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LE POINT DE VUE D’ISRAËL DANS LES RELATIONS ISRAËLO-PALESTIENNES

 

Au cours d’une conférence le 12 juillet 2001, S.E. M. Elie BARNAVI, Ambassadeur d’Israël à Paris, a analysé pour nous les prises de positions du gouvernement de la " jeune " nation démocratique d’Israël, à un moment où se joue l’avenir de cette région.

 

Elie BARNAVI

Ambassadeur d’Israël

                                                                                                                                                                                                                                                                              Israël, est une " jeune nation ", même si son peuple est " très vieux ", qui vit dans la menace depuis le début de son existence, et qui a cependant réussi à se doter d’un cadre démocratique.

Je voudrais en guise d’introduction, présenter un bref rappel historique de ce que nous appelons toujours, aujourd’hui " le processus de paix ".

 

 

Source : Ambassade d'Israël

Le processus de paix

Les espoirs liés aux conférences de paix

    Le processus de paix a débuté il y a dix ans avec la Conférence internationale de Madrid. Celle-ci a été rendue obligatoire par la coalition formée entre les Etats-Unis et l’Occident contre Saddam HUSSEIN, lors de la Guerre du Golfe. Cette conférence a montré que la paix au Proche-Orient devait intervenir au terme d’une négociation de paix.

Or, cette dernière n’a pu aboutir malgré un cadre diplomatique effectif, car elle s’est apparentée à une grand messe diplomatique médiatisée, au cours de laquelle Israël a été placé au banc des accusés par l’OLP.

Les négociations ont malgré tout repris secrètement. A Oslo, des universitaires ont négocié la reconnaissance mutuelle. Les accords d’Oslo ont ainsi été signés à Washington , car les américains, très surpris eux-mêmes, ont pris le train en marche.

Le résultat de la négociation est double : d’une part, la reconnaissance mutuelle entre deux entités, d’autre part la reconnaissance du fait que ces deux mouvements nationaux, l’un déjà incarné dans un Etat, l’autre dans un mouvement qui aspirait à se transformer en un Etat, sont condamnés à vivre côte à côte.

Cependant, nous nous sommes embarqués dans un très long processus sans savoir où il devait nous mener. Et, nous avons laissé de côté, les problèmes les plus graves : le tracé final des frontières, le statut final des territoires, le sort de Jérusalem et le sort des réfugiés.

Les accords d’Oslo ont fait l’objet d’un pari : la confiance devait s’instaurer au fur et à mesure, et l’accord final de paix devait chapeauter le tout.

Or, le processus de paix a été saboté. C’est ainsi que la violence l’a accompagné tout du long. Les moindres avancées ont ainsi été " détruites " par ceux qui, aux extrêmes, cherchaient à priver les israéliens de la Judée, de la Samarie et de la Bande de Gaza, et parfois même visaient l’élimination pure et simple d’Israël.

Les négociations de Camp David marquent la troisième phase du processus de paix. Le gouvernement d’Ehoud BARAK a ainsi voulu changer de stratégie après l’échec des négociations d’Oslo, en cherchant à aboutir directement à un règlement final.

Ehoud BARAK et son équipe sont allés très loin, même aux yeux des palestiniens, en concédant l’essentiel de la Cisjordanie, la totalité de la Bande de Gaza, et en proposant un début de règlement quant au statut de Jérusalem et quant à la question des réfugiés, dans le but d’arracher un traité en bonne et due forme.

 Malheureusement, de mauvaises relations se sont instaurées dès le début entre E. BARAK, en position inconfortable car il avait perdu sa majorité parlementaire, et Y. ARAFAT , peu enclin à trouver un compromis.

De plus, un malentendu a séparé les parties. Aux yeux des palestiniens, leurs concessions étaient déjà faites, avec l’acceptation de l’existence de l’Etat d’Israël sur leur territoire. Y. ARAFAT demandait la récupération de l’ensemble des territoires perdus ( toute la Jérusalem arabe) et le retour des réfugiés.

Nous nous sommes ainsi aperçus que le problème majeur ne concernait pas le pourcentage de territoire que nous voulions conserver, ni l’ampleur de nos concessions, mais une question de légitimité. Le désaccord s’est cristallisé autour de la question des réfugiés. Ce retour massif devenait une exigence politique, alors que nous l’avions toujours considéré comme un principe.

