FORUM DU FUTUR


"Le défi européen du Maroc"

Petit-déjeuner débat du 21 janvier 1997 



Jacques BAUMEL

 Nous sommes heureux d'accueillir Monsieur l'Ambassadeur parce que nous avons choisi un sujet qui est particulièrement d'actualité, qui peut surprendre certains, c'est le "défi européen du Maroc".

 Monsieur l'Ambassadeur est un universitaire qui a fait des recherches et études très brillantes dans le domaine du droit économique. Il a dirigé le département des sciences économiques de l'Université et Faculté de Droit de Casablanca, il a occupé des postes éminents dans son pays où vis-à-vis de grandes institutions financières internationales, que ce soit  le F.M.I. ou d'autres organisations du même type, il a été l'homme qui a, en grande partie, contribué à la modernisation financière et économique du Maroc. C'est lui qui a mis en oeuvre tous ces programmes d'ajustement, de modernisation du système fiscal, du problème des entreprises, des investissements. Il a été le représentant du Maroc dans un certain nombre de très grandes institutions. Sa Majesté, le Roi,  l'a nommé Ambassadeur à Paris et  il joue un rôle très important entre le Maroc et la France.  Il va traiter de ce "défi européen".

 Pourquoi, ce "défi européen ?" Parce que dans toute son histoire et dans sa géographie, le Maroc est un pont entre l'Europe et l'Afrique et dans son histoire, il a été, à un moment donné, une partie de l'Europe. Les palais de Grenade, la mosquée de Cordoue, la Girlada à Séville,  sont des oeuvres marocaines en Europe et c'est cette dynastie qui a été d'origine marocaine. D'autre part, il est certain que par sa position et par ses ambitions économiques, le Maroc essaie et s'efforce d'avoir maintenant de plus en plus d'influence dans le domaine de l'évolution de l'Europe.

 

SEM Mohamed  BERRADA

Je vais débattre avec vous un sujet d'actualité, les relations entre le Maroc et l'Union européenne, en le présentant en termes de "défi".

 Beaucoup de gens se posent en fait  la question, surtout un an après avoir signé un nouvel accord d'association entre le Maroc et l'Union européenne : "comment se fait-il qu'un petit pays comme le Maroc puisse prétendre s'intégrer à un espace économique aussi important que celui de l'Europe et même essayer d'en tirer profit?" C'est une question d'actualité d'abord pour l'Europe. Nous savons tous rester insensibles à tout ce qui  se passe autour d'elle en particulier au niveau des pays du sud de la méditerranée. Mais malheureusement on le voit de plus en plus les relations euro-méditerranéenne, au lieu de s'occuper des problèmes de développement, tendent à s'orienter essentiellement vers les questions de sécurité liées au mouvement migratoire entre les pays du sud de la méditerranée et l'Europe. Nous savons tous que la meilleure façon de résoudre les problèmes de sécurité, c'est précisément de résoudre, également, les problèmes de développement et d'en réduire les inégalités entre les deux rives de la méditerranée.

  C'est une question aussi d'actualité pour le Maroc qui a signé, il y a tout juste un an, un nouvel accord d'association. Et cet accord est, en fait, un accord de nature différente par rapport aux accords précédents. En deux mots, entre le Maroc et l'Union européenne, il y avait des accords d'association depuis 1976, une succession d'accords qui étaient essentiellement des accords commerciaux assortis d'enveloppes financières. A la fois, il y avait des aides du budget de la communauté et en plus des crédits de la Banque Européenne d'Investissement qui étaient orientés pour financer des investissements  d'infrastructure au Maroc. Ces accords de coopération permettaient aux produits marocains d'entrer sur le marché communautaire en exonération des droits de douane. Il y avait un certain nombre de produits industriels,  comme des produits de textile mais, également un certain nombre de produits agricoles qui étaient soumis à contingent. Ils ne pouvaient pas rentrer et étaient assujettis à des prix plancher. Ce régime préférentiel qui était accordé par  l'Union européenne à la production marocaine, pendant 20 ans, a eu pour conséquence d'orienter la production marocaine vers certaines spécialisations. Là où on pouvait rentrer, on avait ce qu'on appelle "un régime préférentiel" et donc, gagner des parts de marché en exploitant l'avantage représenté par les coûts salariés, au Maroc.  Ils  étaient  inférieurs  aux coûts salariaux en Europe.

 Aujourd'hui les choses sont en train de changer. D'abord, le nouvel accord d'association qui a été signé en Février 1996. Il a été retardé en fait parce qu'on avait des problèmes au niveau de la signature de l'accord de pêche, on avait un problème avec l'Espagne : les côtes marocaines sont très riches en poissons et malheureusement les flottes étrangères, essentiellement la flotte espagnole qui représente 80-90% de la flotte européenne, pêchait d'une façon intensive et on assistait à un ravage de nos ressources amniotiques. On était donc amené à mettre en place des mécanismes pour protéger les ressources amniotiques . Il était donc question d'environnement et ce n'est pas une question qui concerne uniquement l'Espagne ou l'Europe, cela concerne le monde entier. Et par conséquent, on aboutit maintenant à un accord où, au lieu qu'il y ait un mois de repos biologique, on est en train de demander quatre mois de repos biologique répartis dans l'année pour pouvoir préserver ces ressources pour l'humanité. Ce nouvel accord sera beaucoup plus général, beaucoup plus global. Avant c'était uniquement des accords commerciaux maintenant ce sont des accords qui comprennent quatre volets de coopération. D'abord un volet politique qui n'existait pas dans les accords précédents donc maintenant les relations ne sont pas uniquement des relations commerciales, mais ce sont des relations politiques. Bien sûr il y a le volet économique et commercial traditionnel : le libre échange et ainsi de suite, un volet financier mais également une nouveauté, un volet social et culturel. On ne peut pas renforcer les relations économiques si, parallèlement, on ne le renforce pas dans le domaine social et culturel. Mais donc un accord plus global que les accords précédents qui s'inscrit, en fait, dans cette politique euro-méditerranéenne rénovée qui a été mise en place par l'Union européenne. Mais bien que le libre échange régional constitue le coeur du volet économique de cet accord, on s'attend à ce que les relations entre le Maroc et l'Union européenne, des 20 dernières années,  soient bouleversées. En effet,  il y a deux problèmes ici, d'abord la libéralisation multilatérale qui est consécutive à l'Uruguay Round.  Deuxièmement, le marché unique et troisièmement, l'élargissement de l'union à d'autres pays tel qu'on le voit actuellement, tout cela fait que les avantages préférentiels qui étaient accordés au Maroc dans le cadre des accords précédents d'association, exonération des droits de douane, mais maintenant les droits de douane ne sont pas réduits  uniquement pour le Maroc, ils sont en train d'être réduits pour le monde entier dans le cadre de  l'Uruguay Round.  Plus l'Europe s'élargit, plus les avantages préférentiels ou les marges préférentielles qui étaient accordées au Maroc, sont en train d'être diluées. Le Maroc a moins d'avantages que dans le passé.

