FORUM DU FUTUR


"L'Afrique à Gleneagles, le point de vue français"

Petit-déjeuner débat du mardi 31 mai 2005 à la Résidence Saint Dominique

animé par :

M. Michel CAMDESSUS, Gouverneur Honoraire - Banque de France


Synthèse

 
         Le sommet du G8, à Gleneagles, abordera la situation de l'Afrique aujourd'hui, en 2005. M. Camdessus a réalisé un rapport à ce sujet dans lequel il souligne que les fléaux actuels de l'Afrique sont multiples. Il s'agit du sida, de la difficulté de la recherche de l'eau potable et un certain nombre de difficultés issues du passé, Darfour, la corne de l'Afrique. Avec de nombreuses guerres et guerres civiles, l'Afrique est, aujourd'hui, un terreau pour le terrorisme. Il est essentiel de redonner l'espoir à l'Afrique et ce, avec une impulsion forte.

         L'Union africaine se développe, évolue et, au fur et à mesure, les conflits diminuent. L'inflation est inférieure à 10%.

         Quels points réalisés au 20 septembre 2005 ? Les objectifs prioritaires sont l'éducation primaire, la réduction de la pauvreté, de la famine, de la malnutrition, et de la corruption, l'accès à l'eau potable et, bien évidemment, la paix.

         Une aide financière est proposée. Mais il est essentiel que les Africains jouent un rôle déterminant pour instaurer une bonne gouvernance et la paix.

 

         Pour ce qui concerne le commerce, il faut permettre les exportations africaines, baisser les barrières douanières, faire de Doha le site du développement, reconnaître au coton et au sucre des avantages comparatifs plus forts et donc, vraiment baisser les barrières douanières. L'Afrique est un continent "agricole" où il n'y a que 4% de terres arables. Elle souffre, par ailleurs, d'une absence grave d'infrastructures et aussi d'un manque de compétitivité.

         Pour ce qui concerne les financements, trois sont cruciaux : la santé, l'éducation et la pauvreté.

Pour la santé, des engagements solennels ont été pris, notamment, dans la lutte contre le sida. Un fond mondial a été créé mais, pour l'instant, les financements ne sont pas à la hauteur. Il faudrait, en effet, 10 milliards de dollars par an pour lutter contre ce fléau. Il faut, pour cela, développer le réseau des centres de soins, former près d'un million d'infirmières et de médecins susceptibles de traiter cette maladie et les autres plaies de l'Afrique.

         Deuxième axe de financement, l'éducation. Des plans d'accélérations seraient mis en place avec un enseignement primaire universel et gratuit, un renforcement de l'enseignement secondaire et la restauration des universités très dégradées.

         Enfin, le troisième axe majeur, c'est donc la réduction de la pauvreté et le développement. On note toujours un manque cruel d'infrastructures.

         Le président du Sénégal, M. Wade, a lancé il y a quelques années, un important appel au privé, aux entreprises qui, pour l'instant, n'a pas donné les résultats escomptés et est plutôt un échec.

         Ces financements sont de quelle origine ? Ils sont africains. En effet, le but est de mieux orienter l'épargne locale. Ils sont mondiaux et l'objectif est d'accroître nos contributions. Le problème majeur de l'Afrique, c'est la dette qui n'est pas payable et envers laquelle beaucoup de dictateurs ont eu des comportements très frivoles. Est-ce qu'elle serait effaçable cette dette, à partir du moment où elle est impayable ? Non, l'objectif est de la réduire pour la mener à un paiement résiduel supportable et donc, de ne pas l'effacer mais de la rendre supportable et acceptable par les pays, de telle sorte à ne pas porter atteinte à leur développement. Il faut une soutenabilité de la dette. Elle a été réduite, d'environ 50 milliards de dollars et ceci a permis une augmentation sensible en investissements humains. Cependant, un certain nombre de pays ont encore régressé, comme le Nigeria où, pourtant, les réserves en pétrole sont bien réelles. Pourquoi une réduction de 50 milliards seulement ? Il y a tant de besoin concurrent, mais les grands pays ont une responsabilité majeure et il est important qu'ils tiennent parole.

 

         Les ressources en Afrique sont limitées. Il existe deux solutions différentes. La première, celle d'une aide à 0,7 % du PIB de chaque pays qui irait pour l'Afrique. Le Président Chirac avait proposé 0,5 % de 2007 à 2012 et ce passage à 0,7 % en 2013, ce qui est déjà une avancée. La création d'un fond qui faciliterait le financement international a été également retenu et suivi par la France. Les débats sont en cours et dont la France tente de convaincre d'autres pays à créer ce fond.

         L'autre idée serait de taxer les nouvelles ressources tels que le transport aérien, les transactions financières internationales même si la taxe Tobin n'est plus d'actualité et donc, dans ce contexte de la mondialisation. M. Lula, président du Brésil, a proposé que nous inventions de nouvelles ressources, par exemple, des taxes sur les ventes d'armes, en vue, par exemple, de développer les campagnes de vaccinations. Donc, telles sont les idées, dans la perspective du prochain G8 visant à encourager l'Afrique à prendre en main, elle-même, son avenir et son développement.

