FORUM DU FUTUR


"Le développement durable : Mythe ou réalité ?"

Petit-déjeuner débat du 20 mai 2003 à l'annexe de l'Assemblée Nationale

animé par :

M. Pierre DELAPORTE, Président d'Honneur - EDF


Pierre DELAPORTE

          Il est possible d'aborder la notion de développement durable de plusieurs façons. La plus classique consiste à constater qu'il n'existe pas de très bonne définition et que celle de Mme Brutland, déjà ancienne, est probablement la moins mauvaise : "Le développement durable vise à satisfaire les besoins de développement et de santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs", puis, à examiner successivement les trois piliers de cette nouvelle sagesse : le développement économique dans la durée, le respect et même l'amélioration de l'environnement, l'établissement de rapports sociaux et "sociétaux" aussi harmonieux que possible.

 
         Une autre approche, plus ambitieuse intellectuellement, tente d'éclairer les décisions et les activités à la lueur de trois grands principes éthiques : le principe de précaution (à consommer d'ailleurs avec modération) qui n'est autre qu'un avatar du vieux précepte : "dans le doute, abstiens-toi" ; le principe de responsabilité qui consiste "à agir de telle sorte que toute action soit compatible avec une vie authentiquement humaine sur toute la terre" ; le principe, enfin, de solidarité qui constate les interdépendances entre tous les peuples de la planète et toutes les générations successives.

 
         Je souhaite, toutefois, emprunter une troisième approche qui me paraît mieux convenir dans le domaine de l'entreprise, considérée alors comme un champ de forces.

         Cette approche n'est pas nouvelle et de bons auteurs ont examiné, depuis longtemps, sous cet angle les rapports internes à l'entreprise entre trois acteurs : le capital ou actionnariat, l'exécutif c'est-à-dire le dirigeant ou l'équipe dirigeante, le travail ou les salariés.

Ces trois groupes passant leur temps à lutter les uns contre les autres.

 
         A tort ou à raison, cela est souvent considéré comme anormal et les frottements internes sont ressentis comme un gâchis, d'où un parti pris optimiste, d'ailleurs changeant, qui s'acharne à imaginer ou, plus imprudemment, à prévoir qu'un ou deux des pieds de ce tabouret sont en voie de dépérissement ce qui entraînerait la réduction ou à la disparition des conflits, faute de combattants.

 
         Cette naïveté - car un tabouret à moins de trois pieds n'est pas un modèle de stabilité - a connu plusieurs incarnations successives, relevant beaucoup de la mode, et sur lesquelles je ne m'étendrai pas en me contentant de deux exemples appartenant à un passé déjà lointain et qui ont pour but de montrer, à contrario, le progrès décisif que constitue la prise en compte actuelle du développement durable.

 
         Au milieu des années 50, la Bible s'appelle l'Ere des Managers de Burnham dans laquelle il démontre, en 300 pages, que le pouvoir dans l'entreprise est passé des actionnaires à des dirigeants salariés pour des raisons qui paraissent aujourd'hui évidentes : la compétence nécessaire et non liée à la fortune pour diriger des ensembles d'une complexité croissante, donc, "exit" un des acteurs. Restent, face à face au pouvoir, le manager et un contre-pouvoir le personnel, en la personne de ses représentants.

 
         Ceci est doublement sommaire explicitement et implicitement : d'une part, l'actionnariat continue à exister, même s'il délègue tout pouvoir de gestion ainsi que la conduite stratégique. Il se réserve, en effet, une action rare mais fondamentale : le remplacement éventuel des dirigeants en fonction des résultats obtenus. D'autre part, le non-dit exprime un choix évident. Les dirigeants sont les "bons", stratèges avisés, etc., tandis que les syndicats sont les "méchants", défenseurs d'intérêts corporatistes allant jusqu'à mettre en péril l'existence même de l'entreprise (Lee Yacoca vs Jimmy Hoffa).

 
         Dix ans plus tard, la plage commence à sourdre à travers les pavés. La nouvelle vérité libératrice est l'autogestion yougoslave. Le thème triomphant est celui du travailleur - citoyen qui ne peut pas être roi le dimanche, comme électeur, et serf le lundi comme salarié. Quand on est capable d'élire le Président de la République, pourquoi ne le serait-on pas pour choisir son PDG ?

Ceci n'a rien d'idiot en soi, mais le denier du rêve est largement acquitté et nous sommes donc loin de la solution miracle aux conflits, comme le prouve, d'ailleurs, le déroulement des événements en ex-Yougoslavie où l'autogestion s'est dévoyée au profit des satrapes de la Nomenklatura.