 

Deuxième élément :  on s'attend aussi à ce que l'intégration ou la réintégration des PECO à l'espace économique européen, provoque tout simplement un effet d'éviction pour l'économie marocaine. Alors, devant cette situation, on doit se poser la question : "Quels avantages veut retirer le Maroc en signant un nouvel accord avec l'Union européenne,  dans la mesure où l'exonération des droits de douane est accordée de plus en plus à tout le monde, dans la mesure où l'espace économique européen est en train de s'élargir à des pays qui étaient autrefois étaient séparés, pourquoi le Maroc tient-il encore, d'une façon aussi forte, à se rattacher à l'espace économique européen ?"

Je vais présenter  mon exposé en répondant à ces deux questions ou en formulant deux questions auxquelles je vais essayer de répondre.

 

Première question : "Pourquoi le Maroc accorde-t-il donc une si  grande importance dans sa stratégie,  à son intégration à l'espace économique européen ?"

 

Deuxième question : "S'il a décidé de le faire,  comment entend-il relever ce défi,  le défi de l'intégration ?" 

D'une manière générale, en fait, si on relève le défi de l'intégration à l'espace économique européen, on doit relever le défi de la mondialisation.

Pourquoi nous accordons au Maroc, une si grande importance à notre encrage à l'espace économique européen. Je vais passer très vite sur les raisons que vous connaissez tous : les raisons   tradionnelles, historiques, le Maroc, pays africain, arabe, musulman est,  en fait, le pays le plus proche de l'Europe : 13 kms qui le séparent de l'Europe et en fait,  qui a joué sur le plan historique un trait d'union entre la civilisation orientale et la civilisation occidentale. Il y a des raisons économiques. L'Europe représente pour nous 70% de nos échanges extérieurs dont la moitié se fait avec la France. On ne peut pas faire autrement,  c'est là où il faut mettre le paquet en investissant et en mettant l'énergie que nous avons

 

 Troisième élément :  échanges extérieurs

Quand je dis 70% des échanges extérieurs, c'est 70% de tout ce qui est lié aux échanges extérieurs, c'est-à-dire le financement, les investissements extérieurs. Soixante dix pour cent des investissements extérieurs sont faits avec l'Europe. C'est très important comme zone stratégique pour nous.

 

 Quatrième élément :  les flux migratoires

- 1.500.000  Marocains vivent à l'étranger dans lesquels

- 1.300.000 vivent en Europe

- 700 à 800.000 Marocains vivent en France.

 C'est donc une zone extrêmement importante pour nous. Mais il y a aussi les raisons stratégiques. En fait,  le mouvement de globalisation qui touche actuellement l'économie mondiale est apparu depuis le  16e siècle.  Cette globalisation, à travers l'histoire, a revêtu des formes différentes et est appelé à développer des relations de proximité.

 Avec la généralisation de l'économie de marché et surtout depuis la chute du mur de Berlin, avec le développement du multi latéralisme - comme vous le savez  le GATT a été signé à Marrakech en  Décembre 1993 -  on assiste à une augmentation, à un accroissement de la concurrence internationale où, de plus en plus, on assiste au règne de la demande et non plus de l'offre. Cela veut dire que le consommateur sur le plan international, a beaucoup plus de choix que dans le passé, plus de choix de produits. Ayant plus de choix,  en raison de cet accroissement de la  concurrence internationale, il peut imprimer sa personnalité. Par conséquent, les entreprises ne peuvent plus continuer à fabriquer, comme  le faisait selon les systèmes de production Tayloriens, c'est-à-dire système de production de masse,  ils sont obligés de revoir complètement leur système de production, d'organisation du travail. On est obligé de passer au fur-et-à mesure à un nouveau système qu'on appelle "le système de production flexible". Cela signifie que pour répondre à la demande,  qui est une demande personalisée, une demande de petites séries où on a surtout ce qu'on appelle l'effet de "gamme", une variété d'articles mais en petites séries, les entreprises doivent se réorganiser en fonction de cela. Ce nouveau système d'organisation qui remplace donc le système Taylorien qui fut, comme vous le savez le moteur de l'essor du capitalisme durant une grande partie du 20e siècle, est basé sur la réduction du gaspillage et permet l'augmentation de la productivité en associant deux choses : la réflexion et l'action dans le système de production de masse. Comme vous le savez, la réflexion c'est une équipe dans l'entreprise et l'action, ce sont les ouvriers avec l'OST et ainsi de suite. Là,  il y a une association entre la réflexion et l'action qui combinent en gros les avantages de la production artisanale à ceux de la production fordienne  de masse, tout en évitant les inconvénients des deux. C'est-à-dire qu'il associe la souplesse et la qualité du système artisanal  à la vitesse et au faible coût de production de masse du système Taylorien. Basé sur l'investissement humain et sur la formation continue, c'est cela l'élément essentiel de l'investissement aujourd'hui dans les entreprises. Il implique, évidemment, une baisse  des coûts directs de main d'oeuvre, c'est un élément important. Le coût direct de main d'oeuvre, dans les systèmes précédents, représentaient 60 % du coût des produits, maintenant il ne représente plus que 20 %. Dans les courbes, aujourd'hui, pour la plus grande partie, ce sont  les frais de recherche, de développement, de distribution qui constituent donc un élément important pour l'entreprise et non plus simplement, les coûts de  main  d'oeuvre directs. La compétitivité ne se fait plus au niveau de la concurrence, au niveau des coûts de la main d'oeuvre, c'est terminé. De plus en plus, la compétitivité se fait en terme de capacité d'adaptation rapide par rapport au changement de l'environnement, c'est-à-dire la flexibilité d'une méthode d'organisation flexible au sein de l'entreprise. Qui dit "flexibilité", par conséquent, dit "pas de stock, pas de défaut, ravitaillement à temps", et par conséquent, cela implique nécessairement des échanges de proximité. Aujourd'hui, pour que les entreprises puissent survivre, il faut qu'elles aient des capacités d'adaptation rapide, il ne faut pas qu'elles aient de stocks, il  ne faut pas qu'elles évitent le gaspillage, le stockage et, par conséquent, il faut qu'elles s'approvisionnent à proximité et qu'elles vendent sur des marchés de  proximité. Alors, nous voyons donc ici deux tendances qui caractérisent chaque pays et l'évolution du monde, d'une part la mondialisation, qui s'exprime par l'extraordinaire développement des relations intellectuelles, commerciales, politiques et financières, mais en même temps,  une tendance à la régionalisation qui s'exprime par le fait que la globalisation de l'activité, les relations de proximité apparaissent de plus en plus importantes. Alors, nous pouvons prendre des exemples,  regardez ce qui se passe sur le continent américain avec l'ALENA, le Mexique, le Canada, les Etats-Unis qui est destiné à s'étendre certainement à d'autres pays. Regardez également l'émergence dans le bassin du Pacifique, d'accords qui tendent à resserrer les liens entre cette région et si vous regardez la carte, vous voyez que le continent européen est aujourd'hui engagé dans cette voie de regroupement des Nations de l'Union européenne, mais que, dans le même temps, l'Union européenne se rend compte qu'elle ne saurait limiter son champ d'actions à l'Europe orientale qui a été longtemps coupée  de l'Europe occidentale et qu'elle doit regarder maintenant vers la Méditerranée et vers l'Afrique, surtout l'Afrique noire qui est devenue maintenant un  laissé  pour compte des mutations de l'économie mondiale.

