FORUM DU FUTUR


"Les conséquences 

de l'élection présidentielle américaine"

Colloque du jeudi 7 novembre 1996 à l'Assemblée Nationale


 
Amiral (cr) Jean BETERMIER

 En l'absence de notre président Jacques Baumel qui est retardé dans un aéroport régional, je suis heureux de vous présenter et d'accueillir ce soir quatre éminents spécialistes qui ont la gentillesse de venir répondre aux interrogations que nous pouvons nous poser au lendemain du scrutin présidentiel américain.

 Tout d'abord, nous entendrons le Dr Robin Laird, grand spécialiste des questions de défense et sécurité aux Etats-Unis. Ancien collaborateur de Monsieur Brzezinski, il présente la caractéristique d'être à la fois spécialiste de politique intérieure et de politique étrangère. Les démocraties ont rarement aujourd'hui des politiques étrangères qui ne soient pas étroitement dépendantes des politiques intérieures c'est dire combien Robin Laird est bien placé pour nous parler ce soir.

 Nous entendrons ensuite le point de vue du chercheur avec le Dr André Kaspi, Directeur des Sciences de l'Homme et du Département Société au CNRS, puis le point de vue du parlementaire avec monsieur Aymeri de Montesquiou qui est vice président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée Nationale et enfin le point de vue du diplomate avec l'ambassadeur Claude de Kemoularia qui à longtemps représenté la France à l'ONU.

 Sans plus tarder, je demande au Dr Laird de nous faire part de ses impressions au lendemain de cette élection.

 

Dr Robin LAIRD

 Pour commencer, je voudrais revenir sur quelques unes des choses que j'ai lues à travers la presse française sur le résultat de cette élection. En premier lieu et à mon sens, il ne s'agit pas d'une "victoire" du parti démocrate mais de celle du président Clinton. Il n'est pas très facile de connaître le futur rôle des partis au cours de prochaines années, mais c'est Bill Clinton qui va définir l'ordre du jour de la politique des Etats-Unis.

 Toutefois, il faut relativiser son succès car d'après les résultats officiels des suffrages exprimés, si Monsieur Ross Perrot ne s'était pas présenté, il n'est pas certain que Monsieur Clinton aurait gagné. En réalité, et compte tenu du taux d'abstention, il semblerait que le président Clinton ait gagné avec seulement  24 % des suffrages. D'un autre côté, les Républicains ont, eux-aussi remporté une "victoire", parce qu'ils restent le parti majoritaire. Il y a plusieurs raisons à cela :

 - Les Républicains contrôlent trois centres de pouvoirs : un peu plus de 75 % des Etats des Etats-Unis, au niveau des Gouverneurs. Ils contrôlent également le Sénat et la Chambre des Représentants. Il est important de signaler l'émergence de républicains "nouveaux venus" issus des dernières élections et réélus.

 Certes le président Clinton a été élu, mais les Républicains restent puissants. Il ne s'agira pas pour autant de cohabitation au sens français du terme.

 Le président Clinton est démocrate, au cours de sa campagne il n'a fait aucune promesse. Il sera donc à même de toutes les tenir ... Le Washington Post a tenté d'expliquer ce phénomène en avançant l'idée que le public se méfiait des hommes politiques qui faisaient trop de promesses. En ne proposant rien, le président Clinton ne figeait rien, et ne donnait pas de faux espoirs, ce qui correspondait exactement au souhait général de la population américaine. Il a défini le Centre et a été très habile à ce jeu ; son gros problème pour l'avenir sera l'absence de majorité politique.

 Que va-t-il réellement faire maintenant ? Au cours de son premier mandat, en matière de politique étrangère, il y a eu deux Clinton ; les deux premières années, avec des personnalités telles que Warren Christopher et Cyrus Vance issus de cette aile du parti c'était un peu comme si on avait eu un gouvernement "Carter" ; il croyait à des idées bien morales, à la sécurité globale, au dialogue avec l'adversaire. C'est à cette époque qu'il y a eu ce manifeste sur le renouveau des Nations Unies, la sécurité collective en Europe, ... Rappelez vous, il y a eu un essai qui a été publié par le secrétaire d'état à la défense concernant le rôle de l'OSCE en Europe. Au cours des deux premières années de ce premier mandat Bill Clinton a proposé beaucoup d'idées de ce type.

 Ensuite, durant la seconde moitié du mandat le président Clinton à fait l'inverse de ce qu'il avait préconisé durant deux ans. Il y a eu un revirement spectaculaire. Il a découvert certaines politiques régionales spécifiques. Il a essayé de trouver un équilibre des pouvoirs suivant les régions, équilibre qui irait dans le sens de l'Amérique. C'est un président enthousiaste, qui va droit au but. Je me demandais, "mais que s'est-il passé avec le multilattéralisme, l'ONU, et le FMI ? Où en sont tous ces organismes internationaux ?" A mon avis, en fait, le vrai Clinton est celui là.

