense pas qu'il soit possible d'approfondir maintenant le débat engagé par M. Ollier, mais est-ce que vous voulez dire un mot ?

  

Helmut SCHMITT VON SIDOW

             Je partage l'analyse de M. Ollier presque entièrement. Je ne suis pas toujours capable de tirer les mêmes conclusions, tout simplement parce que je dois tenir compte du contexte européen et de toutes les tendances qui se présentent, l'opinion parmi les Etats membres et divergentes et parfois même à l'intérieur des Etats membres. Bien sûr, ceux qui veulent aider, encourager les énergies renouvelables, les nouvelles sources d'énergie font valoir que toute source d'énergie a été subventionnée dans ses débuts, le charbon, le nucléaire et dans ce sens-là, cela serait assez normal qu'on le fasse aussi avec les nouvelles énergies et d'ailleurs, si on le faisait, ils risquent même de prendre en otage nos propositions concernant le gaz, l'électricité, les stocks pétrolier en disant si on fait trop dans les autres secteurs, cela pourrait être un signal contre les énergies non renouvelables. C'est vrai que je n'ai pas mentionné le nucléaire tout simplement parce qu'il y a une divergence entre les Etats membres et dans ce sens-là, il n'y a pas une politique commune très claire actuellement. Je le regrette parce qu'il y a certains qui affichent qu'ils sont en train de sortir du nucléaire mais en réalité, la situation n'a pas beaucoup changée, la contribution du nucléaire dans la production électrique dans la communauté entière, je ne parle pas de la France, reste à 32 - 33 % depuis 5 - 10 ans. Donc, malgré toutes les annonces que l'on a fait, en pratique, cela n'a pas beaucoup changé mais, en même temps, le mot nucléaire est tabou, ce qui fait qu'on n'agit pas. Je trouve, il faut quand même vivre encore quelques décennies avec le nucléaire, si on l'aime ou pas, et on devrait, pour ce temps-là, se pencher sur certaines questions d'améliorer la sécurité des installations, régler le problème des déchets, mais étant donné que le mot nucléaire est tabou, on n'attaque pas ce problème-là, de que je trouve dommage et légèrement hypocrite, je ne parle pas bien français alors peut-être que je me suis trompé de mot.

 
 

DEBAT

 Chef de Bataillon LAVAUX

             Je vais rebondir sur votre mot, M. Sidow, votre mot tabou, mais ma question s'adressera à M. Ollier, d'après ce que j'ai compris, donc la France s'apprête à relancer un nouveau programme de modernisation nucléaire, c'est sûrement une bonne chose, et pourtant, ce mot tabou est sûrement dû au fait que, pour beaucoup de nos concitoyens, une centrale nucléaire, c'est d'abord, une bombe d'Hiroshima cachée derrière une enceinte de béton. Est-ce qu'il ne serait pas temps de lancer une vraie campagne d'information et d'éducation sur a nature réelle de ce qu'est l'énergie nucléaire et notamment de ses qualités écologiques ? On n'a pas encore vu de soldat ramasser des boulettes d'uranium sur les plages et l'énergie nucléaire ne produit pas, comme on l'a dit aujourd'hui d'effet de serre.

  

Patrick OLLIER

             Je vais répondre puisque la question s'adresse à moi, vous avez tout à fait raison et tout à l'heure, j'ai évoqué le sujet du tabou, M. Von Sidow a raison aussi. Nous avons peur de parler de ce qui suscite des réactions passionnelles ou passionnées dans l'opinion parce qu'on a peur d'affronter le débat et parce qu'on a eu peur d'affronter le débat, nous n'avons pas suffisamment informé, et là vous avez raison, il y a un retard d'information, je ne suis pas sûr qu'on soit capable de le rattraper aussi vite, mais il est vrai que, j'ai fait l'expérience, je suis plutôt favorable à tout ce qui peux protéger l'environnement et la nature, et même résolument favorable, je suis dans le cadre de la loi un de ceux qui ont mis en place la politique de développement durable, c'est moi qui l'ai inscrite dans la loi de 1994, dont j'étais rapporteur, dans la loi de l'aménagement du territoire de M. Pasqua, je n'ai rien à me reprocher à ce niveau-là et je suis favorable au nucléaire. Donc, il y aune sorte de contradiction que j'ai réglée, à titre personnel, et je pense que tous les français sont capables de la régler cette contradiction dès lors qu'on les informe et on ne le fait pas. Parce que, pendant plusieurs années, les gouvernements successifs n'étaient pas favorables, officiellement, à cette thèse et alors, je ne voudrais pas faire de la politique, je ne suis pas là pour cela, mais il faut quand même que j'en parle un peu, quand vous avez dans un gouvernement un ministre vert dont le programme est anti-nucléaire et qui exige que la France abandonne son programme nucléaire et que dans le même gouvernement vous avez un autre ministre qui est un ministre communiste et qui défend les positions de la CGT qui elle est extrêmement favorable au développement du programme nucléaire, il est difficile pour le Premier ministre de gérer les contradictions, donc on n'en parle pas et ceci a duré pendant des années.