 En résumé, si les 20 prochaines années seront marquées par une croissance à long terme, personnellement, je considère  que nous sommes au début d'un nouveau cycle de croissance long qu'on appelle les cycles kondratiers. Le dernier cycle a commencé en 1945, il a atteint le sommet en 1972 avec la crise du pétrole et ensuite, il a continuésa chute jusqu'aux années 1992-1993 avec le redémarrage de l'économie américaine et il me semble de plus en plus, qu'aujourd'hui,  nous sommes au début d'un nouveau cycle de croissance long,  sans prendre en considération les perturbations conjoncturelles à court terme auxquelles nous assistons en Europe, mais l'Europe est appelé à reprendre le chemin de la croissance probablement à la fin de cette année.

Par conséquent, si les 20 prochaines années seront marquées par une croissance  à long terme, il me semble que cette croissance se fera principalement sur un plan régional là où  un nouveau regroupement devra s'instaurer dans les décennies à venir (de l'Europe du Nord à l'Afrique du Sud, pays qui doivent tenir compte du phénomène de la mondialisation), et par conséquent s'ouvrir pour s'arrimer à la locomotive de la croissance sur un plan régional. Les Nations européennes,  qui ont joué un rôle considérable au XIXème  et au XXème siècle à un moment où l'Europe était le centre intellectuel économique et financier politique du globe, se rendent compte elle-mêmes que, même si elles détiennent  des ressources de grandes importances, leur taille ne leur permet plus d'exercer dans le monde d'aujourd'hui, mais surtout dans le monde de demain, le rôle auquel elles étaient  habituées. C'est pourquoi, en dépit  des difficultés considérables qui se sont accumulées depuis un demi-siècle, il me semble que "l'entreprise Europe" , non seulement progresse,  mais tend aujourd'hui à attirer de plus en plus de pays. Dans le débat actuel sur l'approfondissement ou l'élargissement de l'Europe, je dirai que l'approfondissement est dicté par les nécessités,  et l'élargissement résulte  de l'aspiration de tous les pays du continent européen  à se regrouper -  se regrouper pour pouvoir compter à l'échelle du monde. Alors,  c'est pour toutes ces raisons que le Maroc a bien compris la nécessité de son ancrage à l'espace économique européen, c'est pourquoi le Maroc a fait son choix, le bon choix,  celui de s'inscrire dans le sens de l'histoire. Voilà ce que je voulais  dire sur les raisons de notre ancrage à l'espace économique européen.

  Maintenant, que faisons-nous pour pouvoir réussir cet ancrage  et en tirer profit éventuellement ?

On sait que la condition essentielle de réussite de l'intégration d'un pays dans le système économique international, c'est la confiance au niveau de la communauté internationale :  confiance dans le système politique, économique, juridique, judiciaire,  dans l'administration. Je vais prendre deux domaines de confiance :

- la confiance dans le système politique

- la confiance dans le système économique

Que faisons-nous sur ce plan là pour mériter cette confiance et pour pouvoir s'intégrer dans le système économique international et européen  ?

 Je voudrais vous rappeler que le Maroc, en fait, est une monarchie depuis 10 siècles. Le Maroc n'a jamais été colonisé. Evidemment, il y avait le protectorat depuis le début de ce siècle,  mais le protectorat  a été finalement un système qui a laissé intact le système administratif marocain tel qu'il a évolué pendant 10 siècles. Le protectorat a toujours respecté les traditions et l'organisation administrative marocaine ce qui fait que le Maroc est fier de ses traditions, de sa culture et qu'il est marqué essentiellement par son identité culturelle, le protectorat n'a pas faussé cette indentité culturelle alors que, dans d'autres pays qui ont été colonisés, elle  a été largement faussée.