 Aujourd'hui le président Clinton doit définir la ligne politique de son deuxième mandat. Que va-t-il faire ? Qui va-t-il nommer aux postes clefs ? Quel sera l'ordre du jour ? Comment attaquer l'avenir sans la contrainte d'une prochaine élection ? Il y a quelques grands dossiers auxquels il devra s'attaquer dès le début de son mandat dont un majeur, celui de la restructuration du système de sécurité nationale qui est archaïque et lourd. Ces dernières années l'administration militaire aux Etats-Unis a été complètement bouleversée et tout ceci aura un impact considérable sur l'élaboration de la prochaine  politique étrangère.  Il a déjà beaucoup oeuvré ces deux dernières années pour essayer d'améliorer les choses, par exemple la réorganisation du service de renseignement, la restructuration du commerce, celle des aides humanitaires. Ces modifications sont fondamentales. Pour le prochain mandat, les décisions qu'il prendra sur les grands dossiers, auront des répercussions énormes pour l'équilibre mondial :

 - Au Moyen-Orient ; La politique élaborée par Monsieur Warren Christopher au cours des vingt dernières années est en train de s'effondrer. Non pas parce que Monsieur Christopher a échoué, mais parce que le gouvernement israélien est dirigé par quelqu'un qui ne s'intéresse pas à la Paix, d'autre part il n'y a pas beaucoup de dirigeants arabes qui soient en mesure d'imposer cette paix. C'est une situation explosive. Les Etats-Unis ont une influence relative mais limitée. Il faudra mettre sur pied une nouvelle équipe pour réduire ce problème du Moyen-Orient et coopérer avec les européens.

 - En Asie et en Corée ; il est difficile d'établir une politique étrangère suivie car la situation est extrêmement évolutive entre la Chine, le Japon et une péninsule coréenne tout à fait explosive. En réalité les coréens du sud essayent d'éliminer la Corée du nord et il y a des pressions pour cela au sein des Nations Unies. Le gouvernement de la Corée du sud pense que le moment est venu pour essayer de rejeter les coréens du nord. Le gouvernement américain n'est pas très enthousiaste à cette idée et essaye d'améliorer la situation en coopérant avec le Japon et la Chine.

 Quant à la Chine, certaines analyses montrent que son développement économique va la rendre plus coopérative avec les Etats-Unis et les autres pays en général, c'est ce qu'on appelle la politique néo-marxiste. D'autres experts sont au contraire inquiets devant le comportement des chinois, le développement de leurs forces armées qui pourraient devenir une menace à l'encontre de la Corée et du Japon.

 - L'Europe et la Russie ; Le problème est complexe : La politique poursuivie par les Etats-Unis au cours de la période de l'après guerre mondiale devrait continuer à fonctionner du moins c'est ce que les américains espèrent. Les présidents Bush et Clinton ont considéré qu'il suffisait d'appliquer la même formule que celle qui avait marché après la deuxième guerre mondiale : propagation de la démocratie, stabilisation par les alliances, etc. ... En général la sagesse populaire pense que cela va fonctionner. Personnellement je me pose des questions. Tout d'abord, la Russie est un pays explosif et ce n'est pas parce que l'on fera une kyrielle de voyages à Moscou pour essayer de négocier que cela va résoudre les problèmes. Nous négocions depuis plusieurs années sur le nucléaire sans résultat. En Russie il n'y a aucun contrôle des armes nucléaires. Nous n'avons pas réduit la menace nucléaire bien que nous prétendions le contraire, il y a là bas des matériaux fissiles en grande quantité qui pourraient aller n'importe où. On ne sait pas où se trouvent les quarante mille ogives nucléaires existantes.

 En ce qui concerne l'intégration de l'Europe de l'Est au sein de l'Otan et de l'Union Européenne, je pense que si nous avions vingt ans devant nous, cela marcherait plus facilement à court terme. En dépit de la visite du président Chirac en Pologne, je ne comprend pas comment un pays comme la France qui traverse une situation difficile peut souhaiter avoir la Pologne au sein de l'Union européenne. En fait comment espérer intégrer ces pays de l'Est et d'Europe centrale dans la zone de l'Union Européenne ? Comment nous, américains, pouvons nous le souhaiter étant donné que nous n'avons que des relations économiques indirectes avec la plupart de ces Etats ?

 La question se pose également vis à vis de l'Otan, mais, il semble que nous ayons à faire à deux problèmes très différents.