A Camp David, Y. ARAFAT voulait la reconnaissance de cette idée, ainsi que son application immédiate, ce qui signifie tout simplement la fin de l’Etat d’Israël.

Concessions, échecs et montée de la violence

    Malgré tout, les Israéliens considéraient l’échec de Camp David comme provisoire. Des négociations se sont poursuivies, alors même qu’une vague de violence avait débuté à la fin du mois de septembre 2000.

A Taba, Israël a fait un pas de plus en accordant 97% de la Cisjordanie, la totalité  de la Bande de Gaza, une compensation territoriale pour le reste, sur le territoire souverain d’Israël, la rétrocession des quartiers arabes de Jérusalem, une souveraineté partagée sur les lieux saints et l’amorce d’un règlement de la question des réfugiés, comprenant un certain nombre de retours physiques en Israël et d’énormes compensations.

Tout était prêt pour une signature à la veille des élections en Israël. A Davos, tout a cependant de nouveau échoué et la violence a repris de plus belle.

Le passage de la promesse de Camp David à la vague d’extrême violence de la fin de septembre 2000 peut s’expliquer par deux événements.

La visite sur le Mont du Temple aurait pu provoquer une éruption populaire. Personne ne pense plus sérieusement que cette dernière soit à l’origine de neuf mois de violence, car les mouvements populaires ont cédé très vite le pas à une véritable guérilla armée.

La violence aurait été préparée dès l’échec de Camp David, selon des sources palestiniennes, et ce, avec deux objectifs. Le premier était immédiat : sortir l’Autorité palestinienne et notamment Y. ARAFAT d’un mauvais pas diplomatique. Il fallait redonner à ce dernier le soutien de l’opinion publique internationale qui le considérait comme l’homme ayant refusé la paix.

Le deuxième objectif était plus politique et visait à provoquer une intervention internationale. Or Y. ARAFAT ne pouvait concevoir cette action que sur le modèle du 4 juin 1967, à savoir, essayer d’obtenir par la violence et l’intervention internationale ce que la négociation n’avait pu et ne pourra jamais lui apporter.

Par la suite, la violence s’est amplifiée en prenant des formes de type terroriste. Le bilan de cette stratégie est désastreux : Y. ARAFAT n’a rien obtenu ; on dénombre plusieurs centaines de morts, en majorité palestiniens, des destructions massives et un recul de vingt ans dans l’esprit public des deux côtés de la frontière.

Du côté israélien, E. BARAK. a été sanctionné politiquement et M. SHARON est, quant à lui, moins disposé à faire des propositions.

Le plan Mitchell et la volonté de mettre fin à la violence

Le cessez-le-feu s’est imposé car une prolongation de la violence à ce niveau ne pouvait pas durer.

Le rapport mutuel, sur lequel est fondé le cessez-le-feu, a été endossé à la fois par les israéliens, les palestiniens, les régimes arabes modérés et la communauté internationale. Quatre points y sont stipulés : l’arrêt immédiat et inconditionnel de la violence, l’instauration d’une période de " refroidissement " et d’une période de " confiance ", ainsi que la reprise des négociations.

Or, force est de constater que malgré l’acceptation du Plan Mitchell, la violence se poursuit. Y. ARAFAT entend maintenir cette forme de pression afin de provoquer une internationalisation du conflit.

    Nous exigeons l’arrêt total de la violence car il apparaît impossible politiquement d’amorcer le moindre processus sérieux dans de telles conditions. Israël est une démocratie, le peuple ne comprendrait pas. Nous refusons la banalisation de la violence, même si nous sommes conscients qu’une société sans violence est utopique. C’est pourquoi, comme l’a dit le Premier Ministre A. SHARON lors de son passage à Paris, " Ce n’est que si nous exigeons l’arrêt total de la violence que nous aurons ici et là des poches de violences isolées.  Nous verrons, à ce moment là, comment nous les traiterons. Car si nous n’exigeons pas l’arrêt total, nous aurons ce que nous avons aujourd’hui. " .

Nous sommes en mesure de distinguer quand ces poches sont des actes isolés, échappant à la vigilance et à la volonté de l’autorité palestinienne.