 
         La recherche du développement durable, elle, fait exactement le contraire de ce que nous venons d'examiner. Elle englobe tous les facteurs qui favorisent ou, au contraire, compromettent l'avenir de l'entreprise.

         Il est évident qu'une firme qui aurait des rapports conflictuels avec ses clients, ses actionnaires, ses salariés, ses fournisseurs, ses sous-traitants et plus généralement son environnement (proche ou plus lointain) serait en très mauvaise posture.

         A contrario des rapports paisibles et même, si possible, harmonieux avec tous ces acteurs sont un gage de prospérité permanente.

 
         L'art en la matière est donc de pratiquer un arbitrage permanent entre les intérêts en présence qu'on a longtemps considérés comme antagonistes.

         A priori, des salariés mieux payés que chez les concurrents amputent les bénéfices au détriment des actionnaires ; il en va de même dans le cas de dépenses trop importantes en matière d'environnement, etc.

         Un effort de conciliation est donc indispensable. Il doit, avant tout, partir d'une vision partagée de l'avenir, à long terme, de l'entreprise.

         Le manager a donc comme tâche essentielle (et, d'ailleurs, également existentielle) de rêver l'entreprise à l'horizon de 10 ou 20 ans et de faire partager sa vision à tous les acteurs concernés. Nous ne sommes donc pas loin de la conception de Burnham dont je parlais tout à l'heure.

 
         La recherche de cette vision de l'entreprise à long terme et la diffusion de cette image réclament un travail long et difficile qui consiste à : écouter les muets, convaincre les sourds, réconcilier les myopes et les presbytes.

         En peu de mots, "écouter les muets", c'est oublier les "braillards" et chercher quelle est la pensée profonde de la majorité silencieuse ; "convaincre les sourds", c'est répéter sous dix formes différentes quel rêve on peut faire pour l'entreprise et comment le matérialiser ; "réconcilier les myopes et les presbytes", c'est arbitrer lentement, patiemment, entre les tenants d'une dépense de 500 millions de dollars "faute de quoi nous ne serions plus leaders mondiaux dans 20 ans" et les défenseurs d'une économie dans la recherche de 500 000 dollars "qui va aggraver notablement notre endettement".

 
         Une fois le consensus établi, les divergences toujours possibles entre acteurs relèvent d'une négociation cadrée et de compromis raisonnables. Il est alors souhaitable (et même nécessaire) d'entreprendre, de mener à bien et de contrôler un certain nombre d'actions qu'on peut énumérer :

                   - promouvoir une charte du développement durable comprenant la protection de l'environnement mais dépassant largement cette notion

                   - rajeunir la notion d'intérêt général et construire la mesure d'une nouvelle efficacité par la prise en compte des coûts sociaux et environnementaux même s'ils n'ont pas (pas encore ?) de traduction comptable

                   - mobiliser, en permanence, les acteurs économiques et sociaux

                   - élargir la gestion sociale aux sociétales (drogue ou alcoolisme par exemple) ce qui est difficile mais essentiel

                   - enfin, tendre la main aux collectivités territoriales, en particulier à celles du sud.

 
         Ce dernier point me paraît d'une importance fondamentale comme nous allons le constater en examinant les résultats enregistrés au Sommet de la Terre de Johannesburg qui ont déçu (ou dépité) les participants traditionnels à ces grands-messes : fonctionnaires "verdis sous le harnais", journalistes "coquelicots" ou "coccinelles" et, parmi les ONG, tout ce qui s'apparente aux khmers verts.

         Ceci n'a rien de surprenant car tous ces acteurs se sont vu ravir la vedette par de nouveaux participants au tout premier rang desquels on peut distinguer les collectivités territoriales des pays en voie de développement et les entreprises occidentales.

 
         Ce passage partiel de témoin s'explique aisément comme nous allons essayer de le montrer.

         Les Gouvernements (y compris ceux des pays riches) sont obligatoirement pauvres et maladroits, deux points que nous allons examiner d'un peu plus près. Ils sont pauvres car pris en tenailles entre les recettes et dépenses. En matière de recettes, il serait sans doute excessif de parler de moins disant fiscal comme arme dans la compétition entre les pays développés (terme préférable à riches). Toutefois, il serait, à contrario, naïf d'ignorer que : "trop d'impôt tue l'impôt" du fait de la délocalisation possible des personnes et des activités. La modération fiscale est donc une obligation.