 

Cinquième  élément  :

La constitution de 1961, après l'indépendance du Maroc, a été une constitution où il y avait un article fondamental. Le Maroc, dès le départ, a interdit le principe du parti unique et a introduit le principe du multipartisme. C'était une chose importante à l'époque, mais la mode, à cette époque pour tous les pays qui étaient  devenus indépendants, c'était le parti unique avec un système socialiste à la soviétique qui était considéré comme l'orientation la plus démocratique de l'époque. Nous, au Maroc, monarchie parlementaire constitutionnelle,  on était au banc des accusés de l'Afrique, on était mis à l'écart et on nous a dit : "oui, vous êtes un pays féodal". Par contre, d'autres pays et tous les autres pays qui ont eu leur indépendance, ont opté  pour le principe du parti unique, ont opté pour un système socialiste, mais en fait c'est un système marxiste et, par conséquent, centralisateur qui a donné la priorité à l'industrie lourde, les industries industrialisantes, l'école d'influence de l'école de Grenoble, etc ... qui ont fait beaucoup de mal à ce pays et donc qui ont abandonné leur agriculture et on voit la faillitte dans laquelle sont ces pays.

 Dès le départ, le Maroc a interdit dans la constitution,  le principe du parti unique. Et depuis,  il y a une lente évolution du processus démocratique au Maroc. La démocratie est liée au libéralisme et donc, à la notion de développement économique. Processus démocratique  par étapes progressives, elle  est liée à l'éducation, à la scolarisation et tout le monde doit la respecter.   

Il y a eu une réforme constitutionnelle en 1992 et on a insisté beaucoup plus sur les droits de l'homme donc sur  l'évolution progressive,  et la dernière réforme, c'est celle de l'année dernière en Septembre 1996 où on a introduit ou renforcé ce droit constitutionnel, la liberté d'entreprendre,  où on a réformé le système parlementaire marocain qui n'avait qu'une seule chambre et où les 2/3 étaient élus au suffrage direct,  le 1/3 au suffrage indirect. Maintenant on a pris le modèle français en ne le copiant pas mais en  l'adaptant. Il ne faut jamais transposer les systèmes démocratiques d'un pays dans d'autres pays,  il faut toujours les adapter parce que chacun a ses problèmes intérieurs. Par conséquent on a adopté un  système parlementaire très original dont le doyen Vedel est là et y a fortement participé. Ce système parlementaire comprend bien sûr une Assemblée Nationale, la Chambre des Représentants où tous les députés sont élus au suffrage direct et un Sénat qu'on appelle la Chambre des Conseillers qui représente les régions -  les 3/5 sont élus indirectement et  sont les représentants des régions et le reste représente les chambres professionnelles, les syndicats ouvriers et les chambres de commerce et d'agriculture.

 

Sixième élément important dans cette constitution :  la régionalisation.

Au Maroc, on considère que la régionalisation est un  élément important  du développement économique et par conséquent, c'est là l'objet de cette deuxième Chambre qui représente les régions et qui a le pouvoir, à l'opposé du Sénat français, de  faire tomber le gouvernement lorsqu'il y a une motion de censure qui réunit  les 2/3 des représentants dans cette chambre alors que le Sénat ne peut pas faire tomber le gouvernement. La Chambre des Conseillers peut voter une motion de censure.

Il y a eu un consensus autour de cette consitution.  Les partis et l'opposition ont demandé, pour la première fois, à voter pour la constitution. C'est pour cela qu'on a eu des taux records au moment du référendum.  Les lois électorales sont en cours d'élaboration. Il y a un consensus de la classe politique sur un certain nombre de principes,  désormais importants. 

Je prends un exemple : tout le monde est d'accord pour faire attention au déficit du Trésor parce qu'on a peur. Lorsqu'un nouveau gouvernement arrive, il accélère les dépenses et cela provoque un  dérapage au niveau du déficit du Trésor et lorsque ce déficit  augmente, il faut le financer par un accroissement de l'endettement. Ce  seront  les générations à venir,  les gouvernements suivants qui se trouveront alors avec ces problèmes d'endettement. Tout le monde maintenant comprend le lien entre politique budgétaire et endettement du pays. tout le monde est d'accord sur ce principe,  sur le rôle du secteur  privé, et  c'est pour cela que sa Majesté a tenu à inscrire la liberté d'entreprendre dans la constitution et il y a eu un consensus autour. Tout le monde a voté pour elle. Les partis de l'opposition : socialistes, communistes,  sont maintenant tous  d'accord sur  la liberté d'entreprendre, sur  le rôle du secteur privé et également sur  les investissements étrangers.

 Une illustration de cette nouvelle ère,  que nous pourrions appeler "nouvelle ère de maturité politique" dans laquelle rentre le Maroc, c'est le consensus dans lequel on est arrivé en signant un accord de paix sociale il y a 2, 3 ou 4 mois.  Un accord tri-parti entre les syndicats,  le patronat et le gouvernement pour stabiliser les salaires, pour qu'il n'y ait pas de grève  parce qu'on ne peut pas faire de politique économique si la situation sur le plan social est perturbée. On attend que les lois électorales soient votées aux prochaines échéances politiques.  Le Parlement actuel sera alors dissout, il faudra  s'attendre  à ce qu'il y ait,  pour la première fois,  un gouvernement d'alternance dans lequel va rentrer l'opposition actuelle, c'est-à-dire les socialistes et les partis présents actuellement. Nous voulons au Maroc un système d'alternance automatique avec un premier Ministre,  un gouvernement avec des pouvoirs beaucoup plus forts,  sa Majesté devenant le garant de la continuité du pays et le garant de la constitution.

 J'ai parlé de l'évolution sur le plan politique, je voudrais vous donner quelques éléments en ce qui concerne le système économique - confiance dans le système économique. Comme je vous l'ai dit, le Maroc, dès le départ, a choisi la voie du libéralisme qui a permis l'éclosion de générations d'entrepreneurs et nous savons qu'on ne peut pas faire de développement économique s'il n'y a pas d'entrepreneur. Le véritable moteur du développement économique, ce n'est pas l'Etat, ce sont les entrepreneurs et dès le départ avec le choix du libéralisme, on a vu, au Maroc,  l'éclosion de générations d'entrepreneurs.