Quels scénarios pour le futur ?

    Deux scénarios peuvent être envisagés. Un premier se veut " optimiste " et présage d’une consolidation du cessez-le-feu. Y. ARAFAT aurait donné des instructions précises dans ce sens. M. SHARON, cependant, ne reprendrait pas la méthode globale. Il faut s’attendre à un processus long fondé sur la mise en œuvre des accords déjà existants, avec une période probatoire permettant de reprendre une négociation sur le statut final.

Un deuxième scénario, " pessimiste ", découlerait d’un attentat stratégique. Ce dernier entraînerait un arrêt du processus de paix et pourrait même conduire à des représailles militaires, susceptibles de conduire à l’écroulement de l’autorité palestinienne. Dès lors, une période plus ou moins longue et sanglante précéderait la mise en place d’un nouveau cadre de pouvoir.

Le volet Syro-Libanais

    Le mouvement terroriste du Hezbollah occupe le Sud Liban depuis le départ de l’armée israélienne et exerce une influence morale certaine sur le territoire palestinien. Après le retrait unilatéral de Tsahal en mai 2000, un mythe s’est développé selon lequel le Hezbollah aurait chassé l’armée israélienne du Sud Liban, nous obligeant à céder un morceau de territoire.

Tsahal était implanté au Sud Liban dans le seul but d’assurer la sécurité des localités frontalières dans le nord d’Israël. Nous n’y avions aucune prétention territoriale. De plus, selon le rapport de E. BARAK, les coûts engendrés par la présence israélienne étant trop élevés, il s’est avéré plus efficace de défendre la frontière septentrionale depuis le territoire israélien.

Ce bilan, seul, a motivé notre retrait, tout comme notre volonté de respecter la légalité internationale (résolution 425).

Cependant, la stratégie du Hezbollah, allié des Syriens, est en premier lieu " Libanaise ". Celui-ci aspire en effet à devenir la force dominante au Liban. A plus long terme, sa stratégie est islamique et vise Jérusalem. Chaque opération du Hezbollah est faite avec l’assentiment , si ce n’est l’encouragement tacite des Syriens, qui voient dans ce dernier un rempart contre Israël

Nous avons donc décidé de changer de stratégie. Tout d’abord, nous avons tenté de frapper le Hezbollah lui-même. Mais ces frappes touchaient aussi la population libanais.

Nous avons par la suite tenté de toucher les infrastructures libanaises, seules, afin que le Liban déploie ses forces dans le Sud . Or, le Liban n’a jamais pu, ni voulu le faire.

Enfin, considérant aujourd’hui, que le véritable maître au Liban est la Syrie, nous réagissons contre des objectifs militaires syriens au Liban, ce qui n’est pas pour déplaire aux libanais.

Deux scénarios sont possibles. Le scénario " optimiste " impliquerait une compréhension de nos positions par les syriens, ce qui serait possible grâce au soutien actif de l’opinion internationale, et notamment des Etats-Unis et de la France.

Mais dans l’immédiat, la Syrie n’est pas capable d’engager une reprise des négociations. Il faudra probablement attendre le règlement de la question palestinienne ou du moins le lancement d’un nouveau processus de paix israélo-palestinien pour que les syriens reviennent sur leurs positions.

Le scénario " pessimiste " pourrait signifier à terme le risque d’une guerre régionale, au moins partielle, avec la Syrie.

Au Proche-Orient personne ne veut la guerre mais elle advient tout de même. #9;

Il tient alors à la communauté internationale, j’entends les Etats-Unis et l’Europe, de faire en sorte que les scénarii optimistes prévalent. Les Etats-Unis restent l’acteur principal, car ils détiennent la force de frappe et l’influence dans la région, des deux côtés. Cependant, l’Europe et notamment la France prend de plus en plus d’importance au Proche-Orient. Nous avons besoin d’un véritable front diplomatique euro-américain pour stabiliser la région, même si personne ne négociera à notre place. La communauté internationale fixerait alors le cadre diplomatique à l’intérieur duquel nous pourrons nous mouvoir.

Seule une réduction de la violence pourra avoir des conséquences lisibles, car les observateurs internationaux, même nombreux, sur place, pourraient entraîner une détérioration de la situation comme cela a été le cas au Liban.

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