            Donc, en conclusion, je crois qu'il faut lever le tabou, je crois qu'il faut avoir le courage d'affronter le débat car l'énergie nucléaire est la plus "propre" (entre "") qui existe et les accidents concernant les énergies nucléaires sont des accidents qui, malheureusement pour les autres, n'ont pas de conséquences aussi dramatiques que les accidents de la route par exemple. Alors, bien entendu, on peut toujours dire si demain une centrale nucléaire explose, aujourd'hui on arrive à une sécurité qui est à peu près absolue, est-ce que l'on est certain que cela est toujours absolu ? Je veux bien laisser un doute. C'est vrai qu'il y a une mise aux normes dans un certain nombre de centrales, à commencer par certains pays qui sont plus à l'aise (à l'est ?) que le nôtre et c'est vrai qu'il est urgent de les mettre aux normes. A partir de là, il faut affronter le débat, nous l'affronterons, nous, à l'Assemblée Nationale dans 3 mois et je peux vous dire que dans 3 mois, nous dirons clairement et publiquement ce que je suis en train de dire dans le cadre de ce débat. A partir de là, nous lancerons une campagne d'information et de vulgarisation, c'est cela que vous voulez dire, de vulgarisation. Le vrai problème sur lequel je ne suis pas sûr que l'on soit aujourd'hui bien au point, c'est l'affaire de l'enfouissement des déchets, c'est pour cela que je suis allé en Finlande car j'ai découvert là-bas un système assez extraordinaire, je suis descendu dans les granit à 700 mètres de profondeur où ils ont des puits extrêmement intéressants, le problème, c'est que la configuration finlandaise du sous-sol n'est pas la même que la nôtre en France. Mais il est vrai qu'il y a des efforts à faire et nous sommes sur la bonne voie. Dès lors que nous aurons sécurisé, pour les générations futures, le problèmes des déchets, et nous sommes en voie de le faire, je ne voit pas pourquoi on n'aurait pas le courage d'affronter le débat avec l'opinion publique et pourquoi on n'expliquerait pas les choses simplement. Donc, vous avez raison, nous le ferons.

  

SEM Francis GUTMANN

             Je voudrais quand même ajouter qu'au début, le nucléaire, me semble-t-il, a été associé, dans l'opinion publique française, à l'indépendance nationale et à l'édissuasion (?). Dans le début des années 80, le nouveau gouvernement a lancé toute une série de nouvelles centrales et tout ceci dans un contexte dans lequel le CEA et EDF, qui me permettent de le dire, affichaient de telles certitudes techniques que lorsque ait venu Tchernobyl et d'autres problèmes, cela n'a pas été favorable à l'apaisement des esprits. Alors, c'est vrai, il y a maintenant un énorme effort d'information à faire, mais je voudrais, si vous me le permettez, dire que je comprend de votre échange que la priorité est de trouver un nouveau mot et on ira beaucoup mieux ensuite.

  

Général ROUX

             Vous parlez beaucoup de remplacer par le nucléaire, mais ce dernier ne peut pas remplacer notre manque actuel pour ce qui est le pétrole, là, nous sommes dépendants et il y a des formules, je pense, sont-elles toujours étudiées ? Il y a une dizaine d'années, on me disait que la moitié de la circulation du Brésil se faisait à partir d'un carburant fabriqué à partir de la canne à sucre. En France, nous avions des projets du l'éthanol, qu'en est-il aujourd'hui et pourquoi ne se lance-t-on pas dans cette voie, qui résoudrait peut-être en même temps les problèmes agricoles ?