 D'une part la réforme militaire de l'Alliance atlantique me tient à coeur en tant qu'américain, parce qu'elle permet de faire certaines choses sur le plan de la sécurité. On peut supposer que l'on veut se préparer pour la prochaine crise du type Bosnie, mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas le plus probable. Par exemple comment pourrait-on défendre la Pologne ? Ou s'il y avait une crise en Méditerranée avec des armements de destruction massive, comment pourrions-nous espérer y faire face ? Je ne comprends pas le raisonnement ni les réformes qui se préparent au sein de l'Otan, alors que nous ne sommes même pas en mesure de gérer les menaces. Bien sûr, les français et les américains ne sont pas d'accord sur ce point, mais il faut comprendre que les problèmes militaires fondamentaux nécessitent un certain réalisme, or les diplomates ne sont pas très réalistes en la matière.

 Le second problème est un problème politique. J'ai entendu dire que l'élargissement de l'Alliance atlantique était politique et non militaire. A ce moment là, les russes vont certainement mettre les Etats Baltes sur le devant de la scène, ils ont un certain nombre d'atouts à mettre sur la table en ce qui concerne leur refus de l'élargissement de l'Otan. Le président Clinton sera alors confronté à un problème qu'il a cherché à éviter pendant quatre ans, c'est à dire définir la manière dont on peut négocier avec une Russie en pleine désintégration.

 Comment le Président Clinton va-t-il résoudre les trois problèmes que j'ai mentionnés ? Cela aura une grande influence sur la politique étrangère des prochaines années. Les répercussions seront considérables pour nos alliés en Asie ou en Europe. D'ailleurs ces alliés ont de plus en plus de relations entre eux, donc les Etats-Unis doivent essayer d'avoir une vision mondiale pour le XXIème siècle. C'est un défit de plus en plus difficile à relever. Il reste enfin à déterminer le rôle que  joueront les républicains dans ce processus. On dit que le président veut recréer une sorte de gouvernement bi-partisan, je pense que ce serait vraiment dans l'intérêt du pays et j'espère qu'il le fera.

 

André KASPI

 Ainsi que vient de l'indiquer le Dr Robin Laird, la victoire de monsieur Clinton n'est pas aussi significative que l'on pourrait le croire. C'était d'ailleurs déjà le cas en 1992 lors de sa première élection dont les résultats étaient Clinton 43 %, Bush 39 %, Perrot 19 %. Ce qui revient à dire que si Georges Bush a été battu en 1992, ce n'est pas par Bill Clinton, mais par Ross Perrot.

 Aujourd'hui nous retrouvons une situation semblable. Elle est comparable parce que le taux d'abstention a été le plus élevé depuis 1924, bien que dans le cas d'une élection présidentielle aux Etats-Unis, ce taux  ait toujours oscillé entre 40, 45 voire 50 % .

 On constate deux phénomènes d'accompagnement :

 - le premier : plus on descends dans la hiérarchie des scrutins, plus le taux d'abstention augmente,

- le second : plus on descends dans la hiérarchie socio économique ou socio culturelle, plus le taux d'abstention augmente.

 Il s'agit donc d'une tradition aux Etats-Unis que d'avoir un fort taux d'abstention, ce qui ne doit pas impressionner outre mesure les hommes politiques américains, qui en ont pris l'habitude.

 Toutefois il faut faire quelques observations. Premièrement, ce qui est le plus frappant, c'est la différence entre les candidats eux-mêmes et je rappellerais simplement qu'en 1960 John Kennedy opposé à Richard Nixon n'a remporté sa victoire qu'avec 17 centièmes de différence sur son adversaire. C'est alors qu'il a prononcé les paroles de son illustre prédécesseur Thomas Jefferson "On ne peut pas bâtir une politique de réformes sur une majorité étroite". Ce qui fait véritablement l'élection présidentielle, c'est la différence entre les personnalités des candidats et le taux d'abstention.

 On constate également que les électeurs n'ont pas confiance dans les formations politiques. Aujourd'hui, lorsque les américains votent, ils se basent sur les personnalités, les programmes et éventuellement les bilans présentés. Ils sont capables de "zapper" d'un candidat à l'autre comme d'une chaîne de télévision à une autre. Ils vivent une perte de confiance dans les formations politiques, et ceci est d'autant plus visible lors de l'inscription sur les listes électorales. Je rappellerais simplement pour qu'un nouvel électeur soit enregistré, il lui faut préciser son "appartenance politique" (républicain, démocrate, indépendant). Le nombre des indépendants est en constante augmentation. Cela ajouté au taux d'abstention élevé confirme l'observation sur le manque de confiance des électeurs dans les formations politiques traditionnelles.

 D'autre part, il ne faut pas considérer qu'il n'y a que deux formations politiques aux Etats-Unis, mais il est vrai que les autres partis rencontrent beaucoup de difficultés pour inscrire leurs candidats dans les cinquante états, ce qui leur laisse un rôle très faible.

 Seconde observation. Si l'on veut savoir où se situe la société américaine aujourd'hui, il faut observer l'ensemble des scrutins et pas seulement le scrutin présidentiel. Beaucoup de scrutins se déroulent en même temps qu'il s'agisse de législatives, de postes de gouverneurs, d'élections locales ou de propositions de référendums et montrent l'importance des questions débattues au niveau local.

