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MONDIALISATION : MENACE OU OPPORTUNITE ?

 

A l'heure actuelle, la mondialisation est souvent considérée comme synonyme d'américanisation. C'est pourquoi nous avons demandé à S.E. M. Felix G. ROHATYN de nous exposer la vision américaine de ce phénomène, au cours d'un petit-déjeuner-débat, le 3 novembre 1999.

 

S.E. M. Felix G. ROHATYN

Ambassadeur des Etats-Unis

 

 

    Le phénomène de la mondialisation est-il une menace ou une opportunité ? Pour les Etats-Unis, c'est une grande opportunité après avoir été une menace assez sérieuse. Ainsi la mondialisation adapte.

 

Nouvelle dynamique sociale

    Les Etats-Unis se sont adaptés à ce nouvel environnement en opérant de nombreux changements, notamment dans le domaine commercial.

Depuis les vingt dernières années, le pays a progressé vers un "capitalisme populaire" où la participation nationale est très large : 78 millions d'Américains participent au capital des sociétés américaines, directement ou indirectement, avec les fonds de pension ou les fonds personnels de retraite. Le peuple américain se considère comme "propriétaire" des Etats-Unis. Cette évolution a permis la création d'une nouvelle dynamique sociale où les relations entre les différents acteurs (entreprises, syndicats ...) sont moins tendues.

On constate également l'instauration d'une nouvelle dynamique politique : le parti démocrate, du fait de cette "propriété nationale", adopte des positions de plus en plus centristes en ce qui concerne la politique économique du pays.

L'hégémonie américaine

Ce que l'on appelle aujourd'hui "hégémonie américaine", est un phénomène assez récent. Dans les années 80, General Motors, Kodak, American Express... ont été forcées de se restructurer du fait de la concurrence internationale. Le déficit budgétaire américain s'élevait à presque 5% du PNB avec un fort déficit commercial.

Jusqu'en 1990, l'économie subissait de fortes pressions de la part des syndicats et des entreprises. Dans certains Etats, des lois ont été instaurées pour protéger les entreprises contre les prises de contrôle hostiles de sociétés américaines ou étrangères.

La mondialisation qui, il y a dix ans, nous est apparue comme une menace, caractérise aujourd'hui la puissance et la souplesse de l'économie américaine. Ce résultat a été atteint grâce à l'économie continentale américaine, composée d'économies régionales diversifiées, connectées les unes aux autres mais conservant leur spécificité.

Le capitalisme moderne comporte des risques car on ne peut pas tout réglementer ni tout contrôler. Pour être acceptable par une démocratie, il doit être transparent et sanctionner les illégalités. Il doit savoir s'adapter aux changements rapides de l'économie moderne, technologiques ou techniques. Dans ce domaine, le dispositif réglementaire aux Etats-Unis est performant : une législation qui contrôle la loi des entreprises, soumises à des lois d'Etats bien plus qu'à des lois fédérales.

Depuis cinquante ans, la Silicon Valley investit dans la haute technologie. Les résultats sont spectaculaires : des valeurs boursières ont été créées, et les technologies de cette zone relativement petite, sont à l'origine de la moitié de la croissance du pays au cours de la dernière décennie.

L'effet de richesse de la bourse de New-York, en mouvement perpétuel, a contribué à la croissance américaine. Nous sommes dans une nouvelle phase de création de richesse. Les habitudes d'épargne américaines, sont très sûres malgré des investissements en actions qui peuvent changer d'un jour à l'autre.

Le marché américain est élevé, l'économie y est performante, énormément de capitaux entrent aux Etats-Unis et les épargnes y sont très fortes.

L'économie française face à la mondialisation

 

La France possède, aujourd'hui, un très fort excédent de balance commerciale, des marchés financiers en augmentation constante, une technologie et un secteur privé extrêmement compétitifs, un déficit budgétaire inférieur à 3%. L'Euro est une excellente performance pour l'économie européenne. Pourquoi donc cette nervosité vis-à-vis de la globalisation alors que la France possède la plupart des actifs nécessaires pour y faire face : l'éducation, la technologie, les capitaux, les infrastructures, les transports...?

Les Français distinguent "mondialisation" et "globalisation". Ils ont peur de la dernière parce qu'ils y voient une mainmise culturelle et l'imposition de règles par une super-puissance. Ainsi, ils limitent la mondialisation aux échanges industriels et commerciaux, ce qui leur apparaît déjà comme une invasion.

D'un autre côté, ils sont intéressés, et prêts à s'ouvrir à des échanges équilibrés de culture, de biens, etc. pour les entreprises actuelles.

En septembre 1999, l'opinion publique française était crispée pour trois raisons.

Ce sentiment de crispation français est dû aux grands clivages d'opinion en France et en Europe, inhérents à la structure des sociétés démocratiques dans un monde où les économies sont étroitement liées et où la concurrence est rude.

La France cherche à rééquilibrer sa position dans le monde par rapport aux Etats-Unis.

La mondialisation ailleurs

En Europe, on a l'impression que globalisation et américanisation sont une même chose. Et il existe une forte résistance à l'américanisation, perçue comme incompatible avec l'idée d'une société démocratique européenne basée sur l'égalité.

Le problème des pays en voie de développement constitue une priorité mondiale pour le 21ème siècle. Plus de compréhension et de générosité de la part des "pays développés" sont nécessaires ainsi que plus d'efforts de la part des "pays en voie de développement" eux-mêmes, dans les domaines de l'éducation, de la santé publique, etc. La Banque Mondiale et le Fond Monétaire devront être encore plus actifs.

Vers un capitalisme moderne

Les mentalités vont évoluer grâce à la multiplication des échanges culturels via les technologies nouvelles de communication.

Les formes nouvelles du capitalisme sont apparues avec l'évolution de la société (fonds de pensions, stock options, bourse sur Internet etc.). La création de la richesse par de nouvelles idées, de nouveaux produits, de nouvelles façons de se servir de l'information, révolutionne non seulement intellectuellement, mais aussi culturellement la société.

Il est indispensable d'avoir à l'échelle mondiale pour le 21ème siècle :

.Cela requiert dans chaque pays, des réglementations plus strictes concernant les besoins de capitaux pour soutenir les risques pris par les institutions financières. Il est indispensable d'avoir des normes élevées en fonction du risque pris, notamment sur les produits dérivatifs. La Banque Mondiale ou le Fond Monétaire ne sont pas opposés à certaines limites concernant les flux de capitaux à court terme.

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