  Sa Majesté a donné un rôle fondamental au secteur agricole, alors que dans  d'autres pays,  ce sont les industriels  qui en ont fait  le développement.  Au moment de l'Indépendance, 80% de la population vivait dans l'agriculture. On ne peut pas abandonner ce secteur, c'est normal, et aujourd'hui, encore, 50% de la population vit dans l'agriculture. Et là, grâce à sa Majesté,  il y a eu une cinquantaine de barrages construits (un  barrage par an) et grâce aux récentes pluies abondantes, nous avons atteint la semaine dernière un taux de remplissage de 90%. Le dernier barrage, celui de Ja........., qui est le plus grand barrage d'Afrique après Assouan, vient d'être terminé et est pratiquement rempli à 80%, alors que nous avons eu avant  3 ans de sécheresse  continue, ce  qui a réduit l'économie du pays à une situation difficile.

 Ce sont des éléments qui permettent de stabiliser les fluctuations saisonnières de pluviométrie. Quand on dit que l'on veut faire confiance à un pays, il faut voir comment le Gouvernement agit au niveau des dépenses publiques, c'est la stabilisation du cadre macroéconomique du pays.

 En 1983, le Maroc, comme beaucoup d'autres pays, a eu à subir la crise de la dette internationale et à la suite de cette crise, on était appelé à faire des programmes d'ajustement avec le front monétaire et la Banque Mondiale. Ce programme d'ajustement comprend une composante "ajustement" qui est réduire les déficits en réduisant les dépenses d'abord.Si on veut réduire les déficits du Trésor, il faut diminuer les dépenses publiques. Malheureusement quand on analyse  les budgets, que ce soit les budgets  marocains ou européens, on constate, de plus en plus, que les dépenses publiques, à 90%,  sont des dépenses de personnel et quand on veut les réduire, les problèmes commencent : il faut au moins arrêter le recrutement. Ce qui est le plus dangereux pour les économies de demain, c'est lorsqu'il y a une administration plétorique qui, au lieu d'être un élément moteur de la croissance économique, devient un frein avec ses lourdeurs administratives et in fine empêche le secteur privé, véritable moteur du développement, de pouvoir progresser et tirer la machine économique du pays. Par conséquent nous avons réduit d'une façon massive les recrutements depuis 1986. Le Maroc recrutait, par exemple,  50 000 fonctionnaires eh bien on n'en recrute plus que 10 000, alors que normalement, avec le chômage et la croissance démographique, on devrait  recruter beaucoup plus.

De l'autre côté, il faut améliorer les recettes fiscales et pour les améliorer, dans le passé, il y avait des exonérations sectorielles et c'était très mauvais dans une économie. Ce qui est important, c'est d'améliorer l'élasticité des recettes fiscales par rapport à la croissance économique. Si on injecte des dépenses, il faut que l'on retrouve cette augmentation  de 10%  sous forme au moins d'une augmentation de 10% des recettes fiscales. Quand on dit qu'il y a une élasticité positive ou supérieure à 1, cela veut dire que si on injecte 10% de dépense, on doit retrouver, 12,14, 15% de recette en plus. Donc il faut améliorer cette élasticité et  pour l'améliorer, la seule solution, c'est d' élargir la base imposable, ce qui va nous permettre de réduire les taux d'impôt. Nous  le savons, l'impôt "taux"  tue l'impôt, or, à chaque fois que nous voulons améliorer les recettes fiscales, on augmente les taux d'imposition et lorsqu'on augmente les taux d'imposition, immédiatement, on assiste à la fuite des capitaux, à la fraude fiscale, et donc à la réduction de l'élasticité qui n'est plus positive,  et à la diminution des recettes fiscales. Si  on élargit la base imposable en supprimant les exonérations, de l'autre côté, parallèlement, on diminue de façon importante les taux d'imposition pour permettre à tout le monde de payer l'impôt, ce qui fait que c'est la masse qui compte. A cette composante d'ajustement qui tend à améliorer les recettes et à diminuer les dépenses, c'est donc  réduire les déficits. En réduisant les déficits, on réduit l'endettement à terme -  on n'a pas d'argent pour payer, on paie avec des crédits,  on prend des crédits, mais ces crédit, il faut les rembourser et ce sont les générations futures qui les rembourseront  lorsque les échéances se présenteront. Ce qui fait que les échéances de ces crédits ne font qu'aggraver les déficits futurs. Et c'est la course en avant. Je considère qu'un Gouvernement doit prendre ses responsabilités et les mesures difficiles et inpopulaires si nécéssaire. Et aussi parce que l'on constate que finalement la popularité d'aujourd'hui, c'est l'impopularité de demain et un jour ou l'autre on fera les comptes. Et cela c'est un élément important auquel on assiste pas uniquement au Maroc.

 Il y a à côté de la composante "ajustement", une composante de "réforme structurelle". Evidemment, quand on réduit les déficits, il faut fixer ces déficits sur le long terme. Il faut donc mettre en place un certain nombre de réformes structurelles.

 Je vous en cite quelques unes  menées au Maroc depuis 1983 :

- Libéralisation du commerce extérieur.

C'est très grave une économie qui reste longtemps protégée de la concurrence internationale. Les entreprises ne se réforment pas, ne se réadaptent pas, ne se restructurent pas. Quand on les ouvre à la mondialisation, elles sont obligées de faire des efforts. C'est douloureux sur le moment mais on constate combien ce sera  important plus tard :  "Un enfant qui nait et qui reste trop longtemps dans les bras de sa mère devient agressif,  tombe malade à n'importe quel moment". C'est exactement le même problème pour les entreprises.

 Au Maroc, depuis 1983, on a commencé à ouvrir les frontières,  à laisser des produits étrangers rentrer pour qu'ils  donnent  un peu plus de remous aux entreprises marocaines, pour qu'elles puissent commencer à se structurer et à faire attention à leur productivité.

Libéralisation des changes - réformes fiscales -  réformes des entreprises publiques  - - rationalisation des dépenses publiques -  programme de privatisation -  programme de démonopolisation.