 
         En matière de dépenses, il faut noter deux choses. D'abord qu'il est pénible (mais pas révoltant) d'être pauvre dans un pays pauvre, mais qu'il est douloureux et révoltant d'être pauvre dans un pays riche, d'où les dépenses dites sociales qui atteignent de très hauts niveaux ; ensuite, si on ajoute les moyens consacrés aux facteurs de souveraineté (armées, relations internationales, etc.) et de maintien de l'ordre (justice, police, etc.) qui augmentent avec le nombre de partenaires et l'accroissement des déséquilibres, on voit bien que les possibilités d'intervention des Gouvernements en matière d'aide aux pays sous-développés sont forcément limitées.

         La preuve de cette pauvreté, toute relative bien sûr, on peut la trouver dans les difficultés des pays d'Europe de l'Ouest à respecter les critères de modération des déficits publics.

 
         Pourquoi ai-je également pu dire que les pays développés étaient obligatoirement maladroits dans leurs interventions ? Pour le montrer faisons un rêve : un pays pauvre mais honnête, l'Utopia, est très apprécié des capitales européennes. Il a grand besoin d'une centrale électrique. Il recueille, pour ce faire, des dons : 50 de la France, de la Grande Bretagne, de l'Allemagne, 30 de l'Espagne et d'Italie, etc. Comme les donateurs aiment autant (mais pas plus) le Zambèze que la Corrèze, ils exigent, très logiquement, que leur cadeau soit employé à acquérir des produits de leur propre industrie. Nos Utopiens vont donc disposer d'une centrale ayant une chaudière française, une allemande et une britannique, des turbo-alternateurs espagnols et italiens, un contrôle de commande flamand, etc. On peut douter de la capacité de ce monstre à produire, beaucoup et longtemps, dans un pays où la main d'oeuvre technique n'est pas au meilleur niveau.

         En ce qui concerne les ONG, très généralement pleines de bonne volonté, elles sont peu pourvues en moyens et trop souvent utopiques ("nyaka", "fokon" ...) Elles restent toutefois irremplaçables dans les micro-opérations qui intéressent environ 15 % des populations en situation de carence. Il n'est donc pas question de sous-estimer leur apport au développement durable des pays en voie de développement mais de constater, lucidement, qu'elles sont de peu de poids dans les métropoles urbaines du tiers-monde.

         Cet élargissement des responsabilités devrait nous réjouir car il ouvre des perspectives concrètes très importantes, du fait que les collectivités territoriales savent et que les entreprises peuvent et maintenant veulent - chaque fois qu'elles ont compris le contenu réel du développement durable - qu'il est de leur intérêt d'en faire un axe stratégique de leur action.

 
         Hors le domaine de la santé, nous disposons déjà d'exemples spectaculaires portant sur des milliers de personnes. Je prendrai trois exemples :

         Comme membre de la section "pétrole et gaz" de la Commission franco-soviétique, j'ai eu le plaisir de participer à un dîner offert par Monsieur Bérégovoy à son co-président, Monsieur Lev Voronine. Au début du repas, celui-ci a fait un discours que les participants n'oublièrent pas : "Pour parvenir au même résultat que vous, occidentaux, (1 000 tonnes de fonte ou 500 bottes en caoutchouc) l'industrie soviétique consomme trois fois plus de "tout". Trois fois plus d'hommes, trois fois plus de temps, trois fois plus d'espace, trois fois plus de matière premières et trois fois plus d'énergie. Il y a là une véritable malédiction".

         Avant de sourire de cette lucidité (ou de l'admirer) passons donc nos activités au crible du benchmarking international. Les progrès n'y sont pas de 1 à 3, mais une dose raisonnable de sobriété ne saurait nuire... Je reprendrai volontiers mon slogan du premier choc pétrolier : "Mieux vaut des travailleurs en pull-over que des chômeurs en bras de chemise...".

 
         Le second exemple concerne la ville de La Paz. Ayant constaté qu'un quart de la population ne disposait pas d'une eau courante de qualité, la municipalité a lancé l'appel à la concurrence le plus court du monde : "Si je vous accorde la concession de la distribution d'eau pour toute l'agglomération pendant vingt ans, avec maintien des tarifs actuels (indexation sur la seule inflation), quelle proportion de la population, non desservie aujourd'hui, allez-vous raccorder dans les quatre ans qui viennent ?" Réponse : 100 %. Il existe de très nombreux exemples de même nature et la méthode est généralisable, pour peu que la collectivité publique concernée soit fiable.