 Les américains s'orientent de plus en plus vers le conservatisme et cela se voit à travers de nombreux exemples :

 - Le débat sur le rôle de l'Etat. Certes nous sommes encore loin de la philosophie politique que défendait le président Reagan, qui se résumait en disant que "l'Etat fédéral tenait une place excessive qu'il fallait réduire au maximum" est dépassée, où de celle défendue par les dangereuses milices armées de certains états affirmant que "l'Etat fédéral est pourri et qu'il constitue une menace sur la sécurité des Etats-Unis et le bien-être des américains", mais d'une manière générale, l'opinion va dans le sens d'une réduction de l'Etat, dans les domaines de l'économie et du social. De la réforme de la sécurité sociale du président Clinton en 1993 alors que le Congrès était encore à majorité démocrate, le prouve amplement. La défiance à l'égard de tout système fédéral s'est largement fait jour et, c'est une coalition démocrate et républicaine qui a rejeté ce projet.

 - L'immigration clandestine. Les Etats-Unis sont aujourd'hui le pays qui reçoit le plus grand nombre d'immigrants légaux soit près d'un million de personnes par an. A côté de cela, il y a les immigrants clandestins estimés à 300 ou 400 000 personnes par an. Les mouvements de xénophobie sont en progression constante et notamment la revendication pour que dans certains Etats l'anglais devienne la langue officielle. L'espagnol est devenu la deuxième langue des Etats-Unis, ce n'est plus à proprement parler, une langue étrangère.

 - La violence dans la société. Ce n'est pas un phénomène nouveau. Depuis la colonisation, les américains ont toujours possédé des armes. Aujourd'hui, les trafics multiples, l'insécurité dans les villes, le manque de législation sur la commercialisation des armes aggravent cette violence. En conséquence, les américains réclament de plus en plus de sécurité car ils craignent pour leur vie ou pour leurs biens. Dans un contexte électoral, ils voteront pour un candidat favorable à la peine de mort et plus conservateur.

 Enfin troisième observation, la politique étrangère ; un certain nombre de dossiers de politique étrangère sont devenus des dossiers urgents. La campagne électorale s'en est rarement fait l'écho. Là encore, c'est une tradition, les candidats à la présidence sont rarement élus sur leur programme de politique étrangère qui n'est absolument pas au coeur des préoccupations du citoyen américain moyen. Le président Clinton se chargera forcément de ces dossiers, mais là encore ce sera un changement car en 1992, il assurait le corps électoral que la question principale était l'économie. Bien sur il s'est aperçu de son erreur au cours de son premier mandat mais on ne peut pas dire qu'il ait mené une politique étrangère claire. Aujourd'hui il devra s'en occuper davantage car d'une part, comme tous ses grands prédécesseurs, il devra laisser sa marque en politique étrangère, Nixon s'était ouvert à la Chine, Carter à réussi Camp David, Reagan à abouti avec l'Union Soviétique. Mais aussi, du fait qu'il ait en face de lui un Congrès républicain qui ne lui sera pas favorable ; dans le domaine de la politique étrangère il existe cependant un consensus entre ces deux formations politiques.

 Toutefois, je ne suis pas certain que les Etats-Unis disposent de la toute puissance. même leurs alliés peuvent manifester de la résistance. Je pense en particulier au dossier Proche Orient. Israël n'est pas un protectorat américain, les Etats-Unis ont bien perçu la notion de l'intérêt national Israélien depuis quelques années. D'autre part, ils ont par culture et par tradition, un sentiment de proximité avec l'Etat d'Israël qu'il ne faut pas sous estimer, mais qui ne peut pas pour autant imposer sa volonté aux dirigeants du pays.

 Voilà donc mon sentiment sur le prochain déroulement des événements, libre au président Clinton de tenir compte de ces facteurs ou non.

 

 

Aymeri de MONTESQUIOU

 Ainsi que mon prédécesseur à cette tribune, l'a souligné, il existe une grande indifférence de la population américaine à propos de la politique étrangère.

 Néanmoins, nous sortons du face à face tendu URSS/Etats-Unis. Il y a dix ou quinze ans, en caricaturant un peu, ceux qui étaient de gauche était proches de l'Union Soviétique, ceux qui étaient de droite s'y opposaient. Cela créait des clivages inter régionaux profonds à la fois aux Etats-Unis, mais aussi à l'étranger et notamment en France. A présent que cette confrontation perpétuelle a disparu, il est évident que les programmes ont moins de frontières entre eux.

 Alors certes, Bill Clinton a renoncé à son programme démocrate, il a abandonné la politique sociale pour proposer une politique plus républicaine. Quelles seront les conséquences sur la politique étrangère ? Il est très difficile aujourd'hui de faire des prédictions.