Aujourd'hui, il y a un certain nombre de tabous qui sont tombés. Il y a à peine 5 ou 6 ans, privatiser l'énergie électrique, c'était  impossible, mais aujourd'hui au Maroc, on  démonopolise tout cela.

 La production d'énergie électrique  est du domaine du privé. Et dernièrement, on a signé un accord avec ABB, grande firme suisse américaine pour monter des centrales thermiques et produire de l'énergie vendue ensuite à l'ONE pour le distribuer dans le circuit électrique. C'est la même chose au niveau de l'assainissement. La Régie Autonome de Distribution de Casablanca est en train de signer un accord avec la Lyonnaise des Eaux pour gérer toute la distribution d'eau, d'électricité et l'assainissement dans la ville de Casablanca. Là aussi, voilà un domaine qui n'est plus réservé uniquement au domaine de l'état. Il y a un certain nombre de domaine d'infrastructure, on en faisait un tabou,  ce n'était que du domaine de l'état. Maintenant c'est fini également pour les autoroutes.

 On a également mis en place une réforme bancaire avec les lois bancaires, avec la dérèglementation, une réforme des marchés financiers en 1993. La bourse de Casablanca était une entreprise publique, maintenant, c'est une entreprise privée avec  tout un ensemble d'instruments financiers :  des OPCVM, des SICAV, des Fonds Communs de Placement, un nouveau plan comptable, une nouvelle charte d'investissement, un nouveau code des sociétés, un nouveau code de commerce l'année dernière,  un nouveau code de travail et d' assurances. Voilà un ensemble de dispositifs  qui ont  été mis en place depuis 1983 jusqu'à actuellement. L'ensemble de ces réformes structurelles ont été menées selon deux principes essentiels.

Premier principe  :  la flexibilité

Je vous ai dit que la concurrence des entreprises de demain va s'analyser en terme de flexibilité. Je prends l'exemple du code du travail :  dans ce code, un certain nombre de disposition de flexibilité ont été introduites.  Si vous voulez que les gens recrutent, il faut qu'ils puissent, à n'importe quel moment, licencier en cas de difficulté sinon en met en danger l'avenir de l'entreprise.  C' est exactement comme les capitaux. Si vous voulez que les capitaux rentrent, il faut leur permettre de sortir. C'est là le problème de la confiance. Il faut donc introduire partout ce dispositif de flexibilité qui est un élément fondamental de cette  confiance.

 

Deuxième principe : réformes structurelles

Elles ont été faites toutes dans le respect des normes juridiques et fiscales européennes pour faciliter  précisément l'ancrage de l'économie marocaine à l'espace économique européen. Si je prends le code du travail, le code du commerce, des société anonymes marocaines maintenant, si je prends la loi bancaire, le plan comptable, eh bien toutes sont faites selon les normes européennes et lorsqu'un investisseur européen lit un bilan ou un compte de résultat  présentés selon les normes  marocaines et bien elles sont présentées de la même façon.

Si je prends un dernier exemple :   le panier de devises de la monaie nationale, sa parité, pour calculer la parité de la monnaie nationale, le dyrham, on le calcule par rapport à un panier de devises. Autrefois, dans ce panier de devises, le dollar avait un taux  de pondération important. En 1991 lorsque j'étais Ministre des Finances j'ai fais changer cela  pour donner le taux de pondération le plus important à l'écu, c'est à dire à la monnaie européenne. Voilà encore un autre élément de préparation de  notre ancrage à l'espace économique européen. Nous sommes beaucoup plus liés à l'écur qu'au car  70% de nos échanges se font avec l'Europe.

 Alors quels sont les résultats de toutes ces politiques d'ajustement, de réformes  structurelles ? : La croissance économique a été environ de  4% au cours des dernières années, l'inflation 5%, le déficit du trésor a été de 12%, maintenant il est de moins de 2%, le déficit courant de la balance des paiements était aux alentours de 17%,  maintenant il est à moins de 2%, les réserves de change en 1986 étaient négatives de 600 millions de dollars c'est à dire  les arriérés de paiements extérieurs, maintenant, nous avons 5 milliards de dollars de  réserve de change ce qui représente 5 mois d'importation. Voilà également un élément de confiance des investisseurs étrangers.  Le dirham est devenu convertible au niveau des opérations courantes depuis 1993, l'économie s'est diversifiée. Avant, 20% de nos exportations étaient des produits manufacturés. Aujourd'ui, c'est 65% de nos exportations qui sont des produits manufacturés.

Les investissements étrangers : en 1986, il y avait pour 70 millions de dollars par an, maintenant, nous sommes à 800 millions de dollars par an d'investissement étrangers et la bourse de Casablanca connait des performances remarquables. Elle est devenue maintenant la 2e bourse africaine, après la bourse de l'Afrique du Sud dans lesquelles  les performances, rien que pour l'année dernière en 1996, ont été de 30%.

 Enfin et malheureusement, nous avons aussi nos faiblesses et nous avons encore d'autres défis et nous sommes en train de le faire.  J'en résume quatre :

 

1er défi : production

 Nous avons un problème avec notre outil de production pour préparer notre ancrage à la mondialisation,  notre défi à la mondialisation, à l'espace économique européen.

 

Le deuxième défi : croissance économique

S'il y a eu une croissance économique de 4% avec un taux de croissance démographique  de 2%, (donc  une croissance par tête de 1,8% ce qui n'est pas mal déjà), s'il y a eu une croissance économique intéressante au cours des dernières années, il faut dire que cette croissance a été mal répartie. Nous avons un chômage relativement important. Aujourd'hui, nous sommes à 18% de taux de chômage, un chômage qui touche essentiellement les jeunes diplômés. Les indicateurs sociaux sont très mauvais,  il faut le dire, le taux de scolarisation est très bas, le taux de mortalité infantile reste relativement élevé dans le concert  des nations et si le Maroc veut rentrer dans la cour des Grands, il faut d'abord qu'il règle ces problèmes là au niveau des indicateurs sociaux et par conséquent pour relever le défi, il faut  réorienter les ressources vers les secteurs sociaux au cours des années à venir.

 

Troisième défi :  l'administration.