 
         Troisième et dernier exemple, le Conseil Economique et Social (CES) a effectué une étude sur les besoins énergétiques à long terme (2020) des pays situés à l'Est et au Sud de la Méditerranée. Une mise à niveau correcte réclamerait des investissements d'environ 250 milliards de dollars ce qui est important mais pas prohibitif pour 305 millions d'habitants et vingt ans de travaux. L'opération se simplifie beaucoup si on remarque que presque la moitié des réalisations nécessaires consiste en centrales de production d'électricité, domaine qui se prête à merveille aux B.O.T. (build, operate, transfert).

         Ce filon est-il exploité ? Réponse : oui et très bien aux deux extrémités, en Turquie, où il existe même des B.O.T. en hydroélectricité, et au Maroc. D'où la conclusion suivante, il faut demander au Turcs et aux Marocains d'expliquer à leurs voisins et amis qu'il existe une "baguette magique" sous réserve que leur état de droit soit stable et reconnu comme satisfaisant sur le plan international. Des résultats substantiels ont été obtenus en la matière en Egypte et en Tunisie...

         Il n'est donc pas utopique de penser que les orientations révélées à Johannesburg connaîtront des résultats importants, voire gigantesques, en apportant une eau de qualité et une énergie moderne aux milliards d'hommes qui en sont aujourd'hui dépourvus.

         Il s'agira, le plus souvent, mais pas toujours, d'une collaboration active et intelligente entre responsables des collectivités territoriales (pays, régions, villes) et des entreprises des pays développés, adeptes du développement durable.

         Ce mariage fécond du public et du privé ne peut surprendre ou choquer que les esprits étroits et dogmatiques. Il en reste, hélas...

  

DEBAT

 Premier intervenant

          Depuis l'accident de Seveso, pensez-vous qu'il soit nécessaire d'élaborer un code international de protection des formes de vie (personnes, nature, biens ...) et de créer une juridiction dans tous les pays, pour prémunir les citoyens vis à vis de tels drames ?

  

Pierre DELAPORTE

          Quelques mots sur Seveso. Je pense que, malheureusement, c'était un faux drame, dont la publicité a été énorme.

         Il sera très difficile de mettre cela sur pied, d'autant que cela prend énormément de temps, même si les idées, à l'origine de tels projets, sont bonnes.

         Or, nous avons besoin de résultats rapides et efficaces vis à vis des biens de première nécessité, avec, en priorité, l'accès à l'eau, à l'électricité et aux médicaments. De tels projets sont liés à la confiance établie entre les contractants. Les politiques doivent donner des gages de bonne gouvernance.

 
         Le sommet de Johannesburg nous a, au moins permis d'entrevoir, contrairement aux voeux pieux émis à Rio, combien ces rêves serait accessibles.

  

Deuxième intervenant

          La Banque Mondiale est-elle hostile au développement de ce type de partenariat public / privé ? Qu'en est-il de la solvabilité de la demande ?

  

Pierre DELAPORTE

          La solidarité géographique joue beaucoup.

 
Nous assistons parfois à des contre-performances. Prenons l'exemple du projet de la Lyonnaise des Eaux à Buenos Aires. L'endettement s'effectuait en dollars et les recettes en Pesos. Avec la chute du Peso, la situation est devenue très difficile. Il convient de trouver des solutions et de rétablir un équilibre.

Je crois profondément que le facteur principal de réussite réside dans la confiance. Le gouvernement argentin était de bonne foi. Qui paiera ? Les banques régionales de développement apportent souvent leur aide. Ces acteurs sont les bienvenus, cependant, tous ne font pas preuve d'imagination.

  

Marc COEUILLET, Ancien Directeur des Achats et des Relations techniques - PSA

 Dans quelle mesure doit-on avoir recours au principe de précaution ? Comment gérer les risques ? Quelles sont les actions à entreprendre ?

  

Pierre DELAPORTE

          Le problème principal réside dans la difficulté de mesure du risque. Qu'est-ce qu'un risque tolérable, ou une "chance de survenance" faible ? Quant au principe de précaution, il masque souvent un certain immobilisme. Dans le domaine de la santé, il risque d'entraîner un triomphe de l'ignorance.

 
         Accepter un risque de probabilité faible et de conséquences maîtrisables, peut créer de sérieux malentendus. Les exemples du barrage d'Assouan ou de la centrale nucléaire de Tchernobyl n'ont rien à voir avec les choix de construction de barrages ou de centrales nucléaires en général.