 Monsieur Clinton était totalement étranger à la politique internationale avant 1992. Il s'y est intéressé par force et au coup par coup. Toutefois, étant homme politique et président des Etats-Unis, il est probable qu'il veuille laisser son empreinte. Ce paramètre historique devrait peser sur ses actions, mais ce qui est difficile à déterminer, c'est de savoir si sa politique internationale sera sous influence démocrate ou sous influence républicaine. Les choix futurs du président dans la composition de son gouvernement, seront prépondérants. S'il ouvre des postes clefs à des républicains, cela montrera bien qu'il n'y a plus de clivage entre les partis, et sera le signe de sa volonté de rassemblement. Il y a différents noms de personnalités qui circulent actuellement notamment le Général Powell pour les Nations-Unies ou le Secrétariat d'Etat aux Affaires Etrangères. Si pour ces deux postes, hauts en responsabilités, le Président Clinton choisit une personne étrangère à son camp politique ce sera le signe d'une volonté de rassemblement.

 D'une manière générale, les américains sont plutôt pro-américains et fiers de l'être c'est la raison pour laquelle la politique étrangère passe au second plan derrière la politique intérieure et c'est toujours pour servir leurs intérêts économiques et commerciaux. Ils parlent de libre échange, mais s'errigent en "gendarmes du monde" en imposant la loi Helms-Burton pour sanctionner ceux qui commercent avec Cuba ou la loi d'Amato qui sanctionne les entreprises qui veulent travailler avec la Lybie ou l'Iran, ce qui n'est pas conforme à leur discours. Ce n'est plus du commerce international libre ; Il s'erigent en "gendarmes du monde" parce qu'ils veulent défendre leurs intérêts. De même, en s'apercevant que l'Europe devenait une vraie puissance, ils ont créé l'ALENA qui constitue un bloc économique important.

 La réforme de l'Otan. Peut-être aurions-nous dû en parler immédiatement après l'éffondrement du mur de Berlin et la dissolution du bloc soviétique. Aujourd'hui, celà semble très difficile. Il sera difficile d'expliquer aux Russes qu'étendre l'Otan à la Hongrie, à la Pologne, à la République Tchèque, n'est pas un geste de défiance vis à vis d'eux. Il sera difficile de négocier avec un interlocuteur aussi instable que la Russie d'aujourd'hui car personne ne sait véritablement ou se trouve le pouvoir. En tant que français, si l'on intègre une partie de l'Europe Orientale dans l'Otan, cela nous fera perdre une partie de la "marge de manoeuvre" que nous avons avec les Russes, surtout lorsque des désaccords surgissent avec les Américains. Ceci constitue surement l'une des raisons à nos réticences pour l'ouverture de l'Otan plus à l'Est.

 Les Nations-Unies ; Il s'agit là d'un levier incomparable pour les Américains qui savent parfaitement l'utiliser et cela en dépit de leur dette de 1,4Md de dollars aux Nations Unies. Il se considèrent toujours comme les "patrons" des Nations-Unies, en usent et parfois en abusent pour ne citer que l'exemple de la seconde candidature de Monsieur Boutros Boutros Ghali à la présidence. Cela peut parfois provoquer des réactions anti américaines.

 Le  bilatéralisme ; Les rapports avec la Chine. Si quelques cris sont poussés lorsque l'on piétine les droits de l'homme en Chine, ils ont quand même signé le traité de la Nation la plus favorisée. La Corée, le Japon sont inquiets devant le pragmatisme américain et s'interrogent sur un rapprochement fort avec la Chine.

 Les relations avec l'Europe ; Je sursaute quand j'entends que les Etats-Unis s'interrogent sur la façon de rapprocher l'Europe Orientale de l'Union Européenne ; pourquoi les Etats-Unis iraient-ils s'occuper de cette question alors qu'il s'agit d'une affaire purement européenne ? C'est à nous de déterminer le bon moment pour cela et de savoir si cela sera un facteur de dilution ou un facteur de renforcement de l'Union européenne. Des lois telles que la loi d'Amato ou la loi Helms-Burton doivent permettre aux européens de resserrer leurs liens. La philosophie de ceux qui veulent l'Europe est de voir cele-ci devenir une puissance Politique.

 Les relations avec la France ; la Américains nous "aiment bien" compte tenu de La Fayette, de notre culture, mais sont un peu agacés lorsque nous nous autorisons des initiatives en matière de politique étrangère. Dernièrement, lorsque le président Chirac s'est rendu au Moyen Orient, la presse n'en a pas fait l'écho. Les pays Arabes souhaitent l'intervention de l'Europe et de la France dans les affaires du Moyen Orient tandis que les Américains le refusent. C'est un facteur d'irritation générale et de par le monde, même si ce n'est pas scandé ouvertement, nombreux sont les pays qui souhaitent qu'il y ait une sorte de contre puissance à la puissance des Etats-Unis, mais sans pour autant reproduire l'impérialisme soviétique.