L'administration va continuer à constituer une lourdeur dans le développement économique. Et lorsque je parle de flexibilité, c'est dans l'administration d'abord, dans laquelle il faut instaurer les règles de flexibilité, sinon, dans la mesure où  tous les secteurs économiques sont totalement  interdépendants, si l'administration          reste à la traîne, elle va ralentir le développement de l'ensemble. Il faut donc "mettre le paquet" sur la réforme administrative. L'administration doit être plus ouverte, plus flexible. L'administration rend des services et les services la qualité humaine. C'est la qualité des ressources humaines. Toutes les leçons qu'on donne au niveau de la flexibilité, il faut d'abord qu'elles soient appliquées au niveau de l'administration. Ce n'est pas la quantité à recruter qui importe, mais la qualité qu'on  recrute qui importe.

 

4e défi :  le poids de l'enseignement.

Là aussi, ce sont des secteurs difficiles à réformer et à commencer par les professeurs eux-mêmes parce que,  eux-mêmes donnent des leçons de réforme, et malheureusement  ils  sont les plus réticents à se réformer eux-mêmes.

Le poids de l'enseignement au Maroc.

Nous avons, là aussi, hérité d'un système lourd qui nous coûte très cher. Sur le plan budgétaire, 32% des dépenses budgétaires vont à l'enseignement, primaire, secondaire, supérieur,et  nous formons, des chômeurs. Parce que nous avons un système d'enseignement qui n'est pas adapté sur les réalités, ouvert sur l'entreprise, sur l'administration où il y a un système de "feet-back". Et cela est très grave. Lorsque vous avez des secteurs cloisonnés qui ne sont pas reliés avec d'autres secteurs, tous les efforts que vous faites dans un ne profitent pas aux autres. Par conséquent, là aussi, il faut réformer l'enseignement, il faut pousser vers la qualité pour que l'enseignement puisse jouer un rôle moteur dans le développement  économique.

 Voilà les défis qu'il reste à relever pour le Maroc. Voilà ce que je voulais vous dire en insistant uniquement sur ces deux volets :le volet politique et le volet économique. Evidemment, il y a d'autres volets qui sont importants dans lesquels le Maroc est en train de relever des défis.

 

Jacques BAUMEL

Nous vous avons écouté avec passion  car vous nous avez donné une remarquable leçon économique dont l'analyse et le plaidoyer vibrant pourraient  aussi  s'appliquer, peut-être, à d'autres pays que le Maroc. Ce que vous n'avez pas dit, c'est que cet assainissement remarquable dans votre pays, cette volonté de libéralisation, de responsabilisation, cette réforme en profondeur que vous avez décrite devant nous, vous en êtes un des principaux responsables. Car vous avez été un remarquable Ministre des Finances pendant 7 ans je crois que votre influcence a permis cette modification profonde des mentalités et des structures dans votre pays. Ce que vous avez dit ce matin est un témoignage important et c'est la raison pour lazquelle je vous remercie. A tous les arguments très brillants que vous avez donnés, il faut ajouter une chose : c'est l'intérêt  géostratégique du Maroc dans le grand concert moderne des Nations.

J'ai été à Rabat à la tête d'une petite mission de l'Union de l'Europe occidentale qui est la modeste Organisation Européenne de Défense,  il y a à peine un mois et demi et j'ai constaté à quel point le pion du Maroc était essentiel pour la sécurité de notre monde occidental :  de part sa situation géographique, de part sa double façade méditerranéenne et atlantique,  son voisinage avec un voisin qui, par  certains côtés, présente quelques inquiétudes, de part la volonté de son monarche, de son gouvernement mais  aussi de la grande majorité de son peuple d'assurer la souveraineté de ce  pays et la volonté d'indépendance. Je crois qu'il y a là aussi un élément très important  : "le défi européen pour le Maroc". Ce n'est pas seulement un défi économique, c'est aussi un défi politique et stratégique.

 

Questions :

Monsieur HABIB DELONCLE -  Président de la Chambre de Commerce franco-arabe.

Cet exposé a été si pénétrant, si brillant que je me suis demandé, à certains moments comme Jacques BAUMEL, de quel pays exactement il s'agissait tant j'ai relevé de similitudes et peut-être plus de hardiesse dans la solution des problèmes du côté sud de la méditerranée mais que du côté nord.

 Ce  que vous appelez le "défi européen du Maroc"  va se faire, doit se faire, mais risque de se faire aux dépens d'une autre oeuvre à laquelle le Maroc avait attaché son nom qui est l'union du Maghreb arabe. Comment se situe le choix du Maroc ? Y-a-t-il un choix et y a t-il une perspective encore de réalité de l'Union du Maghreb arabe ?"

 

Mohamed  BERRADA

En fait j'ai répondu à cette question tout au long de mon débat lorsque je disais, qu'aujourd'hui, pour pouvoir survivre, il faut pouvoir compter à l'échelle mondiale et par conséquent il faut s'ouvrir et se regrouper. Et je peux vous dire que la France sans l'Allemagne ne peut pas compter pour  beaucoup si,  après la guerre, il y a eu d'abord la "SECA", cela a été le début du renforcement de ses économies et pour nous, au Maroc, on est exactement dans la même situation. Le Maroc a besoin de l'Algérie et on a besoin de la Tunisie. Et l'UMA est un élément fondamental qui peut faire repartir notre développement à des niveaux beaucoup plus importants. On ne  peut pas, uniquement, développer des relations sur un plan vertical. C'est comme les troncs d'arbre. "Un tronc d'arbre ne peut devenir solide que s'il s'élargit au niveau de ses racines". Notre développement au Maroc dépend du renforcement de nos liens avec les pays voisins, c'est pour cela qu'on a construit l' UMA en 1988 et on était bien parti. Malheureusement, comme vous le savez, la situation en Algérie (nous la  suivons  tous avec beaucoup de coeur, parce que, pour nous c'est un peuple frêre)  subit actuellement une situation dramatique et nous souhaitons que cette situation puisse trouver un arrangement parce que c'est important, non pas

seulement  pour l'Algérie, mais pour nous et également pour vous, les Européens. Votre sécurité dépend du niveau de développement, de la cohésion, de ces pays du sud. Nous avons besoin de nous renforcer, de nous regrouper au niveau de l'Afrique. Lorsque vous me parlez d'UMA, il faut qu'on commence à parler de plus en plus de l'Afrique noire, parce que dans tous  les débats, partout, j'ai l'impression qu'on l'oublie complètement. Il était un peu à la mode dans les années 1970-1980, mais depuis qu'on parle maintenant de plus en plus de la globalisation, de la construction  européenne, le mur de Berlin tombé, maintenant ce sont les pays de l'Est qui comptent de plus en plus et malheureusement  l'Afrique noire  commence à être  totalement  oubliée.  