  

SEM Francis GUTMANN

             D'abord, je voudrais vous dire, mon Général, que nul n'a prétendu que le nucléaire était une réponse à tout et je crois que tous les orateurs depuis ce matin ont bien dit qu'il n'y a pas UNE source d'énergie.

            Deuxièmement, cela me donne la possibilité de clarifier un point, je n'ai pas donné le Brésil en exemple dans la déforestation, j'ai dit qu'il réglait ses problèmes de façon que d'autres n'ont pas de raison et n'ont plus de possibilité d'appliquer. En ce qui concerne la canne à sucre, vous me permettrez de dire, j'ai eu un certain nombre de métiers et il y a bon nombre d'années, j'étais le patron d'un groupe chimique et j'ai participé au financement de recherches pour la betterave. L'ennuyeux, c'est qu'on aurait eu un paysage qui, mélangé de betteraves et d'éoliennes, était profondément changé, donc il ne faut pas écarter la canne à sucre mais il y a quand même des limites, à la fois spatiales et économiques.

  

Patrick OLLIER

             Alors, je voudrais ajouter, mon Général, à ce que vient de dire M. Gutmann, un mot. Vous n'avez pas entendu ce que j'ai dit tout à l'heure. J'ai clairement dit que dans le cadre de notre commission aux affaires économiques j'ai confié un rapport d'information qui va aboutir à une loi, au Député Serge Poignant (?), j'ai même précisé qu'il était du CNRS, un scientifique, ce que je ne suis pas, vous l'avez compris, et que ce rapport a pour objet de proposer au gouvernement une vraie politique de développement des énergies renouvelables et non pas l'ersatz de politique qui depuis 5 ans nous a servi par le prisme déformant des seules éoliennes, c'est cela mon souci. Pourquoi pas le colza ? Pourquoi pas, ce qu'on appelle les biocarburants de manière générale ? Pourquoi pas le solaire ? Pourquoi pas la biomasse ? etc, etc pourquoi uniquement les éoliennes ? C'est tout ce que j'ai dit. Donc ce rapport qui va être achevé au mois de juin, va ensuite faire l'objet de propositions de lois et, j'espère, de décisions d'ordre financières dans le cadre de la loi de finance pour 2004 pour, effectivement, faire émerger une vraie politique tous azimuts de soutien financier à l'imagination pour les énergies renouvelables, voilà ce que nous voulons faire. Donc, ceci est décidé, c'est en cours, mais il faut quand même quelques mois pour que ce rapport aboutisse.

  

SEM Francis GUTMANN

             Et bien, écoutez, je crois que chacun aurait des questions à poser, mais cela serait peut-être un peu long, je voudrais simplement, en conclusion, dire que les problèmes énergétiques sont souvent l'objet de positions passionnelles ou partisanes et que cela n'a pas été le cas ici aujourd'hui et je crois que, vous me permettrez de dire, que l'on peut s'en réjouir.

            Deuxièmement, il est incontestable que nous avons à gérer des risques de plus en plus nombreux et divers et il est incontestable aussi que dans l'esprit de l'opinion publique se mêle à la fois une instabilité politique en général et des problèmes énergétiques de plus en plus complexes et que ceci ajoute à son sentiment d'insécurité et je pense que ce que l'on vient d'entendre, par mes voisins, nous montre que l'Europe et la France ont des atouts s'ils ont la volonté et M. Ollier a évoqué la volonté française de 1974, lorsqu'il a fallu définir le grand parti nucléaire et j'espère que les orateurs d'aujourd'hui vous auront convaincus par rapport à telle ou telle divergence d'appréciation que l'Europe et la France ont les atouts et peuvent avoir cette volonté.

            Permettez-moi en terminant de remercier le Forum du Futur et particulièrement le Président Baumel, le CID et Mars de nous avoir permis de réfléchir ensemble pendant cette journée.