 Pour conclure, je dirais simplement que les Américains sont convaincus que le monde à besoin d'eux, j'aimerais qu'ils soient convaincus qu'ils ont besoin du monde.

 

Claude de KEMOULARIA ancien ambassadeur de France à l'ONU

 Mon témoignage ce soir sera forcément teinté d'affection pour les Etats-Unis car j'appartiens à la génération qui ne pourra oublier le débarquement allié en Normandie et à celle pour laquelle, les Etats-Unis sont synonymes d'anti-communisme. Cela étant, il faut relativiser. Je connais bien les Etats-Unis et la société américaine pour y avoir été longtemps en activité, c'est aussi la raison pour laquelle je suis avec vous ce soir.

 Si les Etats-Unis avaient un régime parlementaire comme en France, le président élu il y a vingt quatre heures serait républicain ; Leur système permet d'avoir une tendance générale majoritaire au "conservatisme républicain" et en même temps un président démocrate "jeune et séduisant" (commetnaire de SEMme Pamela Harriman, Ambassadeur des Etats-UNis en France, militante démocrate et amie personnelle de Bill Clinton)


Leur constitution n'est pas parfaite. Mais quel que soit le contexte de l'élection présidentielle, je veux dire que le candidat soit élu avec une majorité écrasante, qu'il soit nommé parce que son prédécesseur est décédé ou parce que ses concurrents directs n'étaient pas suffisamment charismatiques, le président des Etats-Unis est le président ; il est le chef des armées, il est respecté par tout son peuple, il incarne le pouvoir. On peut le critiquer, l'attaquer, entraver sa façon de gouverner, mais il est et il demeure le président des Etats-Unis.

 Nous français sommes les inventeurs des Droits de l'Homme. Eux, américains sont les inventeurs d'un système constitutionnel ou la démocratie et les équilibres fonctionnent parfaitement. En réalité, tout ne fonctionne pas si parfaitement que cela. Il sera difficile à Bill Clinton de gouverner sans risquer de paralyser les Etats-Unis. Il devra distribuer ses portefeuilles en toute connaissance de cause.

 La tendance actuelle des Etats-Unis est le retour au "conservatisme" d'une majorité de l'opinion publique. Cela constitue un fait politique extrêmement important au même titre que la place de l'Etat, l'immigration, le commerce des armes, la peine de mort, les questions sociales, l'avortement etc... Aujourd'hui de plus en plus d'Etats ont inversé la tendance de ces dernières années au sujet des minorités.

 L'immigration et les questions d'intégration aujourd'hui n'ont plus rien a voir avec le fameux "creuset" américain qui a tant été cité en exemple par les universitaires, et c'est surtout le cas avec la population de couleur. On constate aujourd'hui une importance croissante de la communauté asiatique qui représente un poids économique majeur. Par contre, il apparait que les gens venus d'Amérique Centrale et d'Amérique Latine s'intègrent mieux parce que ils sont issus d'une culture catholique et chrétienne. Malgré tout, monsieur Kaspi l'a bien dit tout à l'heure, nombreux sont les états qui doivent réaffirmer la proéminence de la langue anglaise sur l'espagnol .

 En matière de politique étrangère, je le déplore : mais la France est quasi inexistante. Jamais ou trop rarement la presse écrite ne commente les initiatives françaises. Si vous lisez chaque jour le Washington Post ou le New-York Times qui sont les journaux les plus ouverts à notre égard, on parle très peu de l'Europe et pas du tout de la France. Les grands intérêts ne sont plus là, ce qui compte c'est la Russie. Il y a toujours de la part des américains, un intérêt spécial pour cette partie du monde. De même pour l'Asie ; l'émergence de la Chine compte énormément. Tout cela se fait au détriment de l'Europe occidentale. A la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont été le moteur de la reconstruction de l'Europe. Ils l'ont souhaité, ils l'ont voulu et ils l'ont appuyé. Aujourd'hui nous ne constatons plus la même ardeur et l'on peut se demander si les Etats-Unis veulent véritablement une Europe unie avec une monnaie unique. Les banquiers américains ne considèrent pas encore l'Euro tandis qu'ils considèrent le dollar ou le mark. Autrement dit, l'Allemagne joue encore un rôle en Europe, la Grande Bretagne n'a plus la place qu'elle a eu même si sa politique étrangère est toujours proche de celle des Etats-Unis, et la France, cherchant sa place entre les deux, a perdu de son importance. Aujourd'hui les Etats-Unis regardent ailleurs, et le centre politique des Etats-Unis est en train de se déplacer de la côte Est à la côte Ouest. Nous français et européens, préférons en revanche, avoir toujours un président venant de l'Est des Etats-Unis (dans la tradition des Kennedy par exemple) qui se sentent plus proches des intérêts européens. Actuellement c'est plutôt la tendance inverse que l'on constate et j'illustrerai ce propos par l'exemple de la crise des Nations Unies.