En Afrique, on a vu son revenu par tête chuter de moitié au cours des dix dernières années ; depuis la dévaluation du franc CFA, cela reprend un petit peu mais je ne me fais pas beaucoup d'illusion. Bien sûr on fait des déclarations,  qu'on abandonne la dette de ces pays là mais on sait très bien que, de toute façon, ils n'auraient jamais remboursé au niveau du Club de Paris. Par conséquent, on fait comme si on leur avait donné quelque chose :   ce dont ils  ont besoin, c'est de les aider sur le plan de la réorganisation administrative, de la politique économique à mener et de leur donner des ressources neuves pour qu'ils puissent repartir en terme d'infrastructure.  Or, ces pays là, plus ils retardent le développement du Maroc, plus ils constituent une sorte de boulet pour l'Europe parce que,  que vous le vouliez ou pas, c'est l'Europe qui est responsable de l'Afrique, ce ne sont pas les Etats-Unis, ni l'Asie.

 

Amiral BETERMIER            

Monsieur l'Ambassadeur, je prends la liberté d'aborder un sujet sensible. Il présente pour nos amis marocains la même importance que l'Alsace lorraine pour la France tout au moins au début du siècle. Je pense à l'affaire des territoires du sud souvent baptisés en Europe,  "territoire du Sahara occidental". Il semble que sur le plan militaire et sur le plan du développement économique, les affaires soient heureusement résolues. Qu'en est-il aujourd'hui de l'affaire du référendum et de l'attitude de l'O.N.U. sur ce point ?

 

Mohamed BERRADA

Ce problème est un problème, en fait, très simple, malheureusement il a été mal compris. C'est toujours la même raison, il faut revenir à l'histoire encore. Tout le monde était d'accord, en 1972,  pour que le Maroc puisse obtenir la libération des territoires encore occupés. Malheureusement l'affaire s'est compliquée depuis 1974-1975 et le Polizario est né à cette époque là, pratiquement pour faire obstacle à l'accord. Et ce Polizario ne se situe pas sur le territoire du Sahara, il est situé sur le territoire d'un pays voisin. Partant de cela, il y avait des pressions internationales pour que le Maroc accepte le principe d'un référendum. Sa Majesté, au cours d'un sommet de l'O.U.A. l'a accepté  pour pouvoir répondre à la demande d'un certain nombre de pays amis. Ce référendum est préparé par les Nations-Unies, le Polizario ne veut pas respecter les engagements qu'il avait pris au niveau du Secrétaire général, Monsieur Boutros-Ghali à l'époque. Il y avait aussi un  problème qui se pose, c'était  l'identification des électeurs  situés sur le territoire ou à l'extérieur du territoire. Là, il n'y a pas d'accord. Le Polizario n'accepte pas. Pourquoi, parce qu'il ne veut pas qu'il y ait de référendum parce qu'il est clair que le résultat du référendum serait l'intégration du Maroc, dans la mesure où, aujourd'hui, on parle de regroupement régional, où on dit qu'on ne peut pas se développer si on n'est pas assez grand, si on n'unit pas ses efforts.

Comment un pays,  comme le Sahara avec 100 ou 200 000habitants,  peut-il survivre dans cette mondialisation  s'il n'a pas été accaparé tout simplement par un pays voisin ou quelconque pour pouvoir faire une sorte de périphérie ?  Cela n'est pas possible.  Par conséquent,  le Maroc depuis 1974 a engagé des dépenses, comme vous venez de le dire,  et vous avez parfaitement raison. Heureusement il y a eu des Sénateurs français qui sont partis là-bas régulièrement, des groupes, des partis politiques qui visitent les provinces sahariennes et qui constatent de visu les investissements considérables que le Maroc a fait. A cette époque là,  je savais combien d'argent on avait dépensé au profit de ces provinces et au détriment d'autres  provinces du nord. C'étaient  des milliards. Je peux vous dire que l'Espagne qui est resté là-bas 2 siècles, n'a pratiquement rien fait à côté.  Nous avons construit une centaine d'écoles, des routes, des usines de déssalement et l'eau potable est arrivée,  des hôpitaux ( l'hôpital le plus moderne du Maroc se trouve à Yaoun), des ports, des aéroports, le secteur de la pêche à Darlah, des activités agricoles, tout cela a coûté fort cher.  On dit que nous avons du pétrole, nous n'en avons pas. On dit que nous avons des phosphates, mais nous avons  tellement de gisements dans le nord , cela nous suffit , nous n'en  n'avons  pas  besoin.

Mais ce sont des problèmes de principe.

C'est un territoire  qui a été déclaré "terre annulus" et  nous avons alors demandé l'arbitrage de la cour internationale.  Cette cour d'arbitrage  a dit que les habitants de cette région rendaient allégeance au souverain du Maroc. Il faut donc respecter les traditions. Nous avons des souverains dont  certains d'entre eux, sont issus de ces régions là. Alors le problème est trè simple : le Maroc demande à ce que le référendum ait lieu et que les résolutions des Nations Unies soient respectées. Malheureusement, il y a des réticences à ce niveau là et c'est dommage qu'elles ne soient pas règlées très rapidement dans un cadre régional. Il faut donc  se regrouper et non pas continuer à se séparer afin d'éviter un affaiblissement de nos forces au détriment de concurrents.

 

Jacques BAUMEL      

L'heure est venue de terminer notre petit-déjeuner. Je remercie encore une fois Monsieur l'Ambassadeur.