 
         Penchons-nous sur la situation actuelle en Chine. Son développement en matière d'énergie est inquiétant car il est, majoritairement, à base de charbon et nécessite des quantités énormes. Leur apport en gaz à effet de serre est gigantesque. Les Chinois en sont conscients et se disent prêts à faire des efforts. Pour cela, ils ont besoin d'une forte coopération internationale et, notamment, de la Banque Asiatique de Développement.

 
         En général, les pays développés ont connu l'évolution suivante : ils sont passés de l'énergie tirée du charbon, au gaz, puis au nucléaire et enfin à l'hydraulique.

  

Quatrième intervenant

          Faut-il se féliciter des priorités dégagées en matière de développement durable à Johannesburg ?

         Il faudra trouver des solutions car les problèmes à effets globaux existent.

  

Pierre DELAPORTE

          Tout est une question de priorités.

Premièrement, les institutions internationales doivent jouer un rôle central. Beaucoup d'industriels ont compris qu'augmenter les normes leur permettaient d'éliminer des concurrents... Les effets peuvent être pervers si la réglementation internationale ne vérifie pas ces tendances.

         Deuxièmement, les problèmes doivent être considérés de manière globale or, si les institutions internationales excellent dans de nombreux domaines, elles sont souvent défaillantes sur ces sujets du fait d'un manque de dialogue entre elles. Chacun travaille dans son coin. Comment, alors, faire appel à des entreprises sur des thèmes d'intérêt global avec un encadrement disparate ?

         Troisièmement, la question essentielle des infrastructures. Prenons l'exemple des pays du Sud-Est européen. Le partenariat public / privé connaît de multiples difficultés car il n'existe pas de cadre commun pour régler les différents entre les parties. Il est difficile de mettre sur pied des alliances solidaires et de faire fonctionner les instances de conciliation. Ces pays n'ont pas eu le choix du développement durable, parfois mal fait, car de nombreux préalables sont à mettre en évidence avec une implication forte des organisations internationales. Un important travail est à mener pour décanter ces idées et créer les cadres juridiques adaptés.

  

Madame CHOPPIN DE JANVRY, Représentante AIC à l'UNESCO

          Les organisations non gouvernementales (ONG) ont besoin d'une base minimum pour être efficaces, or, dans de nombreux pays, les ceintures pauvres des villes n'ont pas, non plus, accès à la propriété. Les relations s'établissent avec les communautés de quartiers, en dehors de la légitimité de l'Etat, ce qui pose, bien évidemment, de gros problèmes.

         Que fait-on, également, pour les nombreux pays en développement, actuellement en guerre civile ? Comment pourront-ils, un jour, bénéficier de cette coopération, leur permettant l'accès vital à l'eau, à l'électricité... ?

         Enfin, la priorité numéro un du développement durable n'est-elle pas l'éducation ?

 

Pierre DELAPORTE

          Le travail en étroite collaboration avec les ONG est essentiel, notamment, lorsque les élus locaux sont peu honnêtes. Heureusement, un bon travail est réalisé avec les associations. Les partenariats public / privé ont besoin de relais locaux dignes de confiance.

         Vous évoquiez les difficultés générées par le manque d'accès à la propriété. Souvent, même, les habitants n'ont pas, non plus, de papiers d'identité ! Ainsi, les factures d'eau ou d'électricité peuvent, parfois, servir aussi à donner un statut à ces personnes. En cela, cette aide fait partie du succès de tel ou tel projet.

         Quant à l'éducation, il convient, effectivement, de s'inquiéter, d'une part du manque d'accès à une éducation de qualité et d'autre part du pillage des cerveaux (au Maroc par exemple). Le défi est de trouver comment assurer une éducation minimale pour un maximum de gens. Cela est-il plus simple en agglomération ?

 

 SEM Nestor KOMBOT NAGUEMON, Ambassadeur de la République Centrafricaine

          La question du développement durable, n'est-elle pas un mythe dans les pays en développement ? Dès lors que les 3M (Man, Money, Machine) prévalent dans un contexte instable, ponctué de coups d'Etat. Comment réaliser, déjà, un minimum de développement ?

  

Pierre DELAPORTE

          Je ne crois pas à "l'ascenseur du développement", mais plutôt à une évolution marche par marche s'inscrivant dans la durée.

         Prenons l'exemple de l'Algérie. Raccorder un village algérien au réseau électrique c'est : "7 jours de bonheur, 7 ans de malheur". Pourquoi ? Car, apporter une possibilité technique génère aussi de nouveaux besoins (télévision, etc.). Il en est de même pour la photoélectricité ou les éoliennes dont les capacités sont, à l'évidence, limitées.