 Les Nations Unies ont une charte qui indique que le secrétaire général des Nations Unies est le premier fonctionnaire et le chef de l'administration des Nations Unies. Que reproche ton à Boutros Ghali ? D'avoir été un homme politique qui a pris des initiatives politiques. Les Etats-Unis ne l'acceptent pas. Ils ne veulent pas être soumis à une politique qui n'aurait pas été complètement arrêtée par le Conseil de Sécurité dont ils sont membre permanent (au même titre que la France). Les initiatives de Boutros Ghali en Afrique n'ont pas plu car elles faisaient la part trop belle à d'autres intérêts que les intérêts américains.

 En matière de politique étrangère, il va falloir que les européens tous ensembles fassent de gros efforts pour se faire entendre. Les américains étant les "champions" du commerce, c'est par cette voie et sur le plan économique que l'ouvertrue se fera. Heureusement pour nous dans ce domaine, et c'est un avis personnel, je pense que les démocrates sont quand même plus ouverts à une politique européenne que les républicains qui eux, sont plus sensibles au conservatisme. L'environnement d'aujourd'hui n'est plus celui d'hier. D'une part les Etats-Unis regardent vers le Pacifique, mais aussi et de plus en plus vers le Sud. Autrefois, l'Amérique Centrale et l'Amérique Latine étaient "leur" zone, l'Afrique "celle" de l'Europe et de la France.

 Pour l'avenir, le rôle de la France et des démocraties occidentales sera de resserrer les liens existants avec les Etats-Unis, au niveau de l'Administration mais aussi avec l'Opinion Publique, afin de mener une politique étrangère indépendante mais incapable de froisser leur sensibilité.

  

Question depuis la salle

 Monsieur Laird, vous nous avez fait une description particulièrement inquiétante de la situation de l'armement nucléaire Russe. Dans ces conditions, quelle sera la politique américaine dans les années qui viennent ? Faut il chercher à obtenir la ratification et la mise en oeuvre des accords comme Start II ou bien, est-ce qu'il y a autre chose à faire ?

 
Robin LAIRD : Les négociations sur la maîtrise et le contrôle des armements remontent à quelques années déjà. Le Gouvernement américain attend effectivement que ces accords soient ratifiés ; aujourd'hui, il n'y a pas de nouvelles négociations sur l'armement nucléaire. Par contre, il est important de savoir qu'en mai de cette année (1996) le négociateur du Président responsable des négociations sur les matériaux fissiles et les têtes nucléaires, à démissionné or, que ce soit aux Etats-Unis où en France, personne n'a soufflé mot de cette démission. Il a démissionné parce qu'il y avait eu très peu de progrès en ce qui concerne l'application des accords avec la Russie. C'est un exemple des problèmes que nous avons rencontrés en la matière. En revanche nous avons de bonnes relations avec la Grande Bretagne ou la France.

 Le Congrès à promulgué une législation qui permet aux Etats-Unis de discuter avec les Russes de certains sujets relatifs au nucléaire. C'était nécessaire pour que les laboratoires des deux pays puissent communiquer entre eux. Cette législation n'a jamais été mise en application et semaine après semaine, les fonctionnaires du gouvernement américain souhaitaient en discuter avec le Président Boris Eltsine. Cela n'a jamais fait l'objet d'une discussion franche. Monsieur Gore en a parlé au sein de différentes commissions mais cela n'a jamais été suivi d'effet. De même l'accord lui même n'a jamais été mis en application. Sans cette mise en application nous ne pouvons pas mettre en pratique des détails importants comme l'élimination des déchets des matériaux fissiles. Evidemment il subsiste des négociations multilatérales puisque les Français et les Anglais ont également des relations avec les Russes, mais si notre législation propre n'est pas mise en application, nous ne pourrons pas rejoindre les négociations multilatérales.

 Enfin, les américains dans leur ensemble pensent que les armements nucléaires n'ont plus de rôle à jouer. A la limite ils n'y pensent plus. Lorsque nous évoquons des questions comme l'élargissement de l'Otan, on pourrait encourager la Russie à se débarrasser des ses armes nucléaires (les SS25) et l'on pourrait imaginer que la Russie participe aux négociations sur l'intégration des Etats Baltes et de la Pologne par le biais diplomatique. En fait, concrètement, dans les milieux diplomatiques, il y a assez peu de gens qui prennent la peine de réfléchir à cela. Il semble que cela ne fasse plus partie des priorités, les gens n'ont plus envie de réfléchir à cela. Le président Clinton et le Pentagone estiment que cette question est importante mais ce n'est plus une priorité stratégique. Il n'y a plus de marché pour cela. On peut trouver des gens qui s'intéressent à l'aide humanitaire ou au Sida en ex Union Soviétique mais personne ne se mobilisera à propos des têtes nucléaires. Le Secrétaire d'Etat à la Défense a fait de nombreuses visites dans l'ex union soviétique et je suis forcé de reconnaître que c'est seulement lors de visites de ce type que les choses avancent au sein de l'administration Clinton.