  

DEBAT

  

Première question posée par le Sénateur de Villepin. Tout d'abord, il se demande s'il est possible de s'engager par un certain nombre de promesses, alors que la conjoncture internationale est plutôt difficile en ce moment. Comment avoir une vision à long terme, alors que le court terme est déjà assez hypothéqué et restreint les possibilités ?

         Il demande également si M. Camdessus pourrait parler de quelques exemples positifs de réalisations qui auraient fonctionnés dans un certain nombre de pays africains et qui pourraient servir d'exemple.

 
Réponse : Un certain nombre de projets visant à permettre l'accès à l'eau potable à une distance raisonnable ont été mis en place. Il faut savoir que cette question, au niveau mondial, touche 2,4 milliards de personnes et qu'aujourd'hui, environ 6 000 personnes par jour meurent suite au manque d'eau, aux guerres et au sida. De gros efforts ont été réalisés dans l'assainissement de l'eau et suite à la conférence de Johannesburg. Les espoirs sont nombreux, cependant, il ne faut perdre de vue l'énormité des coûts pour réaliser ces 3 à 400 000 raccordements par jour, en vue de créer un réseau d'eau potable. C'est possible, mais les défis sont très importants. En tous les cas, et c'est ce que contient le rapport aux Nations Unies, il est très important d'associer public et privé pour permettre cela et la réalisation de ces projets parallèlement à un essor de l'urbanisation qui est exponentiel en Afrique.

         Pour répondre à la deuxième partie de la question, quelques exemples de bon fonctionnement africains, le Botswana qui ne s'en sort pas trop mal aujourd'hui, même si le sida y est présent. L'Île Maurice, mais qui est un cas bien particulier. Le Mozambique qui, aujourd'hui, se remet doucement mais sûrement d'une guerre civile atroce. Le Ghana est également un bon exemple, même s'il est moins spectaculaire que le Mozambique. L'Ethiopie a connu une guerre absurde en Erythrée et a des difficultés alimentaires et d'accès à l'eau potable. Mais l'Ethiopie connaît une certaine croissance aujourd'hui. On peut parle aussi du Niger, du Mali, du Bénin, de la Tanzanie, dans une moindre mesure et de l'Ouganda et du Rwanda.

 

         La deuxième question porte sur les Etats issus des empires coloniaux

 
Réponse : En fait, la bonne marche des différents pays est donc très liée à leur passé proche puisque de nombreux pays ont été secoués et ravagés par les guerres civiles, mais également par les différents héritages issus des empires coloniaux. Nous avons légué une conception de l'Etat qui est, pour l'Afrique, relativement encombrante. Elle date des années 60 et c'est un amalgame de colbertisme matiné de socialisme. Nous avons, de surcroît, encouragé des relations post-coloniales qui ont instauré, un certain nombre de mauvaises habitudes dans nos rapports avec les élites africaines. Cette relation paternaliste a, elle, des conséquences plutôt négatives. Ces liens ont souvent servi les caprices des dirigeants, mais ils ont aussi contribué au maintien d'un approche de la vie publique orientée vers une action positive et résolue de l'Etat pour le développement. Mais, la situation est très différente en fonction des pays. Pour ce qui concerne les ex-colonies anglo-saxonnes, elles ont été moins maternées. Ils ont été invités, plus vite à plus de transparence et à soumettre leur politique au jugement de la communauté internationale et de leurs opinions publiques. Parfois, ce sont des pays où la modernisation est plus effective, tout comme l'Etat y est peut-être plus rapide. Mais c'est vraiment du cas par cas.

 
 

         Une remarque soumise par un intervenant sert de conclusion au Petit-déjeuner. Comment soutenir nos exportations et, en parallèle, aider les pays en voie de développement. C'est un réel casse-tête et il faut y penser dans un contexte économique mondialisé. L'OMC a un rôle important à jouer.

         Autre interrogation : le problème de l'eau est essentiellement un problème féminin puisqu'en Afrique les femmes y consacre jusqu'à 15 ou 16 heures par jour, que 300 millions d'habitats sont dispersés et dont 30 % seulement ont un accès correct à l'eau et ceci a un coût annuel de 22 milliards de dollars. C'est donc le problème le plus difficile et avec différents impacts globaux très importants puisque, en fait, de très nombreux autres objectifs en dépendent comme l'éducation des filles puisque si elle consacrent moins de temps à la recherche d'eau, les petites filles pourront aller à l'école. Seulement 5 pays en Afrique ont une réelle politique vis à vis de l'eau et de l'urbanisation qui continue à être galopante et désorganisée. Il est très important de passer par des associations locales de femmes qui connaissent les besoins et qui permettent de soutenir et de bien redistribuer les investissements dans les lieux les plus dispersés. Le coût annuel de l'eau est de 22 milliards de dollars alors que les besoins qui ont été, jusqu'à présent, estimés par les Nations Unies à 14 milliards de dollars sur 10 ans. Donc, il y a vraiment un décalage entre les prévisions et les coûts réels.