 

Jacques BAUMEL

 J'ajouterais une précision. Ici même, hier après midi, il y avait un grand débat sur le nucléaire, à l'occasion du budget de la défense. Comme j'en suis le rapporteur, j'ai eu l'occasion d'intervenir et d'écouter un certain nombre d'exposés. Il faut bien se rendre compte que nous sommes sortis de l'ère de la dissuasion nucléaire comme au temps de la guerre froide pour entrer dans un deuxième age nucléaire. Le pouvoir du faible au fort, le pouvoir égalisateur de l'atome, la possibilité du suprême et dernier avertissement, tout cela n'existe plus car nous constatons la dénucléarisation du nord et la prolifération au sud. Il faut maintenant faire très attention à la place que le nucléaire va prendre car, si autrefois il s'agissait d'une réaction forte avec un adversaire connu et bien établi, il s'agit aujourd'hui d'une menace beaucoup plus diffuse et détérritorialisée. C'est une évolution géostratégique très importante. Aujourd'hui nul ne peut penser que l'on rayera telle ou telle grande capitale de la planète en revanche il va y avoir une certaine évolution d'une doctrine "anti-cité" vers une doctrine "anti-site" avec des effets collatéraux le plus limités possible et avec des frappes chirurgicale les plus précises qu'il soit. Il faut en tenir compte pour la politique nucléaire dans le monde. J'ajouterais aussi, que out ceci arrive au moment où la France se prive de la possibilité de moderniser sa force de dissuasion, par la suppression des essais, par le démantèlement de Mururoa (Ile de l'archipel des Iles Cooket par la signature du traité de Rarotonga (Ile de l'archipel de Tahiti)qui nous enlève un terrain d'expérimentation. Cette question du nucléaire est en pleine évolution sans oublier qu'il subsiste la possibilité d'une remontée en puissance de la force russe qui a été l'un rares éléments épargnés par l'effondrement et le chaos général.



 

Question depuis la salle

 Vous avez dit qu'en Russie les armements tactiques nucléaires étaient nombreux et qu'ils n'étaient pas éliminés. L'une des raison pourrait être celle mentionnée par M de Montesquiou c'est à dire que l'on ne sait pas exactement qui détient le pouvoir en Russie aujourd'hui et que d'autre part, ces armements sont peut-être situés en dehors de la juridiction russe. A votre avis quelle devrait être la politique adoptée par le nouveau Président Clinton ? A long terme est-ce que vous pensez que le gouvernement américain va soutenir la statut quo en matière de non prolifération ou deviendra-t-il plus exigent en matière d'élimination d'armement nucléaire ?

 Robin LAIRD : Je ferais deux remarques. A mon avis, le deuxième mandat du Président Clinton considérera que la non-prolifération sera le pivot de la politique étrangère vis à vis de la Russie. Au cours du premier mandat, il s'agissait de contrôler la prolifération et au cours du deuxième mandat, il s'agira de vérifier que les accords sont respectés. Mais c'est aussi le problème des pays de l'Europe de l'Ouest. Comment peut-on empêcher certains pays du tiers monde d'avoir une certaine capacité nucléaire ? De même pour le terrorisme nucléaire et le trafic de matériaux fissiles qui concerne les mafias russes. On pourrait intervenir directement en matière de stockage et de désarmement et inciter les Russes à le faire ou bien, on pourrait négocier avec eux. Personnellement je préfère établir des institutions qui permettent de gérer les armements nucléaires ; la CIA a établi un rapport important intitulé "perspectives concernant la mise sur le marché de l'armement nucléaire en Russie sans entraîner de sanctions". Selon le Sunday Times ce rapport démontre que le risque est beaucoup plus grand que ce que nous avions pensé jusqu'à présent, en grande partie parce que nous ignorons le nombre exact de têtes nucléaire qui existent ou qui existaient. Est-ce que les Russes eux-même le savent ? Peut-être pas, il sont les chiffres des productions passées mais ils ignorent ce qu'il reste sur leur territoire.

 

Jacques BAUMEL

 Merci à tous de votre attention mais il est maintenant 20 h 30 et nous devons malheureusement interrompre cette réunion. Je remercie tous nos orateurs pour ce commentaire à chaud et aussi l'Amiral Bétermier, mon ami et vice-président au Forum du Futur, d'avoir eu la gentillesse de me remplacer au pied levé pour l'ouverture de cette soirée.